Simón Radowitzky
De la Russie à l’Argentine • Parcours d’un anarchiste au début du XXè siècle
Article mis en ligne le 6 avril 2017
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De la Russie à l’Argentine
Parcours d’un anarchiste au début du XXè siècle
Simón Radowitzky


Simón Radowitzky, né le 10 septembre ou novembre 1891 à Stepanice et mort le 29 février (ou le premier mars) 1956 à Mexico, est un ouvrier argentin d’origine ukrainienne et un militant anarchiste. Il était arrivé en Argentine en mars 1908.

Un petit livre vient de paraître sur son histoire, contenant certains de ses écrits : il est téléchargeable sur ce site qui contient bien d’autres documents : https://nagan.noblogs.org/
Nous relayons cet extrait sur la participation de Simon à la guerre sociale en Espagne.


Espagne, 1936

Depuis la victoire des Républicains en 1936, la situation en Espagne est insurrectionnelle. L’opposition entre, d’une part, les tendances républicaines et révolutionnaires et, d’autre part, les nationalistes espagnols aboutit au coup d’État militaire de juillet 1936, avec à sa tête Francisco Franco. Dans ce contexte, les forces politiques et militaires des républicains socialistes, des communistes et des anarchistes s’unissent dans un large front anti-franquiste  : c’est le début de la guerre civile espagnole. Dans les régions tenues par les anarcho-syndicalistes de la Confédération Nationale du Travail (CNT) ou de la Fédération Anarchiste Ibérique (FAI) de larges réformes sont mises en place et un « pouvoir révolutionnaire » est instauré. Les forces armées nationalistes se lancent dans la conquête totale du territoire, dans une guerre contre toutes les tendances unies dans ce front. Cette situation suscite une vague de solidarité à travers le monde et de très nombreux « internationalistes » rejoignent l’Espagne pour venir en aide aux anti-franquistes, souvent pour prendre part aux combats.

À côté des Brigades Internationales organisées par l’URSS stalinienne et les communistes espagnols, des anarchistes et des communistes anti-staliniens forment leurs propres structures combattantes. Depuis l’Argentine et l’Uruguay, des anarchistes s’organisent pour faire parvenir de l’aide en Espagne et mettent en place un réseau pour envoyer les volontaires sur place. À partir de septembre 1936, les Républicains tentent de militariser les milices (colonnes) anarchistes afin de les intégrer sous le commandement unique de l’Armée Populaire de la République (APR), l’organe militaire regroupant toutes les tendances anti-franquistes. En 1937, les colonnes anarchistes sont fusionnées – malgré les résistances de certains combattants anarchistes – et deviennent des divisions de l’APR.

Radowitzky rejoint en mai 1937 la 28ème Division menée par Gregorio Jover. Il incorpore le 500ème bataillon de la Brigade Mixte 125 composée principalement de combattants des ex-colonnes anarchistes Los Aguiluchos (Les Aiglons) et Ascaso. Radowitzky est chargé de la logistique vers l’Aragon. Daté du 1er septembre 1937, un document signé du chef du 500ème bataillon confirme sa présence sur le front aragonais le 28 août. La dernière mention de la présence de Radowitzky sur le front militaire est un sauf-conduit jusqu’à Barcelone daté du 24 mars 1938. Dans une lettre d’avril adressée à Salvadora Medina Onrubia, Radowitzky explique qu’après dix mois passés sur le front, il n’a été que deux fois à l’hôpital : la première pour une crise de paludisme et la seconde à cause de son état de fatigue.

Il est employé fin avril par le Bureau de Propagande Extérieure de la CNT-FAI, chargé de publier journaux, brochures, livres en différentes langues et situé à Barcelone. Les trahisons successives et les mauvais coups des communistes pour le leadership révolutionnaire, selon les projets de l’URSS, vont entraîner la mort ou l’exécution de nombreux combattants et volontaires, anarchistes et communistes anti-staliniens. L’avancée militaire progressive et inéluctable des nationalistes va, quant à elle, permettre aux franquistes d’instaurer en avril 1939 une dictature, conservatrice et catholique, proche du fascisme italien et soutenue par l’Allemagne hitlérienne. La chute de Barcelone en janvier 1939 et la prise progressive de toute les régions d’Espagne poussent des centaines de milliers de civils et d’anti-franquistes sur les routes de l’exode. Le 23 janvier, le gouvernement républicain déplace son siège à Figueres, dans le nord de la Catalogne, qui devient la nouvelle capitale de la République espagnole.

Le 28, le Comité National de la CNT charge Radowitzky de transférer ses archives à Portbou, un village catalan à la frontière franco-espagnole. Fuyant l’avancée des troupes franquistes, près de 500 000 personnes traversent les Pyrénées pour se réfugier en France : ce que l’histoire officielle retient sous le nom de Retirada. Les autorités françaises sont débordées par l’afflux de réfugiés. Elles décident de désarmer les milices anti-franquistes et de maintenir tous les réfugiés – miliciens, civils ou politiciens – essentiellement dans les Pyrénées-Orientales. Ils sont installés dans des camps répartis dans le département et dans lesquels les conditions sanitaires sont déplorables. Les réfugiés y meurent de dysenterie ou de paludisme. Radowitzky est interné au camp de Saint-Cyprien situé sur la côte méditerranéenne à une dizaine de kilomètres à l’est de Perpignan. Actif entre février 1939 et octobre 1940, le camp de Saint-Cyprien accueille plus de 30 000 personnes. Dans une lettre qu’il adressera en septembre à Luce Fabbri depuis le Mexique, il décrit les conditions d’enfermement dans ce qu’il appelle un camp de concentration :

« Après trois jours avec seulement du pain à manger, nous nous sommes décidés à sortir la nuit pour voler un peu de riz et des pois chiche dans un des camions gardés par les gendarmes. En ce qui concerne le traitement par les gendarmes et les [tirailleurs] sénégalais, il s’est un peu amélioré car l’un d’entre eux s’est fait tuer dans le camp ». Et il ajoute  : « Dès le premier jour je me suis dis que j’allais m’échapper, chercher des relations avec des personnes extérieures et dire la vérité aux trente personnes qui étaient avec moi que s’il y a avait une chance de sortir j’en étais. Mais les jours passaient. Et un jour je rencontre quelqu’un qui a une permission pour une visite. Il me demande si je suis Simon, je lui réponds que oui, ensuite il me dit que si je peux sortir du camp et passer le poste de garde il m’attendra avec une voiture.[…] Je me suis rasé, j’ai nettoyé mes vêtements et… je suis sorti… j’ai passé le poste de garde à un km de là et je suis arrivé au lieu de rendez-vous, et de là ils m’emmenèrent à Perpignan, puis à Montpellier. »

Janvier 2017 by Nagan [1]

Les giménologues 6 avril 2017




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