Une causerie sur les communes libertaires aragonaises

« Rencontres sur la Commune » du 1er au 4 juin 2016 sur la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes
dimanche 29 mai 2016
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Source : http://zad.nadir.org/IMG/png/cartoz...

Dans le cadre des « Rencontres sur la Commune » proposées du premier au 4 juin 2016 sur la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes, les giménologues animeront au cours de la première matinée une causerie sur les communes libertaires aragonaises

Programme détaillé des rencontres :

Mardi 31 mars
17h-20h : Arrivée et accueil à la ferme de Bellevue
20h : Repas
22h : Imaginaires de la Commune

Nous réapproprier la mémoire révolutionnaire, explorer ce que furent les multiples formes de communes dans le passé. Transmettre cette mémoire par l’oralité, les images, le son. Nous partirons à chaque fois d’un événement de l’histoire de la Loire-Atlantique pour tisser des correspondances avec les milles et unes tentatives passées et présentes de faire commune.
Mercredi 1 juin
9h30 : Présentation-discussion autour des Communes d’Aragon et des quartiers de Barcelone pendant la guerre d’Espagne.
12h30 : Repas
14h : Communes d’hier, esquisse de topographie
20 h : Sur les traces de Mai 68. Que fut ce que certains appelèrent la « Commune de Nantes » ? Quels échos et quelles correspondances avec le mouvement actuel ?
Jeudi 2 juin
9h30 : Balade sur la ZAD
12h30 : Repas
14h : Chantiers semis de sarrasin sur les terres occupées du mouvement
et/ou ramassage de bois sur les chemins communaux. Le semis étant tributaire de la météo.
19h : Repas
20h : Discussion sur l’histoire et actualités des Communaux.
Partager l’usage de terres, de routes et de chemins, de haies et de bois, d’outils et de bâtiments relève à la fois de la tradition séculaire et d’un devenir révolutionnaire. A partir de la genèse de ce bocage, de l’histoire des communaux dans d’autres régions de France et du monde, nous chercherons à interroger comment cette mémoire peut servir de point d’appui pour inspirer de nouvelles dynamiques de reprises des terres, pour inventer de nouvelles formes de partage, ou
encore pour alimenter les réflexions sur l’avenir de la ZAD.

vendredi 3 juin
10h : Discussion collective, qu’est ce qui résonne de la Commune, comme héritage et perspective révolutionnaire, dans nos différentes tentatives locales et dans les luttes actuelles ?
12h30 : repas
14h : Ateliers en petits groupes, problématisés à partir de la discussion du matin
19h : Repas
21h : « Veillés dans nos Contrées », soirée avec la Mauvaise Troupe

samedi 4 juin :
Matinée libre, ouverte à la poursuite des discussions de la veille, et au retour sur la semaine passée ensemble.
12h : Banquet des Q de Plomb ! Des victuailles de la ZAD, du vin en abondance, repas pantagruélique et diatribes enivrantes…
Soir : Fête

Lors de la causerie giménologique

Nous aborderons les questions suivantes :
En quoi consista concrètement l’ébauche de sortie du capitalisme après le congrès de Saragosse de mai 1936 qui approuva la retentissante motion sur le communisme libertaire ?
Comment et par qui le début de socialisation qui se déclencha dès le 20 juillet 1936 à Barcelone fut-il transformé en nationalisation les mois suivants ?
Comment et par qui le projet communiste libertaire qui s’expérimenta en Aragon d’août 1936 à mars 1938 a-t-il été entravé, puis anéanti ?

Il nous semble instructif de revenir sur ce que l’on entendait par communisme libertaire avant et après juillet 1936

Genèse du communisme libertaire

« La formule du collectivisme, “à chacun selon ses œuvres”, implique que chacun soit rétribué en fonction du travail qu’il a fourni. Le collectivisme suppose donc de définir une valeur travail, fondée sur le temps ou la tâche effectuée. Cette idée, défendue par Marx et Bakounine, rallie en 1869 la majorité de l’Internationale. Mais, en 1876, des anarchistes français et italiens la contestent, arguant que quantifier le travail individuel engendrerait une administration pléthorique, embryon d’un nouvel étatisme. Ces derniers préconisent le communisme, basé sur la formule “de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins”. En octobre 1880, au congrès de la Chaux-de-Fonds, la Fédération jurassienne adopte le “communisme anarchiste”. Cette décision se répercute dans le mouvement anarchiste naissant où, en quelques années, le communisme supplante le collectivisme bakouninien. L’Espagne seule fait exception jusqu’à ce que, en 1919, le deuxième congrès de la CNT adopte pour finalité le communisme anarchiste. »
« Collectivisme ou communisme » Guillaume Davranche (in Les anarchistes, Maitron, 2014, p. 13)

Il ressort des débats au sein de l’AIT que dans la future société sans classes des collectivistes on continuerait donc à évaluer la quantité de travail effectuée par l’ouvrier. En l’absence d’Etat, ce principe implique de fait un centralisme économique qui définisse cette valeur (en monnaie ou en bons de consommation), et donc des personnes spécialisées dans l’estimation de la valeur du travail.
Les anarcho-communistes [les ancêtres des communistes libertaires] constataient pour leur part que « les modes de production modernes avaient atteint une telle complexité industrielle et technique qu’il devenait impossible de déterminer la proportion exacte de travail réalisé par chacun, et le paiement juste qui devait lui correspondre. Tenter de le faire serait un retour vers le système capitaliste des salaires et une société inégalitaire dans laquelle certains recevraient des avantages supérieurs aux autres. »

Ils s’inscrivaient donc a fortiori contre la thèse de la nécessité d’une phase de transition, telle qu’énoncée par Marx, en 1875, dans sa Critique du programme de Gotha. Marx y fait bien aussi référence à la formule « à chacun selon ses besoins », mais pour la projeter au stade final du communisme, quand l’État est censé avoir dépéri.

Ceci entre dans le vif d’une question qui nous semble centrale : celle de la reconduction, dans une société qui se voudrait post-capitaliste, de rapports sociaux qui exprimeraient encore la valeur et le travail. Il nous semble qu’hier comme aujourd’hui critiquer le capitalisme du point de vue du travail est une impossibilité logique, car on ne peut critiquer le capital du point de vue de sa propre substance.

Les polémiques qui animèrent la section espagnole de l’AIT (la FRE) entre collectivistes et anarcho-communistes s’incarnèrent dans deux pratiques différentes de lutte : chez les ouvriers agricoles andalous, partisans de la formule « À chacun selon ses besoins », le recours à la grève n’était pas efficace. L’organisation prenait la forme de petits groupes pratiquant le sabotage et la destruction des biens des propriétaires pour saper la propriété privée.
Cette façon de faire heurtait particulièrement les ouvriers qualifiés de la fédération catalane du Nord, qui privilégiaient pour leur part l’organisation collective des travailleurs au sein d’un syndicat. Les collectivistes, partisans de la formule « À chacun selon son travail », proposaient l’appropriation des moyens de production en respectant la propriété individuelle, fruit du travail.

Le comunalismo

Le débat eut lieu aussi avant et après la naissance de la CNT en 1910, au sein de la nébuleuse anarchiste espagnole. L’idéal acrate était véhiculé par les anarchistes individualistes organisés en groupes d’affinités (il y en avait 3000 à Barcelone avant 1939), animant les écoles rationalistes et les ateneos, en général urbains.
Ils étaient partisans de la commune rurale indépendante selon les principes agraristes et communalistes. Une partie de ces jeunes venaient des campagnes où le travail manquait, où les parcelles des petits propriétaires étaient trop petites pour être divisées entre tous les enfants, ou bien à la suite de persécutions du fait de leur engagement dans les luttes sociales.

Folleto Campesinos de Malatesta rédigé en 1884, réédité maintes fois, ici en 1936

Les descriptions futuristes du mode de vie libertaire abondaient dans les journaux, revues et brochures (folletos) anarchistes. Souvent, un dialogue confrontait les arguments d’un paysan traditionnel et conformiste à ceux d’un jeune révolutionnaire autodidacte, parti du pueblo, traqué par la police. Il tentait de le convaincre que Dieu n’existe pas, que leur vie misérable n’est pas inéluctable, qu’il faudra tout mettre en commun et travailler ce qu’il faut pour vivre, sans refuser les machines qui permettent d’alléger la tâche, etc.

Contrairement aux marxistes, les libertaires voyaient chez les paysans une avant-garde révolutionnaire potentielle : « Ils ont une meilleure mentalité », « ils sont moins corrompus que les urbains », et ils « résistent mieux au bureaucratisme que les ouvriers, car ils sont capables de solidarité et restent attachés à leur indépendance. »
Aussi les libertaires espagnols avaient-ils repris à leur compte les formes traditionnelles d’organisation des petits paysans et villageois qui avaient longtemps résisté à la confiscation des terres et des forêts communales, et à la liquidation des libertés locales qu’ils pratiquaient dans leur pueblo (concejo abierto). Cette attitude explique le faible exode vers les villes en Espagne au XIX° siècle et le poids énorme de la petite propriété. Mais les successives attaques contre les biens communaux finirent pas briser cette résistance.

Comme le rappelait Murray Bookchin, les anarchistes ne quittaient leur village que lorsqu’ils étaient au bord de la famine ou traqués de manière incessante par la guardia civil :

« Pour le paysan anarchiste espagnol, le bourg médiéval avait de nombreux défauts. Cependant, en tant que communauté, il était, à bien des égards, vital. (…) Les anarchistes andalous voyaient le pueblo comme un point de départ pour une vie meilleure ; non pas comme une fin en soi mais comme un tremplin. » [1]

Le comunalismo (ou municipialismo) fut ardemment défendu sur ces bases-là par Federico Urales qui écrivait :
« Le pueblo devra puiser sa culture propre aux sources de la vie, en ses propres souffrances et dans les livres qu’écrivirent ceux qui jamais ne représentèrent un pouvoir. »

Selon son schéma, la révolution éclatera spontanément dans les villages qui se constitueront en municipios libres. Ils détruiront aussitôt tout pouvoir organisé « sans permettre que ne s’en forme un autre, qu’il soit communiste, socialiste ou syndicaliste ». Les municipios se déclareront indépendants et se fédèreront :

« Tous les hommes utiles de chaque région se dirigeront vers la capitale de la province désarmant les non-partisans et armant ceux qui le sont. Dans la capitale, on destituera tous les représentants du pouvoir et on les renverra chez eux pour vivre comme tout le monde. »

On retrouve là le modèle « insurrectionnaliste » qui partait des campagnes et non des usines, tel qu’il se concrétisera au sud de l’Italie en 1877 – tentative de Malatesta et Cafiero –, puis lors des tentatives de proclamation du communisme libertaire en Espagne en 1932 et 1933. Mais toutes échouèrent : en général, les paysans ne suivirent pas les militants et la répression s’abattit sauvagement sur tout le monde.

Les communistes libertaires ne proposaient pas un retour « intégriste » au mode de vie agricole : la commune rurale est la base de la future société, mais elle ne se réduit pas aux frontières municipales. Kropotkine évoque un territoire comprenant à la fois la ville et la campagne, après que les grandes villes aient été décongestionnées (population réduite, professions « inutiles » supprimées, fermeture des grandes usines).
L’idéal – repris par Urales – est d’arriver à l’unité ville-campagne. Chaque commune sera à la fois agricole et industrielle et visera l’autarcie en acceptant de se priver du superflu et en éliminant toutes les activités « qui ne jouent pas un rôle direct dans la production ».
Les communes fédérées échangeront entre elles et une comptabilité minimale sera tenue par chacune à tour de rôle, pour que cela ne devienne pas une spécialisation, ou alors elle sera effectuée par ceux qui ne peuvent travailler, les anciens ou les handicapés.
Dans l’ensemble, un mode de vie simple, voire austère, est prôné, mais d’autres évoquent « une abondance absolue, où chacun se servira sans compter ». Si certains communalistes veulent détruire toutes les machines et le « nouvel impérialisme » qu’elles représentent, beaucoup d’autres ne les refusent pas :

« Nous ne sommes pas ennemis des machines, nous ne voulons pas leur destruction, mais nous voulons la décongestion industrielle, le retour à la commune qui tente de se suffire à elle-même pour les besoins essentiels. Les moyens de la technique moderne sont si grands que notre aspiration à un mode de vie plus simple se trouve favorisée. […] La garantie d’un non-retour du capitalisme réside dans une vie économique agricole et industrielle décentralisée, disséminée sur toutes les communes grandes et petites. »
In La Protesta, Buenos Aires, 1927.

« Nous proposons au monde ouvrier le retour à un monde perdu : la commune libre, et à partir de cette base naturelle, (…) véritable ciment de la biologie sociale (…), nous structurerons la vie nouvelle à partir d’une répartition […] des instruments mécaniques réellement utiles, en reliant le développement agricole des communes à ses dérivés industriels en fonction des besoins locaux. [Il s’agit] d’une industrialisation strictement restreinte aux produits qui vont avec une vie simplifiée où les besoins de l’esprit ont davantage d’espace et de temps. »
In Tierra y Libertad, 1931

L’ouvrage d’Isaac Puente

Le communisme libertaire. Ses possibilités de réalisation en Espagne fut très diffusé et très lu à partir de 1933. Il servit de matrice à la motion sur le CL qui fut adoptée au congrès de Saragosse en mai 36.
Sept points sont énoncés dans son programme CL : abolition de la propriété privée, de l’autorité ; toute la souveraineté revient à l’assemblée ; abolition du salariat ; le travail est obligatoire pour tous les membres ; la distribution est organisée par la collectivité ; les échanges de produits nécessaires entre localités se font sans équivalence de valeur, car ils sont tous équivalents en soi, quel que soit le travail qu’ils ont demandé ou l’utilité qu’ils représentent. La notion de valeur est étrangère à l’économie libertaire, il n’y a donc aucune raison de la mesurer avec la monnaie. On retrouve là le principe des anarcho-communistes.
« Nous devons tous penser que structurer avec une précision mathématique la société de l’avenir serait absurde, puisque souvent entre la théorie et la pratique, il existe un véritable abîme. En esquissant les normes du CL nous ne le présentons pas comme un programme unique qui ne permettrait pas de modifications. Celles-ci apparaîtront et ce seront les nécessités et les expériences mêmes qui les motiveront. »
(Motion sur le communisme libertaire adoptée au congrès mai 36)


Le développement du fédéralisme libertaire en Aragon

Tandis qu’à Barcelone, la base de la CNT-FAI déjà organisée en comités de quartier et de défense prenait possession de la ville, sans attendre la moindre consigne, et mettait en branle le réseau de ravitaillement, l’amélioration des conditions d’existence, l’expropriation des usines et ateliers [2]
, dans les localités rurales, l’appropriation des terres des grands propriétaires suivit logiquement la victoire contre les militaires factieux. Tout ceci représentait la phase préliminaire évidente de la socialisation prônée par la CNT au congrès de Saragosse en mai 1936.
À partir d’août 1936, le communisme libertaire commença effectivement à s’appliquer à l’initiative de militants déterminés du Comité régional aragonais, de paysans et d’ouvriers agricoles ; et si les structures de l’organisation collectiviste différaient sur maints aspects, selon Borrás, elles avaient en commun la volonté farouche d’abolir le salaire individuel et l’argent « non seulement par choix économique, mais par sens de la dignité ».
Borrás insista sur l’envergure du projet révolutionnaire entrepris : « Les travailleurs aragonais prirent leur destin en main au lieu de se limiter à faire fonctionner les usines comme la veille, ou à saisir le manchon de la charrue. »
En Aragon, province libérée de toute emprise étatique pendant un an, on abolit le salariat et le commerce, et chaque village engagé dans la socialisation redistribua à ses habitants toute la production collectivement produite selon le seul principe : à chacun selon ses besoins. Un des participants à cette expérience tint à préciser ceci :
« La CNT se prononce pour la collectivisation de la terre parce qu’elle la considère comme le point de départ vers l’émancipation morale et matérielle du paysan. C’est-à-dire que nous la considérons comme un moyen, un chemin et non comme une fin ».

Il s’agissait d’un mode d’existence et d’organisation agraire adapté par les anarchistes ruraux à partir de leur propre expérience agricole, et adopté par les comités locaux comme l’unique et plus raisonnable alternative au type d’organisation féodale et capitaliste qui finissait de disparaître. »

Selon Borras, le fédéralisme libertaire connut trois phases et trois formes de développement, avec des combinaisons diverses selon les lieux et les situations :
– La comunidad (ou municipio), constituée par tous les habitants de la localité qui mettaient tous les biens de celle-ci en commun. D’août à octobre 1936, ces communes se développèrent en complète autonomie, et ne se structurent pas en dehors de la localité. Cela comportait le risque d’un repli sur soi et que se développent des communes riches et que s’étiolent les plus pauvres.
– Puis les collectivités apparurent, composées de volontaires de la localité. Quand l’État imposa la remise en route des conseils municipaux, les collectivités devinrent « l’âme des villages ».
– En février 1937 apparut la Fédération des collectivités au niveau régional.

Pour en savoir plus sur la nouvelle existence qui s’organisa dans les villages au sud de l’Ebre, on peut lire dans notre dernier ouvrage [3] le chapitre « Aperçu sur les conditions de la mise en route du projet communiste libertaire en Aragon » :
Avant propos : Le concept de Communisme Libertaire
A. Les anarchistes espagnols, la question agraire et le syndicalisme

La faible implantation anarcho-syndicaliste dans le monde rural espagnol
En Aragon
Montée en puissance du rôle du syndicat
Le congrès de Saragosse
La CNT aragonaise de mai à juillet 1936
B. Des cas concrets de mise en route du communisme libertaire au sud de l’Ebre.
L’appropriation des terres des derechistas et l’abolition du salariat
L’abolition de la propriété privée et les rapports entre miliciens et villageois
Exemples de villages collectivisés
C. L’attaque contre les collectivités
Les grandes manœuvres socialo-communistes
Le retour en force du marché et la pression de la guerre
D. Eléments pour un Bilan
La remise en cause du rôle du syndicat
Achèvement de la normalisation : « Le communisme libertaire n’était qu’une utopie »
La fétichisation de l’organisation et le « leaderisme naturel »
Épilogue
Annexe : La création de la Fédération Régionale des Collectivités

Les giménologues, le 27 mai 2016


[1The spanish Anarchists : the heroic years, 1868-1936, 1977 ; extrait du Bulletin Les Amis de Ludd, Bulletin d’information anti-industriel, T. II, La Lenteur, 2009, p. 41.

[2Les divers comités et groupes qui existaient avant le 19 juillet 1936 (d’action, de défense, d’affinité, de quartier ou de district) – qui constituaient la base organisée du mouvement anarchiste et anarcho-syndicaliste à Barcelone – dépendaient théoriquement de la CNT-FAI, notamment après la reprise en main d’octobre 1934, mais ils pouvaient aussi s’en autonomiser en pratique. Leur transformation logique en comités révolutionnaires de barricade, de ravitaillement, de contrôle et d’organisation des départs de miliciens, après le 19 juillet 1936, sans aucun mot d’ordre des instances supérieures, démontra leur vitalité et leur efficacité. Selon Guillamón, les cadres de défense subirent une double transformation : d’abord ils se convertirent en « milices populaires » partant en Aragon et participant à l’instauration des collectivités agricoles ; ensuite en comités révolutionnaires dans chaque quartier de Barcelone et dans chaque village de Catalogne, où ils créèrent un « nouvel ordre révolutionnaire ». La coordination des comités révolutionnaires de quartier passait par le siège du Comité Régional de la CNT.

Ces comités révolutionnaires organisés se donnaient pour mission première la défense de la capitale grâce aux patrouilles de surveillance et aux barricades maintenues, et l’approvisionnement de la population via les cantines et des restaurants populaires en réquisitionnant les grands magasins de comestibles et en échangeant avec les collectivités agricoles. Dans les usines les plus importantes, on organisa des garderies, des programmes éducatifs et des bibliothèques.

[3¡ A Zaragoza o al charco ! Aragon 1936-1938. Récits de protagonistes libertaires, L’insomniaque 2016.


Brèves

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