Extrait du livre A Zaragoza o al charco !

Sur le groupe international de la colonne Ortiz
dimanche 9 octobre 2016
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Extrait du livre A Zaragoza o al charco !
Sur le groupe international de la colonne Ortiz

Les Français de la Colonne Ortiz

Il existait un « Grupo internacional Columna Ortiz », aussi appelé « Centuria Sébastien-Faure ». Grâce à Edouard Sill (2006, pp. 129-130 et 150-151) on apprend qu’en août 1936 un groupe de Français, dont Armand Aubrion, est présent dans la colonne Hilario-Zamora stationnée à Azaila et Sástago. Une lettre de ce dernier, publiée dans Le Libertaire du 25 septembre 1936, porte la mention « Groupe international de la colonne Ortiz ». Et c’est aussi Aubrion qui accueille les volontaires de la « Sébastien-Faure » en novembre 1936 à Sástago :

« Le 29 octobre 1936 s’effectue le premier convoi, entièrement composé de Français, vers le Groupe International de la colonne Ortiz. Le suivant, du 4 novembre 1936, concerne le “Grupo Internacional – Sébastien-Faure. Columna Ortiz”. Le 2 décembre 1936 et le 2 janvier 1937 il n’est plus fait allusion qu’à la Centurie Sébastien-Faure ; mais le 26 décembre 1936 un Français est envoyé à la “Columna Ortíz-Grupo Zaranine” à Azaila, soit le lieu où stationne la Centurie Sébastien-Faure. […] Ces listes prouvent avec certitude que la Centurie Sébastien-Faure ne fut pas à l’origine une sous-formation du Groupe International de la colonne Durruti, mais bel et bien le Groupe International de la colonne Ortiz. »

Le Libertaire N°524, publie le 27 novembre 1936 une annonce de soutien pour « Nos chers compagnons de la centurie Sébastien-Faure et ceux du Groupe [International de la colonne] Durruti [qui] sont sur front de Saragosse en première ligne ». Les deux groupes sont bien différenciés.

Cette formation participera aux combats dans le secteur de Belchite. Selon le témoignage de Robert Léger (Léger, 2005) un détachement de la centurie Sébastien-Faure se trouvait à Port-Bou au début de 1937. Cela est confirmé par cet article de Guerra di classe du 24 mars 1937 :

« Cette centurie est en formation à Port-Bou en attendant de prendre position sur la ligne de feu. […] Elle fait fonction de garde-côte et contrôle les routes du littoral catalan. Leur fonction est extrêmement importante, mais on ne peut en dire plus pour des raisons de sécurité. […] Des tentatives de débarquement ont eu lieu ces jours-ci [février 1937 sur Rosas] ainsi que des bombardements sur Port-Bou et sur le viaduc de Culera. […] Quand tout est calme, ils alternent tours de garde, discussions et conférences […] sous l’égide du jeune et actif Manuel Martínez. […] Parmi les autres bons éléments de la centurie […] Grignon et Martin [1] , respectivement délégués politique et militaire. Avec Martínez et Vil[a], les Français Mayol [Maillol] et Julo sont là aussi parmi l’élite de la centurie […]. Port-Bou, février 1937. »

Au cours de la militarisation des milices, la « Sébastien-Faure » sera incorporée dans le Groupe International de la colonne Durruti. Le transfert opéré le 25 juin 1937 sera signalé dans Le Libertaire du 22 juillet 1937.

Opposé à la militarisation, Aubrion rentrera à Paris en août 1937. Né à Moussières (Jura) le 7 mai 1912, cet électricien demeurait 172 rue Nationale (Paris 13e). Il militait à l’Union Anarchiste et, à son retour, en avril 1938, il fut élu secrétaire adjoint de l’Association Révolutionnaire des Miliciens d’Espagne (ARME). Collaborateur du Libertaire, il fut arrêté lors d’une perquisition effectuée le 15 septembre 1938 au siège parisien du journal. (Cf. http://militants-anarchistes.info/spip.php?article157.)

Voici les noms de vingt-et-un miliciens français appartenant au « Grupo internacional columna Ortiz », inscrits sur la liste « Départ [au front] du 29 octobre 1936 :
Guillaume Camille, Bonnivard Jean-Baptiste, Daniel René, Hutel Joseph, Jorat Georges [Sossenko], Gilet Jean, François Roger, Coupeaux Robert, Krakes Jacques, Mayol [Maillol] Jean, Perzoff Marc, Ferrier Charles, Missonnier Gaston, Gueguen Jean, Rappoport Eugène, Bouchez Henri, Ansaldi Jacques, Marxard Henri, Bonnet Robert, Garcia José, Milani Jacques.
(Source : IISG, FAI, Pe, 15.)


Rappoport, Sossenko Maillol

Eugène Rappoport, Jean Maillol Ballester et Georges Jorat, alias George Sossenko, étaient trois amis partis ensemble de France début octobre 1936. Nous avons déjà parlé des deux derniers dans Les fils de la nuit (2016, notes 16, 19, 32, 34 et 56). Ils apparaissent sur une photo prise à Caspe, avant leur départ pour le front, publiée dans l’ouvrage de George Sossenko (2004, p. 93). Dans un de ses courriers aux Giménologues, George apportait les précisions suivantes :

« Mayol, un anarchiste catalan qui, après un attentat en Espagne, est venu se réfugier en France en 1931. Eugène Rappoport, un Français descendant de juifs russes anarchistes qui se sont réfugiés en France au commencement du siècle passé ; et puis moi dont le nom de guerre était Georges Jorat pour dépister mes parents, car je me suis enfui de la maison étant mineur. » )

Il écrivait (2004, p. 111) que son unité s’appelait la « Centurie Sébastien-Faure » et qu’elle était incorporée à la colonne Ortiz. Sossenko était arrivé à Caspe le 16 octobre 1936 et avait donc rejoint le front le 29, à Escatrón. La centaine de nouveaux arrivés fut prise en charge par le lieutenant Navarro, assesseur d’Ortiz. L’été 1937, Sossenko rejoignit les Brigades internationales.
George est mort en mars 2013 après avoir participé à de nombreuses conférences publiques sur son engagement en Espagne (http://www.brigadasinternacionales.uclm.es/noticia/fallecimiento-del-brigadista-george-sossenko/).

Selon Robert Léger, Jean Maillol Ballester « était un artiste, un pianiste qui se produisait dans des petits théâtres des faubourgs de Paris. Il vivait de cela et d’autres petits métiers. C’était un gars très gentil, intelligent, beau garçon ». Sur le front de Caspe ou Belchite, alors que tous deux étaient de garde et chargés d’une mitrailleuse, ils avaient repéré de jeunes phalangistes qui allaient à un point d’eau et avaient envisagé de les descendre sur le chemin du retour ; mais n’aimant pas tuer, ni l’un ni l’autre ne se décida à le faire. Ils se sont ensuite trouvés ensemble à Port-Bou, et ils ont failli mourir dans le bombardement des chambres des miliciens. Chatelain, un autre Français, a été tué dans cet épisode. Nous avons appris beaucoup de choses sur Robert Léger grâce à un entretien que Phil Casoar eut avec lui en 1984, et grâce à Michel, son fils, qui publia son histoire en 2005 : De brigade en brigade. Grand ami de Ridel et de Carpentier, le pacifiste Robert Léger, cuisinier syndicaliste et éditorialiste s’engagea en octobre 1936 – entre deux conseils de réforme – à confectionner les repas des Brigadistes Internationaux en Espagne. Il s’inscrivit rue Mathurin Moreau, au siège du PC.
Chargé des cuisines au quartier général des Brigades Internationales à Albacete, il fut approché par les services de renseignement communistes qui lui demandèrent des informations sur les orientations politiques des volontaires français : « Comme j’étais nommé délégué responsable des cuisines et réfectoires, on m’avait assigné deux fonctions : organiser les cuisines et écouter les conversations afin de savoir s’il y avait des éléments anarchistes ou trotskistes. Tous les soirs, je devais faire un rapport car on me prenait pour un bolcho à 100%. » Il dénonça ces faits à la CNT-FAI d’Albacete et faillit être arrêté : « On a voulu me mettre en taule car j’ai été reconnu par des bolchos de Paris… J’ai juste eu le temps de me sauver. Il a fallu que je me cache au comité de la CNT, et à 3 heures du matin, je pris un train escorté de quatre copains armés. » Robert rédigera un rapport sur Albacete, repris et diffusé par Pierre Besnard en décembre 1936 (cf. Giménologues, 2016, note 39).
Il se réfugia dans la colonne anarchiste Sebastien-Faure et se retrouva contraint de se battre. Mais il évita de tuer quiconque et, à un moment donné, il laissa même volontairement échapper un jeune prisonnier. Atteint de dysenterie, Robert fut rapatrié à Port-Bou dans le service dit des Investigations, dépendant des anarchistes. Lors de son séjour dans ce village côtier, Léger fréquenta Carlo Scolari et un autre Italien qu’il décrivit comme « des types biens, sensationnels, des idéalistes ». Il s’agit peut-être de Domenico Ludovici, né à Cagli (Pouilles) le 2 septembre 1884, mort à Genève le 14 avril 1950. Cet anarchiste italien très actif était membre de la commission de contrôle de la FAI à Port-Bou. On a retrouvé son nom sur la liste des membres du groupe Liberta o morte du camp d’Argelès-sur-mer.

Robert Léger rentra en mars 1937 en France, rapatrié par son syndicat. Il fut condamné en octobre 1937 à treize mois de prison – qu’il effectua à la Santé, puis à Fresnes – pour détention d’armes à destination de l’Espagne républicaine. Pendant son incarcération, le Parti communiste, ne lui pardonnant pas son attitude en Espagne, lança une campagne visant à le faire passer pour un « cagoulard » d’extrême droite. Il reçut alors une lettre de soutien de compagnons de la centurie Sébastien-Faure, signée entre autres par Martin, Mayol, Turmo, Guirand, Cerezuela, Milani, Manuel Garcia et F. Vila.

Pendant la guerre en France, résistant avec le groupe « Ceux de la libération », il fit évader des internés lors de la « rafle du Vel d’Hiv » de juillet 1942 ; puis il aida des Polonais échappés des camps. En 1956 il fut reconnu « Passeur-filièriste bénévole » par le ministre de la Défense.

Pour un inventaire des miliciens français de la colonne Sur Ebro, en complément de celui de David Berry, nous renvoyons au document en annexe V.

Bibliographie citée :

Sill, Edouard 2006, Ni Franco ni Staline. Les volontaires français de la révolution espagnole, Tours, 2006.
Léger, Michel, 2005, De brigades en brigades, auto-édition, Breuillet, 2005 (brigadesenbrigades2).
Sossenko, George, 2004, Aventurero idealista, Editorial de la Universidad de Castilla la Mancha, 2004.


[1Robert Léger a parlé à Phil Casoar de « Jean Martin, un Espagnol qui travaillait en France et avait été militaire ; du coup il servait comme conseiller militaire dans la centurie ».
Emigré espagnol en France, Jean Robert Martin, est né en 1910. « En octobre 1937 il fut l’un des signataires de la lettre de soutien à Robert Léger emprisonné en France à son retour d’Espagne, et victime d’une campagne du Parti communiste tendant à le faire passer pour un fasciste. Jean Martin qui demeurait 4 rue Tripière, était en 1937-1938 le secrétaire du groupe « Orobón Fernández » de Toulouse, dont faisaient notamment partie Eugène Tricheux, Lucien Huart, Jean Allais et Albert Heilles, ainsi que le secrétaire du groupe local du Comité pour l’Espagne libre. En 1939 il était le secrétaire du Cercle d’études sociales de Toulouse. Il présida notamment, le 1er avril 1939, la conférence de Lucien Huart sur la situation mondiale et les menaces de guerre à laquelle assistèrent, selon la police, « trente-et-une personnes dont huit femmes ». Secrétaire de la section locale de Toulouse de la Solidarité internationale antifasciste (SIA), il fut condamné au début de l’été 1939 à treize amendes pour avoir porté assistance à treize réfugiés espagnols.
(Source : http://militants-anarchistes.info/spip.php?article3707)


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