A la recherche d’un membre du DAS : Walter GIERKE

dimanche 8 février 2009
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À la recherche d’un membre du DAS

(et peut-être Brigadiste International)
Interné au camp de Rieucros (Lozère)

Les Giménologues ont été contactés par Sandrine Peyrac, de « l’Association pour le Souvenir de Rieucros ».
Sandrine a trouvé le nom de Walter Gierke dans une liste du DAS [Allemands anarcho-syndicalistes se battant dans le Groupe International de la colonne Durruti].
Elle ne disposait jusque là que de peu d’éléments sur cet Allemand qui semble être l’auteur d’une sculpture sur rocher retrouvée sur le site du camp de Rieucros.
Voici une fiche de recherche bilingue, accompagnée des listes de membres du Groupe International où apparaît Walter Gierke, et des photos du rocher sculpté (transmises par S. P] ; en espérant que cela permettra de trouver de nouveaux éléments sur ce milicien.

Les Giménologues 30 janvier 2009


A la recherche de Walter GIERKE

Walter Gierke est un Allemand né le 29 juillet 1886 à Moren s/Stetten. Il est mécanicien de profession. Il a participé à la Première Guerre mondiale au cours de laquelle il fut blessé. Il a une femme et deux enfants résidant en Allemagne.
Nous retrouvons sa trace en Espagne au cours de la guerre dans plusieurs documents d’archives [1] où il apparaît comme ayant intégré le 9 novembre 1936 le Groupe international de la colonne Durruti, combattant sur le front d’Aragon. Walter Gierke était également membre du D.A.S. le groupe des Allemands anarcho-syndicalistes. Mais le 2 janvier 1937, il fut exclu du D.A.S., et par conséquent du G.I. de la colonne Durruti. Le motif de cette exclusion n’est pas précisé. [2]

Une notice d’identificiation émise par la préfecture du Gard confirme sa participation au conflit espagnol comme « milicien [3] ». Il arrive en France le 13 mai 1938 par Cerbère en tant que « milicien malade », avec pour seul papier d’identité une autorisation du Ministère de la Défense nationale del « ejercito de tierra ».
Cantonné à St Hippolyte du Fort (il n’est pas le seul), il est considéré comme un « Etranger en situation irrégulière ». Il est ensuite déplacé au camp de Rieucros en Lozère entre février et septembre 1939. Ce camp, conçu en octobre 1938 par le gouvernement Daladier pour interner les étrangers indésirables sur le territoire, ouvre ses portes près de Mende le 21 janvier 1939. Walter Gierke y retrouve plusieurs anciens combattants de la guerre d’Espagne.
Dans ce camp il est l’auteur probable du rocher sculpté surnommé « rocher des Espagnols » réalisé pour célébrer le 150e anniversaire de la Révolution française. Il représente un combattant français en état de veille au dessus duquel se déploie une poignée de mains dans un halo. Sur le rocher voisin apparaît la signature de Walter Gierke. Cette sculpture reste assez pathétique lorsqu’on sait qu’il s’agit d’une célébration de la Révolution française, de ses valeurs, réalisée par un Allemand interné par la IIIe République sans aucun procès, en violation des valeurs de fraternité.

Pour terminer il demande à quitter le camp pour Paris, le Mexique ou la Russie. Nous perdons alors sa trace… et souhaiterions la retrouver. Merci de votre aide.

Sandrine Peyrac, pour l’Association pour le Souvenir de Rieucros.

[Les notes sont rédigées par les Giménologues]


Auf der Suche nach Walter GIERKE

Walter Gierke ist Deutscher, geboren am 29. Juli 1886 in Moren bei Stetten. Er ist Mechaniker von Beruf. Im Ersten Weltkrieg wurde er verwundet. Seine Frau und seine zwei Kinder wohnen in Deutschland.

Anhand von mehreren Dokumenten finden wir seine Spur im spanischen Bürgerkrieg. Aus diesen Dokumenten ist auch ersichtlich, dass er am 9. November 1936 der Internationalen Gruppe der Durutti Kolonnen beigetreten ist und an der Front im Aragon war. Walter Gierke war auch Mitglied beim D.A.S., den deutschen Anarcho-Syndikalisten. Am 2. Januar 1937 wurde er aus dem D.A.S ausgeschlossen und daraufhin auch aus der Internationalen Gruppe der Durutti Kolonnen. Der Grund seines Ausschlusses ist nicht angegeben.

Ein Hinweis betreffend seiner Identität, ausgestellt durch die Präfektur des Departements du Gard (Frankreich), bestätigt seine Teilnahme als Milizsoldat im spanischen Bürgerkrieg.

Von Cerbère her reist er am 13. Mai 1938 als „kranker Milizionär“ nach Frankreich ein. Das einzige Reisedokument, dass er besitzt, ist eine Bewilligung des Nationalen Militärdepartements der „ejercito de tierra“. Als „Ausländer ohne gültige Aufenthaltsbewilligung“ wird er (sowie Andere auch) in St. Hypolite du Fort einquartiert. Anschliessend wird er von Februar bis September 1939 im Internierungslager Rieucros im Departement der Lozère festgehalten. Dieses Lager wurde von der Daladier Regierung im Oktober 1938 geplant um auf dem Staatsgebiet unerwünschte Ausländer in Gewahrsam zu nehmen. Am 21 Januar 1939 wurde es in der Nähe von Mende eröffnet. Walter Gierke trifft dort auf mehrere ehemalige Kampfgefährten des Spanienkrieges.

Es ist wahrscheinlich Walter Gierke der im Lager die Felsskulptur „Der Spanische Fels“ zum hundertfünfzigsten Jahrestag der Französischen Revolution angefertigt hat. Sie stellt einen wachsamen französischen Milizionär dar über dessen Kopf mehrere Hände einen Glorienschein bilden. Auf dem Fels nebenan ist die Unterschrift von Walter Gierke zu erkennen. Diese Skulptur ist ziemlich grotesk wenn man bedenkt, dass es um eine Verehrung der französischen Revolution und deren Prinzipien geht, hergestellt von einem Deutschen, der von der III Republik, ohne Prozess und das Prinzip der Brüderlichkeit verletzend, interniert wird.

Am Schluss verlangt er das Lager in Richtung Paris, Mexiko oder Russland verlassen zu können. Da verliert sich seine Spur, die wir wieder finden möchten. Danke für ihre Hilfe dabei.

Sandrine Peyrac für den „Verein zum Andenken an Rieucros“

[Die Fussnoten sind von den Giménologen geschrieben]


Rocher sculpté

Signature


Particularités de Rieucros (notes de Sandrine Peyrac)

Rieucros, vue d'ensemble

Premier camp d’internement créé en France à l’initiative de Daladier et qui ouvre près de Mende en Lozère le 21 janvier 1939.
Il accueille d’abord essentiellement des anciens des brigades internationales
C’est le seul camp en France créé sous la république avant la 2ème Guerre mondiale et avant l’afflux des réfugiés espagnols

12 novembre 1938 : décret-loi permettant l’internement des étrangers indésirables (des suspects de trouble à l’ordre public)

21 janvier 1939 : décret-loi avec décision d’ouvrir le camp de Rieucros

Février 1939 : arrivée des hommes

Septembre 1939 : les hommes sont déplacés au camp du Vernet en Ariège. Le camp devient un camp de femmes avec toutes les particularités de l’internement des femmes

Octobre 1939 : arrivée des femmes étrangères suspectes (antifacistes, républicaines espagnoles....)

Août 1940 : passage de la commission Kundt

Février 1942, le camp est déplacé à Brens dans le Tarn. C’est de là que partiront les convois pour Auschwitz.

Ouvrage sur le sujet :
Mechtild Gilzmer, « Camps de femmes. Chroniques d’internées. Rieucros et Brens (1939-1944) », Paris, ed. Autrement, 2000, 271 p.


[1de la CNT–FAI (Confédération Nationale du Travail, importante centrale anarcho-syndicaliste et de la Fédération Anarchiste Ibérique) qui se trouvent à L’Institut d’Histoire Sociale d’Amsterdam (IISG). Le nom de Gierke Walter apparaît dans les trois listes ci-jointes :
- Dans celle des 30 membres (de langue allemande : Allemands, Suisses, Autrichiens) du Groupe International, allant au front le 9 novembre 1936
- Dans la liste de 103 membres du groupe International de la colonne Durruti (N° 89 : Gierke Walter) dressée sans doute en décembre 1936.
- Dans la liste de membres qui ne sont plus dans le D.A.S. en janvier 1937.

[2Les anarcho-syndicalistes allemands organisés dans le D.A.S. avaient dans leur majorité intégré le Groupe international de la colonne Durruti à la fin 1936, et beaucoup y restèrent jusqu’à la dissolution du groupe au cours de l’été 1937. Le témoignage le plus fouillé sur le parcours d’un de ses membres, Edi Gmür, a été présenté et publié par Marianne Enckell aux éditions du CIRA en 2006. On peut également consulter d’autres documents concernant le D.A.S. sur notre site.

[3Les milices antifascistes se sont constituées dès la fin juillet 1936 en Espagne pour se battre contre le pronunciamiento des généraux. Elles ont intégré, en plus des Espagnols, des milliers de volontaires internationaux. Bien avant la création des Brigades internationales sous l’égide de Staline en octobre 1936, des Français, des Allemands, des Italiens etc. avaient afflué pour aider la révolution espagnole et reprendre le combat contre les fascismes nazi et mussolinien. Après la dissolution des milices et la création de la nouvelle armée populaire, certains de ces volontaires entrèrent dans les Brigades internationales, d’autres continuèrent à combattre dans les colonnes anarchistes transformées en Divisions et en Brigades mixtes.


Portfolio

Liste 1 : Archives IISG, FAI1 : Barcelone, le (...) Listes 2 et 3 : Archives IISG, FAI Pe 1/C3 (...) Liste de 30 membres du Groupe International (...) Liste de 103 membres du groupe International (...) Fiche de police de Walter GIERKE