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Un prochain livre en Espagne sur les frères Sabaté
Trois frères contre Franco : Sabaté Llopart
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Un prochain livre en Espagne sur les frères Sabaté

Trois frères contre Franco : Sabaté Llopart

Entretien avec Argimiro Ferrero publié dans la presse espagnole [1]

« J’éclaire les trous noirs de la mémoire »

Argimiro Ferrero au cimetière de Sant Celoni

Enfant, Argimiro Ferrero a entendu dire que le guérillero Quico Sabaté était enterré à Sant Celoni. L’impact de cette information l’a marqué jusqu’à aujourd’hui.

Abandonnée pendant plusieurs décennies, la tombe de Quico Sabaté, au cimetière de Sant Celoni, a été restaurée grâce à une initiative populaire à laquelle a pris part Argimiro Ferrero, historien et technicien adjoint au service de « bien-être social » de la mairie de cette localité du Montseny [à 50 km au nord de Barcelone, NdT]. Sur le site retrouvé, « Argi » raconte comment cet intérêt pour le mythique guérillero anarchiste est peu à peu devenu un projet de vie.

Quand avez-vous entendu pour la première fois parler de Quico Sabaté ?

C’est au lycée que j’ai entendu dire qu’un guérillero était enterré au village. Adolescent, j’étais passionné des films d’Errol Flynn et des histoires concernant la guerre [civile] ; cette information m’a frappé. Ils l’ont tué en 1960, à la veille du jour des Rois, et ont laissé son corps étendu sur le sol à côté d’une école, tandis qu’à l’Athénée on présentait l’arrivée des « Pastorets » [spectacle traditionnel catalan mettant en scène la naissance de Jésus, NdT].

Vous ne deviez le retrouver que des années plus tard.

À l’école, on m’a proposé de faire un travail sur Quico, pour lequel j’ai interviewé le policier municipal qui lui a tiré plusieurs balles dans la tête – je lui avais servi des cafés quand je travaillais comme serveur. À partir de ce moment-là, j’ai continué à collecter des informations. À chaque fois que je pénètre un centre d’archives et que j’y découvre quelque chose, j’ai l’impression d’éclairer les trous noirs de la mémoire.

Sabaté était-il un guérillero ou un bandit ?

C’est pour moi un défi personnel de fournir aux gens des informations permettant de savoir si ces gens étaient réellement des assassins. La démagogie a contrefait leur trajectoire de combattants de la liberté. Ils n’avaient pas d’autre choix que d’appuyer sur la gâchette parce qu’ils livraient une bataille contre la dictature et le fascisme.

Elle a coûté la vie à nombre d’entre eux et ne leur a valu que l’oubli.

Cette lutte armée est très méconnue. Les anarchistes ont toujours été la bête noire, mais à mes yeux, ils incarnent la pureté et la cohérence de la lutte.

Souvent, même leurs proches parents ignoraient les circonstances de leur mort.

Entre autres choses, ce travail m’apporte la satisfaction de donner des informations aux proches qui ne savent pas comment sont morts leurs pères, leurs oncles, ou leurs frères. Cela signifie beaucoup le fait qu’ils croient en moi, et me confient des documents inédits.

Y avait-il des militants politiques dans votre famille ?

Non, mais je suis issu de la classe ouvrière. Je suis né en Allemagne, où étaient allés mes parents, après avoir émigré d’un village de la province de Zamora [nord-ouest de la Castille, près de la frontière portugaise, NdT]. Quand j’avais deux ans, ils m’ont envoyé au village avec ma grand-mère, parce qu’ils ne pouvaient plus s’occuper de moi, et en 1973, nous nous sommes installés en Catalogne.

Comment cette immersion dans l’anarchisme a-t-elle influé sur votre vie ?

À la maison, nous avions toujours eu des animaux, et quand j’ai commencé à étudier l’anarchisme, j’ai ouvert toutes les cages. Depuis, les poules vivent en liberté. Je me souviens qu’on m’a offert un canari et la première chose que j’ai pensée c’est : « à toi la liberté : va voler ! »

Cela vous a transmis le virus anti-autoritaire ?

J’ai la réputation d’être un anti-conformiste. Si je vois quelqu’un agir de façon injuste, je ne peux pas me taire, même si ça me cause des problèmes. J’ai des filles jumelles et j’essaie de leur transmettre cet esprit critique. Je leur dis toujours qu’à la maison, personne ne commande. Une seule chose est sûre : leur mère et moi sommes plus âgés qu’elles, et nous savons plus de choses, donc nos avis ont plus de poids, mais il faut les argumenter et nous prenons les décisions tous ensemble.

Quand sera publié le fruit de vos recherches ?

Il me manque quelques entretiens, je dois terminer d’exploiter les archives et mettre en ordre toutes ces informations. Mais j’ai déjà le titre du livre, ce sera : Trois frères contre Franco : Sabaté Llopart. En plus de Quico, il y avait Manuel – qui fut tué juste parce qu’il était son frère – et Josep, qui laissa un enfant âgé de quelques mois à Toulouse pour venir à Barcelone, où il fut tué. Il est temps qu’eux aussi sortent du trou noir de la mémoire.

Traduction : Clément Magnier

Argimiro Ferrero avait pris contact avec notre ami Hélios Peñalver dont la famille connaissait bien El Quico.
Argimiro est diplômé en Histoire Contemporaine (Universidad Autònoma de Barcelona).
Il a rencontré un Italien Elio Ziglioli qui accompagna Manuel Sabaté dans une incursion en Espagne en 1949 et en fit le récit en catalan que l’on peut trouver ici : http://www.caudelguille.net/index.php?option=com_myblog&task=tag&category=maquis&Itemid=57

Hommage à El Quico



Pour en savoir plus sur El Quico, on peut lire : http://endehors.net/news/el-quico-sabate-et-los-bandoleros-la-guerilla-urbaine-libertaire-en-espagne-1945-1963

Les giménologues, 6 mai 2017


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