Charla sur les volontaires internationaux

Les Giménologues à St Etienne le 16 octobre 2016
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Les Giménologues à St Étienne le 16 octobre 2016
Charla sur les volontaires internationaux
dans les colonnes Durruti, Ascaso et Ortiz

Alors que les bruits de bottes résonnaient partout en Europe et que chaque frontière devenait plus que jamais une souricière, des dizaines de milliers d’hommes et de femmes, internationalistes en acte, accoururent dès la fin juillet 1936 dans la zone restée républicaine pour participer à cette guerre sociale dont ils avaient saisi la qualité et l’ampleur. Certains laissèrent leur travail et leur famille pour aller dans le seul pays où une révolution était en marche, d’autres avaient dû fuir leur pays et vivotaient en exil, parfois même déjà en Espagne. Antoine Gimenez (Bruno Salvadori) était de ceux-là.

Antoine intégra l’un des groupes de volontaires internationaux qui se constituèrent sur le front d’Aragon, bien avant la création des Brigades Internationales. Il s’agit en l’occurrence du Groupe international de la colonne Durruti, créé par des Français.

Nous parlerons de ces hommes et de ces femmes qui peuplent les « souvenirs » d’Antoine : Français, Italiens, Allemands et Autrichiens, Suisses… Mais aussi d’autres dont nous avons appris l’existence en cheminant avec les miliciens des colonnes anarchistes engagées sur le front d’Aragon. Nous signalerons les nouveautés sur les volontaires étrangers, publiées dans la réédition des Fils de la nuit (Libertalia) et dans A Zaragoza o al charco !

La plupart étaient anarchistes mais aussi socialistes, communistes et communistes d’opposition.

Le Groupe International de la Colonne Durruti à l’enterrement de Durruti (Barcelone, le 23 novembre 1936)

Les Français
Parmi les volontaires étrangers venus en Espagne pendant la guerre civile, plus de 250 miliciens français ont été identifiés, dont 150 engagés dans la colonne Durruti. D’autres constitueront le « Groupe International – Sébastien-Faure de la colonne Ortiz » qui combattra au sud de l’Èbre [1].

Le Groupe international de la colonne Durruti en est à ses débuts. Il est né du désir d’un petit noyau de volontaires étrangers de créer une formation de combat avec des éléments possédant un minimum d’instruction militaire et si possible une expérience de la guerre. Après avoir participé à quelques engagements (avance sur Osera, occupation de Pina, coup de main sur Gelsa), le trio Berthomieux – Carpentier – Ridel a compris que les centuries espagnoles auraient besoin de quelque temps pour apprendre l’ABC des combats sur le terrain et l’usage raisonné des armes lourdes. Dès l’origine, la fonction du groupe est claire et simple : servir de fer de lance pour permettre l’avance des milices. (Ridel au Libertaire août 1936)

Nous évoquerons Charles Ridel Charles Carpentier, Louis Berthomieu, Simone Weil, Mimosa, Suzanne Hans, Louis Recoule, Robert Léger…

Un noyau d’Italiens et de Français s’est constitué avec comme délégué un ancien officier de la Coloniale [Louis Berthomieu], dont l’absence de doctrine bien précise est suppléée par une intelligence très vive et sans préjugés. Ce sont tous des gars de Paris, de Toulon ou de Grenoble. […] Proscrits d’Italie et exploités de l’impérialisme français sont venus faire le coup de feu pour le vieux rêve, caressé depuis tant d’années, d’une société libertaire. Le groupe va se grossir peu à peu d’éléments nouveaux. Face à la Légion marocaine, ce ramassis de tueurs et de voleurs, venus en Espagne pour restaurer l’ordre bourgeois, se dresse la Légion internationale des sans-patrie, qui sont venus se battre dans la péninsule pour l’ordre ouvrier et révolutionnaire. (Louis Mercier, En route pour Saragosse avec la colonne Durruti)

Les Italiens
Si quelques Italiens sont allés dans la colonne Durruti à titre individuel, comme Antoine, Lorenzo Giua, Carlo Scolari, Giudetta Zanelli et Ilario Margarita, l’importante colonie transalpine réfugiée et organisée en France au sein du Comité révolutionnaire anarchiste se regroupe à Barcelone dès la fin juillet 1936. Le philosophe et théoricien anarchiste Camillo Berneri, rejoint par Francesco Barbieri et bien d’autres, organise l’arrivée des volontaires suivants. Ils forment le groupe « Malatesta » en liaison avec les militants de la FAI et de la CNT catalanes, dont Diego Abad de Santillán qui va activement participer à la constitution des milices italiennes :

Dans leur grande majorité, les antifascistes italiens qui s’étaient rendus à Barcelone provenaient de tous les secteurs du mouvement anarchiste. […] Répartis dans différents hôtels de la ville, ils vivaient, émus, enivrés, la résurrection spirituelle d’un passage soudain de la vie d’exilés pourchassés à celle de nouveaux citoyens d’une capitale de la révolution, encore empreinte de l’atmosphère ardente des formidables combats de rue. […] Les anarchistes non inscrits au « Groupe International » de la Colonne Durruti penchaient pour la constitution d’une colonne strictement anarchiste et désiraient partir immédiatement. L’impossibilité d’obtenir tout de suite des armes contrariait leur projet. Mais ils avaient déjà prévu de s’enrôler dans les milices confédérales. (Camillo Berneri, Epistolario inedito, volume 2, Pistoia, Archivio Familia Berneri, 1984.)

Cosetta et Gino




Le parcours de l’un d’entre eux, Gino Balestri, nous est connu grâce au livre de sa fille Alba, publié aux Editions Libertaires (Cf.article 634 ). Il nous informe précisément sur la constitution et l’activité de la section Italienne de la colonne Ascaso. Car le 5 août 1936, les anarchistes italiens acceptent la proposition du socialiste dissident Carlo Rosselli, du groupe Giustizia e Libertà, de constituer une colonne mixte regroupant toutes les tendances de l’antifascisme italien. Ainsi va naître la Section italienne de la colonne Ascaso, qui décide de suivre les directives politiques des organisations libertaires. Ses 120 hommes – Berneri en fit partie malgré sa surdité –, dont les deux tiers sont libertaires, partent au front de Huesca et reçoivent leur baptême du feu le 28 août 1936 sur le Monte Pelato.
Nous évoquerons aussi les Italiens de la Colonne Ortiz dont Bruno Castaldi, et les « Toulonnais » arrivés en groupe

Les Allemands et Autrichiens
La plupart font partie du DAS, Deutsche Anarcho-Syndikalisten, groupe fondé en exil en 1933-1934, dont le siège est à Amsterdam. Le bureau de Barcelone (18 rue d’Aribau) comprendra une vingtaine d’entre eux comme Helmut Rüdiger et Augustin Souchy, qui prennent en charge les nouveaux volontaires. Il faut préciser que parmi les Allemands et Autrichiens, seuls font partie du groupe DAS ceux qui appartenaient déjà à une organisation anarcho-syndicaliste auparavant (et donc souvent des Allemands résidant déjà en Espagne depuis 1932-1933). Les nouveaux volontaires n’en sont donc pas, en majorité, mais le groupe DAS s’occupe d’eux.

En tout, près de 200 volontaires allemands s’engageront dans les milices anarchistes. Quelques-uns intègreront individuellement la colonne Durruti, d’autres constituent le groupe Erich-Mühsam et se joignent à la dernière colonne anarchiste des Aguiluchos en partance pour le front de Huesca, fin août 1936. Le délégué Michaelis demande le 18 novembre 36 à ce qu’ils soient affectés au Groupe international de la colonne Durruti.

Nous évoquerons l’infirmière Augusta Marx, Michael Michaelis, Walter Gierke, les travaux de Dieter Nelles et le livre en espagnol et en allemand : Les Antifascistes allemands à Barcelone (1933-1939). Le Groupe DAS : ses activités contre le réseau nazi et sur le front d’Aragon (Cf. article 466 ).

Les Suisses
Le témoignage des Suisses Paul et Clara Thalmann nous a appris que peu de femmes réussirent à gagner le front après octobre 1936. Au cours de leur premier séjour sur le front d’Aragon, Clara n’avait rencontré aucune difficulté pour s’engager comme milicienne. À leur deuxième voyage en Espagne, début janvier 1937, le couple cherche à retourner sur le front d’Aragon :

[Souchy] nous conseilla de nous adresser [au] DAS (le groupe anarcho-syndicaliste allemand) qui avait formé une unité d’une centaine d’hommes sur le front d’Aragon. Souchy doutait qu’on donnât encore aux femmes la permission de se battre aux côtés des hommes : « Comme vous le savez, le gouvernement de Valence a publié un décret dans ce sens. Chez nous, en Catalogne, cependant, ce sont les comités qui prennent les décisions, et dans votre cas, ce sera le comité de la milice compétent. Bonne chance ! » […] Le groupe stationné à Pina nous accueillit chaleureusement. Tous étaient enchantés de notre arrivée et avides de nouvelles de l’étranger et de Barcelone. […] Les hommes admiraient Clara pour son courage et l’acceptèrent aussitôt. Dans ce groupe, il y avait encore une femme, la seule, une Espagnole dénommée Pepita qui assistait un médecin espagnol à l’infirmerie.

Nous évoquerons aussi le cinéaste Adrien Porchet, Eddi Gmür, Albert Minnig (grâce au livre de Marianne Enckell), Franz Ritter…

Les Giménologues, 6 octobre 2016.


[1Voir l’article suivant sur ce même site avec un extrait du chapitre de A Zaragoza o al charco ! sur les Français dans le GI de la colonne Ortiz


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