Josep Fortuny Ferrer de Tarnac

mardi 13 décembre 2011
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Un ami nous a quitté cet été : Josep Fortuny Ferrer de Tarnac
Membre des Jeunesses Libertaires de Reus (Catalogne).
Ancien de la colonne Ortiz sur le front de Belchite (Aragon).
Travailleur forcé dans le 651° G.T.E. (Groupement de Travailleurs Étrangers)
d’Ussac, puis au 653° d’Égletons (Corrèze).



Nous l’avions rencontré la première fois le 23 juillet 2006 à Neuvic (Haute Corrèze) lors de la présentation de notre ouvrage. Puis lors d’une seconde à Tarnac le 22 novembre 2006 à l’invitation des « Amis du plateau de Millevaches », qui ont tenu compagnie à Josep dans ses dernières années où il vivait en solitaire dans sa maison de Razel.
Pour la petite histoire, Josep nous précisa qu’il avait un moment pour voisin le fils d’Enrique Lister, ce stalinien espagnol dont il n’avait guère apprécié la prestation en Aragon en août 1937, quand avec sa 11° division il ravagea les collectivités rurales libertaires.

Depuis cette année-là, nous avons continué à converser avec lui par courrier et par téléphone.
Il nous a parlé de l’ambiance révolutionnaire à Reus en juillet 1936, de la violence populaire spontanée contre les membres des classes possédantes. Il a mentionné sa participation aux combats de la 25° Division Jubert (ex colonne Ortiz ou Sur Ebro), composée majoritairement d’anarchistes. Il stationna à Azuara, Herrera de los Navarros, Fuendetodos (où il a passé une nuit dans la maison natale de Goya), Belchite, Teruel.
Il a évoqué avec beaucoup de ressentiment ce qu’il avait subi dans le camp d’Argelès-sur-Mer ; comment avec quelques copains ils avaient réussi à cacher des armes ; comment ils ont essayé de tuer un garde spahi et, après leur échec, combien ils furent maltraités.

Malgré son amertume, Josep était toujours partant pour témoigner de ce qu’il avait vécu en Espagne comme en France. Il a ainsi participé au livre collectif sous la direction de Paul Estrade, publié à Treignac en 2004 :

Voici les pages de ce livre le concernant :




En 2009, Josep eut une nouvelle occasion de raconter son parcours avec son franc-parler tout particulier :

« Témoignage. José Fortuny. Combattant anarchiste de la guerre d’Espagne, prisonnier en France en 1939. (Tarnac)

J’avais 16 ans en 1936 au début de la guerre d’Espagne. Si ma mère était plutôt pieuse à en mettre des crucifix sous mon oreiller, mon père lui y cachait un fusil. Dans ma famille on ne parlait jamais de politique, mais je me suis ouvert au débat d’idées dans les livres puis dès 15 ans aux Jeunesses Libertaires. En 1936, je rêvais comme tous d’éliminer les curés et les capitalistes. Pourtant ni moi ni ms camarades ne voulions la guerre mais bien la révolution. Nous avons eu à affronter les pires extrêmes au XXe siècle, les fascistes de Franco et les communistes staliniens. Enrôlés par ceux-ci nous avons servi de chair à canon, puis dans la débandade du début de l’années 1939, nous avons fui vers la France. Nous étions plus de 500 000 à passer la frontière. À notre arrivée, nous avons été parqués dans des camps de “concentration” et soumis aux pires atrocités. L’administration était pourtant française, la guerre n’allait éclater que quelques mois plus tard. J’ai ensuite été envoyé au camp de travail entre Égletons et Neuvic pour y travailler dans les tourbières. Sous l’ordre du régime de Vichy, nous travaillions à l’industrie de guerre allemande. Certains Espagnols ont réussi à prendre le maquis aux côtés des résistants français. Si la France de la 3e République nous a trahis, celle du XXIe siècle ne doit pas oublier que nous sommes un pan de son Histoire. Les jeunes d’aujourd’hui, amnésiques, ne doivent pas abandonner la mémoire de cette résistance, ce pourquoi nous avons combattu à l’époque. ».

Retranscription de l’article paru dans L’écho du samedi 8 août 2009, dans le cadre du cycle théâtral « Résistances » qui se tint sur plusieurs jours en Corrèze.

Nous avons mis Josep en contact avec notre ami Emilio Marco qui vit à Tours, autre ancien de la colonne Sur Ebro qui combattit aussi dans le secteur de Belchite (nous publierons prochainement le récit de son histoire). Des extraits de leurs échanges téléphoniques ont été conservés grâce à Enric Miro, cinéaste barcelonais, qui les a placés dans son film dont la sortie est prévue le premier janvier 2012 : « Emilio, el eco de otros pasos ». Il sera sous-titré en français.

Josep a passé l’arme à gauche en ce mois d’août 2011à Peyrelevade ; un de ses amis de Tarnac resta avec lui jusqu’à la fin.

Les Giménologues, le 11 décembre 2011


PS : Le communard. Plateau de Millevaches, automne 2011

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