Poèmes d’Antoine. Deuxième recueil.

vendredi 4 mars 2005
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DANS LA RUE
 
Je vous demande pardon mais,
Je vous aime, Madame, depuis que mon sort
Fit croiser nos chemins, tout près du Vieux Port,
Je vous ai suivie sans oser vous parler,
En vous admirant, je rêvais de caresses et de baisers.
 
Depuis huit jours déjà, je vous suis sans cesse
Comme si vous teniez mon pauvre cœur en laisse ;
Car je vous aime, Madame, comme aimaient jadis
Les humbles ménestrels d’une duchesse épris.
 
Mais, dites dons, Monsieur, je ne vous connais pas !
 
Je suis un ouvrier, Madame, et on m’appelle François.
 
Un ouvrier ! Allez conter ailleurs vos sornettes !
Je suis mariée, Monsieur, et je suis honnête !
Si vous continuez à m’importuner, j’en serais navrée,
Mais je me verrais obligée d’en aviser mon mari ! ! !
 

A LA MAISON
 
Chéri, aujourd’hui, un homme m’a abordée.
Il a été gentil, il m’a dit qu’il m’aimait
Mais je suis ta femme, je t’aime et sans façons
Je me suis débarrassée de ce pauvre bouffon.
 
Tu as bien fait, Cocotte, et comment qu’il était ?
 
C’était un ouvrier, pauvrement habillé...
 
Il t’a accostée en te voyant toute seule ?
Demain, je serai avec toi, si on le voit, je lui casse la gueule
Pour lui apprendre une fois pour toutes
A ne jamais se retrouver sur ta route.
Puis tu sais, Chérie, je veux me venger
D’avoir osé penser que tu pouvais l’aimer
Car je ne permettrais jamais à personne
D’essayer de prendre ma place dans ton cœur.
 

DANS LA RUE. 2
(Devant un magasin de modes)
 
Madame, cette robe vous irait à ravir,
Donnez moi la joie de pouvoir vous l’offrir
Et de l’admirer, de votre charme parée
Servir de digne fourreau à votre digne beauté...
 
Monsieur je ne sais pas... Mais oui,
En l’acceptant vous me feriez plaisir,
Venez ! (Comment pouvoir refuser
Une offre si galante d’un monsieur distingué ?)
 

Je voudrais pouvoir, O ma beauté,
T’appeler mon ange ou ma divine,
Mais dans ta prunelle serpentine
J’ai revu l’éclair qui m’a damné.
 
Je voudrais, mais n’ose pas te dire
De la douleur l’inépuisable gamme
Qui sort des tortures de mon âme
Sous ta morsure douce de vampire.
 
Tout mon amour, tout mon désir de mâle
Qui, attaché à ton char de conquérante
Me poursuit le jour et la nuit me hante
 
Et fait que ma vie s’échappe dans un râle
Silencieux lorsque tes lèvres roses
S’ouvrent, pour d’autres, de ton doux sourire.
 
Je sens mon cœur qui doucement soupire :
Sans ton amour, oh ! Que la vie est morose !
 

Un colibri
Ou un roitelet
Dans la forêt.
 
Un papillon
Multicolore
Sur une fleur.
 
Une rose
Ou un œillet
Parfumés.
 
Une pièce
De soie
Ou de velours
Douce au toucher.
 
Le regard
D’un œil vert
Noir ou bleu
 
Voilà
Pour un poète
Le bonheur.
 

 La vie s’écoule lentement,
C’est l’heure du départ :
 
Tu t’éloignes doucement
 Et ton pas résonne
Tristement
Tout au fond de mon cœur
 Comme un glas...
 
 La vie s’écoule lentement,
 
Comme le ruisseau coule
Vers la rivière et vers la mer
 
 La vie s’en va calmement
Vers la mort...
Laissant mon cœur plein de tristesse
 Et d’ennui...
 

Je te hais, O mon aimée
Toi qui m’as volé
Avec un regard et un sourire
Le pouvoir de rire.
 
Dans mon pauvre cœur ravagé
Seule reste l’image
De ton doux visage
Menteur.
 
Voleuse, garce sans pitié,
A l’appât de ta beauté,
Tu as pris mon âme
Qui brûle à petit feu
Ou se tord dans la flamme
Que ton regard de femme
Alluma dans mes veines...
 
Et toi, chérie, ma reine
Je t’aime et je te hais.
 

Vous êtes belle et vous le savez
Chaque matin le miroir
Vous le répète, et chaque soir
Vous recomptez dans votre lit
Combien de fois on vous l’a dit
Dans la rue, au théâtre, au café.
Pourtant personne n’a désiré
Comme moi en ce moment
Ne fût-il qu’un seul instant
Vous avoir sur mes genoux...
 
Lorsque je vous ai vue
La surprise a été telle
Que jamais femme nue
Ne m’a paru si belle.
Le hasard, ce dieu fou,
Voulant rire de moi
M’a jeté près de vous
Surpris en plein émoi.
 
Incapable de dire ce que je sens
Dans le fond de mon cœur
Et dans le flot de mon sang
Cette étrange douleur
Ce désir qui sans cesse
Veut que je sois votre esclave
Et que vous soyez ma maîtresse.
 

LA NUIT
 
La nuit lentement
Recouvre la terre
Et paresseusement
Richesse et misère
Disparaissent dans le noir.
 Une brise légère
 Caresse tes cheveux
Les vagues doucement
Se brisent sur la grève,
Langoureusement, je poursuis mon rêve
Qui fuit dans la nuit
 Et fait durcir tes seins
 Sous sa douce caresse
La lune illumine
De sa blanche clarté
Ta silhouette fine
Et la sombre beauté
Des roches et des arbres cachés dans le noir
 Fait frémir tes cuisses
 Et se cabrer ton corps
Le ciel, c’est un tapis
Parsemé de diamants
De roses et de lys
C’est un bouquet charmant
Ta gorge offerte aux baisers dans la nuit
 Pendant que le désir obscurcit ton cerveau.
 

Tu m’as dit ; je crois en Dieu.
Et moi, j’ai regretté
De ne pouvoir te répondre :
Je crois en ton Dieu.
 
Mes Dieux sont l’amour et la beauté
Eclairés par le puissant flambeau
De la belle, éblouissante, divine Liberté
Dont l’image accompagne les hommes au tombeau...
 
Ton Dieu est tout ignorance et mensonge,
Son Amour est hypocrite, sa Bonté est tarifiée
Sa Liberté n’existe qu’à l’état de songe
Pour la masse des croyants devant lui prostrée.
 
Mes Dieux ne réclament ni encens, ni église, ni prière,
Ma liberté embrasse toute l’humanité
Ma Bonté est sensible à toutes les misères
Et mon Amour caresse tout ce qui est beauté...
 
Tu m’as dit : je crois en Dieu.
Et moi, j’ai regretté
De ne pouvoir te répondre :
Je crois en ton Dieu...
 

La Russie massacre les Hongrois
La France les Algériens
Albion les Chypriotes
Ceux qui se font tuer dans tous les camps, ce sont toujours les Ilotes.
Que ce soit ceux de Nasser ou ceux des tribus d’Israël,
Les enfants de Cam, de Sem ou bien ceux de Japhet,
Tous marchent à la mort en criant : LIBERTE !
 
LIBERTE !
Le plus précieux trésor que nous donna la nature.
LIBERTE !
En ton nom, aujourd’hui, on tue, on viole, on torture.
O Liberté ! Mon bel idéal qu’on a chargé de chaînes.
De par le monde on n’entend plus que des cris de souffrance et de haine.
 
Ouvriers, Parias, Fellahs, Prolétaires,
O Vous qui trimez, nous sommes tous des frères :
Au lieu de nous tuer pour l’intérêt des autres ;
Apprenons à combattre pour défendre les nôtres.
Retournons nos armes contre nos ennemis...
Ils ne sont pas là-bas, ils sont tout près : ici !
Ce sont les financiers et tous les marchands d’armes
Qui remplissent leurs coffres de notre sang et de nos larmes
Ce sont les patrons des chantiers, des usines et des champs
Et ceux qui ne produisent et ne vendent que vent :
Tous les politiciens de droite ou de gauche
Et tous les chiens qui rampent en leur léchant les pattes.
Voilà nos ennemis, à nous les modernes esclaves.
Apprenons à briser nous-mêmes nos entraves,
A aimer la liberté pour bâtir de nos mains
Un avenir heureux aux hommes de demain.
 

Tristesse des soirs d’automne :
Sous la morsure du froid
Les feuilles jaunissent, tombent
Et s’en vont au gré du vent...
 
En attendant le sommeil qui fuit
Dans la nuit qui m’environne
Je pense à mes rêves évanouis...
 
Tristesse des nuits d’automne :
Tout seul dans mon grand lit,
En « écoutant l’orage qui tonne,
J’évoque son image jolie.
 
Le vent, dehors, souffle et mugit...
Pour ses beaux yeux de madone
Mon pauvre cœur pleure et gémit...
 
Tristesse des soirs d’automne
Lorsque je pense à mon amie
Qui, tout seul, m’abandonne
Mon cœur s’arrête et tout finit...
 
Sous la morsure du froid
Les feuilles jaunissent, tombent
Et s’en vont au gré du vent.
 

 A J.J et D. BREST
 
MAMAN CHERIE,
 
Sois tranquille car je suis très sage,
Je lave tous les jours mes mains et mon visage,
Je mange bien, je dors, au grand air je m ‘amuse.
Enfin , Petite Maman, ton Pierrot est content,
Dans mon porte-monnaie j’ai encore de l’argent...
 
...........................................................
 
Tout a disparu dans un ombre confuse
Où je ne voyais plus qu’un minois d’enfant,
Qui avec le sérieux d’un homme de huit ans,
Rédige cette lettre, importante entre toutes
Pour rassurer sa maman et lui enlever ses doutes
Qu’elle pourrait avoir sur sa maturité...
 
Les enfants sont loin, là-haut, au pied d’une montagne
Mais ils sont aussi très près , car notre cœur accompagne
Notre pensée qui s’envole vers eux...
Et l’on croit entendre là tout près de nous,
Des rires argentins et des cris de Sioux...
 

SPLEEN
 
Tristesse des soirs d’été
Lorsque l’étoile qui tombe
Trace une ligne de feu
Du sommet du ciel à la tombe
Où l’on voudrait bien aller
 
Tristesse des soirs d’été
Lorsque le cœur blessé
Aspire à un peu d’amour ou de tendre amitié
Tristesse de sentir que l’on n’est pas aimé
Et que l’on a soif de caresses et de baisers
On a la mort dans l’âme
Et dans le cœur la flamme
D’un amour sans espoir que l’on ne peut étouffer.
 
Tristesse des soirs d’été
Lorsque l’étoile qui tombe
Trace une ligne de feu
Du sommet du ciel à la tombe
Où l’on voudrait bien aller.
 

Promenant un soir au bord de la rivière,
Une rouquine charmante, d’allure souple et fière,
Croisa mon chemin et d’un regard très doux
Attacha mon désir avec ses cheveux roux.
 
Au compas d’une valse, tout près d’un buisson,
Lentement je fis tomber sa robe de nylon.
D’un geste rapide elle a alors pris ma bouche
Dans un baiser profond, passionné, farouche.
Puis à son tour, en mouvements précis,
Par une longue pratique sûrement acquise,
Elle défit ma ceinture, mon pantalon, ma chemise,
M’étalant tout nu au souffle de la brise
Et aux rayons argentés d’une pleine lune
Qui souriait goguenarde de ma bonne fortune.
 
Dès que je fus ainsi qu’elle le désirait,
Avec ses lèvres et ses mains commença à caresser
Ma poitrine, mon dos, mon ventre, mes reins,
Pendant que tendrement je pétrissais ses seins.
 
Ses jambes fléchissaient, lentement, sans à-coup
Et lorsqu’elle se trouva sur l’herbe à genoux,
Telle une croyante dans l’ombre du sanctuaire,
Elevant vers son Dieu une ardente prière,
Elle prit comme hostie dans sa bouche ma verge.
 
Je sus ce soir-là qu’elle était encore vierge.
 

MOI
(portrait)
Je suis chauve, bossu, un nez monumental
Orne le milieu de ma triste figure.
J’ai les yeux inexpressifs recouverts de cristal,
Seule ma jambe poilue, est encore rapide et sûre.
 
Je ne suis pas beau, ce n’est un secret pour personne,
Une illusion pareille jamais je n’ai nourrie.
J’aime sortir le soir lorsque minuit sonne,
Car la nuit, ma chère, tous les chats sont gris.
 

Qui est-elle ?
 
Je ne sais que son nom :
Le nom gentil d’une fleur en bouton.
 
Front blanc, cheveux noirs, joues roses,
Un sourire charmant qui suggère des choses.
 
Est-elle un ange, une femme, un démon ?
 
Peut-être la fille d’un faune fripon,
Et d’une nymphe, ou bien une houri
Echappée pour l’amour d’un mortel du paradis ?
 
Je ne connais d’elle que sa silhouette
Sesyeux noirs et son nom ; Rosette.
 

Oh ! Mon amour, je suis en retard
Chez Tante Aglaé j’ai passé mon temps...
Ce charmant monsieur, avec une gentillesse exquise
En me voyant pressée dans sa voiture m’a prise.
Je te le présente : Monsieur Georges Beoef.
 
Je suis enchanté, Monsieur, permettez-moi
De vous ouvrir la porte de mon humble chez moi.
Me ferez-vous l’honneur de dîner avec nous ?
Nous sommes à l’étroit, mais on s’arrangera toujours.
 
Vous me comblez, Monsieur, et n’étant pas d’ici
Il me faut aller à la recherche d’un lit.
 
Oh ! Que cela ne nuise à mon invitation
Vous reposerez dans notre chambrette
Vous pourrez partager le lit avec Ginette
Pendant que j’irai coucher dans le salon.
 

RIMES
 
Je voudrais être poète pour chanter ta beauté
Ou bien sculpteur ou peintre pour l’immortaliser
Mais je ne suis qu’ouvrier sans esprit ni culture
Pour exprimer ce que je pense j’emprunte à la nature
Ses expressions les plus simples dénuées d’ornements.
 
Je voudrais que partout ma pensée t’environne
Que dans ton oreille doucement résonne
Comme le son d’une cloche qui vibre lointaine
Et qui se perd dans l’air d’une nuit sereine.
 
Qu’elle t’enveloppe comme le parfum
Des roses, des œillets, du chypre et du ,jasmin.
Je voudrais en un mot que tu puisses m’aimer
Comme moi je t’aime : sans jamais t’oublier.
 
Le désir est endormi, ma passion éteinte,
Seul mon amour refuse de céder :
Il garde l’espoir d’une possible étreinte
Un jour que tu seras assoiffée de baisers
 
Lorsque tu seras vieille, seule, par tous délaissée
Je serai encore là, moi , le seul ami
Qui tout simplement t’a sûrement aimée
Heureux de te donner tous les jours de ma vie.
 

SOUVENIR
 
Cette nuit, silencieuse, tu es venue
Dans la sombre mansarde qui me sert de logis
Tes bras ont formé un collier à mon cou
Puis tu t’es assise, légère, sur mes genoux :
Ton regard souriait, et ta bouche entrouverte
Etait une belle fleur à mes baisers offerte.
 
Ma langue butinait la fleur de ton oreille,
Ma main droite caressait, de ton sein, la pointe vermeille
Ma main gauche courait le long de tes cuisses
Qui, dures comme marbre, étaient douces, tièdes et lisses.
 
En jouissant, tu râlais : « Arrête, grand fou ! »
 
Ma caresse était longue, elle durait toujours.
Alors tu te jetas sur lit qui était proche,
Pâmée, gémissante, étant à bout de forces.
( la robe retroussée montrait ton ventre blanc)
La toison soyeuse de ton sexe ardent
Appelait les baisers et les caresses douces
Tendres, voluptueuses des mains et de la bouche,
Avant de célébrer dans l’étreinte finale
L’écartement du vagin par la verge mâle.
 

SOUVENIR (2ème partie)
 
A genoux devant toi ma main courait des hanches,
Légère, frémissante, jusqu’à ta gorge blanche
Et suçant ton bouton de tes lèvres gourmandes
J’aspirais un alcool fait de miel et d’amandes
Qui troublait mon cerveau d’une étrange ivresse
Faisait redoubler l’ardeur de mes caresses
Jusqu’à l’instant où, poussé par un désir fou,
(tes cuisses sur ma poitrine, tes jambes à mon cou)
J’ai rentré avec un tendre et rude effort
Mon arme dans ton ventre : ma verge dans ton con.
 

SABLE ET GRAVIER
 
Je suis heureux lorsque je te vois,
Je voudrais pouvoir te serrer dans mes bras
Une heure, un jour, une semaine, un mois
Ou bien, chérie, le temps que tu voudras
 
Un baiser, mignonne, n’a guère d’importance
Et pourtant c’est le bonheur de toute une existence
Le refrain sentimental d’une tendre romance.
 
Un baiser, ce n’est rien et c’est beaucoup, mignonne
C’est la main que l’on tend, c’est la fleur que l’on donne
A l’être qui ne rêve te ne voit plus que vous.
 

Toi, tu n’es jamais content !
 
Oui, c’est vrai
Je désire aujourd’hui la lune,
Demain les étoiles, et après
Le ciel, la mer, la terre
Avec toutes les fleurs,
Les arbustes, les buissons
Et les sombres forêts
Avec des lacs profonds...
 
Car tout ceci je voudrais l’avoir
Pour t’en faire hommage
Et le mettre à tes pieds.
 
Mais pour être content, moi
Pour être l’homme comblé
Le plus heureux du monde
Il ne faudrait qu’une chose
Et une personne,
Que j’ai cherchée vainement
Dans mon existence vagabonde :
 
Ton amour et toi
Mignonne ! ! !
 

Hiver triste et froid
 Brouillard
 Frimas
 Neige
 Verglas
Faible et triste soleil
Crépuscules gris ou vermeils
 Brouillard
 Frimas
 Neige
 Verglas
La terre dort, indifférente
A la misère et lente
Passe son temps
Sous son linceul de neige blanche
Hiver triste et froid
 Brouillard
 Frimas
 Neige
 Verglas
Et ton cœur est fait aussi
O mon aimée, O ma chérie
Comme l’hiver dur et froid
De brouillard
 Frimas, neige, Verglas.