Chapitre 14 . Madeleine .

dimanche 20 mars 2005
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Nous étions dans les tous derniers jours de septembre et Berthomieu allait souvent au Q.G., mais, contrairement à son habitude, il ne nous communiquait jamais les raisons de ses déplacements.
Dans le petit groupe des vétérans, nous étions inquiets, quelque chose se préparait, mais quoi ? Un soir, Louis me demanda d’aller chercher Staradoff, un Russe, et Lino, un Italien naturalisé français et qui avait servi sous ses ordres en Afrique. Une fois réunis, il nous dit simplement : “ À partir de demain vous resterez en contact permanent avec le P.C., j’aurai besoin de vous. ” Il était soucieux, énervé. Jamais, je ne l’avais vu en pareil état.

À Farlete, j’avais élu domicile dans une bâtisse désaffectée. Une partie du toit, démolie par les obus, laissait voir un coin de ciel. Pour y parvenir, il fallait longer le cimetière. Par une brèche, je pouvais voir, en allant me coucher, les morts que les bombardements avaient déterrés. Il y en avait un qui, par je ne sais quel hasard, était intact, paraissait une momie. Le bois avait disparu en partie mais le cadavre s’était séché, momifié. Probablement le terrain était-il riche en arsenic ou autre sel ayant la propriété d’empêcher la putréfaction.
J’étais couché depuis un moment dans mon lit fait de paille et de foin, entassé dans un cadre en planches. Mais, il était assez solide et sentait bon. Deux couvertures que Madre m’avait données remplaçaient la toile du matelas et une capote de soldat, cadeau d’un vieux paysan de Farlete, me servait de drap.

J’avais marché tout l’après-midi avec Louis, Lino et Alexandre. Sur le terrain, Louis nous avait expliqué ce qu’il attendait de nous. C’était très simple sur le papier : il fallait neutraliser trois mitrailleuses pour permettre aux autres de prendre la position ennemie. Il nous avait partagé la besogne : celle de Lino à gauche, Staradoff à droite et moi au centre. Le hic, c’était l’heure. On ne pouvait compter ni sur le sommeil, ni sur la fatigue des sentinelles entre 21 heures 30 et 22 heures. On avait étudié notre chemin aux jumelles, repéré les buissons qui pourraient nous servir à dissimuler notre approche, choisi l’endroit où nous devions nous arrêter pour lancer nos bombes. Pendant plus d’une heure, les jumelles collées aux yeux, nous avions exploré la pente que nous devions escalader presque pierre par pierre. À une réflexion de Lino, Louis avait répondu : “ C’est la guerre et vous êtes les seuls qui ayez une chance de réussir. ” Je réfléchissais à ce que Berthomieu avait dit. C’était bien beau une chance, mais sur combien ? Une sur deux ou une sur mille ?

Je n’étais pas très rassuré. Je doutais fort de mes capacités à jouer le Sioux sur le sentier de la guerre, malgré tout ce que pouvait penser Louis. Un bruit de pas vint m’arracher à mes pensées et une voix m’appela : “ Antoine !
- Oui, qui est-ce ?
- Moi, Madeleine. ”
Je croyais qu’elle venait me chercher, je repoussai ma capote et me levai. Elle était déjà à côté de mon lit. “ Qui me demande ?
- Personne, je sais que tu pars demain. ”
J’allumai deux lampes à huile et je la regardai : “ Comment le sais-tu ?
- Louis a dit à Augusta et à Mimosa de préparer la pharmacie ; moi je reste avec la réserve.
- Et alors, c’est pour ça que tu es venue ?
- Non, pour ça ! ”
Elle monta sur le lit et m’embrassa avec une fougue dont je ne l’aurais pas crue capable. Son baiser chassa mon inquiétude. Je ne la désirais pas mais, puisque le sort m’envoyait une partenaire de jeu, autant en profiter et m’amuser. Je la déshabillai sans me presser. J’enlevai d’abord sa chemise. Elle portait un soutien-gorge en dentelle. Sa poitrine commençait légèrement à fléchir. Sa jupe glissa sur ses hanches, elle dégagea ses pieds en la poussant de côté. Je fus surpris : à la lumière des quinquets elle paraissait tellement plus jeune. Seuls, ses seins la trahissaient à peine. “ À toi maintenant ”, lui dis-je.
Elle déboucla ma ceinture, me débarrassa du pantalon et de la chemise, se baissa pour les déposer à la tête du lit et, en se relevant, elle posa ses mains sur mes jambes et les fit glisser des chevilles aux hanches. Le bout de sa langue traçait une ligne humide de la base de ma verge à ma gorge. En se serrant contre moi, les bras autour de mon cou, elle leva son visage vers moi, sa langue rose pointée entre ses lèvres rouges.

Je commençai à lui embrasser le cou, les épaules, les seins, puis j’ai pris un téton dans ma bouche et tout en caressant le dos d’une main, je glissai l’autre entre les cuisses : son sexe était mouillé et brûlant. Au contact des doigts qui fouillaient sa chair, ses jambes s’écartèrent comme pour permettre de pénétrer plus profondément, puis se refermèrent tel un étau sur ma main prisonnière. Ses genoux se pliaient, elle se renversa en arrière m’entraînant avec elle, s’allongea en disant des mots que je ne comprenais pas. Ma bouche glissa sur sa peau, de la poitrine à son vagin, et emprisonna le clitoris dans l’étau de mes dents. Un cri s’échappa de sa gorge, tout son corps se cabra comme si une décharge électrique le traversait.
Ses mains, prises dans mes cheveux, tenaient plaqué mon visage entre ses cuisses largement écartées. Elle resta un moment ainsi bandée, puis retomba épuisée. Moi, je continuais mon travail. Les mains pétrissaient les tétons, mes lèvres et ma langue poursuivaient leur œuvre. Moi aussi, j’étais à bout de forces et dès que je sentis qu’elle recommençait à s’émouvoir, que ses hanches et son ventre reprenaient le mouvement doucement rythmé qui prélude à la jouissance, je remontai des profondeurs et me couchai sur elle. Madeleine me prit à bras le corps et d’un coup de reins me fit basculer de telle façon que je me retrouvai dessous. Elle me chevaucha comme une amazone monte un étalon sauvage.