« Milicien et ouvrier dans une collectivité en Espagne »

au bon soin des éditions du Coquelicot
mercredi 27 février 2013
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Parution en français du récit de Nils Lätt [1] :
« Milicien et ouvrier dans une collectivité en Espagne »
au bon soin des éditions du Coquelicot

« L’expérience de Nils Lätt dans l’Espagne de 1937 s’articule autour de trois moments importants : sa participation à la guerre au sein de la plus connue des colonnes libertaires sur le front d’Aragon, suivie de son hospitalisation qui lui permit de vivre de près les événements tragiques de mai 1937 en Catalogne. Et pour finir, il fit un séjour prolongé dans une collectivité agricole, expérience sortant de l’ordinaire pour un combattant. Avec ce témoignage détaillé, écrit sur le vif, le marin anarchiste Lätt nous offre une lecture passionnée et passionnante des événements, avec une richesse extraordinaire de faits et de données qui se trouvent confirmés dans des études historiques récentes abordant le même sujet.

Nils Lätt (1907-1988) naît à Södermanland (Suède). Il rentre dans la marine marchande et s’affilie à la centrale anarchiste syndicaliste suédoise SAC. En 1937, il participe comme milicien puis comme ouvrier agricole à la révolution espagnole. De retour en Suède, il continue à défendre les idées anarchistes et libertaires et s’oppose à la tendance réformiste de la SAC. En 1975, il édite la revue anarchiste Brand et traduit l’ouvrage La CNT dans la Révolution espagnole de José Peirats. Il publie aussi quelques livres sur son expérience syndicaliste et de militant anarchiste.
Il meurt en 1988 à Göteborg. »





Le texte de Nils est en bonne compagnie : ce joli petit ouvrage agrémenté de photos de bonne qualité comprend une introduction de Renato Simoni (voir ci-dessous) et une annexe rédigée par Marianne Enckell sur les volontaires suédois dans la guerre d’Espagne (document à part).

Cette édition reprend largement la version publiée par La Baronata à Lugano (Suisse). Les notes, dues à Renato Simoni, ont été adaptées pour la version française.

À quand une édition espagnole du texte de Nils qui ferait sûrement bien plaisir à l’un des protagonistes de cette histoire, Ramón Rams Melic, que Renato a retrouvé à Fabara en août 2011 ?

Les Giménologues, 26 février 2013

Introduction

Nils « Nisse » Lätt est né le 30 décembre 1907 en Suède, dans le comté de Södermanland. À 15 ans, il s’enrôle dans la marine marchande ; il adhère bientôt à l’organisation anarcho-syndicaliste SAC (Sveriges Arbetares Centralorganisation) et se met à apprendre l’esperanto. En 1934, il prend contact avec la CNT espagnole à Bilbao, où son navire a relâché : c’est peu après les révoltes des Asturies. En 1936, décidé à s’engager comme milicien en Espagne, il part pour Paris où il obtient un sauf-conduit du Comité Anarcho-syndicaliste pour la Défense et la Libération du Prolétariat Espagnol. En janvier 1937, il traverse les Pyrénées et arrive à Barcelone où il se met au service du mouvement libertaire. Il sera affecté quelque temps à la colonne dirigée par Antonio Ortíz, puis fera partie du Groupe international de la colonne Durruti qu’il rejoint à Pina de Ebro (Saragosse), sur le front de guerre.

Le Suisse Edi Gmür qui le rencontre alors, en trace un portrait rapide mais efficace dans son journal, en date du 17 février 1937 [2] :

« Nils le rouge est suédois. Il n’y a pas meilleure nature que lui. Il doit son surnom à sa barbe rousse qu’il ne fera raser qu’à Saragosse. Il lit beaucoup. Autrement, il est matelot et anarchiste à 100 %. Il parle un peu allemand, anglais, espagnol, et parfaitement esperanto. J’ai souvent discuté avec lui ; la plupart du temps, nous n’étions pas d’accord. Sa manière convaincante et amicale de discuter, son comportement plein d’égards et de modestie en ont fait un de mes meilleurs camarades. »

À la mi-avril 1937, Nils est gravement blessé par une grenade à Santa Quiteria (Huesca), et perd l’œil gauche. Après avoir été soigné à l’hôpital de Tarragone, comme il n’est plus apte au combat, il rejoint la collectivité agricole de Fabara (Saragosse).

De retour en Suède en 1938, il publie rapidement ses souvenirs dans une brochure, Som milisman och kollektivbonde i Spanien (Milicien et ouvrier agricole dans une collectivité en Espagne), que nous publions ici en français.
Nils Lätt s’établit à Göteborg, toujours militant et propagandiste de la SAC ; il écrit une brochure sur son expérience de marin, Havets arbetare (1945), et collabore à la revue de la SAC Syndikalismen.

Plus tard, dans les années 1970, il participe à la revue anarchiste Brand ; sa maison devient un point de rencontre et de référence pour les jeunes militants. Suivant toujours de près ce qui concerne l’Espagne, il traduit en suédois le grand ouvrage de José Peirats La CNT en la Revolución española. En été 1977, après la mort de Franco, il retourne à Barcelone pour les « Journées libertaires internationales », moment historique de renouveau de l’anarchisme. Il en profite pour retourner au village de Fabara : il y passe quinze jours inoubliables dans la famille de son compagnon de jeunesse Ramón Rams Melic, qu’il accompagne chaque jour aux champs. Il y retrouve aussi Marieta, veuve de son ami Dionisio Guerri Valls, qui s’était si bien occupée de lui pendant la guerre.

Il a laissé une trace profonde dans la mémoire et la légende du village : à plus de cinquante ans de distance, on dit de lui qu’il fut un des principaux inspirateurs de la collectivité libertaire de 1936 !

Nils Lätt est mort le 14 janvier 1988 à Göteborg. En 1982, il avait rédigé ses mémoires, En svensk anarkist berättar. Minnesbilder ur Nisse Lätts liv som agitator och kämpe för de frihetliga idéerna (« Un anarchiste suédois raconte. Souvenirs de la vie de Nisse Lätt, agitateur et lutteur pour les idées libertaires ») ; l’ouvrage n’a été publié qu’en 1993.

Son expérience en Espagne s’articule en trois moments importants : la participation à la guerre dans la principale formation libertaire sur le front d’Aragon, le séjour à l’hôpital de Tarragone qui lui permet de connaître de près les tragiques événements de mai 1937 en Catalogne et, situation exceptionnelle parmi les expériences des miliciens étrangers en Espagne, son long séjour dans une collectivité libertaire rurale.

Le marin anarchiste Lätt nous offre avec ce témoignage attentif rédigé à chaud une lecture passionnée et passionnante des événements, avec une lucidité extraordinaire et une richesse de détails qui seront largement confirmés par l’historiographie ultérieure.

Les descriptions précises des épisodes vécus alternent avec de plus amples considérations historiques et philosophiques qui nous font revivre la tragédie de la guerre, mais aussi les espoirs suscités par la révolution.

La traduction française de cette brochure a été offerte aux lecteurs du site gimenologues.org par Anita Ljungqvist. Les illustrations sont tirées de l’édition originale en suédois et du site www.estelnegre.org, alimenté par Albert Herranz.

Renato et Encarnita Simoni se sont rendus à Fabara [été 2011] où ils ont eu la chance de rencontrer une enseignante, Lola Bielsa Masdeu, qui leur a grandement facilité la recherche. Sans sa contribution et ses archives, ils auraient difficilement pu reconstituer en si peu de temps le contexte historique du village pendant la guerre civile. Grâce à elle ils ont pu s’entretenir avec des témoins encore en vie : Ramón Rams Melic, 16 ans à l’époque, responsable des Jeunesses libertaires ; María Mercedes Franc Figueras, fille du vétérinaire phalangiste tué le 9 août 1936 ; María Benages Camarasa, fière descendante du secrétaire du Centro republicano. Parmi les documents de Lola Bielsa Masdeu figuraient des photos ainsi que le règlement de la collectivité « Renacer » (« Renaissance »).

Renato Simoni


[1Dont nous avons déjà parlé sur notre site : article 435, article 480 et article 542.

[2E. Gmür, « Journal d’Espagne » in A. Minnig, E. Gmür, Pour le bien de la révolution, Lausanne, CIRA, 2006, p. 79.