Bulletin n°30 du centre d’archives Pinelli.

dimanche 10 février 2008
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Texte de présentation des Fils de la nuit. En français.

Comment nous avons écrit « Les Fils de la Nuit »
 
On sait qu’une centaine d’anarchistes originaires de la province de Pise ont quitté l’Italie dans les années vingt et trente pour fuir la répression fasciste et que dix-sept d’entre eux rejoindront l’Espagne, certains dès avant 1936, d’autres après la formidable réaction populaire qui mit partiellement en échec le pronunciamiento du 17 juillet.
Nous ne saurions probablement rien du parcours de l’un d’entre eux, Bruno Salvadori, né le 14 décembre 1910 à Chianni, si quelques jeunes libertaires marseillais ne l’avaient poussé à rédiger, quelques années avant sa mort survenue en 1982, ses Souvenirs de la Guerre d’Espagne, du 19 juillet 1936 au 9 février 1939.
Il y a fort à parier que nous n’en saurions toujours pas plus aujourd’hui si une petite équipe de chercheurs amateurs ne s’était constituée en 2003 autour de trois de ces libertaires marseillais, dont l’un vit aujourd’hui à Périgueux, ainsi que de deux amis habitant les Alpes. À cette équipe viendront rapidement s’agréger deux amis habitant à Forcalquier.
Cela dit, un des trois libertaires marseillais, qui avait été un familier de notre Toscan, ne savait néanmoins pas grand-chose des origines de Bruno, celui-ci se montrant très discret à ce propos : s’il n’avait jamais abandonné sa nationalité italienne, il avait en revanche abandonné son patronyme, qu’il avait échangé à Barcelone en 1936 contre celui, sans doute pour se fondre dans la foule, d’Antoine Gimenez. Et c’est sous ce nom d’emprunt qu’il vivra le reste de ses jours, et qu’il signera ses Souvenirs.
Son témoignage, rédigé entre 1974 et 1976, est d’une grande originalité, car il y mêle des chroniques très précieuses concernant l’activité du Groupe International de la Colonne Durruti, de nombreuses considérations politiques au sujet de l’évolution de la révolution espagnole, et des aperçus très subjectifs sur sa vie amoureuse dans cette époque de troubles. Ce dernier aspect risqua d’ailleurs de nous priver longtemps de son récit, car plusieurs éditeurs contactés refusèrent de le publier à cause de ce mélange fort peu orthodoxe.
L’idée première de l’équipe était de publier ce document, tout juste agrémenté de quelques notes à l’intention des jeunes qui ignorent généralement bien des aspects de cette épopée libertaire. Puis l’idée d’adapter ces Souvenirs sous la forme d’un feuilleton radiophonique nous amena à rédiger un appareil de notes un peu plus conséquent qui encadrait le récit proprement dit. Des recherches en archives, principalement à l’IISG d’Amsterdam, à l’ANC de San Cugat (Barcelone), au CIRA de Lausanne, et à l’ACS de Rome où nous exhumâmes le dossier de Salvadori, nous entraînèrent de découverte en découverte, notamment au sujet de quelques Italiens que Salvadori côtoya sur le front d’Aragon ou à Barcelone : le Piémontais Arfinenghi, Camillo Berneri, le Turinois Giua, le Romagnole Rossi, les Lombards Scolari et Vagliasindi, les sœurs Simonetti et enfin ceux dont nous ne connaissons que le prénom, Mario et Lino.
L’idée se transforma donc, après la réalisation du feuilleton en 2005, en rédaction d’un ouvrage plus conséquent, que nous avons publié en 2006 en co-édition avec l’Insomniaque, et que nous avons intitulé « Les Fils de la Nuit », en hommage à ces groupes de guérilleros qui passaient les lignes, souvent de nuit, pour exécuter des coups de main et récupérer des compagnons retenus dans le camp ennemi. Celui-ci se présente sous la forme d’un livre de 560 pages, dont 190 sont occupées par le manuscrit original de Salvadori-Gimenez, et le reste par des notes sur le texte, des notices biographiques concernant un certain nombre de personnages qui apparaissent dans le récit, et que nous avons pu identifier, ainsi que par une préface, une postface à visée plus théorique, une chronologie, une bibliographie, treize pages d’annexes et un index des noms.
Ce parcours un peu aventureux explique que des amis espagnols, au sein ou autour des éditions Pepitas de calabaza, rencontrés à Saragosse au cours de nos périgrinations, s’emparèrent du manuscrit et en publièrent une traduction castillane dès 2005, alors que l’original français était encore dans sa chemise... Bien sûr, ils ne disposaient pas alors de l’appareil critique en cours d’élaboration, et c’est pourquoi cette première édition va bientôt être rééditée dans sa version complète, et même un peu augmentée à l’occasion.
Un autre ami, qui anime les éditions de La Baronata à Lugano, en a fait de même, en éditant récemment une version italienne des Souvenirs, en s’inspirant parfois de quelques unes de nos notes, et en en ajoutant d’autres de son cru.
Il est très rare de pouvoir disposer de témoignages de ce genre, car il a fallu d’abord à Salvadori-Gimenez une chance invraisemblable pour qu’il parvienne à passer à travers les balles et les obus comme il le fit pendant les deux années où il combattit sur le front d’Aragon. Cette chance-là ne peut évidemment se rencontrer souvent, et c’est cette absence qui nous prive en très grande partie de ce qui fut le quotidien des miliciens anarchistes engagés dans ce combat avec les forces franquistes. Mais elle nous prive également le plus souvent de la dimension révolutionnaire de leur activité, de leurs pensées, de leurs critiques à l’adresse du gouvernement républicain et de leur organisation, la CNT, qui s’enfonçait chaque jour un peu plus dans les compromis avec l’État en voie de reconstruction.
Nous avons donc cherché à faire revivre, dans la mesure de ce que nous avons pu retrouver, les options radicales qui s’exprimaient, sur le front et à l’arrière, au sein des organisations anarcho-syndicalistes et libertaires. Il aurait fallu faire exploser un peu ce cadre, s’intéresser de plus près à ce qui se passait et se discutait dans les quartiers de Barcelone, par exemple, souvent par-delà les étiquettes politiques ou syndicales, mais nous avons dû nous limiter à la galaxie libertaire, qui est déjà bien étendue dans l’Espagne de ce temps. Et puis, nous ne voulions pas trop nous éloigner du texte de Salvadori-Gimenez : nous aurions couru le risque, en l’éclairant d’une lumière trop forte, de le faire disparaître.
Le lecteur ne devra pas s’étonner de voir apparaître dans nos notes des individus que l’historiographie libertaire tient normalement sous le coude, car nous avons voulu rendre toute la complexité, en même temps que la richesse, parfois sombres, souvent lumineuses, des hommes et des femmes qui composaient alors le mouvement le plus révolutionnaire de l’histoire humaine à ce jour.
 
Les Giménologues
 
 
 
Nous signalons la sortie du Bulletin n°30 du centre d’ archives Pinelli où se trouve un petit texte de présentation du livre "Les fils de la nuit" rédigé par les Giménologues.
C’est une occasion de donner à connaître ce bulletin qui a publié quantité d’articles et de recensions fort intéressants sur le mouvement anarchiste.
 
Les Giménologues 7 février 2008.
 
Nell’annunciare l’uscita del Bollettino n. 30 (di cui riportiamo in calce il sommario), segnaliamo anche l’uscita del primo supplemento allegato al Bollettino, un saggio di Stuart White su Colin Ward, in cui l’autore, dell’Università di Oxford, dà un’attenta lettura complessiva del pensiero dell’anarchico inglese. Per richieste (costo complessivo 6,00 euro, spese di spedizione comprese) : c/c postale n. 14039200 intestato a Centro studi libertari, Milano o bonifico bancario sul conto IT53M0760101600000014039200.
 
Indice Bollettino 30
 
*Cose nostre*
• Quota associativa 2008
• Da Canosa donazione ed errata corrige
• L’eredità di Giancarlo De Carlo
• Quale partecipazione ?di Giacomo Borella Tesi e ricerche
Gli anarchici di Udine nel 1919-1920 di Mauro De Agostini
*Memoria storica*
Grace Paley (1922-2007):al posto di un necrologio a cura di Rossella Di Leo
*Biografie*
Memorie di un anarchico veronese di Andrea Di Lemmi
*Informazioni editoriali*
• L’Internazionale dimenticata : storia dell’AIT a cura di Mikhail Tsovma
• Come abbiamo scritto i Figli della notte a cura di Les Giménologues
*Storia per immagini* L’asilo della rivoluzione di Benedetto Valdesalici
*Album di famiglia*
Hasta siempre compañero,
Fernán Gómez operaio della cultura di Pietro Masiello
*Incontri*
Brasile : primo convegno internazionale sull’educazione libertaria
 
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