Quelques petites choses de plus sur Augusta Marx, alias Trude,
volontaire allemande du Groupe International de la colonne Durruti

dimanche 1er novembre 2015
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Quelques petites choses de plus sur Augusta Marx, alias Trude,
volontaire allemande du Groupe International de la colonne Durruti
 [1].

Nous sommes tombés, on ne sait plus comment, sur l’intéressant article numérique de Manu Valentín intitulé « L’exil judéo-ashkénaze à Barcelone (1933-1945) : un casse tête qui demande à être résolu », en cinq parties.

Et dans la quatrième partie [2], voilà qu’il est question d’Augusta :

« Comme Ruth Goldstein, Augusta Marx, alias Trude, fait partie de ces réfugiés qui avaient dû fuir d’Allemagne, persécutés du fait de leur double condition de juifs et de militants de gauche. Comme presque tous les membres engagés de sa génération, Augusta a vécu dans sa chair l’expérience de la prison. Militante socialiste et collaboratrice du Freiheit – organe de presse de la SAP (Sozialistischen Arbeiterpartei Deutschlands : Parti des Travailleurs socialistes d’Allemagne, qui se considérait comme le parti frère du Poum) – elle partira à Amsterdam où elle vivra sous la protection des réseaux de soutien des immigrés. Au milieu de l’année 1935, elle ira à Barcelone. »

D’après Valentín, Augusta était aussi l’amie de ces autres émigrés judéo-allemands : Charlotte Margolin, Eva Sittig-Laufer, Ewald et Ella König, Max et Golda Friedemann, qui tous se retrouvèrent à Barcelone dans les années trente.

« Un an après, avec l’éclatement de la Guerre Civile, elle s’enrôle comme infirmière dans le groupe international de la colonne Durruti. Deux femmes l’accompagnent, son amie Margot Tiertz et la Française Georgette Kokoczinski. Le 16 octobre dans les environs de Perdiguera, lieu stratégique du front de Huesca, Augusta et Georgette seront capturées et fusillées par les troupes fascistes. »

Une note parue dans La Vanguardia du 11 novembre 1936 (p. 2), relaie la protestation de la Croix-Rouge :

« CONSEIL DU SERVICE DE SANTÉ DE GUERRE
Un acte de barbarie fasciste.
Récemment la barbarie des fascistes a montré une fois de plus ce dont elle était capable. Même la Croix-Rouge - le noble signe face auquel toutes les haines sont neutralisées - n’a pu arrêter la progression et l’attaque acharnée des factieux. L’infirmière Georgette Kokoczinski fut faite prisonnière par les maures à l’intérieur d’une maison, en première ligne, où elle soignait les blessés très graves. Une autre infirmière l’accompagnait, Augusta Marx, qui partageait avec elle les angoisses et l’aide en faveur des défenseurs de la cause du peuple.
Les deux prisonnières furent fusillées et jetées dans un pajar où étaient cachés quelques miliciens. Les fascistes et les maures mirent le feu au pajar commettant là une de ces sauvageries auxquelles nous sommes habitués, mais qui n’a de cesse de nous indigner à chaque fois qu’elles se répètent. D’autres infirmières qui se trouvaient dans le pajar subirent le même sort.

Ainsi témoignèrent des légionnaires du Tercio de Sanjurjo qui arrivèrent au village de Perdiguera au matin du 17 octobre, et qui assistèrent à la sauvagerie.
Ces légionnaires et soldats désertèrent et passèrent dans nos rangs quand nous encerclâmes le village, et ils nous racontèrent, en tant que témoins directs, le sort malheureux que connurent ces camarades.
Notre indignation est énorme face à la passivité du monde qui nous contemple. Et face à lui la Croix-Rouge proteste. »

Valentín : « Quelques mois après son assassinat, Augusta sera immortalisée dans un passage du livre de l’Australienne Mary Low Carnets de la guerre d’Espagne, où elle mettait sur papier les premiers jours de la révolution :

« J’ai une photographie qui évoque la sensation de ces premiers jours avec plus de réalisme que mes souvenirs, dans laquelle nous apparaissons debout, sous la verrière [de l’Hôtel Falcón], à la lumière du matin. Elle fut prise le troisième jour et je portais déjà mon uniforme de milicienne. [Trude] La grande Allemande en tenue d’infirmière, dont la blancheur se fond avec les murs blancs de la photo, et dont la tête s’élève au-dessus les autres, la chevelure lisse et les lèvres tendres et charnues. Ensuite, c’est moi, debout avec les mains derrière de dos et la boucle de mon nouveau ceinturon absorbant la lumière. Une Italienne à lunettes, qui travaillait dans le bureau de propagande, est juste à côté de moi, tenue par la main d’une Autrichienne plus âgée que nous, qui porte un pantalon de velours. » (traduction des Giménologues). »

C’est visiblement Valentín qui a choisi de rajouter les mentions [l’Hôtel Falcón] et [Trude] qui n’existent pas dans l’édition originale en anglais parue à Londres en 1937 chez Secker&Warburg [3], ni dans les traductions française et espagnole.

Il y aurait donc une photo que la famille (ou les amis) de Mary Law a peut-être encore, et où figure Augusta. Une demande est en cours auprès de Gérard Roche auteur de cette biographie sur Mary : http://www.benjamin-peret.org/documents/96-mary-low-1912-2007.html. Mary Low est morte aux USA en 2007 à l’âge de 95 ans.

Grâce à des amis barcelonais, nous avons pu prendre connaissance d’un autre article paru dans La Batalla, journal du POUM, en date du 5 novembre 1936, qui nous offre une photo d’une Trude souriante, malheureusement de mauvaise qualité. Le texte nous apprend qu’à peine arrivée de Paris, Augusta s’était présentée le 12 septembre à la direction du Groupe International de ce Parti pour s’engager au front, en tant qu’infirmière. Leurs services sanitaires étant en cours de réorganisation, Trude, pressée de partir, reçut l’autorisation de se joindre le 25 septembre à une colonne allemande de la CNT en partance pour le front.

Un autre article paru dans l’édition du 9 novembre 1936 (p. 2) du journal madrilène El Sol reprend quasiment le même texte.


Nous serions bien intéressés à en savoir plus sur Margot Tiertz (ou Tierz, ou Tietz ) qui aurait aussi fait partie du Groupe International de la Durruti, selon Valentín. Mais son nom n’est pas apparu jusque-là dans les listes de miliciens volontaires étrangers que nous avons consultées.

Elle fut un moment la compagne de l’Ukrainien Isak Aufseher, affilié au Leninbund, une scission gauchiste du PC allemand. En 1933, après l’accession d’Hitler au pouvoir, ils émigrent tous deux, d’abord à Paris et puis à Barcelone. Ils installent un kiosque dans la Rambla de Santa Mónica où ils vendent des publications antifascistes. Expulsés d’Espagne sur demande du consul allemand, début 1936, ils reviennent à Barcelone. Il firent peut-être partie du DAS.

In Antifascistas alemanes en Barcelona (1933-1939) El Grupo DAS, Sintra, 2010, (pp. 50 et 312) il est dit au sujet d’Isaac et de Margot Tietz que leur kiosque fut fermé au printemps 1935. En avril 1937, Margot participa à une réunion du POUM à Barcelone, sans doute en tant que membre de ce parti.

Elle fréquenta de près Paul et Klara Thalmann, Kurt et Katia Landau.

Barrio Chino

 [4]

Comme beaucoup d’émigrés antifascistes allemands, Margot a dû fréquenter le Bar Scandinavia du Barrio Chino dont il est largement question dans cet autre article mis en ligne le 15 mars 2015, que nos recommandons :

« Los alemanes y la calle Mediodía » [5]

Il est illustré par de remarquables photos de rues de la Barcelone des années trente, réalisées par Margaret Gross, ex-épouse de Michel Michaelis (voir l’article de Marianne Enckell publié sur notre site : article 205).
Voici l’entrée en matière de cet article : « Les Allemands et la rue Mediodía.
Dans sa chronique parue dans La Vanguardia du 5 janvier 1933, rédigée depuis Berlin, Augusto Assia évaluait à deux millions le nombre de personnes qui vagabondaient dans le pays, sans travail ni ressources, passant d’une ville à une autre. […] Des milliers d’entre elles émigrèrent en Espagne, notamment à Barcelone ; et ce chiffre augmenta après la nomination d’Hitler comme chancelier, à la fin de ce même mois. Dans cette nouvelle vague, en plus des vagabonds, il y avait des gens de gauche et des juifs.

Dans les souvenirs des personnes qui ont connu Barcelone dans les années trente, des établissements de la calle Mediodía apparaissent fréquemment. C’étaient des lieux de refuge et de rencontre d’Allemands vivant à Barcelone. On trouve mention de ces établissements dans la presse seulement dans la mesure où il s’y passe quelque chose de grave, tellement les locaux sont misérables. […] Il s’agit de « Maisons pour dormir », d’auberges, de restaurants, de bars. L’un d’entre eux aurait été financé par le consulat allemand [pour surveiller les étrangers]. Dans un autre se réunissent les anarchistes allemands du groupe DAS. »

(traduction des Giménologues)

Les Giménologues, 31 octobre 2015


[1Voir notre article précédent : article 481

[2http://www.mozaika.es/el-exilio-judeoasquenazi-en-barcelona-1933-1945-un-rompecabezas-que-pide-ser-resuelto-parte-iv ; il existe aussi une version en PDF rassemblant les cinq articles publié in Entremons. UPF Journal of World History. Número 6 (juny 2014).

[4Toutes les photos sont de Margaret Michaelis.