Notice revue et augmentée. Les giménologues le 13 janvier 2026
Source de la photo en médaillon : http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=44
Nous reprenons la rédaction des biographies de chacun des 117 ex-combattants italiens (anarchistes ou pas) dont le nom se trouve sur la liste « Libertá o Morte » du camp d’Argelès sur Mer, dressée par la police politique italienne le 8 août 1939.
Cela s’inscrit dans le cadre de notre collaboration à la base de données sur le camp de concentration d’Argelès-sur-Mer réalisée par Grégory TUBAN, de Perpignan : http://www.memorial-argeles.eu/fr/
https://www.memorial-argeles.eu/fr/1939/1939-2eme-periode-du-camp-avril-juin-1939/le-camp-des-brigadistes.html
Toutes les notices sont le fruit d’un travail de recherche en collaboration avec Tobia Imperato de Turin et avec le regretté Rolf Dupuy de Paris.
La traduction et la rédaction sont réalisées par Jackie, giménologue.
Janvier 2026
ALDEGHERI Carlo
Source de la photo en médaillon : http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=44
Carlo ALDEGHERI est né le 22 février 1902 à Colognola-ai-Colli (VARESE), de Mosé et de Maria Scartossoni. Il a cinq sœurs et six frères, et fréquente l’école jusqu’à la troisième année du primaire. Il suit son père dans les travaux des champs, puis il exerce les métiers de maçon, peintre en bâtiment et cordonnier. Avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale, il trouve un emploi comme terrassier dans l’armée. À la fin du conflit, il est appelé sous les drapeaux, mais parvient à obtenir sa démobilisation.
En 1920 il s’inscrit au Parti Socialiste, puis il rejoint les anarchistes. À cette époque, il vit de petits larcins, volant des marchandises dans les trains pour les revendre ensuite. Il subit la violence et les menaces des fascistes qui le contraignent à s’expatrier en France en 1922. Il se rend clandestinement à Antibes où il est aidé par un compatriote, Vittorio Perazzoni. Pour échapper aux recherches policières il endosse la fausse identité de Carlo Peruzzi *. Il mène alors une activité antifasciste avec les anarchistes à Toulon et à Paris. En 1924, il déménage à Paris où il vit pendant environ douze ans en travaillant comme cordonnier. Au cours d’une manifestation contre l’assassinat de Matteotti devant le Consulat italien de la capitale française, il est blessé d’un coup de feu tiré par un garde italien. Une fois rétabli, il est temporairement incarcéré à la prison de la Santé à Fresnes, sans chef d’accusation, puis expulsé en tant qu’ « élément subversif et dangereux pour l’ordre public ».
En 1932, il s’établit en Espagne à Sabadell dans la région de Barcelone, où il épouse Ana Canovas Navarro**, jeune ouvrière anarco-syndicaliste militante de la CNT (Confédération National du Travail). Ils ont une fille prénommée Primavera *** (Printemps). Aldegheri participe à la guerre civile, car « une nouvelle aurore est en train de naître dans ce pays », écrit-il à ses parents le 16 novembre 1936. Enrôlé dans la Milicia Alpina Sabadell avec le milanais Enrico Pedrazzini, il combat sur le Front d’Aragon, où il est blessé.
Fait prisonnier par les phalangistes au cours de l’été 1937, il arrive à s’évader quelques jours après et à rejoindre sa compagnie.
À la chute du front catalan, avec sa femme et sa fille il rejoint le flot de déplacés qui cherchent refuge en France. Il réussit à passer la frontière en février 1939, grâce à un faux bandage qui lui assure le passage en tant que blessé. Aldegheri est interné à Argelès, avec son ami d’enfance Mario Borsaro, où il rejoint le groupe anarchiste Liberta o Morte , crée par une centaine d’anarchistes. Il est ensuite transféré à Gurs et incorporé de force dans une Compagnie des travailleurs étrangers à Dunkerque. Arrêté par les Allemands lors de la bataille de Dunkerque, il est d’abord interné à l’hôpital militaire de Reims, transformé en camp. Il est ensuite envoyé dans le camp de concentration de Sagan (Wroclaw) à la frontière germano-polonaise. Il est interné pendant sept mois de juin 1940 à janvier 1941, travaillant comme cordonnier. Il est ensuite extradé en Italie en 1941 où il se voit condamné à cinq ans de relégation et assigné à résidence à Ventotene.*4 Puis on le transfère dans le camp de concentration de Renici. Le 18 septembre 1943 il est blessé au bras par l’éclat d’une bombe et envoyé à l’hôpital d’Arezzo. Une fois guéri, alors qu’il doit retourner sur l’ile de Ventotene il tente de s’enfuir mais se casse le coude en sautant d’un 2ème étage. Reconduit en cellule, il profite d’un bombardement et des brèches faites dans la prison pour s’évader. Après avoir parcouru des centaines de kilomètres à pied, il arrive dans sa région natale.
Aldegheri rejoint alors le Comité local de Libération dirigé par le professeur Alberto Viviani, et entre en contact avec la mission Rye. Arrêté le 10 septembre 1944 par les Allemands, il est interné dans le camp de Bolzano*5, (numéro matricule 8062), où il retrouve des amis : Egidio Meneghetti, Giovani Faccioli et Berto Perotti. Il est libéré à la fin de la guerre et obtient le grade de sous-lieutenant dans la guerre de libération. Retrouvant sa famille, il vit quelques années en Italie où il s’investit dans l’U.V.A.M (Union des Militants Antifascistes de Vérone).
En 1951 il s’établit définitivement au Brésil (rejoint peu après par sa femme et sa fille), et il ouvre un petit atelier de chaussures à Guarujà. Il mène une intense vie associative dans la région de San Paolo : orateur dans les pique-niques libertaires, il encourage et soutient les initiatives éditoriales anarchistes en langue portugaise. Il publie les livres d’éminents historiens lusitano-brésiliens comme Edgar Rodrigues, et réédite des pamphlets de vulgarisation comme la PreAnarquia-sugestöes Praticas Sobre a organizaçäo da sociedade Futura, de Randolfo Vella. Il contribue à l’acquisition d’une imprimerie et d’un terrain pour les besoins du mouvement libertaire local. Il reste en correspondance épistolaire avec des rescapés de la guerre d’Espagne, des fédérations et des groupes anarchistes d’Europe et d’Amérique. En octobre 1961, il participe au deuxième congrès des fédérations locales de la CNT en exil au Brésil.*6
Aldegheri meurt le 4 mai 1995 à Guarujà, petite ville où il a longtemps vécu, et où un Centre d’étude libertaire et bibliothèque porte son nom en 2010.
Notes
* Berardo Taddei, Veronesi nella Spagna republicana, Verona 1975.
**dite Anita, née le 3 novembre 1906 à Murcia (Espagne) et décédée au Brésil en 2015 à l’âge de 109 ans (Sacchetti, 2013, p.82) : http://www.umanitanova.org/2018/03/25/dalleuropa-al-brasile/
***Primavera Aldegheri naît à Sabadell (Espagne) en 1933. Elle émigre au Brésil avec ses parents. En 1957 elle s’établit en Italie où elle vit depuis (info donnée par M. Jeremias, de Guaruja : e-mail à C. Romani du 3 avril 2013).
*4 Giorgio Sacchetti, Ventotene-Renicci d’Anghiari : dal confino al campo di concentramento, A rivista anarchica, a. XL, n. 6 (354), giugno 2010. http://www.arivista.org/riviste/Arivista/354/61.htm
*5 Dario Venegoni, Uomini donne e bambini nel lager di Bolzano - Una tragedia italiana in 7982 storie individuali, Fondazione Memoria della Deportazione - ANED – Mimesis Edizioni, Milano, 2005. https://www.deportati.it/static/pdf/libri/venegoni_sec.pdf
*6 http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=44
Carlo & Anita Aldegheri : Vidas dedicadas ao anarquismo, Guarujá / São Paulo, Núcleo de Estudos Libertários “Carlo Aldegheri” / Centro de Cultura Social SP, 2017, 115 pp. + ill.
Due lunghe vite d’amore e d’anarchia, è il caso di dire, sono rievocate in questo bel volume dato alle stampe dagli attivissimi centri culturali libertari di Guarujá e San Paolo. Carlo Aldegheri, italiano (1902-1995) e Anita Canovas Navarro, spagnola (1906-2015) sono stati due militanti e combattenti dell’antifascismo internazionale in Europa, nel periodo tra le due guerre mondiali. Conosciutisi durante la guerra di Spagna, non si lasceranno più. In Brasile, dove si trasferiscono negli anni Cinquanta, partecipano e si fanno promotori di molte iniziative del movimento anarchico di quel paese, cui dedicano tutto il loro tempo e le loro risorse finanziarie. Carlo è morto a 93 anni ed Anita addirittura a 109 ! Le loro vite da esuli e migranti, straordinariamente vissute, attraversando il Novecento nelle lotte per l’emancipazione e per il riscatto umano e sociale, affrontando in armi il fascismo, subendo carcere e persecuzioni, dedicandosi anima e corpo agli ideali anarchici, sono ora ricostruite in questa importante pubblicazione. Il libro, in lingua portoghese, arricchito da un interessante apparato fotografico, è così strutturato : presentazione editoriale del Nucleo di Studi Libertari “C. Aldegheri” e del Centro di Cultura Sociale ; note biografiche sui protagonisti di Marcolino Jeremias ; “Carlo Aldegheri, uno dei pilastri della Colonna di Ferro”, saggio di Antonio Carlos de Oliveira ; “Senza patria, senza padrone”, saggio di Paulo Cesar Amaral ; intervista di Sonia Maria de Freitas (Museo dell’immigrazione).
Info e richieste alla Biblioteca “C. Aldegheri” di Guarujá nelca@riseup.net oppure al centro di Cultura Sociale di San Paolo ccssp@ccssp.com.br.
Giorgio Sacchetti
Sources et bibliographie :
Ugo Fedeli, Un trentennio di attività anarchica (1914-1945), L’Antistato, Cesena (FO), 1953.
Giacomo Calandrone, La Spagna brucia. Cronache garibaldine, Editori Riuniti, Roma, 1974.
Berardo Taddei, Veronesi nella Spagna repubblicana, Verona, 1975.
Istituto Milanese per la Storia della Resistenza e del Movimento Operaio, K1 B45 Lombardi e ticinesi per la libertà in Spagna, Collaborazione del Comitato Lombardo dell’AICVAS, Vangelista, Milano, 1976.
Alvaro López, a cura di, L’antifascismo meridionale nella guerra di Spagna. Dalla Spagna al confino, AICVAS, Quaderno n. 2, Roma, 1982.
Pietro Bianconi, La resistenza libertaria, Tracce, Piombino (LI), 1982.
Adriano Dal Pont, Simonetta Carolini, a cura di, L’Italia al confino. Le ordinanze di assegnazione al confino emesse dalle Commissioni Provinciali dal novembre 1926 al luglio 1943, Vol. II, La Pietra, Milano, 1983.
Adriano Dal Pont, coordinatore, Antifascisti nel Casellario Politico Centrale, ANPPIA, Roma, Vol. I, 1988.
Pietro Bianconi, Gli anarchici italiani nella lotta contro il fascismo, Archivio Fam. Berneri, Pistoia, 1988.
Enzo Nizza, direzione di, Enciclopedia dell’Antifascismo e della Resistenza, Vol. VI, La Pietra, Milano, 1989 (Ventotene).
Alfonso Failla, Nel campo di Renicci d’Anghiari, L’Agitazione del Sud, a. X, n. 9, settembre 1966, Palermo, in Paolo Finzi, a cura di, Insuscettibile di ravvedimento. L’anarchico Alfonso Failla (1906-1986) Carte di polizia scritti testimonianze, La Fiaccola, Ragusa, 1993.
La Spagna nel nostro cuore 1936-1939 Tre anni di storia da non dimenticare, AICVAS, Roma, 1996.
Giorgio Sacchetti, Presenze anarchiche nell’Aretino. Dal XIX al XX secolo, Samizdat, Pescara, 1999.
Fabrizio Giulietti, Il movimento anarchico italiano nella lotta contro il fascismo 1927-1945, Lacaita, Bari, 2003.
Dario Venegoni, Uomini donne e bambini nel lager di Bolzano. Una tragedia italiana in 7982 storie individuali, Fondazione Memoria della Deportazione - ANED - Mimesis, Milano, 2005.
Giorgio Sacchetti, Renicci 1943 Internati anarchici : storie di vita dal campo 97, Aracne Editrice, Roma, 2013. http://www.arivista.org/riviste/Arivista/354/61.htm
Ilaria Poerio, A scuola di dissenso. Storie di resistenza al confino di polizia (1926-43), Carocci, Roma, 2016.
Paola Brolati, Fabio Santin, Campo 97. Anarchici e slavi internati a Renicci nel 1943, CLEUP Cooperativa Libraria Editrice Universitaria, Padova, 2018.
Paolo Pasi, Antifascisti senza patria, Edizioni Elèuthera, Milano, 2018.
Andrea Dilemmi, a cura di, Due continenti, quattro paesi. Carlo Aldegheri. vita di un anarchico da Verona al Brasile, Cierre, Sommacampagna (VR) - Biblioteca G. Domaschi, Verona, 2021.
http://dati.acs.beniculturali.it/CPC/CPC.detail.html?A01436
http://www.aicvas.org/aic-a-043-055(m).pdf
http://www.deportati.it/static/pdf/libri/venegoni_sec.pdf
https://nelcarloaldegheri.blogspot.com/2013/12/carlo-aldegheri-uma-merecida-homenagem.html
http://nelcarloaldegheri.blogspot.it/2013/12/carlo-aldegheri-uma-merecida-homenagem.html
http://sidbrint.ub.edu/it/content/aldegheri-carlo
https://umanitanova.org/dalleuropa-al-brasile/
https://sovdoc.rusarchives.ru/Final_s/KOMINT00878/DIR0013/IMG0075.JPG