Nous reprenons la rédaction des biographies de chacun des 117 ex-combattants italiens (anarchistes ou pas) dont le nom se trouve sur la liste « Libertá o Morte » du camp d’Argelès sur Mer, dressée par la police politique italienne le 8 août 1939.
Cela s’inscrit dans le cadre de notre collaboration à la base de données sur le camp de concentration d’Argelès-sur-Mer réalisée par Grégory TUBAN, de Perpignan : http://www.memorial-argeles.eu/fr/
https://www.memorial-argeles.eu/fr/1939/1939-2eme-periode-du-camp-avril-juin-1939/le-camp-des-brigadistes.html
Toutes les notices sont le fruit d’un travail de recherche en collaboration avec Tobia Imperato de Turin, et avec le regretté Rolf Dupuy de Paris.
La traduction et la rédaction sont réalisées par Jackie, giménologue.
Janvier 2026
BAGLIONI Mariano*1
Mariano Baglioni est né le 30 novembre 1904 à Serra San Quirico (Ancona). Sa famille s’installe le 23 mai 1911 à Fabriano. Peu enclin aux études, il ne termine pas le cycle élémentaire et commence à travailler comme coiffeur chez les républicains Giovanni, Amleto Schicchi et Gisleno Carelli. Entre temps, son goût pour la politique va se développer à partir des idées subversives et anarchistes.
En 1926 il part à Gualdo Tadino pour travailler ; et en octobre de la même année, un entrepreneur en bâtiment du Luxembourg l’embauche. Il émigre dans ce pays muni d’un passeport régulier, et s’établit à Dudelange où il ouvre un magasin de coiffure, le contrat de maçon ne lui servant qu’à s’expatrier.
Le 6 octobre 1930, il épouse Elvira Bucari qui est résidente à Dudelange, mais originaire de Gualdo Tadino ; ils auront une petite fille. Pendant son séjour, il développe une intense activité antifasciste parvenant à menacer les fascistes de Dudelange. Il est fiché par la police comme communiste. Le 25 février 1935 son nom est inscrit au Registre des Frontières*2.
Il est expulsé du Luxembourg le 25 octobre 1936 pour son activité politique, et il décide de rejoindre l’Espagne.
Baglioni quitte Dudelange le 4 novembre 1936 dans un convoi organisé par le Parti communiste. Il passe par Paris où il prend un train spécial avec 1400 autres volontaires, et rejoint Perpignan, puis la frontière espagnole.
Le 11 novembre 1936 il est enrôlé dans la formation « Guido Picelli *3 » qui rejoint le front de Madrid durant les dix premiers jours de décembre. Au début il a signé un contrat de six mois, mais il combattra pendant toute la durée de la guerre. La formation « Picelli » se fond dans le Bataillon Garibaldi, et Mariano participe à tous les combats sur le front de Madrid. Le 11 mars 1937 il est blessé sur celui de Guadalajara ; une fois guéri, il retourne à son poste dans le Bataillon Garibaldi.
Il combat à Brunete (août 1937), Farlete (août 1937), Fuentes de Ebro (octobre 1937), Extremadura (février 1938) et Caspe (mars 1938), où la Brigade Garibaldi est appelée à contrer une violente offensive franquiste qui conduira les républicains à se retirer sur la rive gauche de l’Èbre. Les nationalistes atteignent la mer Méditerranée à Vinaroz le 15 avril 1938, divisant en deux le territoire républicain. Baglioni participe également à la dernière offensive républicaine de l’Èbre (juillet-novembre 1938). Les brigades se retirant du front sur décision du gouvernement républicain à la fin du mois de septembre 1938, il est envoyé dans un camp de démobilisation.
Baglioni rejoint ensuite la France où il est détenu dans le camp d’Argelès-sur-Mer en février 1939, quinze jours durant. Pendant ce séjour il adhère au groupe Libertà o Morte. Puis, à la demande de la justice luxembourgeoise il est envoyé à Dudelange. Il y reprend ses activités politiques. Au moment de l’évacuation lors de l’entrée des troupes allemandes, il dénonce quelques fascistes du lieu et s’établit avec sa famille à Charolles.
Après l’armistice franco-allemande il retourne avec sa famille à Dudelange en juillet 1940, et reprend son métier de coiffeur, mais sans laisser de côté son activité antifasciste. Le 22 août 1940 il est arrêté par la police allemande et accompagné à la frontière italienne. Il arrive à Brennero le 30 août. Avant son arrestation, il a signé une pétition avec d’autres Italiens dans laquelle il se repent de son activité passée et demande la clémence. Mais le Consulat italien du Luxembourg oppose un veto à sa demande. Traduit en justice le 14 septembre 1940 il est interrogé à la préfecture de police. Il nie être communiste et avoir fait de la propagande pour ce parti, mais confirme avoir été en Espagne en raison de ses convictions anticapitalistes, et avoir combattu dans le Bataillon italien jusqu’à la fin de la guerre. Le 14 octobre 1940 il est condamné à cinq ans d’assignation à Tremiti, où il ne montre aucun signe de repentir quant à ses convictions politiques.
Il est libéré le 18 août 1943 et retourne immédiatement à Fabriano. Il participe à la guerre de libération dans la région de Fabriano. En rapport avec les Alliés, il anime une radio clandestine avec laquelle il renseigne sur les cibles à bombarder, participe au ravitaillement ainsi qu’à d’autres missions.
Mariano Baglioni décède le 21 mars 1969 à Dudelange.
Notes :
*1 Roberto Lucioli, Gli antifascisti marchigiani nella guerra di Spagna (1936-1939), Istituto Regionale per la Storia del Movimento di Liberazione delle Marche - ANPI [Associazione Nazionale Partigianid’Italia] Marche, Ancona, 1992, pp. 205.
AICVAS, La Spagna nel nostro cuore, 1936-1939. Tre anni di storia da non dimenticare, Tipografia Botti, Milano, 1996.
*2 : Registre dans lequel la police relevait les identités des personnes suspectes, du militant au vagabond.
*3 Sur Guido Picelli « rebelle et dérangeant, entretien avec Giancarlo Bocchi », par Olivier Favier : Extrait « Il meurt frappé d’une balle dans le dos le 5 janvier 1937. Sa mort fait penser aux assassinats de tant de militants anarchistes, socialistes ou supposés “trotskystes ” perpétrés par les agents de Staline - ou à la mort de Pietro Tresso en 1944, tué par ses camarades et partisans français avec d’autres dissidents » in : http://dormirajamais.org/picelli/
De Pino Cacucci : Oltretorrente, roman historique sur la lutte entre Italo Balbo et Guido Picelli, Christian Bourgois Éditeur, 2005, 235 p.
Voir sa biographie ici : http://www.antifascistispagna.it/?page_id=1843&ricerca=4021
Sources et bibliographies :
Celso Ghini, Adriano Dal Pont, Gli antifascisti al confino 1926-1943, Editori Riuniti, Roma, 1971.
Giacomo Calandrone, La Spagna brucia. Cronache garibaldine, Editori Riuniti, Roma, 1974.
Alvaro López, a cura di, L’antifascismo meridionale nella guerra di Spagna. Dalla Spagna al confino, AICVAS, Quaderno n. 2, Roma, 1982.
Adriano Dal Pont, Simonetta Carolini, a cura di, L’Italia al confino. Le ordinanze di assegnazione al confino emesse dalle Commissioni Provinciali dal novembre 1926 al luglio 1943, Vol. III, La Pietra, Milano, 1983.
Adriano Dal Pont, coordinatore, Antifascisti nel Casellario Politico Centrale, ANPPIA, Roma, Vol. II, 1989.
Enzo Nizza, direzione di, Enciclopedia dell’Antifascismo e della Resistenza, Vol. VI, La Pietra, Milano, 1989 (Tremiti).
Alvaro López, a cura di, Il battaglione Garibaldi, AICVAS, Quaderno n. 7, Roma, 1990.
Roberto Lucioli, Gli antifascisti marchigiani nella guerra di Spagna (1936-1939), Istituto Regionale per la Storia del Movimento di Liberazione delle Marche - ANPI Marche, Ancona, 1992.
La Spagna nel nostro cuore 1936-1939 Tre anni di storia da non dimenticare, AICVAS, Roma, 1996.
Hommage aux volontaires des Brigades internationales, Comité d’Organisation en faveur d’un “Monument commémoratif en l’honneur des Volontaires des Brigades Internationales”, Luxembourg, 1997.
Emanuela Lucertini, Guerra civile in Spagna. Articoli lettere testimonianze dei militanti marchigiani 1936-1939, Centro Regionale per la Storia dei Movimenti Sociali Cattolici e la Resistenza nelle Marche, Sassoferrato (AN), [2006].
http://dati.acs.beniculturali.it/CPC/CPC.detail.html?B00622
http://gimenologues.org/spip.php?article380 (26)
http://militants-anarchistes.info/spip.php?article4871
https://sidbrint.ub.edu/brigadista/baglioni-mariano
https://sovdoc.rusarchives.ru/Final_s/KOMINT00879/DIR0001/IMG0011.JPG
https://parridigit.istitutoparri.eu/public/multimediale/1/Monografie/multimedia_source/La_/sp/La_spagna_nel_nostro_cuore_1_2.pdf
http://parridigit.istitutoparri.eu/fondi.aspx?key=dettaglio&fondo=7&rec_id=1672&from=sfoglia&cp=1213
https://parridigit.istitutoparri.eu/fondi.aspx?key=dettaglio&fondo=41&rec_id=10177&from=ricerca&cp=182
https://www.antifascistispagna.it/wp-content/uploads/2016/10/Q2-Antifascismo-meridionale-da-Spagna-al-Confino.pdf
http://www.antifascistispagna.it/wp-content/uploads/2016/07/A00-01262-01-03-00046-000-105-Tassi-Libertario_0012.pdf
http://www.antifascistispagna.it/?page_id=1843&ricerca=5166
http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=215
http://www.ons-jongen-a-meedercher.lu/archives/personnes/baglioni-mariano/documents
http://www.estelnegre.org/documents/baglioni/baglioni.html