Chapitre 12 . Retour à Lérida .

mardi 22 mars 2005
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Après l’affaire de Farlete, Louis me chargea d’une commission auprès de la C.N.T. pour régler une question qui opposait un des jeunes de notre groupe à sa famille.

Le garçon avait quatorze ans et était vraiment trop jeune pour se faire tuer. Il s’était enfui de chez lui après une discussion orageuse avec son père et ne voulait pas rentrer au bercail par crainte d’une sévère correction. Je devais demander à quelqu’un du bureau d’intervenir auprès de son père pour qu’il vienne chercher son rejeton avec la promesse formelle de ne rien lui reprocher. Le jeune homme était d’un village des environs de Lérida et c’est dans cette ville que je me rendis après une absence de deux mois.

Après m’être pointé au syndicat et avoir réglé l’affaire avec le secrétaire de service, je me dirigeai vers la maison de Miguel. Je voulais voir cet ami et Thérèse pour me retremper dans leur amitié. Mais ni lui ni Thérèse n’étaient là. Seule, la mère de Miguel, María, était à la maison.
Elle fut très contente de me voir et me dit que ses enfants étaient partis pour huit jours à Sabadell. Ils avaient encore quatre ou cinq jours à passer là-bas. Comme je lui disais que j’allais chercher où passer la nuit, elle protesta en disant que si Miguel avait été là, je serais resté et qu’il n’y avait donc pas de raison que je ne fasse pas de même ce soir-là. Ma chambre était toujours prête à me recevoir. Comme c’était l’heure du souper, on se mit à table. Ni elle ni moi n’avions parlé de Juanita. Moi, pour ne pas raviver sa peine, je ne lui avais rien demandé. Pendant tout le repas, elle me parla de Miguel et de sa compagne. La petite nonne se révélait être une petite femme de maison intelligente et active. Elle était très amoureuse de son homme. Miguel avait eu la chance de l’aimer et d’en être aimé. Tout alla bien jusqu’au café.

C’était Juanita qui le servait quand elle était encore là. María débarrassa la table puis resta debout, immobile, regardant la chaise que sa fille aurait dû occuper et commença à pleurer. Elle pleurait, les yeux fixes, sans un sanglot. Les larmes coulaient sur son visage que les chagrins et les soucis avaient à peine marqué. Je me levai et je passai un bras sur son épaule (elle était plus petite que moi), l’obligeant à relever son visage et je commençai à l’embrasser pour sécher ses larmes. Je couvris ses yeux et ses joues de baisers. Je sentais sur mes lèvres le goût légèrement salé de ses pleurs. Et ma bouche rencontra la sienne. Depuis que j’avais quitté Juanita, je n’avais plus eu de rapports avec une femme. J’oubliai tout pour ne penser qu’à une chose : je tenais une femme tout contre moi. Elle ne réagit pas et accepta mon baiser. Ma langue força la barrière de ses dents et chercha la sienne. Je sentis ses ongles s’enfoncer dans ma nuque. Comme un fauve soulevant sa proie, je la soulevai pour l’emporter dans sa chambre. En un clin d’œil, je la débarrassai de ce qui pouvait me gêner : les seins jaillirent blancs comme l’albâtre, les tétons dressés paraissaient s’offrir aux baisers. Je me penchai vers eux et je sentis ses jambes se croiser sur mes reins. J’ai gardé de cette nuit une suite d’images qui tournent dans ma tête, se mêlent, se confondent : un visage, un ventre, des cuisses, filmés sous tous les angles par un cinéaste fou.

Il faisait grand jour quand je me suis réveillé. J’étais tout seul, je me sentais léger et heureux de vivre. Je songeai un instant à ce qui s’était passé. J’ai regretté qu’elle ne soit pas à côté de moi. Croyant qu’elle était sortie (car je n’entendais aucun bruit dans l’appartement), je me levai et, dans le costume d’Adam, je rentrai dans la cuisine. Elle était assise près de la table, réparant les dégâts causés par notre précipitation de la veille. Surprise de me voir en si simple appareil, elle se leva en laissant choir son ouvrage et me tourna le dos. Elle était habillée d’une blouse sans manches que seuls retenaient deux rubans noués par derrière. Je sentais en moi monter le désir de la prendre, de l’entendre gémir, râler, crier de plaisir. Je défis le nœud qui retenait sa blouse, je la fis glisser sur ses bras et elle m’apparût toute nue. Elle n’avait rien que ses cheveux pour la couvrir. J’embrassai sa nuque, ses épaules, son dos pendant que mes mains caressaient son corps, de la poitrine aux hanches et au triangle soyeux du sexe. Elle resta un long moment plaquée contre moi, puis, lentement, elle croisa ses bras en les appuyant sur la table et y cacha son visage. Elle creusa les reins et sa croupe s’offrit comme un énorme fruit porté par les colonnes des cuisses nerveuses.

Toute la matinée se passa en étreintes alternées de causeries pendant lesquelles on reprenait des forces en mangeant des fruits et des œufs. Cela ne prenait pas beaucoup de temps pour les préparer et pour ne pas perdre du temps nous ne nous étions pas rhabillés.
Elle était agréable à regarder, plutôt petite de taille, les seins orgueilleux avec à leur sommet une fleur rose très foncée. Lui ayant demandé comment elle faisait pour garder, après deux accouchements, une poitrine si belle, elle me répondit que, son lait n’étant pas bon pour ses enfants, elle ne les avait pas nourris au sein. Elle m’avoua que le matin en se réveillant, elle avait eu envie de me réveiller avec des baisers, mais qu’elle avait eu honte de cette flamme. Elle dit aussi que mon baiser de la soirée avait allumé dans son corps cette envie qui maintenant la dominait au point qu’elle avait eu peur de se retrouver seule dans son lit quand je serai parti.
Nous savions bien tous les deux que seule la nature et sa loi nous avaient jetés dans les bras l’un de l’autre, effaçant d’un coup toutes les barrières que la morale hypocrite de la société avait dressées en deux mille ans de civilisation judéo-chrétienne. Elle savait, et moi aussi, que nous n’étions que deux êtres qui s’étaient rencontrés dans un moment précis où tous les deux avaient besoin de l’autre, et qui étaient heureux de faire fondre leur esprit et leur chair dans le creuset du plaisir.

Je suis parti au début de l’après-midi. Nous avons échangé un dernier baiser sur le seuil. Elle avait voulu que j’emporte l’image de son corps sans voile. Nue, bien droite, les yeux légèrement embués, peut-être à cause du plaisir qu’elle venait de prendre, peut-être des larmes qu’elle retenait, elle tourna sur elle-même en me disant : “ Regarde, je ne sais si je suis belle, mais tu l’as dit et je veux le croire. Nous ne nous verrons peut-être plus. Souviens-toi de moi telle que je suis, moi je ne t’oublierai jamais. ”