ANDALOUSIE : Des arbres pour Somonte

mardi 26 février 2013
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Nous continuons de relayer les articles les plus intéressants sur l’expérience en cours à Somonte [1]


Ce fut une semaine intense à Somonte, cette ébauche d’oasis de cultures agricoles diversifiées et de relations humaines solidaires en plein milieu d’un vaste territoire de monocultures dans le bassin du Guadalquivir près de Palma del Rio, petite ville à 50 km de Córdoba (Voir encadré : « Historia de Palma »). Nous étions une dizaine à avoir fait le voyage depuis la France et la Suisse, pour apporter notre soutien au groupe de journaliers agricoles andalous qui occupent ce domaine de 400 ha depuis le 4 mars 2012 [2].

Membres du syndicat SOC-SAT, ils se sont toujours battus contre l’injustice foncière, la précarité de l’emploi et les inégalités inhérentes à l’économie agraire de ces provinces andalouses basée sur l’exploitation de jornaleros par des latifundistes. Depuis trois ans, la région s’enfonce dans la crise, le chômage atteint plus de 30% de la population. C’est dans ce contexte que le gouvernement andalou décide de vendre 20.000 hectares de terres publiques au plus offrant, c’est-à-dire à des grandes entreprises, des banques ou des spéculateurs. La vente aux enchères de la Finca Somonte était justement prévue le 5 mars…

« Nous vivons des moments difficiles et il ne faut pas attendre. Le temps des protestations rhétoriques, des actes symboliques et des grandes manifestations est passé (…). Dans nos villages il y a de grandes étendues de terres adaptées pour des cultures vivrières, et déjà cultivées ainsi autrefois, qui sont aujourd’hui dédiées à des céréales ou dans beaucoup de cas laissées en friche dans le seul but d’obtenir des subventions communautaires. Toutes ces terres sont dans les mains de trois ou quatre grands propriétaires possédant la totalité des terrains communaux qui autrefois appartenaient à tous les habitants. (…) Il ne nous reste pas d’autre option que d’occuper la terre, et nous l’occupons. » [3]

Une agriculture collective

Depuis neuf mois, les 25 occupants permanents s’efforcent de mettre en place une tout autre forme d’agriculture capable de faire vivre un maximum de compagnons. Dans cette aventure, ils sont épaulés par de nombreux comités d’appui, surtout à Córdoba, une ville avec une longue tradition de gauche, et par beaucoup de bénévoles espagnols et européens qui viennent partager leur vie pendant quelques jours ou mois. Des chercheurs, universitaires, agronomes et écologistes ont également apporté leurs conseils. Trois hectares de légumes ont été cultivés pour l’autoconsommation et pour la vente sur les marchés locaux. Ils viennent de labourer 40 ha où ils veulent semer du blé bio.
Leur vision à long terme est de transformer ce domaine jusqu’à présent uniquement dédié à des monocultures grâce à une diversification des activités selon des principes agro-écologiques. Ils évoquent leur vision d’un autre paysage que cette triste étendue sans arbres, soumise aux vents et à l’érosion. Dans le document publié en mai, ils parlaient de reforestation, de plantations de haies, de vergers et d’oliveraies, d’élevage ovin et caprin, d’amélioration de la capacité d’irrigation grâce à de nouveaux puits et à une retenue d’eau et de mise en place d’ateliers de transformation de produits pour une distribution sur un marché de proximité dans le cadre d’un commerce juste et solidaire.
Nous sommes surtout allés à Somonte pour participer à la première étape du chantier collectif de plantation d’arbres prévu du 7 au 9 décembre. Le soleil andalou n’étant pas au rendez-vous le premier jour (la pluie, par contre, oui), la plantation a finalement commencé le samedi 8. Nous étions environ 50, de Somonte, des comités d’appui, de Longo Maï, du Forum Civique Européen et quelques membres d’autres collectifs ruraux. Nous avons planté environ 650 arbres et arbustes avec protections le long des limites nord du domaine, des espèces locales de haies ou de forêt offertes par l’association Ecologistas en acción de Córdoba. [4] Il s’agissait de la moitié du premier lot de 1.350 arbres. Le week-end du 15-16 décembre, ce sont 60 personnes de Séville qui sont venues continuer le chantier. Par la suite, les Somontais comptent planter un verger de 2,5 ha avec abricotiers, cognassiers, cerisiers… pour la production de fruits frais et une surface équivalente pour celle de fruits à sécher.

Une rencontre internationale

Pendant les quatre jours précédant ce chantier, nous nous sommes retrouvés dans une rencontre du réseau espagnol de collectifs ruraux. Y ont participé environ 50 personnes venues d’une quinzaine de collectifs, des habitants de Somonte, des membres du comité d’appui de Córdoba et une quinzaine de personnes venues d’autres pays européens. Les discussions se sont centrées sur la définition de l’identité et les objectifs du réseau, sur les relations mutuelles, l’entraide et sur les difficultés rencontrées. Beaucoup de ces collectifs sont basés dans des lieux occupés, en particulier dans les Pyrénées, et sont parfois menacés d’expulsion [5]. Des membres français du réseau Reclaim the Fields ont parlé de leur lutte pour l’accès à la terre et également du combat contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes.
Au début, la rencontre entre ces collectifs et le groupe d’occupants de Somonte n’était pas facile. Il s’agissait de deux mondes avec des priorités, des pratiques et des langages très différents : des néo-ruraux issus surtout du milieu urbain et des journaliers agricoles syndicalistes parlant beaucoup de la classe ouvrière et de luttes pour du travail. Mais petit à petit, le courant a commencé à passer ou au moins la découverte mutuelle, surtout lors de longues soirées devant la grande cheminée construite la veille de la rencontre dans un coin du hangar où étaient accueillis les participants.

Une histoire mouvementée

C’est lors de ces causeries que Javier, l’un des Somontais de la première heure, nous a parlé pendant de longues heures, dans son dialecte andalou local très particulier, de l’histoire de ce territoire dans la plaine du Guadalquivir dans la province de Córdoba, de sa passion pour le travail de la terre, de ses rêves pour ce lieu qui lui apporte, ainsi qu’à ses camarades, tant d’espoir.
Il est né dans une famille de longue tradition anarchiste. Ça ne date bien sûr pas d’aujourd’hui que les journaliers agricoles andalous ont découvert les occupations de terres et la revendication de réforme agraire [6] . La situation était très conflictuelle dans les années 1930, avant l’arrivée des troupes franquistes qui ont très rapidement conquis la région de Córdoba. La répression fut terrible. Le 27 août 1936, les franquistes ont, par exemple, pris Palma del Rio, avec à leur tête un latifundiste notoire de la ville Felix Moreno Ardanuy qui a personnellement donné l’ordre d’exécuter 300 hommes et femmes, le même après-midi (voir encadré « Aux suivants ! »).
Bien évidemment une telle histoire laisse des traces et l’ambiance dans une telle ville reste tendue, marquée par une forte polarisation sociale. Javier nous a aussi décrit la peur de nombreux citoyens de la région devant ces « Rojos, comunistas » qui ne respectent pas la sacro-sainte propriété privée.
Lola, la porte-parole provinciale du SOC-SAT et également occupante de Somonte, nous a raconté la grève que le syndicat a menée en 2009 à Palma del Rio pendant douze jours avec des manifestations tous les jours pour réclamer un traitement égal pour des ouvriers immigrés et andalous, et aussi pour protester contre la mairie qui avait expulsé des habitants de logements sociaux parce qu’ils ne parvenaient plus à payer leur loyer. Le syndicat a eu gain de cause, mais ce conflit a encore alourdi l’ambiance locale. Selon Lola, il existe une sorte de liste noire tenue par les employeurs du coin. Chaque journalier qui s’engage ouvertement dans des luttes syndicales aura beaucoup de mal à trouver du travail – ce qui en dissuade beaucoup de rejoindre le mouvement d’occupation de Somonte, au vu de leur situation économique extrêmement précaire.

Des projets diversifiés

Le soutien à l’occupation est néanmoins très fort dans la région et au-delà. Par exemple, pendant notre séjour, Lola a été invitée à la présenter aux 300 personnes réunies par les Ecologistas en acción d’Estrémadure à Cáceres. Les Somontais diffusent depuis mi-décembre un dépliant avec un appel à soutien pour leur action de plantation d’arbres et d’amélioration du système d’irrigation.
Ils doivent prendre le temps de développer un plan de cultures et d’élevages diversifiés pour cet énorme espace de 400 ha de bonnes terres labourables (dont 40 ha irrigables pour le moment), mais en même temps ils doivent montrer au gouvernement andalou qu’ils ont l’intention de tout exploiter. De plus, il leur manque certaines connaissances pratiques, par exemple pour mettre en place des élevages de moutons et de chèvres. L’un des membres des collectifs ruraux présents à Somonte leur a expliqué qu’il serait tout à fait possible d’avoir un troupeau d’au moins 300 brebis ou agneaux pour l’engraissement, car il y a environ 200 hectares de repousses de céréales. Cela permettrait en plus d’obtenir du fumier.

Légalisation de l’occupation ?

Quant aux perspectives politico-légales de l’occupation, il semble que le gouvernement andalou cherche un moyen de se débarrasser de cette « patate chaude », car il lui serait politiquement difficile d’ordonner l’expulsion, mais il ne veut pas créer un précédent en légalisant l’occupation. Les prochains mois seront décisifs.
Face à cette situation, il nous semble urgent d’intervenir auprès du gouvernement andalou pour lui demander de céder la gestion à la future coopérative des occupants de Somonte*. Il faut rappeler que cette finca faisait partie de quatre fermes expropriées par l’Institut de la Réforme Agraire créé par la Junta (et entre temps dissout) en 1983 pour des raisons sociales avec le but de créer des emplois. On évoquait même la création de coopératives de travailleurs (voir encadré : « Les expropriations de terres ».). Les 400 ha de Somonte n’ont pas été cultivés depuis plusieurs années, la Junta se contentant d’encaisser les subventions agricoles de l’Union européenne basées sur des cultures menées dans le passé. Les occupants actuels sont les premiers à vraiment travailler ces terres et développer un projet pour l’avenir dans le but de permettre à un maximum de personnes d’en vivre.

Nous sommes revenus de cette semaine touchés par la détermination et l’accueil chaleureux des occupants, et convaincus de la nécessité de les soutenir dans leur aventure car il existe un risque réel qu’ils puissent perdre cet immense espoir dont l’importance dépasse largement le cadre local, vu la crise profonde qui touche de plus en plus de pays européens.

Lettres de soutien à adresser à :

Monsieur le Président du Gouvernement de l’Andalousie,
José Antonio Griñán
Consejería de la Presidencia
Junta de Andalucía, Av. Roma S/N, E-41013 Sevilla
Fax : 00 (0)34 955 035 522
Copie à : somontepalpueblo(at)gmail.com

Plus d’information sur www.somonte.net


Historia de Palma

Dans une société éminemment rurale, dans laquelle l’agriculture était le pilier central de la vie quotidienne, la concentration de la terre dans les mains de peu de familles a créé une situation sociale extrêmement tendue. (…)
Il faut chercher les causes dans la structure de la propriété, dans les conditions précaires de vie et de travail de la population paysanne, bref dans l’extrême polarisation sociale qui trouvera son apogée pendant les premiers mois du Front Populaire.
Entre 1880 et 1936, Palma del Rio a constitué l’un des centres les plus actifs de la région du mouvement ouvrier. L’influence des thèses anarcho-syndicalistes était très importante pendant toute cette période.
(…) Lors des élections de février 1936, dans une situation sociale extraordinairement tendue, la liste du Front Populaire a obtenu la majorité absolue. (…) Les forces ouvrières de Palma n’ont pas tardé à réagir au soulèvement contre la République. Immédiatement, un Comité de Défense de la République s’est créé qui a pris en main la gestion de la commune jusqu’à l’arrivée des troupes de l’autoproclamé bando nacional qui sont entrées à Palma les 26 – 27 août 1936. Pendant le temps que le Comité dirigeait la vie locale, les milices de Palma ont aidé les Républicains de beaucoup de villages du canton et ont accueilli de nombreux réfugiés ayant fui leur zones conquises par les soulevés. La propriété fut collectivisée dans la meilleure tradition anarchiste et l’argent fut aboli.

Extrait de Historia de Palma, publié par l’Association pour la défense du patrimoine historique, www.saxoferreo.com


Aux suivants !

La Cadillac s’arrêta devant l’entrée de l’hôtel de ville et son passager en descendit rapidement. […] « Mes taureaux ! » hurlait une voix furieuse, « ils ont abattu mes taureaux Saltillo ! J’en tuerai dix pour chaque bête massacrée ! » C’est sur cette promesse que don Felix Moreno faisait son entrée à Palma, décidé à venger ses animaux sacrifiés par un peuple qu’il avait pendant si longtemps contraint à vivre au bord de la famine. […] En quelques minutes, le sinistre ratissage fut terminé. Don Felix aboya un ordre et des gardes civils emmenèrent les hommes que sa badine avait choisis. […] Descendant le long des rangs, don Felix compta cinquante hommes. D’un coup de badine, il sépara ceux-ci du reste de la colonne et hurla : « Al coralon ! Fuego ! » commanda-t-il. Se déplaçant lentement de la gauche vers la droite à la hauteur des poitrines, la rafale hacha les corps et fit éclater les pierres de la muraille en une multitude de petits nuages. […] Sanchez vit ses camarades tressaillir sous les balles et se replier sur eux-mêmes comme des pantins désarticulés. Bientôt, dans la poussière, les corps de ceux dont il avait partagé la sueur et la peine dans les champs de don Felix Moreno n’étaient plus que des formes sanglantes et grotesques. (…) Il vit alors un officier s’avancer vers les corps enchevêtrés, un revolver à la main. Plusieurs détonations claquèrent jusqu’à ce que tous les corps fussent immobiles. Quand l’officier se retira, l’éleveur se tourna vers les prisonniers qui attendaient et cria : « Aux suivants ! »

Extrait de Ou tu porteras mon deuil, de Dominique Lapierre et Larry Collins (Robert Laffont, 1967)


Les expropriations de terre

« Le jeudi saint dernier, les radios ont diffusé une note de la secrétaire de presse de la Délégation du gouvernement en Andalousie qui a effrayé plus d’un entrepreneur et fait sauter de joie de nombreux journaliers : quatre fermes de Palma del Rio, avec presque 3500 ha, allaient être expropriées par l’Institut de Réforme et de Développement Agraire (IRYDA), en accord avec la déclaration de son intérêt social… »

Il s’agit de Somonte et de trois autres fincas, ces dernières appartenant toutes aux descendants de Félix Moreno Ardanuy qui possédait 40.000 ha, maintenant dans les mains de ses héritiers.

« La décision d’élaborer un rapport sur la possibilité d’exproprier les quatre fermes reposait sur la situation économique et sociale de la zone. En plus de la tendance à l’émigration* qui coïncide avec une profonde crise de la production de coton, culture sociale traditionnelle de la zone, le nombre de chômeurs à Palma del Rio commence à croître de manière alarmante. (…) Dans cette situation le maire, Manuel López, mis sous pression par les revendications des syndicats Comisiones Obreras (CCOO) et UGT, examine la possibilité d’une opération de l’IRYDA afin de permettre l’irrigation des latifundia sur la commune. Les cultures de céréales et de tournesols qui occupent des centaines d’hectares de ces fermes ne donnent du travail qu’au tractoriste et au mécanicien qui sèment et moissonnent. (…) Selon l’adjoint-maire et député socialiste, Salvador Domínguez, “avec 1000 familles en chômage, la nécessité d’une telle opération s’avère juste et d’un intérêt social…”. »
Les circonstances actuelles « nous incitent à prévoir la future mise en culture de ces terres par des collectifs ouvriers. Pour les CCOO, la propriété de la terre devrait rester entre les mains de l’Etat. Antonio Camacho de l’UGT considère que la création de coopératives est le chemin le plus propice. Julián de Santiago (ingénieur agronome, aujourd’hui député socialiste au Parlement andalou, qui a rédigé le rapport pour l’IRYDA en 1979) ne trouve pas erronée la conservation de la terre par l’IRYDA et sa mise à disposition sous forme d’usufruit à des coopératives de travailleurs. »

* Entre 1961 et 1980, 3394 personnes ont émigré de Palma del Rio.

Extrait du reportage « Las expropriaciones de tierras, bandera de las municipales andaluzas », de Rodolfo Serrano et Sebastián Cuevas, El Pais, 10 avril 1983


Chanson composée par Marco, occupant à Somonte

La tierra para quien la trabaja, La terre à ceux qui la travaillent
Los jornaleros del campo, Les journaliers de la campagne
Que en Somonte puño en alto, Qui à Somonte, le poing levé
Que de parados estamos hartos, En ont marre d’être chômeurs
Y de injusticia y engaño, De l’injustice et de la trahison
Tierras que eran vacias, Des terres vides
Que en malos manos estaban, Qui étaient dans de mauvaises mains
Que ni cultivan ni laboraban Qui ne les cultivaient pas ni ne les labouraient
Las tenemos consequí, C’est nous qui les avons désormais
Porque a nosotros nos hacen falta, Parce que nous en avons besoin.


Nicholas Bell, Forum Civique Européen – France

Article paru dans Archipel n° 211, en janvier 2013


[1Voir notre Rubrique Tierra y libertad Rubrique Tierra y libertad

[2Voir Archipel No 203, 204, 205, 207 et 209

[3Extrait de « Proyecto de la Asamblea de Trabajadores/as de Somonte para trabajar les tierras publicas ocupadas », mai 2012.

[4Cette association mène un grand projet de reforestation dans toute l’Espagne, grâce à l’appui du gouvernement.

[5Dans les années 1960-1970, le regime franquiste a contraint la population de nombreux villages de montagne à partir définitivement dans le cadre de programmes de reforestation ou de construction de barrages. Ces villages désormais propriété de l’Etat sont tombés en ruine. A partir de la fin des années 1970, plusieurs ont été occupés, notamment Lakabe dans la province de Navarra où 50 personnes vivent aujourd’hui sans menace d’expulsion.

[6Pour plus d’information sur l’histoire de ces luttes dans les années 1970 et 1980, voir la brochure “Terre et Liberté” publiée par le Comité Européen de Défense des Réfugiés et Immigrés (CEDRI) en 1985, sur le site www.forumcivique.org.


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