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Les Gimenologues
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Fragmentos de memoria histórica de la lucha libertaria contra la dictadura franquista : junio-agosto de 1962
Barcelona, Junio 2024, Tomás Ibáñez.

Document inédit sur l’histoire des JJLL, par l’un de ses protagonistes, et ami de Jordi et Jeanine. En hommage à Alain Pecunia qui n’a pas eu le temps de le lire avant de nous quitter
https://gimenologues.org/spip.php?rubrique78

Fragments de memoire historique de la lutte libertaire contre la dictature franquiste : juin-aout 1962.
En complément au livre de Gurucharri, Salvador et Ibáñez, Tomás : Insurgencia libertaria, Virus. Barcelona. 2010.
https://gimenologues.org/spip.php?article443
Une édition française est parue chez Acratie en 2012 : Une résurgence anarchiste. Les Jeunesses Libertaires dans la lutte contre le franquisme.

Los datos que en este complemento se refieren a todo lo relacionado con el grupo de Barcelona figuran en los archivos del Tribunal Militar Territorial tercero de Barcelona y pueden ser contrastados recurriendo a esos archivos.

Barcelona, Junio 2024, Tomás Ibáñez.

Prolégomènes.

Le récent décès d’Alain Pecunia (6 mai 2024) m’a incité à explorer une série de documents relatifs à la cour martiale tenue à Barcelone en septembre 1962 à l’encontre de trois jeunes libertaires impliqués dans des actions organisées par Defensa Interior (DI). Je me suis concentré, d’une part, sur la procédure policière relative à l’arrestation de ces camarades et, d’autre part, sur les déclarations faites par Jordi Conill Vall au siège de la police.
Si le cadre organique qui a présidé au démarrage des activités promues par Défense intérieure est bien connu, il n’est pas inutile de rappeler brièvement que la CNT, scindée en deux courants depuis 1945, a été réunifiée lors du congrès de Limoges en août 1961. Parmi les accords de ce congrès figure la création d’un organisme conspirateur appelé Défense intérieure (DI), rattaché à la Commission de défense, mais doté d’une large autonomie pour organiser une série d’actions susceptibles d’avoir un fort retentissement médiatique, et pour mener à bien un attentat contre le dictateur.
Les actions impulsées par le DI sur le sol espagnol ont commencé en juin 1962 avec la pose de trois engins à Madrid (5, 7 et 12 juin). Ils ont été suivis par trois autres dans la nuit du 29 au 30 juin à Barcelone, un autre le 15 juillet à Valence et un autre le 20 juillet, toujours à Barcelone, tandis que le 12 août, un engin a explosé dans el Valle de los Caídos. Enfin, le 19 août, un puissant engin explosif a explosé près de la résidence d’été de Franco à Ayete, tandis que le même jour, deux engins explosaient à Madrid et un autre à Barcelone.

En l’espace de trois mois, pas moins de treize engins explosèrent, concentrés essentiellement à Madrid, Barcelone et Valence, et à la fin du mois d’août, 17 arrestations avaient été effectuées, 3 à Barcelone, 3 à Saragosse et 11 à Madrid, plus deux agents de liaison envoyés de France, ce qui laissait démantelés les principaux noyaux liés au FIJL.

Bien que cette analyse se limite aux premières étapes de la DI, c’est-à-dire aux mois de juin, juillet et août 1962, il convient également de noter qu’après l’explosion de trois nouveaux engins au cours de la première semaine de décembre, ce n’est que le 3 mars 1963 que la phase de harcèlement direct reprend, avec la mise en place de pétards dans trois avions au sol dans les aéroports de Barcelone, La Palma et Madrid, et l’explosion d’un engin sur le navire Ciudad de Ibiza le 5 avril. Le 8 avril, deux engins explosent dans un bureau d’Iberia à Valence et un autre à Alicante. Trois des auteurs de ces actions, dont Alain Pecunia, ont été arrêtés, tandis que le quatrième participant, Silvio Matteucci, a réussi à regagner la France, comme il l’a lui-même raconté.

(Silvio Matteucci, “Un jeune au service de la cause antifranquiste” in Floréal Cuadrado, Comme un chat. Editions du Sandre. Paris. 2015).

Quatre mois plus tard, intervenant (sans le savoir) dans la préparation d’un attentat manqué (comme tous ceux préparés contre Franco !), des bombes explosent le 29 juillet 1963 à Madrid à la Direction générale de la sécurité et à la délégation nationale de la Centrale syndicale nationale (Central Nacional Sindicalista). Après l’arrestation trois jours plus tard de Granados et Delgado, faussement accusés d’avoir posé les engins, et leur assassinat foudroyant le 17 août, la DI n’organisa plus d’action "à l’intérieur" avant d’être dissoute au Congrès de la CNT à Montpellier en 1965. Seule la préparation naissante en 1964 d’un nouvel attentat contre Franco, qui conduisit à l’arrestation de Stuart Christie et Fernando Carballo à Madrid, doit être mentionnée avant cette date.

Tout ce qui se passe après 1965 n’a plus la couverture de la défunte DI qui, par ailleurs, avait déjà connu en octobre 1963, 18 mois après sa constitution, les départs de Germinal Esgleas et de Vicente Llansola, élus respectivement secrétaire général et secrétaire de coordination du SI (Secrétariat Intercontinental) de la CNT.

Après cette brève mise en contexte, nous pouvons maintenant examiner une séquence particulière de la lutte libertaire contre la dictature, afin d’essayer de mieux comprendre les conditions de cette lutte et ses difficultés.

Tomás Ibáñez.