Chapitre 25 . La Niña .

mercredi 9 mars 2005
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Madeleine était partie voir son mari et son fils à Barcelone.
Je suis rentré à Pina. Là aussi, on commençait à percevoir un certain changement. La population avait évolué. Les petits propriétaires s’étaient intégrés volontairement à la collectivité. De grandes surfaces avaient été travaillées. Les filles et les garçons s’étaient affranchis et secouaient le joug de la vieille morale qui leur défendait de s’entretenir entre eux sans la présence d’un chaperon.

De cette évolution j’ai eu la preuve dès les premiers jours de mon arrivée au “ pueblo ”. Je me promenais avec Tarzan, lorsqu’on m’interpella :
“ Antonio, tu ne salues plus maintenant ? ”
C’était une jeune fille avec qui, avant Perdiguera, j’avais beaucoup discuté, en compagnie de La Calle, sur les droits et les devoirs de la femme dans la société libertaire telle que nous la voyions. Elle avait entre 20 et 25 ans. Elle était petite, mince, avait un visage triangulaire bronzé comme celui d’une gitane. Elle n’était pas jolie, mais dès qu’on la regardait, on ne voyait plus que ses yeux et sa bouche. D’immenses cils dans de grands yeux rendaient plus sombres ses prunelles noires... Sa bouche, aux lèvres épaisses et rouges, était parfaitement dessinée : tout cela sans l’aide du moindre fard, naturellement.
“ Salut ! Je croyais que tu étais au jardin. Où vas-tu ?
- Je me promène. Je suis en congés. Veux-tu un verre de vin chaud ?
- Offert par une jolie fille, j’accepte n’importe quoi.
- Rentre et ne dis pas de bêtises. ”
Le feu pétillait dans la cheminée. D’une casserole posée sur les braises s’échappait le parfum du vin cuit. Je m’assis au coin le l’âtre, surpris de ne pas voir sa mère ou quelque voisine. Je lui demandai :
“ Et ta mère ?
- Elle est au champ avec père.
- Tu es toute seule ?
- Oui.
- Bien, dans ce cas, je te remercie de ta gentillesse. Je vais partir, je ne veux pas que l’on jase sur toi. Ton fiancé ne serait pas content s’il apprenait que tu as reçu un homme chez toi et que tu es restée seule avec lui.
- Antoine, les temps ont changé. Personne ne dira rien, je suis majeure. Francisco, après sept ans de fiançailles, est parti à la guerre et il n’a pas donné de ses nouvelles depuis. Assieds-toi et dis-moi ce que sont devenus tes copains, on ne voit plus personne à Pina. ”
Tout en parlant, elle avait servi le vin et s’était assise près de moi sur le banc.

En satisfaisant sa curiosité, je l’observais : je la trouvais changée, pas physiquement car elle était toujours aussi grêle, menue. S’apercevant de mon examen, elle me demanda à quoi je pensais en la regardant ainsi.
“ Sais-tu que tu es plus jolie qu’avant que je parte ?
- Menteur, je ne suis pas aveugle. Plus personne ne m’a jamais dit qu’on me trouvait jolie.
- Les garçons, qu’est-ce qu’ils te disent ?
- Rien.
- Et ton fiancé ?
- Il est parti.
- Oui, je sais, mais avant qu’il ne parte, il ne t’a jamais dit que tes yeux sont les plus beaux du monde, que ta bouche, lorsqu’on la regarde, donne envie de la mordre ? ”
Elle se mit à rire en disant :
“ Tu as envie de mordre ? Tu n’as pas mangé à midi ? ”
Je posai mon verre sur la dalle de l’âtre. Je pris son visage dans la coupe de mes mains et je lui donnai un baiser sur les lèvres. Elle se rejeta en arrière.
“ Pardonne-moi, niña, depuis longtemps j’avais envie de t’embrasser, n’aie pas peur, je vais m’en aller.
- Pourquoi ? Je n’ai pas peur de toi. ”
Ses yeux brillaient, la bouche entrouverte souriait en laissant voir le bout rose de la langue. Pour m’empêcher de me lever, ses mains appuyèrent sur mes épaules. Nos lèvres, d’un commun accord, se rencontrèrent encore. Elle portait un pantalon ouvert, mais quand je l’ai quittée, elle était encore vierge. Sur le pas de la porte, elle me demanda en parlant tout bas :
“ Tu reviendras ?
- Oui querida.
- ¿ mañana ?
- Oui, demain. ”

Le lendemain, je suis retourné autant pour tenir ma promesse que pour lui annoncer mon départ. Le matin même, on m’avait prévenu que le congé était fini. Je devais rejoindre le groupe à Farlete dans la nuit. En rentrant, l’espoir de flirter avec elle s’évanouit : sa mère était là devant un grand tas de linge à repasser. Après les salutations d’usage, je lui annonçai mon départ. La petite, alarmée, me demanda :
“ De suite ?
- Non, cette nuit.
- Alors, on a le temps. Tu soupes avec nous. Ma mère préviendra la tía Pascuala. ”
Surpris par cette façon de décider qui n’était pas dans les habitudes des familles espagnoles de l’époque, je lui suggérai que c’était elle qui aurait dû faire la commission, car sa mère était très âgée. La vieille devança sa fille pour me répondre :
“ Fils, il ne vous reste plus que quelques heures pour bavarder ensemble, ne les gaspillez pas. ” Et elle ajouta d’une voix pleine de tristesse :
“ Il faut profiter de la vie tant qu’il est temps. ”
La petite me prit la main en disant :
“ Viens Antoine, viens.
- Où ?
- En haut. ”

Je la suivis. J’étais déconcerté. Il m’était bien arrivé d’aider Vincenta et María à déplacer des meubles dans leur chambre, mais ce n’était pas pour travailler que la fille m’amenait dans sa chambre, car elle ne m’avait pas demandé de l’aider à quoi que ce soit devant sa mère. Arrivés en haut de l’escalier, jugeant que sa mère ne pouvait plus nous entendre, je lui dis :
“ Niña, qu’est-ce que l’on va faire ? Avec ta mère en bas, c’est dangereux, elle peut nous surprendre.
- Tonto (fada), me répondit-elle, je lui ai tout dit. Ma mère est restée à la maison pour que nous soyons libres de faire ce que nous voulons. Puis, poussant une porte : ici, c’est chez moi. ”
Puis, ce disant, elle avait mis le verrou et donné un tour de clé. J’avoue que j’étais abasourdi. Je devais avoir l’air d’un canard qui a rencontré un couteau. Heureusement, l’assurance qu’elle avait montrée jusque-là s’était évanouie. Elle était aussi troublée que moi. Nous nous sommes regardés un instant en silence. Je me souviens de lui avoir demandé de défaire ses cheveux qu’elle portait enroulés en un gros chignon. Je me sentais bête, emprunté. Je ne désirais plus m’amuser avec elle. Je la voyais si petite, si frêle. J’avais peur de la blesser, de lui faire mal. Je serais bien parti si j’avais pu le faire sans la choquer, sans lui faire comprendre que je ne la croyais pas capable de supporter l’assaut d’un mâle. Sa déception aurait été peut-être plus douloureuse que n’importe quoi d’autre. Je me suis approché et j’ai commencé à déboutonner sa robe. Sa chevelure libérée descendait presque jusqu’aux chevilles, lui faisant une cape noire et mouvante qu’elle rejeta en arrière lorsque la dernière étoffe qui la couvrait fut tombée pour offrir à mes yeux le modèle réduit de son corps de femme amoureuse.

Le sommet de sa tête m’arrivait juste au menton, les seins paraissaient être deux poires de taille moyenne surmontées d’une corolle rose pâle. On aurait pu la prendre pour une fillette de treize ou quatorze ans si ce n’était la forêt sombre de son pubis qui débordait et lui ombrait la partie supérieure des cuisses. Je la soulevai pour la poser sur le lit ; passant ses bras autour de mon cou, elle prit ma bouche dans un baiser qui me coupa le souffle. Quand je refis surface, elle murmura : “ Ponte en cuero también (mets-toi à poils toi aussi). ” D’un bond, elle descendit du lit pour m’aider à me défaire de tout ce qui pouvait la gêner. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, on était tous les deux dans le premier costume : celui d’Adam et Ève avant le péché. Elle grimpa sur la couche qui était très haute et s’étendit en travers, les jambes pendantes, les cuisses légèrement écartées. Je me penchai sur elle ; ma bouche s’appropria un sein et une main l’autre. Longuement, je la caressai ainsi. Moi, je savais qu’elle était vierge et j’avais peur, non pas des conséquences, elle voulait, elle ne demandait que ça, j’avais peur de lui faire trop mal et de la dégoûter de l’amour et des hommes. Ma main quitta sa poitrine, glissa sur son ventre, frôla la noire toison, pénétra entre ses cuisses, mes doigts commencèrent à jouer. Ma bouche à son tour quitta sa proie et, fléchissant mes genoux, j’embrassai son bouton. Surprise, elle se cabra en disant : “ tomame, tomame, toda. ”

Après le premier spasme, elle était restée immobile, comme endormie. Ma langue et mes lèvres continuèrent leurs caresses et son ventre recommença à se mouvoir lentement. Je sentais contre mes paumes ses tétons qui se dressaient et dans mes doigts la chaleur des seins durcis par le plaisir.
Lorsque je pénétrai en elle, un cri de douleur lui échappa. Puis, me prenant par les épaules, elle m’attira vers elle et m’embrassa tandis que ses jambes ceinturaient mes reins comme pour m’empêcher de me retirer. Seul, son ventre rythmait la danse du plaisir. Nous sommes restés un court moment enlacés, sans rien dire. Moi, je regardais ce visage que je ne reconnaissais pas. Il était plus jeune, presque beau.

Les premiers mots qu’elle prononça me remplirent d’inquiétude : “ Chéri, merci d’avoir fait de moi une femme... ta Femme. ” Je me sentis pâlir. Je la fixai, étonné. Sur le coup, je pensai être tombé dans un piège. Je suis parti à rire : “ Ma femme ? Mais, tu ne sais pas si je suis déjà marié. Je ne t’ai pas promis le mariage que je sache ?
- Non, tu ne comprends pas. Tu peux partir, cette nuit tu t’en iras je ne sais où. Tu ne reviendras peut-être jamais, mais je suis et resterai ta femme. Hier, tu m’as fait jouir avec tes caresses et tu n’as pas voulu profiter de moi. C’est pour cela que je t’ai dit de revenir. Je ne me marierai pas.
- Tu es folle, et ton fiancé ?
- Mon fiancé se mariait avec les champs de mon père, pas avec moi. Les autres garçons me parlent comme si j’étais leur sœur. Mais tous me trouvent trop petite, trop faible pour être une vraie femme capable d’avoir des enfants tout en les aidant dans leur travail. ”
Je la repris dans mes bras mais elle se dégagea en disant : “ Augusta m’a dit qu’après avoir fait l’amour, il faut se laver. Veux-tu faire ta toilette ? ”
Augusta, La Calle, Louis. Tous les autres. Ils étaient partis, mais leurs leçons portaient les fruits espérés. Pendant un court instant j’ai cru les revoir exposant nos principes, nos idées, mais le rire heureux de la petite me rappela à la réalité.
“ Regarde chéri. Elle me montrait des taches de sang sur la couverture de laine blanche. Viens, prends-moi encore, haz me gozar. ”