Présentation du feuilleton

mardi 8 mars 2005
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Présentation du feuilleton radiophonique :
Souvenirs de la guerre d’Espagne du 19 juillet 1936 au 9 février 1939
d’Antonio Gimenez (de son vrai nom : Bruno Salvadori).

L’occasion de réaliser ce feuilleton radiophonique nous a été fournie par la découverte d’un manuscrit rédigé en 1976 par Antonio Gimenez. Cet Italien réfugié à Marseille voulait publier ses souvenirs de milicien anarchiste sur le front d’Aragon pendant la révolution espagnole. Il est mort en 1982 sans avoir pu faire aboutir ce désir.

Ce manuscrit est remarquable à plus d’un titre, et tout d’abord en ce qu’il tire de l’oubli un groupe de miliciens très particulier. Il s’agit du Groupe International de la colonne Durruti, constitué à l’initiative de quelques libertaires français au sein du plus fameux détachement de combattants volontaires anarchistes.

En août 1936, bien avant l’arrivée des Brigades Internationales, des volontaires venus de tous les pays et ennemis de toutes les guerres acceptèrent de mener celle-ci parce que la révolution sociale était à l’ordre du jour contre le capitalisme et son rejeton, le fascisme.

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Groupe Michele Schirru, section italienne de l’une des colonnes anarchistes du front d’Aragon.
On peut lire le début de la chanson " La nostra patria é il mondo intero..." sur le drapeau. Une photo plus générale est parue dans "Guerra di Clase" N°21 du 8 juillet 1937.
Commentaire : Giuseppe Galzerano.
Source : Paul Sharkey. Kate Sharpley Library

Pour écouter cette chanson, cliquez ici : Stornelli d’esilio.

Par les plaines et collines d’Aragon où le front et l’arrière étaient intimement mêlés, des paysans et des ouvriers s’affranchirent des structures étatiques, de la propriété privée et du salariat, et expérimentèrent de nouveaux rapports sociaux.

Antoine Gimenez a vécu là des moments intenses et son récit porte un regard personnel et lucide sur ces bouleversements et sur les motivations qui l’animaient, lui et ses compagnons. Il nous donne aussi à voir comment l’histoire qui se fait peut bousculer la vie quotidienne, comment s’estompe la frontière entre le public et le privé. Dans ces moments, les amitiés et les amours acquièrent souvent une intensité particulière, mais un des signes qui ne trompe pas de la qualité d’une lutte, c’est quand les femmes s’y investissent, et que les hommes les y encouragent, sincèrement et concrètement.

À notre connaissance, il n’existe pas de document ni de témoignage aussi complet - dans la qualité et dans la durée - sur le Groupe international de la colonne Durruti.

Notre apport

Ce feuilleton comporte vingt épisodes d’une demi-heure en moyenne, et dure 10 heures. Chaque épisode est construit autour de la lecture de chapitres de ces Souvenirs, précédée d’une présentation du contexte de la guerre et de la révolution, et suivie de commentaires cherchant à approfondir certains points soulevés par le document.

Nous avons à cet effet entrepris des recherches sur archives, rencontré des personnes susceptibles de nous éclairer, et consulté un grand nombre d’ouvrages. Pour autant, aucun de nous n’est professionnel de quoi que ce soit, pas plus en matière de recherche historique que de réalisation. Ce qui fait l’originalité de cette élaboration, c’est qu’elle a cherché à démêler les raisons de l’échec de la révolution, en prenant ses distances à l’égard de l’affrontement, en partie stérile, entre les tenants de l’idéologie libertaire et les commentateurs staliniens. Ces derniers eurent longtemps d’ailleurs le quasi-monopole de l’explication autorisée, et comme telle publiée.

Les historiens anarchistes ont majoritairement cherché à faire porter tout le poids de la faute sur les communistes russes, alliés aux communistes locaux et à toutes les couches de la population qui ne se résolvaient pas à voir disparaître leurs privilèges. Mais certains d’entre eux n’ont pas craint de regarder à l’intérieur de leur propre camp, c’est-à-dire au sein de la C.N.T., qui représentait a priori le pôle de la révolution, et ce qu’ils mirent en évidence n’a pas fini de nous occuper : la ligne de partage entre révolution et contre-révolution la traversait également.

Bien sûr, nous n’avons pu dans le cadre de ce feuilleton nous étendre sur ces questions, et nous préparons à cet effet un ouvrage qui devrait paraître prochainement. Mais nous espérons avoir réussi à rendre, grâce en premier lieu à la force du texte de Gimenez, l’épouvantable tragédie qu’a été pour ces hommes et ces femmes le spectacle de cette guerre qui se perdait, à mesure que se renforçait la contre-révolution dans le camp dit « républicain » et que se rengorgeait l’Etat en voie de restauration.

Nous n’en aurons fini avec la dite « Guerre d’Espagne » que le jour où nous aurons pris congé du monde qui l’a rendue possible.

Les Giménologues septembre 2005.

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