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Les Gimenologues
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Le n° 6 des Cahiers VUPP fait saliver
SUIVI de la gastronomie anarchiste en temps de guerre et de révolution

La dernière parution des Cahiers VUPP

Le numéro 6 des Cahiers VUPP , toujours à la croisée des chemins entre politique, art, histoire et littérature, propose différentes contributions d’autrices et d’auteurs. Les effets de la réification généralisée sur les esprits étant un fil conducteur précise l’édito. Citons :
Le Révolteur, une analyse de Liliane Meffre sur la théorie de Carl Einstein 
Je ne suis plus possible une fiction vertigineuse sur la machinisation des êtres de Thierry Nutchey
La cuisinière de Durruti, récit de Nadine, engagée dans la colonne libertaire
Terrorisme esthétique, une étude d’Ana Samardzija Scrivener sur l’accaparement de l’anarchiste Germaine Berton par les Surréalistes
Sur La bêtise comme cicatrice Le point de vue d’Antoni Flix Palafox
Les Chroniques de La vieille taverne, par Els amics de la V.T. , témoignages et portraits dans le Perpignan des années 70 à la fin du franquisme
Sur la laïcité artistique, le point de vue de Felip Marti Jufresa sur la relation art et politique
Un hommage à Florent Larrieu ;
Une information sur la présence de C.Einstein à Céret
Avec les contributions graphiques de Pierre Grange Praderas, Kévin Huber et Christine Solaï.

Les cahiers VUPP (Voir Un Peu Plus à travers les fissures des murailles), sont basés à Villelongue dels Monts et Talence. Numéros en ligne : cahiersvupp.org
Dans le numéro 5 signalons un article de fond de Myrtille sur le site des Giménologues : https://gimenologues.org/spip.php?article1024
Contact : association.vupp@sfr.fr

Notes de lecture de Myrtille : 14 aôut 2025

Nous sommes contents de voir enfin publiés quelques bons morceaux de la "Chronique de la vieille Taverne", à laquelle nous faisions allusion dans notre " Chronologie des événements survenus de part et d’autre de la frontière, pour accompagner le documentaire "Amis, dessous la cendre" : https://gimenologues.org/spip.php?article959

Et quand je dis "bon morceaux", ce n’est pas qu’une image : l’article est parsemé de recettes et mets typiques catalans aux appellations évocatrices tout aussi savoureuses.
Alors pour la peine le Pep va devoir un jour m’initier au Trinxat , à la canamillana et à l’empedrat. Et je supporterai à la fin una crema de sants Josep.
Que cela se sache !

Mais s’il n’y avait que cela ! les saveurs (et senteurs) palpables de cette chronique sont redoublées par l’article sur "La cuisinière de Buenaventura Durruti".
L’autrice, Nadine, une anarchiste engagée comme combattante et comme cuisinière dans la colonne de Buenaventura aurait écrit ce journal pendant la guerre civile

Ce document fut trouvé en 1970 avec un lot de revues sur la guerre d’Espagne déposé à la librairie Pinkus de Zurich, qui était également un centre de documentation sur la solidarité ouvrière, l’anarchie, l’antiautoritarisme et les mouvements de libération du Tiers-monde. La particularité du journal de Nadine est qu’avec chaque recette, figurent son témoignage et ses commentaires sur les combats au front et la situation politique en Espagne durant cette période."

UN EXTRAIT :
Calçots de Valls ou oignons nouveaux avec sauce aux amandes
Non, chica, non, regarde ma main et n’oublie pas les cinq règles. Premièrement, trouver la bonne prise en main de l’arme, s’assurer que le haut de la crosse est bien à la jonction du pouce et de l’index. Ici, là, comme ça. Ensuite, étends ton bras armé vers l’avant en direction de la cible. Deuxièmement, la position la plus favorable que tu dois prendre dans le système « tir-cible » est appelée position de tir. Tiens toi debout avec les pieds en position neuf heures. Troisièmement, inspire profondément en levant l’arme au-dessus de la zone de visée. Expire ensuite environ la moitié de l’air et tends l’armevers la cible. Quatrièmement, tu doit aligner ta visée avec la hausse. Rappelle-toi que le degré maximum de stabilité de l’arme ne coïncide jamais avec une immobilité absolue. Cinquièmement, le tir. J’espère que tu n’auras jamais à faire cela chica. Julio m’a souri et m’a pris l’arme des mains.Quelle est l’action de déclenchement ? Il s’est redressé, m’a regardé dans les yeux : c’est l’action de pression exercée sur la gâchette pour libérer le chien armé.
Mais ça suffit ! Connais-tu les oignons nouveaux de Valls ? Nous avons livré des affiches à Tarragone et, sur le chemin du retour, nous avons vu l’aqueduc de las Ferreras, que les paysans appellent le pont du diable. En prenant la route qui longe le Rio Francoli, nous y sommes en une heure. Julio connaissait une taverne et nous avions faim, l’endroit n’est pas luxueux, m’a-t-il dit, mais ils servent encore des oignons nouveaux, les calçots, sur la tuile.
Il faut au moins six oignons nouveaux, repiqués, par personne, ceux de Valls, au printemps, sont les meilleurs. Ils poussent recouverts de terre comme on le fait avec certaines asperges. Ils sont longs et blancs. Ils sont disposés sur un gril et directement exposés à la flamme. Ils cuisent en quelques minutes, mais ils doivent de suite après être conservés enveloppés dans un torchon pendant au moins un quart d’heure. Ainsi ils seront tendres à l’intérieur. Au moment de servir, retirez la peau externe qui est brûlée. Ils nous les ont apportés avec un peu de thon et une sauce aux amandes. Nous avions le pain dans nos sac à dos. Inutile de saler.
Etc, etc.

REBONDS
Mais voilà-t-y pas qu’en feuillettant aujourd’hui le maître ouvrage du regretté Michel Froidevaux
Les avatars de l’anarchisme..La révolution et la guerre civile en Catalogne (1936-1939) vues au travers de la presse libertaire (recensé ici https://gimenologues.org/spip.php?article1081 )
Je tombe p.426 sur ce passage :
"L’art culinaire souffrit beaucoup des restrictions dictées par l’économie de guerre ; pourtant les cuisiniers ne désarmaient pas et recherchaient avec ingéniosité la meilleure manière d’accommoder la disette ".
GASTRONOMIA, la revue anarchosyndicaliste de l’Industrie gastronomique publiée à Barcelone contenait une section nommée "Menus de guerre" , assurée par un certain Gourmet , qui exposa, dans le premier numéro de cette publication, le sens de sa rubrique :

"En temps de guerre, notre position de cuisiniers nous oblige, plus que jamais, à suppléer au manque d’aliments avec habileté et bon goût, devant nous efforcer que la nourriture soit agréable au palais et à la vue.
Dans cette section Menus de guerre, on indiquera la manière d’assaisonner des plats qui soient en accord avec les circonstances du moment et dans lesquels les matières premières qui manquent seront suppléées par d’autres proches, aussi nutritives et agréables.
[Et voici quels étaient les trois premiers menus conseillés  :]
– Une soupe végétarienne pour 100 personnes.
– Du riz avec de la morue pour 500 personnes.
– Un potage campagnard pour 300 personnes."

Autre extrait choisi et commenté par Froidevaux    :
"Les compagnons qui accomplissent leurs activités dans l’élaboration doivent tenter de faire en sorte que les matières premières dont ils disposent, chaque jour, servent à élaborer de préférence ces produits qui, par la simplicité de leur composition, peuvent offrir non seulement plus de revenus, mais qui peuvent permettre aussi de servir un plus grand nombre de clients.  » Gastronomia, no 1, 3 septembre 1937.
Dans ce même numéro, voir l’interview du gérant de l’hôtel Victoria (ex-hôtel Ritz). Un article humoristique sur «  L’Art de manger gratis  » et sur certaines astuces, plutôt loufoques, en vue d’éviter de régler l’addition fut rédigé par R. Hué dans le numéro du 18 septembre 1937."

J’ai retrouvé trace de cette "revista gráfica de la industria gastronómica » con recetas culinarias para tiempos bélico, sur le site :
https://revistalibertaria.cl/gastronomia-anarquista-y-de-guerra/
L’article "Gastronomía Anarquista y de Guerra" est rédigé par Ana Vega Pérez de Arlucea
(2019)
Extrait :
"Así resulta lógico que en Gastronomía nos encontremos con recetas para un regimientos como la escudella camperola para 300 personas, el arroz con bacalao para 500 o la sopa vegetariana para 100. Les dejo la última fórmula, por si se ven ustedes alguna vez en la necesidad de alimentar a un centenar de hambrientos/as a base de verduras. Nunca se sabe.
SOPA VEGETARIANA PARA 100 PERSONAS
Gastronomía, 3 de septiembre de 1937. Barcelona.
1 kilo de nabos, 1 kilo de zanahorias, 2 kilos de cebollas, 6 kilos de habas o judías verdes, 8 kilos de patatas, 5 kilos de tomates, 1,5 kilos de fideos, varias coles verdes, 1 litro de aceite. Con el aceite se rehoga la cebolla, picada muy fina, y cuando esté dorada se añaden el tomate, las judías o habas tiernas, las zanahorias, los nabos y las patatas (todo cortado en pequeños trozos). Después se echa el agua, unos 35 o 40 litros, y la col rehogada junto con lo demás, dejándolo hervir todo durante unas dos horas y cuando esté cocido se echan los fideos y se sirve."

On trouvera les 3 menus en docs joints avec l’article en intégral.

Bon les mets sont moins aguichants que ceux de Pep ou de Nadine , mais comme on le sait, en 1937 déjà, et en ville surtout, le ravitaillement s’essoufflait...

Additif du 17 août :
On apprend que La cocinera de B.Durruti fut traduit en espagnol et publié en 2013 par "Los amigos de Ascaso" à Almeria, et qu’il comprenait 90 recettes : https://www.federacionanarquista.net/apuntes-historicos-sobre-la-relacion-anarcosindicalismo-gastronomia-en-la-peninsula-iberica/

Ouvrage cité dans un article plus général : "Apuntes históricos sobre la relación anarcosindicalismo-gastronomía en la Península Ibérica" :
https://www.federacionanarquista.net/apuntes-historicos-sobre-la-relacion-anarcosindicalismo-gastronomia-en-la-peninsula-iberica/