Nous reprenons la rédaction des biographies de chacun des 117 ex-combattants italiens (anarchistes ou pas) dont le nom se trouve sur la liste « Libertá o Morte » du camp d’Argelès sur Mer, dressée par la police politique italienne le 8 août 1939.
Cela s’inscrit dans le cadre de notre collaboration à la base de données sur le camp de concentration d’Argelès-sur-Mer réalisée par Grégory TUBAN, de Perpignan : http://www.memorial-argeles.eu/fr/
https://www.memorial-argeles.eu/fr/1939/1939-2eme-periode-du-camp-avril-juin-1939/le-camp-des-brigadistes.html
Toutes les notices sont le fruit d’un travail de recherche en collaboration avec Tobia Imperato de Turin et avec le regretté Rolf Dupuy de Paris.
La traduction et la rédaction sont réalisées par Jackie, giménologue.
ARDEMAGNI Massimo*
Massimo Ardemagni né le 7 septembre 1907 dans le quartier ouvrier de San Lazzaro à Piacenza, de Fortunato et Emilia Anelli. Son père est cheminot. En 1928 il fait son service militaire en Sardaigne dans l’artillerie. Dans sa jeunesse il exerce les métiers de menuisier, fumiste et maçon. En 1930, la préfecture lui délivre un passeport régulier et il se rend en France pour travailler. Il est déjà signalé comme antifasciste selon l’OVRA** qui le surveille. Il habite pendant quelques temps dans une auberge connue pour être fréquentée par des révolutionnaires italiens.
Installé à Paris il exerce son premier métier de menuisier dans une usine de construction de chaises en bois. Il vit dans des chambres louées. Il devient ensuite vernisseur de poteaux du réseau électrique, trouvant du travail auprès d’entreprises italiennes.
Fin 1935 il est arrêté pour non-respect des lois sur le droit au séjour et doit partir de France. Il arrive à se rendre introuvable en travaillant comme maçon aux alentours de Paris jusqu’en novembre 1936.
Arrêté à nouveau par la police française il réussit à se faire renvoyer en Espagne, et le même mois il rejoint la colonne italienne sur le front d’Aragon. Le fait est confirmé dans une liste de Giustizia e libertà — trouvée par la police italienne — qui fait référence à un certain nombre d’Italiens entrés en Espagne pour combattre aux côtés de la jeune république ibérique. Dans deux courriers de Zanasi Gelindo du 14 juin 1937 envoyés de Carrascal, on apprend qu’Ardemagni fait partie de la Brigade Mixte Tierra y Libertad, bataillon Spartacus, 1ère compagnie, Binefar (Huesca).*** A la suite du retrait des volontaires internationaux décidé par le gouvernement républicain fin septembre 1938, Ardemagni est envoyé dans un camp de démobilisation.
Il participe jusqu’à la fin au conflit espagnol et, comme de nombreux autres combattants, il est interné au camp d’Argelès-sur-Mer en avril 1939, où il rejoint le groupe Libertà o Morte. Puis on le transfère à celui de Gurs, où il reste jusqu’en mars 1940.
Il intègre ensuite la 253ème Compagnie de Travailleurs Etrangers du camp du Moulin de Torpac, près de Saint-Omer (Pas-de-Calais). Il est fait prisonnier par les Allemands à Dunkerque en mai 1940. On le retrouve à l’hôpital militaire de Reims transformé en camp d’internement, avec notamment les compagnons Pietro Aureli*4, Faustino Braga, Carlo Aldegheri*5, Lorenzo Giusti*6, Romeo Scanziani*7, Leonardo Rizotto*8, Egidio Fossi*9. Il est ensuite envoyé dans le camp de concentration allemand de Sagan, près de la frontière avec la Pologne.
En novembre 1940 Ardemagni est libéré et renvoyé en France près de Reims, puis remis à la police italienne à la frontière. Il est incarcéré à Piacenza, et le 29 août 1941 la Commission provinciale de détention l’assigne à résidence pour une période de trois ans dans l’île de Ventotene, d’où il sera libéré au lendemain de la chute du gouvernement de Mussolini.
Lors de son interrogatoire à la prison de Plaisance, il affirme avoir fait partie du groupe politique libertaire « Libertà o morte », constitué dans le camp d’Argelès ; ce qui peut confirmer son adhésion au mouvement libertaire.
Le 11 novembre 1943, il est à nouveau arrêté dans le but de l’intimider, et maintenu en prison quelques jours par la police de la nouvelle république de Salò.
Ensuite nous n’avons plus d’autres informations sur lui.
Annexes
Traduction des lettres de Gelindo Zanasi.
Première lettre
Arascues (Carascal) 11 juin 1937
Chers camarades,
Nous nous sommes arrêtés une demi-journée à Binefar, puis nous avons continué vers Vicien et le lendemain, nous avons poursuivi vers Carascal. On nous a donné des fusils de différents modèles, comme s’ils avaient été pris dans un musée. Aujourd’hui, peu après notre arrivée à Carascal, nous avons reçu la visite de l’aviation. Elle a largué des bombes et mitraillé, causant deux morts et un blessé. Aldo et moi sommes accompagnés de Pezzatini Italo, Pelissero Luigi*10 et Ardemagni Massimo.
Seri, pendant que j’attendais le camion pour partir, je t’ai écrit une carte postale de Vicien.
Je rappelle à mes camarades que Pezzatini Italo*11 demande de rejoindre le groupe Falasci*12.
Nous allons tous bien, comme vous tous, nous l’espérons.
Salutations à tous de notre part.
Fraternellement Gelindo
PS : Je venais à peine de terminer cette lettre (vers 17 heures) que l’artillerie fasciste a ouvert un feu intense qui a duré jusqu’à 19 h 30. On estime qu’elle a tiré environ 600 coups. Nous avons eu quatre blessés plus ou moins graves.
Fraternellement, Gelindo.
Deuxième lettre
Carascal 14 juin 1936
Chers amis, nous vous avons déjà écrit deux fois, une fois de Vicien et l’autre de Carascal. Nous avons toujours oublié de vous demander de nous envoyer les journaux. Vous y avez peut-être pensé.
Nous sommes cinq, en excellente santé, sains et saufs malgré les soins assidus que les fascistes nous infligent à tous en ce moment.
Il ne se passe pas un jour sans qu’on nous fasse des petits cadeaux dont nous nous passerions très bien.
L’autre jour, ils nous ont envoyé 752 coups d’artillerie en deux heures et demie. Aujourd’hui, nous avons reçu la visite de l’aviation et ils ne se font pas prier, sans compter les mitrailleuses et les bombes incendiaires qu’ils ont larguées ici, à Carascal ; mais la forêt n’a pas pris feu et nous pensons qu’il n’y a pas eu de victimes de notre côté ; nous ne pouvons rien affirmer avec certitude, mais d’après ce que nous avons vu, ce sont eux qui ont été les plus touchés. Ils ont fait comme les fifres des montagnes.
Ils sont venus pour jouer et ont été joués. Nous avons vu deux de leurs appareils tomber comme des poires mûres ; mais il semble que nous en ayons fait tomber cinq, tous tombés sur notre territoire.
Alors que nous déjeunons (il est à peine midi), l’artillerie des négrinis*13 tire sur nos tranchées. Aucune victime. Notre aviation est très active. Nous qui sommes ici en savons peut-être moins que vous sur les opérations. Nous attendons La Soli pour en savoir plus.
Dans l’attente de vous lire, nous vous saluons fraternellement.
Dévoués à la cause.
Zanasi, Fiamberti*14, Perratini, Ardemagni, Pelissero.
Brigade Mixte Tierra y Libertad,
Bataillon Spartacus, 1ère compania, Binefar (Huesca)
PS : Si Gigi voit Riccardo, il me rendrait service s’il voulait bien lui dire de m’envoyer sa nouvelle adresse.
Fraternellement, Gelindo
https://gimenologues.org/ecrire/?exec=article_edit&id_article=815#
Source :
https://static.arxiusenlinia.cultura.gencat.cat/active/GANC/TEXTUAL/1/886/13/13690/4483122_1013690,0007.jpg
https://static.arxiusenlinia.cultura.gencat.cat/active/GANC/TEXTUAL/1/886/13/13690/4483122_1013690,0008.jpg
NOTES
* Franco Sprega, Ivano Tagliaferri, Los ITALIANOS, antifascisti nella la guerra civile spagnola, Infinito edizzione, Due Santi di San Marino, Roma, 2007 (page 94).
** Organizzazione per la Vigilanza e la Repressione dell’Antifascismo : service secret et police politique à l’œuvre entre 1927 et 1943. Cf. http://gimenologues.org/spip.php?article389
*** Voir les deux lettres en Annexe. Voir aussi la biographie de Zanasi : https://militants-anarchistes.info/spip.php?article6376 et http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=3409
*4 Voir sa biographie ici : https://militants-anarchistes.ficedl.info/spip.php?article7207 et https://militants-anarchistes.info/spip.php?article9503
* 5 Voir les notices biographiques de Faustino Braga et Carlo Aldegheri : http://gimenologues.org/spip.php?article885 et http://gimenologues.org/spip.php?article1072
*6 Voir sa biographie ici : https://militants-anarchistes.info/spip.php?article9503 https://pungolorosso.com/wiki/giusti-lorenzo/
*7 Voir sa biographie ici : http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=3167
*8 Voir sa biographie ici : http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=1618
*9 Voir sa biographie ici : https://militants-anarchistes.info/spip.php?article14908 et https://www.bfscollezionidigitali.org/entita/13461-fossi-egidio?i=0
*10 Il s’agit de Luigi Pelisero ou Luigi Depeliziero, volontaire italien mort sur l’Ebre lors des combats du 13 septembre 1938. http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=3727 et https://sidbrint.ub.edu/brigadista/depeliziero
*11 Italo Pezzatini, volontaire italien, disparu sur le front de Huesca : https://cedobi.iealbacetenses.com/brigadistas/ Tome 2 Volume 2 page 291.
*12 Il s’agit de Fosco Falaschi, volontaire italien mort sur le Monte Pelato le 28 août 1936 : http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=1962
*13 Gelindo fait référence aux fascistes bien que le terme de negrinis ne soit pas connu pour désigner les fascistes
*14 Aldo Fiamberti, volontaire italien : https://militants-anarchistes.info/spip.php?article1710 http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=2171
Sources et bibliographie :
Celso Ghini, Adriano Dal Pont, Gli antifascisti al confino 1926-1943, Editori Riuniti, Roma, 1971.
Giacomo Calandrone, La Spagna brucia. Cronache garibaldine, Editori Riuniti, Roma, 1974.
Luigi Arbizzani, Antifascisti emiliani e romagnoli in Spagna e nella Resistenza. I volontari della Repubblica di San Marino, Collaborazione di Cesarino Volta e Antonio Zambonelli, Vangelista, Milano, 1980. [p. 25]
Alvaro López, a cura di, L’antifascismo meridionale nella guerra di Spagna. Dalla Spagna al confino, AICVAS, Quaderno n. 2, Roma, 1982.
Adriano Dal Pont, Simonetta Carolini, a cura di, L’Italia al confino. Le ordinanze di assegnazione al confino emesse dalle Commissioni Provinciali dal novembre 1926 al luglio 1943, Vol. III, La Pietra, Milano, 1983.
Alvaro López, a cura di, Dalla Spagna alla resistenza in Europa in Italia ai campi di sterminio, AICVAS, Quaderno n. 3, Roma, 1983.
Adriano Dal Pont, coordinatore, Antifascisti nel Casellario Politico Centrale, ANPPIA, Roma, Vol. I, 1988. [p. 991]
Enzo Nizza, direzione di, Enciclopedia dell’Antifascismo e della Resistenza, Vol. VI, La Pietra, Milano, 1989 (Ventotene).
La Spagna nel nostro cuore 1936-1939 Tre anni di storia da non dimenticare, AICVAS, Roma, 1996.
Ivano Tagliaferri, Il colonnello anarchico. Emilio Canzi e la guerra civile spagnola, Scritture, Piacenza, 2005.
Franco Sprega, Ivano Tagliaferri, Los Italianos. Antifascisti nella guerra civile spagnola, Infinito, Due Santi di San Marino (Roma), 2007. [p. 94]
Centro Studi Pier Carlo Masini, Spagna 1936-1939 Volontari Bergamaschi nella guerra civile spagnola, Bergamo, 2016 [p. 195, 197].
http://dati.acs.beniculturali.it/CPC/CPC.detail.html?A04601
http://gimenologues.org/spip.php?article391
http://sidbrint.ub.edu/it/content/ardemagni-massimo
https://parridigit.istitutoparri.eu/fondi.aspx?key=dettaglio&fondo=41&rec_id=10116&from=ricerca&cp=121
https://sovdoc.rusarchives.ru/Final_s/KOMINT00878/DIR0014/IMG0014.JPG
http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=122