Durruti dans le labyrinthe

Suite et fin de l’article de Tomás Mera : Retour sur la chronologie des événements

entourant la mort de Durruti

Retour sur la chronologie des événements

entourant la mort de Durruti

Suite du 14 02 2018

Le piège se referme sur Durruti

Dans ces conditions, l’organisation par Miaja de l’assassinat de Durruti à la charge de Manzana doit être reconsidérée en fonction de nouvelles dates. Ce n’est plus le 14 mais dès le 9 novembre que flotte dans l’air le remplacement de Miaja. Le conseil supérieur de Guerre se réunit aussi les 16 et 18 novembre et, là, on sait que García Oliver est bien présent à chaque fois à Valence.

Bien sûr, tout est encore possible, y compris la fuite de l’information organisée sciemment par le PCE dans les jours précédant ladite réunion du GSG. Miaja aurait alors eu vent de la volonté de Largo Caballero de le remplacer, et un délai supplémentaire aurait été octroyé à Miaja pour mettre en place le scénario macabre de l’élimination de Durruti.

À l’allure où vont les événements, et après la détermination de Miaja assuré du soutien du PCE et se permettant l’audace de désobéir, est-il judicieux de courir le risque énorme d’éliminer Durruti ? Ses ennemis communistes et moscoutaires savent que les menaces et promesses de Largo Caballero ne sont pas toujours suivies d’effet. Sa préoccupation d’organiser le nouvel état-major central et l’EPR lui permet d’avoir un coup d’avance pour passer à l’étape suivante. La décision de nommer García Oliver pour organiser les futures Ecoles populaires de guerre [1] et le développement des Brigades mixtes avait pour but de former les officiers le plus loin possible de l’orbite du PCE.

Durruti restera finalement à la tête de sa seule colonne. Malgré les ordres donnés par Miaja et Rojo de mettre la colonne Libertad-López Tienda, renforcée par des bataillons issus de la division Carlos Marx, sous les ordres de Durruti, les officiers PCE refuseront d’être commandés par lui. Il ne sera pas nommé à la place de Miaja, ni mayor ni encore moins generalísimo.

Durruti a bien failli être ministre dans le gouvernement du Lénine espagnol quand celui-ci lui fit la proposition lors d’une conversation téléphonique à Madrid. C’est Antonio De La Villa qui rapporte cette curieuse offre de Largo Caballero à Durruti que l’auteur situe au moment de la création du gouvernement incluant les nouveaux ministres de la CNT. Cette allégation est citée dans Le bref été de l’anarchie [2].

La bataille de Madrid est loin d’être achevée. L’imprévisibilité de Durruti ne permet pas d’organiser facilement son élimination physique. Il n’y a qu’un proche qui puisse le faire, et Manzana aurait pu être la bonne personne, retournée par les soviétiques. Le conseiller russe et agent du GRU collé aux basques de Durruti dès son arrivée pouvant alors être l’officier traitant de Manzana, chargé de la sale besogne.

Mais quel intérêt pour le PCE de précipiter les affaires et d’ouvrir à ce moment-là les hostilités avec la CNT ? Le triomphe en cas de victoire à Madrid était assuré pour le PCE et Miaja serait élevé au titre de héros national ! Malgré les manœuvres de Largo Caballero pour freiner son ascension dans l’état-major, le PCE progresse dans l’EPR et, via le rôle trouble joué par Del Vayo, il pourra accéder à des postes de commandement dans les mois qui suivent. La vraie cible du PCE, c’est le Lénine espagnol qui refuse la fusion des deux partis socialiste et communiste, et n’est plus l’instrument docile que souhaiteraient les soviétiques.

Mais les « chinos », comme on surnomme les Russes en Espagne, et en particulier Staline, se déterminent toujours selon leurs propres intérêts. Ils ne se soucient pas d’avoir l’aval de leur allié local pour agir. Il suffit de mettre le PCE devant le fait accompli et d’exiger l’obéissance aux ordres venant de Moscou. Parmi les anarchistes qu’ils ont eu l’occasion de côtoyer durant le bref été de l’anarchie, ils ont vite séparé le grain réformiste de l’ivraie révolutionnaire et catalogué Durruti comme irrécupérable. Une partie de la réponse sur la mort de Durruti réside sûrement dans les rapports envoyés par les services secrets à Moscou. Ils sont toujours inaccessibles et leur contenu pourrait indiquer ce qui était connu des agents du NKVD, à commencer par celui qui servait d’assesseur militaire [3] à Madrid lors de son arrivée le 13 novembre à Madrid.

La décision, alors, d’éliminer Durruti ne pouvait venir que du plus haut sommet de la pyramide en la personne de Staline. En Espagne, à l’automne 36, les soviétiques sont déjà à l’œuvre tout en y allant patiemment et par étapes. Au Levant, il reste le « point dur » de la colonne de Fer, véritable obssession du PCE. Paz et Amorós relatent que le 30 octobre, lors des funérailles d’un délégué de la colonne assassiné la veille à Valence, des tireurs embusqués tirent du siège du PCE vers les miliciens venus en nombre à l’inhumation, faisant plus d’une centaine de morts. L’écrivain José Roblès, devenu interprète du général russe Gorev, disparaît lui aussi à Valence, fin novembre, dans des conditions jamais élucidées, probablement exécuté par les sicaires du NKVD.

Au vu de la situation sur le terrain, les Russes ont estimé, à partir des rapports transmis par leurs conseillers militaires, que Durruti n’arriverait pas à prendre Saragosse, faute d’un armement conséquent, et que le conseil d’Aragon et la collectivisation ne pourraient pas s’exporter pour le moment au-delà de cette province. Des ordres ont été transmis par les soviétiques aux services secrets sur place pour empêcher Durruti d’accéder aux armes modernes envoyées dans le port de Barcelone. Walter Krivitsky, espion du NKVD opérant en Europe occidentale, sentant venir le vent des purges en 1937, décide de déserter à Paris puis rejoint New York. Il relatera dans ses mémoires parues en 1939 que des ordres lui furent transmis de Moscou en ce sens. C’est le sabotage organisé du front d’Aragon.

Il faut savoir être patient et garder un œil sur Durruti. Il sera grand temps de s’en occuper le moment venu, à la manière dont Mera le raconte quand il décrit la tentative de l’assassiner en juillet 37 [4]. Barcelone et la Catalogne sont les objectifs numéro un et il importe plus d’y installer durablement le PSUC et ses succursales.

La reprise en main de l’Aragon passera d’abord par la prise du pouvoir à Barcelone. Les mois suivants auront raison du POUM et mettront au pas la CNT, ouvrant la porte dès le début août 37 à la reconquête de l’Aragon par Líster.

La journée du 19 novembre

Ce jour-là, Manzana conseilla à Durruti de rester dans la caserne, puisqu’il devait participer à la réunion des militants prévue pour l’après-midi – selon Mera dans son témoignage direct fourni à Paz. Mais Durruti, après avoir entendu le rapport de Bonilla, décida de prendre la voiture et d’aller voir sur place avec Manzana.

Toutes les suspicions convergent sur Manzana ce 19 novembre.

Malgré son bras droit en écharpe, aurait-il pu se servir de son arme personnelle, un pistolet 9 mm en usage dans l’armée espagnole, pour exécuter froidement Durruti ? Pour cela, il devait tirer de sa main gauche valide et, même s’il était apte à le faire, le geste devait être précis et à une courte distance. Il pouvait le faire dans la Packard, soit du côté opposé, en entrant de face, soit par derrière tandis que Durruti entrait en lui tournant le dos. Dans ce cas, il fallait viser juste et de telle façon que cela apparaisse comme un accident. Si l’on se souvient de la veste en cuir décrite par Ortiz et vue chez Mimi, la trajectoire était quasiment à plat et du haut vers le bas. L’entrée de la balle se situait en haut de l’omoplate gauche et la sortie sur le devant de la veste toujours côté gauche. Sur la photo de Durruti sur son lit de mort, on voit du sang couler du côté droit, au niveau des côtes. Ortiz fait l’hypothèse d’un tir de près, à même la veste, exécuté par derrière, quand Durruti avait posé un genou à terre pour ne pas se trouver dans la ligne de mire de tireurs embusqués.

Une seconde version évoque un tir accidentel de Durruti ou de Manzana avec un naranjero. Le naranjero, ou subfusil Schmeisser MP28, est une mitraillette connue pour son instabilité légendaire, et pour se déclencher au moindre choc. Peu de témoins ont vu Durruti avec un naranjero car il avait toujours un Colt 45 sur lui. Bonilla affirme que seul Manzana est sorti ce jour-là avec le sien. Quand on observe à quoi ressemble une Packard des années 30, véhicule qu’utilisait Durruti pour ses déplacements, on peut observer deux détails intéressants : les portes arrière s’ouvrent vers l’extérieur auquel s’ajoute ce grand marchepied. Durruti était plutôt grand de taille si l’on compare à la taille moyenne, comme on le voit sur plusieurs photos de l’époque. Pour entrer, donc, par l’arrière dans ce type de véhicule, il faut quasiment, une fois hissé sur le marchepied, se mettre à plat pour s’y glisser avant de faire une rotation du corps et venir s’y asseoir. Il n’est pas improbable que, Manzana faisant de même, côté opposé, le bras droit en écharpe et le naranjero dans la main gauche, il se soit produit cet accident devenu au fil du temps une sous-version de l’accident qui voyait Durrruti se blesser mortellement avec son propre naranjero. Ceci pourrait à la fois expliquer la trajectoire à plat de la balle et surtout son entrée par le dos, en réalité le haut de l’omoplate gauche, et rendre crédibles les observations d’Ortiz sur la veste de cuir, sans pour autant devoir partager son hypothèse d’un acte délibéré de Manzana.

Est-il concevable de se servir dans des conditions plus que périlleuses de son propre pistolet de service et ce avec la main droite blessée ? Manzana avait été blessé sur les combats de la colonne dans la zone de la Casa de Campo. La « fenêtre de tir » qu’il obtient le 19 novembre, quand Durruti décide au dernier moment de sortir la Packard, est tout de même un sacré coup de chance ! N’aurait-il pas été plus plausible et judicieux de le faire assassiner de loin par un tireur embusqué quand il se rendait sur le front avec tous les assesseurs militaires ?

La situation ne s’éclaircit pas plus, une fois Durruti entre les mains des médecins. Le Dr Santamaría préfère requérir l’avis d’un chirurgien réputé, le Dr Bastos, pour une expertise. Ce dernier racontera dans ses mémoires [5] avoir ressenti une ambiance très lourde à son arrivée. Bastos comprend qu’on lui cache des choses et croît deviner que ce sont « ses propres acolytes qui sont responsables de sa blessure ». On apprend que la balle a traversé la partie haute de l’abdomen et a occasionné de profondes lésions au niveau des viscères. Bastos rapporte, toujours dans ses mémoires, qu’il avait rencontré des années plus tard des médecins (ils ne sont pas moins de huit médecins, dont Bastos, cités par Llarch [6]) ayant assisté à la scène, et qu’ils en tremblaient encore. Personne n’osait en dire plus, s’en tenant à la version connue. Pour les besoins de son livre, Llarch écrit avoir cherché à rencontrer le Dr Santamaría à Lérida et que « le silence fut l’unique réponse ». Santamaría acceptera ensuite de répondre, deux mois après, à un questionnaire par écrit.

En ce qui concerne la blessure, il y a clairement deux versions contradictoires sur l’entrée et la sortie de la balle. Le Dr Santamaría, qui a procédé à une autopsie, déclarera une entrée de balle du côté du thorax. Le Dr Fraile parle d’un orifice situé au niveau de la cage thoracique. Llarch écrit que la balle est entrée sous le sein gauche puis est sortie dans le dos avec un orifice de sortie plus grand que celui de l’entrée de balle. Mais rien du côté des médecins ne va dans le sens de l’observation faite par Ortiz sur la veste de Durruti vue chez Mimi après la guerre. Ortiz dit clairement qu’il s’agit d’une entrée de balle côté omoplate gauche et d’une sortie sur le devant, vu l’état du cuir déchiré vers l’extérieur. La trajectoire est à plat et du haut vers le bas. Le coup de feu a été porté à courte distance. Dans le questionnaire de Llarch, le Dr Santamaría estime qu’il est médecin et pas un juge instructeur. Il n’en dira pas plus sur qui pourrait être responsable de la blessure, continuant à s’en tenir à la version du naranjero porté par Durruti. Llarch ignore la version d’Ortiz sur la veste de Durruti au moment où il écrit son livre. À l’image de Santamaría, on peut deviner la gêne des médecins ayant approché Durruti. Il s’en dégage une impression de voir ces médecins faire bloc tous ensemble, ne voulant pas être accusés de la mort de Durruti en cas d’intervention.

Les éléments biographiques manquent sur Manzana et sur les circonstances dans lesquelles il est devenu assesseur militaire et proche de Durruti. Lors des journées de juillet 36 à Barcelone, le sergent José Manzana Vivó participe aux combats de rue avec deux autres sergents, Valeriano Gordo Pulido et Martín Terrer Andrés, tous à l’œuvre dès les premiers jours du Golpe. Abel Paz, dans son livre sur Durruti dans sa version espagnole [7], donne plus de détails que dans l’édition française parue Quai Voltaire.

García Oliver confirme la présence des sergents Manzana et Gordo dans les combats livrés près du secteur des Ramblas les 19 et 20 juillet [8]. Il explique qu’avec l’aide du caporal Soler et d’une poignée de soldats ils s’étaient emparés de deux mitrailleuses confisquées à un détachement dont les officiers avaient été neutralisés. García Oliver décrit Manzana comme un « homme serein et capable à la tête d’un petit détachement ». Le 24 juillet, lors du départ de la colonne Durruti de Barcelone, García Oliver, présent en tant que chef du département de la Guerre du comité des milices, dit sa préférence pour le sergent Manzana comme assesseur militaire au lieu du commandant Pérez Farras.

Il a été dit et écrit que Manzana se serait joint aux anarchistes, une fois sorti de la caserne de Las Atarazanas. D’autres voient en lui le redoutable tireur qui aurait tué aussi Ascaso d’une balle en pleine tête à partir de cette même caserne de Las Atarazanas. Théorie séduisante, certes, mais il faut aussi se souvenir que Enrique Obregón Blanco, secrétaire de la Federación Local de Grupos Anarquistas de Barcelona, mourut le 19 juillet de la même manière devant la Telefónica. Des tireurs d’élite dans l’armée, ce n’est pas ce qui manquait et ce malgré les médailles olympiques gagnées au tir par Manzana. Des récits font état de sa présence avec Gordo aux réunions du comité de Défense CNT de Barcelone de la Plaça Arc del Teatre.

Ortiz fait partie de ceux qui affirment ne pas avoir vu Manzana dans les combats à Barcelone durant ces journées de juillet. Mais cet « oubli » à propos de Manzana et la haine qu’il lui voue pourraient remonter à la découverte par Ortiz de la veste de Durruti, et au fait qu’il pense alors que le sergent Manzana a commis un acte délibéré. Dans la biographie qui lui est consacrée, Ortiz general sin dios ni amo, Ortiz présente Manzana comme détenu parmi d’autres prisonniers au siège du POUM où Gordo vint le chercher.

Si ce dernier fait s’avérait exact – car on peut imaginer que Manzana était resté bloqué dans la caserne ou fut retrouvé prisonnier dans une cellule, jusqu’à la reddition des insurgés, et fut ensuite embarqué avec d’autres prisonniers vers le local du POUM –, la venue rapide de Gordo pour le libérer serait alors encore des plus étranges. Gordo devait vraiment bien le connaître pour être venu si vite le chercher !

Le sergent Gordo Pulido est de la caserne de Las Atarazanas et il connaît le sergent Manzana. Les deux ont collaboré pour sortir des armes clandestinement de la caserne afin d’armer les militants confédéraux. Manzana n’était pas anarchiste ni membre de la CNT, il pouvait très bien être un républicain légaliste et hostile au coup d’État. Piégé dans la caserne avec les officiers factieux, il ne devait pas être le seul dans ce cas-là parmi la troupe. Combien de soldats pensaient ce jour-là venir en défense de la République, comme le proclamèrent les officiers nationaux félons pour les faire sortir dans la rue et contrôler les points stratégiques de Barcelone ?

Il faut aussi se rappeler que si Ortiz se souvient bien de Gordo et Terrer, c’est que ces deux militaires CNT furent affectés à sa colonne en Aragon et qu’ils se retrouvent tous plus tard en exil au Venezuela, tandis que Manzana rejoint la colonne Durruti comme conseiller militaire. Paz s’appuie aussi sur le récit de Luis Romero, Tres días de julio.

Un film soviétique [9] très troublant montre ce 19 novembre Manzana avec sa main blessée en gros plan, affublé du titre ronflant de chef d’état-major de Durruti, alors que c’est un illustre inconnu pour 99% des Espagnols. Le film suggèrerait insidieusement que c’est un « ami » car on le met presque plus en valeur que Durruti lui-même. Ces actualités seront vues par des millions de personnes à travers le monde. Dans un extrait d’une quarantaine de secondes et tourné quelques heures avant sa mort, on voit apparaître Durruti accompagné de Manzana. C’est à partir de la minute 2 et 23 s : Durruti y est présenté comme un « militant du front populaire » et Manzana y apparaît comme « son chef d’état-major », un titre purement militaire et peu conforme à la tradition des milices et colonnes. Le film reprend aussi la version officielle cénétiste de la balle fasciste. On peut y voir, avec un luxe de détails, les blessures à la main droite et ensuite un gros plan sur Manzana.

Sur des photos prises le jour de l’enterrement de Durruti, on peut voir Manzana tenant le bras d’Emilienne Morin. Il est là, près des « officiels » de la CNT et des membres de la colonne. Ce jour-là, la seule version ayant droit de cité est celle de la balle fasciste. Mais après ? Il y a eu l’enquête officielle de Sanz, bâclée et indigne de ce qu’a été la vie de Durruti au service de la cause. Manzana rejoindra la colonne qui sera finalement militarisée…

Depuis 80 ans, une chape de plomb continue d’entourer la mort de Durruti. En un sens, Manzana sera resté fidèle à la CNT par son silence assourdissant. Il se tait définitivement après avoir raconté autant de versions que d’interlocuteurs. Est-ce que cela en fait un bourreau pour autant ? García Oliver vivait lui aussi au Mexique, et il n’a visiblement jamais cherché à le revoir. Après tout, García Oliver savait depuis le début et il a menti par omission. Quant Mera lui demande de prendre la tête de la colonne et du combat, il refuse et restera… ministre, préférant que soit désigné Sanz pour diriger la colonne. Sa décision est prise dès la première minute après que Mera lui a annoncé la nouvelle : l’organisation doit être préservée et ne doit pas sortir humiliée par la mort accidentelle de Durruti. Avec la version du héros mort au combat, Durruti sera transformé en icône… C’est déjà la fin.

Durruti achèvera à Madrid une vie entière dédiée à la révolution. Ni abattu ni découragé, il représentait l’ultime espoir que la cause ne soit pas enterrée avec les impératifs de la guerre. En épilogue, disons que la notion de labyrinthe, de Miguel Amorós, et celle de bref été de l’anarchie, de Hans Magnus Enzensberger, résument fidèlement ce que fut le destin tragique de ce révolutionnaire libre de ce siècle…

Tomás Mera, le 14 février 2018

Notes :

[1Les Ecoles populaires de guerre seront réorganisées le 24.05.37 par Indalecio Prieto, nouveau ministre de la Guerre de Negrín qui les fera passer sous le contrôle direct du PCE.

[2Hans Magnus ENZENSBERGER, Le bref été de l’anarchie, Paris, Gallimard, 1975, p. 259.

[3Il s’agit du colonel Xanti, de son vrai nom Mamsurov Jadzhi-Umar, qui était membre des services secrets militaires soviétiques. En 2015, une mairie communistre proche de Madrid lui érigea une statue !
https://mundo.sputniknews.com/espana/201502161034395628/

[4Dans ses mémoires, Mera évoque une tentative d’assassinat sur lui,Verardini et un secrétaire. Suite à une première altercation avec Líster qui ment sur la prise de Brunete, Mera le confond auprès de Miaja et Indalecio Prieto. C’est fin juillet 37 lors de la bataille de Brunete. La riposte de Líster ne tarde pas. Deux jours après, le soir à son poste de commandement, Mera essuie une rafale de mitraillette. Lui et Verardini en réchappent mais pas le secrétaire qui sera amputé du pied. Mera appele le commuiste Modesto qui minimise l’incident. Modesto n’informe pas Miaja et parle d’une « balle perdue ». Le lendemain, Mera va voir Modesto et, la main sur son pistolet, lui demande des explications sur cette « balle perdue » provenant d’une rafale de mitraillette à huit kilomètres des lignes ennemies ! Miaja, qui sera finalement prévenu par Modesto, ne peut que constater…

[5Manuel BASTOS ANSART, De las Guerras Coloniales a la Guerra Civil. Memorias de un cirujano, Barcelone, Editorial Ariel, 1969.

[6Joan LLARCH, La muerte de Durruti, Barcelone, Ediciones 29, 1983.

[8GARCÍA OLIVER, op. cit., chapitre « El anarcosindicalismo en el Comité de Milicias ».

Les articles de cette rubrique

0 | 5 | 10

0 | 5 | 10



Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.59