Précisions sur l’auteur de « l’Appel aux travailleurs marocains »

que nous avions déjà présenté sur ce site en 2010
lundi 3 février 2014
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Précisions sur l’auteur de « l’Appel aux travailleurs marocains »
que nous avions déjà présenté sur ce site en 2010 [1]


Son nom est cité dans le livre de Francisco Sánchez Ruano : El Islam y la Guerra Civil Española. Los siete primeros días de sublevación y sus consecuencias [2] , Madrid, Editorial Catriel, 2006. Extrait d’une recension [3] de cet ouvrage (traduit pas nos soins) :

« Moins connue est l’existence de plus de 1000 arabes et musulmans qui luttèrent dans l’armée républicaine. […] Quelques arabes anarchistes s’enrôlèrent dans les milices de la CNT-FAI. Parmi eux le Marocain de Rabat Ahmed Ben Thami qui combattit dans le bataillon « Ascaso » et servit comme propagandiste pour convaincre les Marocains de l’armée nacionalista de déserter. »
On retrouve ce nom dans cet extrait de Ni Franco ni Staline ! [4]  :

« Il ne semble pas qu’un grand nombre de Marocains ait rejoint les rangs des miliciens antifascistes hormis ceux venus en Espagne par affinités idéologiques. En octobre 1936 un volontaire Marocain de France est invité à prononcer un discours en arabe et en espagnol radiodiffusé par les soins de radio CNT-FAI :
“Moi, Ahmed Ben Thami, né à Rabat (Maroc), tirailleur marocain pendant quatre ans durant la grande guerre, je lutte maintenant aux côtés des antifascistes sur le front d’Aragon dans les rangs de la colonne Ascaso. J’ai laissé le travail que j’avais en France, je suis venu combattre pour la liberté du peuple d’Espagne.” »

Source : « Un Marocain s’adresse à ses frères de race » in L’Espagne Antifasciste n°12 du 17 octobre 1936 (p. 2). On peut lire l’entièreté de l’appel dans l’article reproduit ci-dessous, ainsi que d’autres articles sur le début du soulèvement militaire à Ceuta, les révoltes de Kabyles au Maroc et la constitution d’un bataillon de miliciens marocains à Madrid.




Extraits de L’Espagne Antifasciste

Dans l’article de Abdelmajid Benjelloun : « La participation militaire de Maghrébins à la guerre d’Espagne » [5] , on apprend qu’un autre appel du même genre fut publié dans le « Bulletin d’information de la CNT » du 18 septembre 1936 : « Marocains contre le fascisme » ; l’auteur en serait Gonzalo de Reparaz.

Sánchez Ruano évoque également l’anarchiste algérien Ameriane ben Ameziane [6] qui prit part à la colonne « Durruti ». Il rédigea aussi un manifeste appelé « Appel aux travailleurs algériens » dans lequel il appelait le peuple algérien à appuyer la république espagnole et à lutter contre le fascisme.

On ne connaît pas l’impact que ces « appels » eurent sur les troupes marocaines, souvent enrôlées de force si l’on en croit certains témoignages. Selon une information publiée dans le quotidien ABC de Madrid le 28 août 1936 (p. 8), provenant de la presse française, le recrutement de Marocains eut du mal à s’effectuer dès le début de la guerre et « toute cette agitation gagne le territoire du Rif ».


À l’adresse des hispanisants cet article consultable sur le site suivant [7] mérite le détour :

« Envahisseur maure ou frère révolutionnaire ? L’image des Marocains durant la Guerre civile espagnole dans le quotidien de la CNT de Valence Fragua social » de Josefa Alcolea Escribano.
Les deux dessins de propagande ici reproduits sont tirés de la Fragua Social.

Les Giménologues, 31 janvier 2014


[2L’Islam et la guerre civile espagnole. Les sept premiers jours du soulèvement et leurs conséquences

[4Les volontaires français de la Révolution espagnole. Miliciens et militants révolutionnaires en Espagne 1936-1939, Edouard Sill. Master II d’Histoire Contemporaine. Université François Rabelais de Tours.

[5In Tant pis si la guerre est cruelle. Volontaires internationaux contre Franco, Ed Syllepse, 2008, pp. 445. Cf. une recension sur ce site : article 364

[6Saïl Mohamed Ameriane Ben Ameziane, né le 14 octobre 1894 à Taourit Béni Ouglis (département de Constantine), mort en avril 1953. Chauffeur mécanicien, infatigable dénonciateur de l’exploitation coloniale, il est militant à l’UA dès 1922 et syndiqué à la CGT-SR. Saïl Mohamed rejoint l’Espagne au mois d’août, il est blessé en novembre 1936 lors de l’attaque de Farlete. Rentré en France pour convalescence en décembre de la même année, il participe à de nombreux meetings en faveur de l’Espagne révolutionnaire. Arrêté en décembre 1938 pour propagande antimilitariste, il est condamné à 18 mois de prison. Pendant sa participation au Groupe International de la colonne Durruti il envoie un grand nombre d’article au Libertaire et au Combat Syndicaliste.
Sources : Fiche DBMOF Maitron, Sylvain Boulouque, « Saïl Mohamed ou la vie et la révolte d’un anarchiste algérien » in Volonté anarchiste n°43, Fédération Anarchiste, groupe de Frenes-Anthony, 1994. Voir aussi algerielibertaire.over-blog.fr

[7Josefa Alcolea Escribano, « ¿Moro invasor o hermano revolucionario ? », Cahiers de civilisation espagnole contemporaine, 1 | 2012, mis en ligne le 29 octobre 2012, ccec.revues.org