AMEDEO BERTOLO (1941-2016)
Article mis en ligne le 7 décembre 2016
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C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès d’Amedeo Bertolo, une grande figure de l’anarchisme italien. Nous l’avions rencontré à plusieurs reprises lors des réunions de la Fédération internationale des centres de documentation libertaire (Ficedl). Avec sa compagne Rossella Di Leo, il y représentait le Centro studi libertari-Archivio Giuseppe Pinelli de Milan.

On pourra lire en détail son itinéraire d’anarchiste dans le livre de Laurent Patry et Mimmo Pucciarelli, L’anarchisme en personnes (Atelier de création libertaire, 2006, 365 pages) sous le titre « Éloge du cidre ».

Amedeo est né en 1941 à Milan dans une famille modeste. Ses parents étaient originaires du Frioul. Alors qu’il est encore au lycée, il crée en 1961 le Gruppo giovanile libertario qui organise des réunions et publie des tracts, notamment en soutien aux anarchistes espagnols en lutte contre Franco.
Pendant l’été 1962, il parcourt l’Espagne à moto, nouant des contacts avec la Fédération ibérique des jeunesses libertaires (FIJL) et en apportant des tracts, des informations et une ronéo. Au retour de ce voyage, il apprend la condamnation à mort de Jorge Conill Vals, accusé d’avoir commis des attentats contre des édifices franquistes. Pour protester contre cette condamnation, avec des compagnons anarchistes et socialistes, il enlève le vice-consul espagnol de Milan. C’est le premier enlèvement politique en Italie.

Il a un grand écho dans l’opinion publique. La peine de mort de Jorge Conill Vals est commuée en peine de prison, le vice-consul est libéré, les auteurs de l’enlèvement sont arrêtés, mais Amedeo réussit à s’enfuir en Suisse puis en Italie où il est pris en charge par des compagnons anarchistes. Il se constitue prisonnier le jour du procès. Le tribunal dit que les auteurs de l’enlèvement ont agi pour des raisons d’une « valeur morale et sociale élevée ». Les condamnations sont minimales et les peines de prison sont suspendues.

En 1963, il participe à la rédaction du journal Materialismo e libertà qui aura trois numéros. En 1966, il fait partie des organisateurs d’une rencontre internationale de jeunes anarchistes à Milan, parmi lesquels des Provos hollandais et des anarchistes français. À la fin de la rencontre, une manifestation est improvisée ; un garrot, symbole de la terreur franquiste, est déposé devant le Duomo.

Il est ensuite l’animateur du groupe Gioventù libertaria puis du groupe Bandiera nera. Avec Giuseppe Pinelli, il fonde la Croce nera, suivant l’exemple de la Black Cross britannique. Le principal objectif est d’aider les victimes du franquisme.

Giuseppe Pinelli est assassiné dans la nuit du 15 au 16 décembre 1969, il est jeté par la fenêtre d’un commissariat. La police essayait de faire croire que les anarchistes étaient responsables des récents attentats meurtriers, en particulier celui de la Piazza Fontana à Milan, le 12 décembre. Ceux-ci avaient été en réalité organisés par les fascistes et les services secrets. Amedeo participe activement à une campagne de contre-information pour expliquer ce qui se tramait : la stratégie de la tension visait à enrayer la montée de la contestation sociale et des luttes populaires.

Dans les années 1970, Amedeo est le protagoniste de plusieurs initiatives. Il est rédacteur dans le journal A rivista anarchica, il participe aux activités des Gruppi anarchici federati et au Comitato Spagna libertaria. Il intervient dans des colloques (Bakounine, les nouveaux patrons, l’autogestion…) et dans les rencontres internationales (Venise, 1984).
Il collabore à la revue Interrogations aux côtés de Louis Mercier Vega.

En 1976, il est parmi les créateurs du Centro studi libertari qui fusionne avec l’Archivio Pinelli. Il collabore à la nouvelle série de la revue Volontà.

En 1986, il est parmi les fondateurs des éditions Elèuthera qui prennent la suite des éditions Antistato et qui ont maintenant plusieurs centaines de titres à leur catalogue.

« Laissons le pessimisme pour des temps meilleurs », avait écrit Amedeo en 1983.

CIRA de Marseille

Nous relayons cette biographie hommage ainsi que celles des compañeros espagnols à lire ici : alasbarricadas.org


Les Giménologues, 8 décembre 2016




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