Gino Balestri

par Alba Balestri
lundi 19 avril 2010
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Nous plaçons cette notice biographique en chantier sur notre site pour aider sa fille Alba Balestri à trouver des renseignements supplémentaires sur le parcours de son père, anarchiste italien parti se battre en Espagne en 1936-1937.

Les giménologues

Né le 1er novembre 1901 à Bazzano (BO) dans une famille de treize enfants, Gino Balestri adhère, très jeune, aux idéaux libertaires. Après avoir participé activement aux luttes ouvrières de la période du Biennio Rosso [1]et aux premières luttes armées contre les fascistes, il est condamné à six mois et demi de prison en 1921, puis à trois mois en 1925 [2]. L’année suivante il émigre clandestinement en France où, sans papiers, il va vivre au jour le jour dans des conditions précaires tout en poursuivant ses activités antifascistes.
Dès son arrivée, il se lie d’amitié avec d’autres militants anarchistes comme les Gilioli, Camilo Berneri et sa famille, Renato Castagnoli, Umberto Cecotti, Tintino Rasi et sa compagne Ave, Vindice Rabitti, Giuseppe Bifolchi, Alberto Meschi, Umberto Marzocchi, Enzo Fantozzi, Natalino Matteucci, la famille Lami, Renzo Cavani, Gino Bibbi, Luigi Damiano … Arrêté à Paris en possession de faux papiers, il est expulsé une première fois vers la Belgique en 1930, puis au Luxembourg pour avoir participé à un meeting politique à Bruxelles. D’après son casier politique italien, il s’est toujours fait remarquer comme l’un des plus vifs et fervent antifascistes.

En 1932, il prend pour compagne Cosetta Lami, fille du militant anarcho-syndicaliste Mario Lami, mort à Fontenay-sous-bois en 1930. Ils partent alors vivre pendant quelques temps à Marseille. Là il participe à l’organisation d’une coopérative de travaux du bâtiment avec Celso Persici, Edoardo Angeli, Giulio Bacconi, Cesare Fietta, Orazio Dondi, Emilio Predieri, Pio Turroni, Virgilio Fabrucci … coopérative qui doit permettre aux réfugiés politiques d’obtenir des papiers et du travail. Les bénéfices sont reversés au mouvement anarchiste.

Gino Balestri et sa compagne Cosetta Lami vont souvent à Nice rendre visite à la famille Dondi et à Mario Baldini. Et c’est à la suite d’un meeting tenu par celui-ci sur la situation en Union Soviétique que Gino est à nouveau arrêté en 1933 et condamné à deux mois de prison pour « infraction à un décret d’expulsion » [3]. Il retourne à Marseille clandestinement puis s’embarque en 1934 pour Oran (Algérie) où le rejoignent sa compagne et leur fille Luce (née à Paris en mars de la même année).

En juin 1936, Gino Balestri revient à Marseille puis gagne Paris [4]. Dès le déclenchement de la guerre d’Espagne il part comme volontaire. Par l’intermédiaire du comité Pro Spagna dont s’occupait Tintino Rasi, il atteint Barcelone en train via Perpignan. Il s’intègre à la section italienne de la Colonne Ascaso [5] et combat au Monte Pelato, à Almudevar et au Carrascal de Huesca sur le front d’Aragon. Gino a peut-être intégré le groupe Schirru car sa fille Alba croit le reconnaître sur une des photos placées sur le site des giménologues [6]. Bien qu’opposé à la militarisation des milices, il reste encore quelque temps en Espagne.

Le 17 avril 1937, d’après un article du Diluvio, il aurait assisté en tant que représentant du quatrième bataillon fédéral Pi y Margall [7] aux funérailles d’Antonio Cieri, mort sur le front de Huesca « d’une balle perdue » [8] et qui avait pris la tête de la section italienne après Giuseppe Bifolchi [9]. Lors des événements de mai 1937, il participe aux combats contre les staliniens, et rejoint sans doute ses compagni et d’autres internationaux dans la caserne Spartacus, près du port de Barcelone . Il quitte l’Espagne peu de temps après : « Quand j’ai compris que c’était foutu j’ai préféré partir », et rentre à Paris (en juillet 1937 ?) où sa compagne a mis au monde en mars leur deuxième fille, Dina.

Il connaît alors avec sa famille deux années de grande misère ne trouvant pas de travail. Comme beaucoup d’étrangers antifascistes, il est victime du décret du 12 novembre 1938 qui permettait d’interner les « indésirables étrangers » [10]. La police française l’arrête en 1939 puis le place pendant 6 mois à la prison de Fresnes. Libéré, il finit par obtenir des papiers en règle à son nom.
Durant l’occupation il est arrêté par les Allemands et déporté dans un camp de travail à Lublin en Pologne. Après avoir réussi à s’évader en 1942, il regagne la France et part avec les siens dans la région d’Arcachon en Gironde, où il entretient des contacts avec la Résistance. Après la Libération, il retourne à Paris puis s’installe en 1952 à Marseille où naîtra sa dernière fille, Alba. Il milite moins activement que par le passé mais aide de nombreux réfugiés espagnols.

Gino Balestri s’est éteint à Aubagne dans les Bouches-du-Rhône le 5 juillet 1983.

Autres sources consultées :
Dossier de naturalisation et de police de Gino Balestri et de Cosette Lami au Centre des Archives Contemporaines de Fontainebleau.

Alba Balestri, Marseille le 17 avril 2010.

Gino Balestri avec sa femme Cosetta en 1932

Gino Balestri en 1936

[1Cf. Casellario politico centrale (CPC) di Roma ad nomen

[2Cf. CPC ad nomen

[3Cf. CPC ad nomen et Fonds de la préfecture de NICE, document 04M 1071 du 01/01/1933 au 31/12/1933

[4Un document des Archives départementales des Bouches du Rhône (4 M 4225), en date du 10 avril 1935, rédigé par le consul italien de Marseille et adressé au préfet, donne une liste « d’antifascistes résidant à Marseille avec d’autres résidant à Paris ( …qui ) organiseraient un complot pour un attentat qui devrait être commis en Italie ». On y trouve les noms de huit anarchistes italiens dont Strafellini, Mione et de treize autres avec lesquels « ils seraient en relation » comme Gino Balestri, Angeli, Persici, Fabrucci, Perrone, Gunscher…que l’on retrouvera engagés en Espagne.

[5Cf. Di Lembo Luigi, « La sezione italiana della colonna Francisco Ascaso », in Rivista Storica dell’Anarchismo, a.8, n°2 (16), Pisa, BFS, 2001 mais qui ne cite pas son nom. Gino Balestri est par contre mentionné dans l’appendice n°4 intitulé « Anarchistes d’Emilie-Romagne dans la guerre d’Espagne », à la page 108 de l’ouvrage : « Rivoluzio Giglioli. Un anarchico nella lotta antifascista 1903-1937 », de Claudio Silingardi. N°12, Instituto Storico della resistenza Modena. Ainsi que dans l’article de la Città du 25 août 2005 pp. 10 et 11, intitulé : « Quei Bolognesi alla guerra di Spagna ».

[7Cf. El Diluvio, 17 avril 1937 pour la mention de Gino Balestri, et de Joaquin Canadas, Giuseppe Crespi, José M. Corminola. Le commandant du bataillon était Augusto Coll, le capitaine Hermeto Coll. Voir aussi La Vanguardia du 18 avril 1937, p.2, pour la mention du bataillon sur lequel nous manquons d’éléments (date et lieu de création, lieu d’intervention).

[8Cf. Furlotti Gianni, « Parma Libertaria », Pisa, BFS edizioni, 2001

[9Cf. Bifolchi Giuseppe, « La colonna italiana sul fronte di Huesca », in Rivista Abruzzese di Studi Storici, n°3, nov.1980

[10Cf. Pechanski , « La France des camps : l’internement, 1938-1946 », éd. Gallimard, 2002