Poémes d’Antoine. Premier recueil.

samedi 5 mars 2005
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Antoine aimait la littérature. Comme vous pouvez le vérifier à la lecture de ses "Souvenirs...", il s’est essayé à l’écriture.
Ces poèmes ont été retrouvés et retranscrits pêle-mêle. Il a été impossible de les dater précisément. Certains sont dédiés à ses camarades...
Ses thèmes de prédilection y sont respectés, autant que dans ses mémoires : amour(s), révolution, combats...

 

Ils sont tous morts les jeunes de mon temps

Georges, Alexandre, Cartagena, Carlos
Ramona, Mimosa, Conchita et Augusta
Ils sont tous morts les jeunes de mon temps
 
Ils avaient du courage, ils étaient forts et beaux
La vie était pour eux pleines de projets heureux
 

A Maman
 
J’ai retrouvé mes sœurs, tes filles Maman !
Si Krishna disait vrai, si bouddha ne mentait pas,
Si Christ était sincère lorsqu’il prêchait l’amour
Aux peuples de la terre-mais ils oublient toujours-
Quelque-part dans l’éther, Maman tu me vois
Et tu entends le prière qui monte vers toi
De mon cœur ravagé par la souffrance et le doute :
J’ai retrouvé mes sœurs, tes filles Maman !
Fais, je t’en prie, que je ne reparte pas
Révolté, vagabond, sans foyer sur la route ,
Fais que jamais plus je ne me sépare d’elles,
Que nous vivions ensemble nos heures les plus belles.
Lorsqu’on devra venir auprès de toi, Maman,
Fais que je sois le premier, oh je t’en prie Maman !!
 

Lorsque la misère, la maladie, la douleur
S’acharnent sur toi, au lieu de courber la tête
Rassemble tes forces pour faire face au malheur
Et regarde le ciel en chantant à tue-tête.
 
Que personne ne voie de ton cœur la souffrance,
Surtout tes copains, tes parents, tes amis,
Car ils laissent briser ton épée et ta lance
Pour avoir le plaisir de t’entendre gémir
 
Lorsque, terrassé par les coups durs du sort,
Tout souillé de sang, de larmes te de poussière,
Essayant de te relever dans un dernier effort :
O Mort, délivre-moi de la trop lourde misère !
 
Car il n’y a pas d’amitié, d’amour ou de bonté :
Si tu ne peux que donner ces choses abstraites
Qui sont ton affection, ton estime et ta sincérité
Tu seras toujours seul en ce monde qui se fait une fête
 
Des larmes
 Des plaintes
 Et des sanglots d’autrui...
 
 
 

Noël
 
Il y a deux mille ans environ,
Naquit en Judée un homme eux yeux profonds.
Il était franchement un tendre et doux poète
Les hommes pour le fausser en firent un prophète.
Il disait que tout, tous nous sommes frères
Il fustigeait sans pitié les fauteurs de misère,
Il aimait Marthe et Marie, une prostituée,
Car il vivait d’Idéal, d’Amour et de Beauté.
 
Les puissants d’alors, par peur de sa foi,
Le firent périr cloué sur la croix.
 
Depuis sa mort l’hypocrisie profonde
Se partage avec l’envie le royaume du monde.
 
 

Voilà... je ne sais si vous pourriez me lire
Bien sagement sans ricaner ni rire
Car, je le jure, c’est bien la vérité :
 
Ce que mon cœur n’ose pas vous dire
 
« Vous me plaisez, Madame, et moi je désire
en hommage à votre grande beauté
vous couvrir de baisers et de mille caresses
qui de moi votre esclave et de vous ma maîtresse ».
 
 

Etendue sur ta couche,
Seuls tes cheveux et ta bouche
Tachent de rouge et de noir
La blancheur neigeuse des draps...
 
Crispé, ton beau visage
Par la douleur et l’image
D’une vierge violée
 
Un rictus tord ta bouche
Dans un effort farouche
Se crispent tes mains blanches
Et tu te plains doucement...
 
 

Ma vie est à l’amour comme le lierre au chêne.
Riche seulement de ma tendresse et de mes rêves,
Lougre poussé par la divine haleine
Je remonte lentement les rives du grand fleuve
T’apportant humblement ma cargaison de trésors.
 
Ainsi, avec l’amitié que mon cœur abreuve,
Méchante, je t’offre mes caresses plus précieuses
Que l’argent et que l’or.
 
 
 

Jadis les trouvères,
Admis dans les châteaux
Quêtaient, les pauvres hères
Un triste verre d’eau
Et sur leur mandoline
L’air d’une chanson
Inspiré par la divine
Nostalgie de l’amour
Egayaient la châtelaine
Chacun à leur tour...
 
 
 

Hélas, voilà le jour,
La nuit s’achève.
 
Resté seul, le poète
Incline la tête et pleure :
 
Elle ne l’aime pas...
 
 

Habillée d’un pantalon droit et d’un corsage de dentelle
Qui laissait voir les pointes roses des seins
Tu étais si évoquemment belle
Que le sang s’arrêta d’affleurer à mon cœur.
 
Tu m’as pris les deux mains en me tendant tes lèvres
Puis, tu m’as dit tout bas, d’une voix rauque : « Chéri,
Aujourd’hui c’est à moi de tempérer ta fièvre
Et, en te caressant, rechercher mon plaisir.
 
Car vois-tu ce matin j’ai mis à ma ceinture
Pour arrêter ton élan la flamme d’une fleur
Puisque plus bas je suis périodiquement impure
Et pour quatre jours interdite au bonheur.
 
Aujourd’hui oublie que tu es depuis longtemps mon amant
Tu n’es plus qu’un garçon ignorant et timide
Qui pour la première fois en amour sort gagnant
D’une experte maîtresse luxurieuse et splendide... »
 
Puis brusquement ta bouche gourmande
Est entrée dans la danse : avec ta langue et tes lèvres
Tu as tressé la plus flamboyante , exquise guirlande
De caresses ardentes et de baisers de fièvre...
 
Ma vie est partie dans l’écrin rose de tes dents
Comme déferle des cimes neigeuses l’avalanche
Et je suis resté immobile, vidé, presque mourant
Une main crispée sur tes cheveux et l’autre sur ta hanche.
 
 

Lorsque nous étions seuls, Simone était gentille
Etendu sur le divan, je lisais ou rêvais...
Sachant qu’elle était un joli brin de fille
En pantalon de dentelle à ses affaires vaquait,
Les seins orgueilleux, libres de toute entrave
Sur leurs tétons roses appelaient les baisers
Et celui qui était alors leur esclave
En les admirant sentait son sang s’embraser.
 
Lorsqu’elle avait fini d’arranger sa chambrette
Venait en silence tout auprès de moi
Et le désir d’aimer reprenant la coquette
Déployait tout son charme à réveiller mon émoi.
Les seins doucement venaient frôler mes lèvres
Puis ses dents blanches mordillaient ma poitrine...
 
Dans mes veines couraient des frissons de fièvre
Qui raidissaient mon corps... et la coquine
Se couchant sur moi d’un mouvement câlin
Prenait alors ma verge dans sa bouche gourmande
Et présentait à mes lèvres assoiffées son vagin...
 
Oh ! A Lesbos et Cythère divines offrandes !
Divins sacrifices de deux corps enlacés,
Doux frissons, voluptueuses plaintes, râles
De deux êtres par le désir étroitement mêlés.
 
 

Cette nuit mon cœur et ma raison ont repris
L’éternelle controverse qui en fait deux ennemis.
 
L’un disait : « Alors, tu n’as pas compris ?
Si elle t’aimait, elle te l’aurait déjà dit
(car entre nous il ne doit pas y avoir de chichis)
Au lieu de t’arrêter : embrasse-moi, chéri ! »
 
 Et si elle en aime un autre d’un amour infini
 Si par hasard sans le vouloir tu l’as blessée jadis
 Et qu’elle veuille se venger aujourd’hui...
 
Elle ne t’aime pas comme tu l’aimes... ainsi...
 
 Je l’aime et sans elle ma vie est finie.
 Je l’aime tellement que je me sens mourir
 Si je songe que dans les bras d’un autre elle rêve jouir.
 
Allons, par ma foi, arrête tes pleurs et ris :
Lorsque tu m’as écoutée, jamais tu n’as été vaincu.
 
 Je ne peux pas avec elle, j’ai peur qu ‘elle se fâche.
 
Tu as peur ? Mais alors, tu es plus qu’idiot, tu es lâche.
 
 

Confession
 
J’ai aimé autrefois une femme, une fille
Son cœur était tendre et sa taille gentille
Pâle son visage, brune sa chevelure
Son regard aussi doux qu’un rayon de lune.
Elle retourna dans le sein de la terre
Me laissant tout seul, plongé dans la misère
D’un stérile amour nourri par une morte.
Mon cœur à tout jamais à Eros ferma sa porte
Croyant que jamais plus il n’aurait rencontré
Une femme aussi noble et digne d’être aimée.
 
Vingt ans se sont passés en roulant par le monde
Insensible à l’amour mon âme vagabonde
Ecoutant seulement la voix du désir
Et recherchant toujours l’ivresse du plaisir.
Plaisirs voluptueux, aigres parfois
Lorsque se mêlaient dans un combat courtois
Le désir de jouir et le devoir de lutter
Pour deux existences dont je m’étais chargé...
 
Depuis que je l’ai connue je répète sans cesse
Le nom de celle qui de mon cœur est devenue maîtresse
La vie et ses plaisirs me sont indifférents
Seuls pour moi comptent son regard caressant
Et la douce chaleur de sa chère présence
Le regard moqueur de ses yeux pervenche
Que je voudrais toujours sentir auprès de moi.
 
 

La journée a été radieuse et belle :
J’étais heureux car, chassant les pensées grises,
Des rimes gaies chantaient dans ma cervelle
Et dans mon cœur..., une fraîche brise
Caressait mon torse brûlé par le soleil.
 
Ma muse me disait : la vie est belle
Ne laisse que pour toi les souvenirs vermeils
Que j’évoque du gouffre sombre du passé
Et dans cette heure douce et sans pareille
On rappelle des être de beauté.
 
Te souviens-tu de Maria, la brune,
Fille des coteaux verts de la Toscane ?
De Mirka aux cheveux couleur de lune,
De Marcelle, Louise et de Luciane ?
 
Te souviens-tu de Ginette et de Fifine ?
D’Estelle et de Lucie, mortes d’amour
Pour une jeune bête de rapines
Qui jouait à temps perdu les troubadours ?
 
 

Un sourire tendre de femme...
Un regard, un sourire : ô joie !
 
Une moue de ton joli minois
Suffirait à me rendre la joie...
 
Tu avais compris la beauté
De ma lutte et de mes rêves
Et, comme l’arbre vit de sa sève,
Tu vivais de ma tâche sacrée...
 
Tu n’avais que seize ans, ma petite !
Lorsque, traqué comme un loup,
J’arrivais près de toi, tout à coup,
En sanglotant tu te faisais petite
Comme une mignonne poupée...
 
Aujourd’hui ma tendre fée
Tu n’es plus là pour me donner du courage
Avec ton regard, avec tes baisers...
 
J’aime encore, et je ne sais plus aimer
Car l’amour pour moi a changé de visage :
On méprise l’idée, on rit de la lutte
Lorsqu’on en parle, on n’écoute pas.
 
Je poursuis ma tâche pas à pas
Seul au milieu de la route.
 
Les uns sont morts, d’autres ont fui.
La torture, la prison, la misère
Ont fait le vide sur cette terre
Et je suis seul aujourd’hui.
 
SEUL ! Non, car mon amour
J’ai les souvenirs des jours heureux
Où je vivais au jour le jour
Pour mon idée et mon amour.
 
 

Très chère,
 
Je suis laid, je le sais, mais tu as tord de croire
Que je veux paraître jeune et me croire beau,
Mon âge ne me pèse que lorsque je fais la foire
Et je sais que mon esprit n’est pas un flambeau
 
Je suis tel que la nature et ma mère m’ont fait,
Je n’ai aucune honte à montrer mes défauts
A d’autres, plus que moi, physiquement parfaits.
 
Mais moi, j’aime le grand air, du soleil les rayons
Et la fraîcheur de la brise sur mon corps difforme
Me procure un plaisir dont je ne saurai me priver
Pour n’avoir pas été doté d’athlétiques formes
Ou d’une silhouette à inspirer le scalpel...
 
Au moral, je suis bête à manger du foin :
Je ne fais rien pour gagner des gros sous,
Et à m’enrichir, on m’admoneste en vain.
 
 Est-ce bien là de mes défauts la liste ?
 
Je ne sais pas sourire par simple politesse
Ni feindre gentiment une discrète allégresse
Si je rencontre quelqu’un dont la présence m’embête.
 
Je sais que souvent je joue les trouble-fête
Les casse-pieds, le crampon avec ceux que j’estime
Et dont la présence est pour moi un réconfort intime
 
 Je reconnais qu’en cela je suis farouchement égoïste
 
Car je garde en mon cœur ce romantisme antique
Qui me porte à rester fidèle à mes Amours
Quelle que soit leur valeur, démodée ou archaïque
Puisque, lorsque j’aime, je me donne toujours
Et j’aime les principes qui ont régi ma vie :
La LIBERTE, la JUSTICE, et l’ ETERNELLE BEAUTE,
Je ne suis pas le seul, d’autres le clament aussi
Mais je dois te dire, puisque cela est vrai
Que ma vie est conforme à ce que j’ai prêché...
 
Et cette vérité que je suis seul à connaître
C’est tout mon orgueil et ma seule raison d’être.