En souvenir de notre cher compañero Hélios Peñalver

samedi 14 décembre 2013
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Hélios en 2013

… qui s’en est allé brutalement à la suite d’une opération chirurgicale dans le courant de ce mois.

C’est lors d’une causerie publique sur la guerre d’Espagne à Grenoble, début 2007, que nous fîmes la connaissance d’Hélios à la mémoire phénoménale.
On réalisa qu’il était le fils de Juan Peñalver, délégué général de la centurie anarchiste du même nom, engagé dans la colonne Sur-Ebro (ou colonne Ortiz) de 1936 à 1938 sur le front d’Aragon, puis dans les collectivités de Sant Feliu de Llobregat en Catalogne.

L’idée nous vint à tous les trois qu’Hélios rédige l’histoire de son père, qu’il estimait tant. Du même coup il a aussi raconté la sienne et en particulier sa participation à la lutte contre Franco dans les années soixante et soixante-dix, qu’il mena courageusement en France et en Espagne, avec tous les risques encourus.

Ce travail réalisé ensemble nous a permis de mieux connaître celui qui est devenu notre ami. Il est maintenant terminé et nous sommes très heureux d’annoncer qu’il sera publié en France et en Espagne où d’autres compañeros, très affectés par la disparition d’Hélios, le relaient déjà.

En voici le titre :

« De la poussière de Mazarrón aux neiges des Alpes
Vie, exil et mort d’un libertaire : Juan Peñalver Fernández »

En « avant-première » voici quelques éléments sur le parcours d’Hélios :

Après des années de misère et de traque dans et hors des camps de concentration français, Juan Peñalver et sa compagne Antonia s’installent dans la vallée de la Romanche en Isère où Juan est embauché. Hélios lui laisse la parole :

« Nous quittâmes Marseille au mois de mars 1941. Gare St Charles, les sentinelles étaient toujours là, mais elles ne nous produisaient plus le même effet… Nous prîmes le Marseille-Veynes-Grenoble (la ligne des Alpes), et à quinze kilomètres de Grenoble en gare de Jarrie, située aux portes des vallées de l’Oisans, nous changeâmes de train. Nous arrivâmes au terme de notre voyage en terre dauphinoise dans la commune de Livet, siège des Ets Keller-Leuleu. Nous logeâmes dans des baraques de chantier légèrement améliorées, avec une cuisine, une chambre, et des WC. »

Hélios évoque ainsi le moment de sa naissance :
« Le 26 août 1941 naquit par la grâce de mes parents un enfant du sexe masculin. Les compañeros Pepe, Meca et Antonio Hangas, le chauffeur de MalrauxI [1], furent les premiers à m’entendre chanter autre chose que l’Internationale ou Hijos del Pueblo. Après une courte discussion avec mon père, ils choisirent de me prénommer Hélios. »


La famille à Livet (Isère)


Juan et Hélios eurent un rapport quasi fusionnel : le fils raconte les activités du père au sein du Mouvement Libertaire Espagnol en Espagne puis en France (à Grenoble), en se remémorant toutes leurs conversations (en espagnol).
Hélios nous fait connaître quelques « figures » de ce mouvement, amis de la famille : Pere Mateu i Cusidó, Francisco Sabater (El Quico). Juan fréquente aussi Louis Mercier-Vega et les conférences qu’il donne à la Maison de la Liberté de Grenoble au début des années cinquante.
Puis le père et le fils font la connaissance de Joaquin Delgado. Hélios s’engage dans les activités de la FIJL (Fédération Ibérique des Jeunesses libertaires), notamment à partir de 1961 quand la Defensa Interior se constitue après le congrès de Limoges de la CNT :

Hélios :
« Pour certains, la constitution du DI en cours (qui sera effective en février 1962) signifia la mobilisation générale des esprits et des moyens. Afin d’être prêt à agir en Espagne, je décidai de devenir français. Né en France, je devins fils de réfugié politique reconnu par l’Office National des Réfugiés et Apatrides. J’eus droit comme tous les réfugiés à mon « accordéon » [2] et à ma carte de travail. Bien qu’ayant toutes les pièces du dossier en poche - dont une autorisation paternelle puisque j’étais encore mineur - une chose me préoccupait : étant en âge d’être mobilisé pour faire mon service militaire, je ne voulais en aucun cas être incorporé. Mes idées m’interdisaient de devenir un sujet du colonialisme. Nous étions bien informés sur les atrocités commises à l’encontre des rebelles algériens. Le soutien envisageable – si nécessaire - de camarades libertaires de Genève me soulagea : les groupes libertaires suisses jouèrent un rôle important dans la défense des insoumis et déserteurs durant la guerre d’Algérie.
Mon père recevait régulièrement la revue du FLN et moi j’écoutais attentivement les récits de mes copains du quartier. Roger Poudevigne affecté au 92e régiment d’Infanterie de Clermont-Ferrand accepta de faire partie des commandos de Chasse [3]. Il me raconta comment ils traquaient les maquisards dans les villages dont ils exterminaient tous les hommes quand l’un des fuyards semblait s’y être réfugié ; puis ils brûlaient le village. Un autre copain, Jean Broc, affecté au 2e régiment de Tirailleurs algériens eut la surprise d’avoir dans sa compagnie une cinquantaine de déserteurs qui rejoignirent avec armes et bagages les rangs des maquisards de l’ALN. Nous avions de longs débats concernant cette guerre coloniale entre ceux qui étaient partis et ceux qui allaient partir. Mais ma préoccupation principale était la lutte contre le caudillo et le soutien aux compañeros incarcérés. »


Juan et Hélios

Son premier voyage en Espagne pour nouer des contacts eut lieu en décembre 1961. Il connut (depuis la France) toutes les tentatives – malheureuses – du DI pour exécuter Franco et les terribles représailles que subirent les Jeunes Libertaires espagnols et français : torture, longues peines de prison, garrot…

Ce climat pénible fut encore alourdi par les graves tensions au sein du MLE :
« En mai et juin 1963, mon père vécut le plus dur moment de sa vie de militant : il fut expulsé de la Fédération Locale de la CNT de Grenoble après plus de 40 ans de lutte dans l’Organisation, au motif qu’il “préparait un coup de force à l’intérieur d’elle.” »

Et le 31 juillet 1965, le congrès de Montpellier de la CNT en exil consacra la mainmise définitive du secteur « immobiliste » sur l’Organisation.

Après la dissolution de la FIJL, les Jeunes Libertaires s’organisèrent comme ils le purent dans leurs villes respectives.
En 1973, Hélios et ses amis créèrent un groupe autonome Rouge et Noir à Grenoble :
« Solidarité Ouvrière, notre porte-voix en langue espagnole, rayonna dans les quartiers populaires et sur le campus universitaire. Il parlait de la situation sociale en Espagne . […] Notre journal évoquait aussi l’attitude sectaire de Marcelino Camacho (PCE) refusant la présence des libertaires dans le groupe des « politiques » de la prison de Carabanchel. Un autre article parla de la révolution libertaire en Aragon. Mon père nous fit part de son expérience : « Comment l’utopie devint réalité ».

La suite sera à lire dans l’ouvrage à paraître en 2014.

Les giménologues, 11 décembre 2013


[1l faisait partie à Barcelone du syndicat des Transports de la CNT et en tant que chauffeur de taxi, il fut mis à la disposition d’André Malraux durant le tournage de film l’Espoir. On le voit ouvrant la portière du véhicule.

[2Ce document faisait office de carte d’identité. Il possédait plusieurs pages réservées aux changements de résidence, pliées comme un accordéon. Une fois déployé, il mesurait environ 40 centimètres.

[3Afin d’améliorer son efficacité dans les zones montagneuses du bled, l’armée française créa les Commandos de Chasse, des petites unités mobiles vivant en permanence sur le terrain. Le recrutement se faisait sur la base du volontariat parmi les appelés du contingent, dans les unités d’infanterie. Il y avait aussi des Harkis (supplétifs algériens) favorables au maintien de la France en Algérie. Je fus indigné par ces récits. Je dis à Roger qu’il avait agi comme les SS. Il en convint : « Oui ! Mais c’est après que j’ai compris ! Dans un premier temps, j’étais attiré par la solde. »


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