Notes de lecture sur "Algunos me llaman El Rubio"

Titre de l’autobiographie de José Juan Martínez Gómez né le 4 février 1956 à Almería, mise en forme par Juan M. Velázquez, parue en 2016 (réédition 2017), Arte Activo Ediciones, Colección Testimonio, Vitoria.

Le recours aux infiltrés et balances dans les manœuvres anti-anarchistes de l’État durant la Transition espagnole – et sa redoutable efficacité – a été évoqué dans le film « Amis, dessous la cendre… », et plus largement exposé dans le livre de David Rappe, puis dans notre « chronologie des événements survenus de part et d’autre de la frontière ».
D’habitude ce genre de « personnel » au service des polices se fait oublier dans les soutes de l’Histoire, qu’il soit en prison, ou en liberté. Ce fut le cas pour les "confidentes" Joaquín Gambín Hernández et Eduardo Soler, après qu’ils eussent un moment défrayé la chronique médiatique. Ces deux-là ne sont sans doute plus de ce monde.
Le rôle de balance aux dépens du MLE joué par José Juan Martínez Gómez, dit el Rubio, aurait pu rester peu connu s’il n’avait pris la tête du commando de braqueurs qui attaqua le Banco Central de Barcelone le 23 mai 1981. En outre, longtemps après, il a tenu à publier un ouvrage sur son parcours d’atracador, sur le thème « Je suis un aventurier mais aussi un anarchiste… »

Voici quelques notes lapidaires rendant compte de son ouvrage. On opte pour la forme chronologique, ne serait-ce que pour mieux repérer les points essentiels noyés dans un récit confus, mal organisé, avec des allers-retours constants dans le temps et l’espace. On n’est même pas sûrs de la datation exacte de certains faits ici relatés. On a recoupé avec les témoignages des protagonistes de cette époque qui l’ont connu (ou pas) ; avec d’autres ouvrages qui évoquent sa personne, et avec les nombreux articles de presse en Espagne et en France qui émaillent son parcours – notamment après mai 1981.

D’entrée de jeu, le Rubio proclame (p. 12) : « J’ai été anarchiste – et continue à l’être de cœur ». Il tient beaucoup à rappeler qu’il n’a pas « seulement été le cerveau de l’attaque de la banque centrale de Barcelone en 1981 » (p. 14). Et surtout il parsème régulièrement son texte de « Je n’ai jamais dénoncé personne ».
À la fin du livre (pp. 210, 213 et 214), il réitère sa profession de foi : « Quand nous créâmes la COPEL à Carabanchel en 1976, l’idée était de forcer le changement des conditions des prisonniers, ou de laisser la vie dans cette tentative. Nous les anarchistes, nous avons dirigé cette lutte à coups de mutineries et de protestations dans cette prison, et nous réussîmes à l’étendre au reste de l’Espagne. […] Nous les anarchistes, nous voulions être considérés comme des prisonniers communs. Les Etarras en revanche voulaient maintenir la catégorie de prisonniers politiques, et ils ne participèrent à aucune de ces revendications. […] J’ai tenté de changer le monde quand je fus anarchiste. »
Est-ce pour ce genre de propos que les éditions de la Malatesta ont publié une présentation plus que complaisante de ce livre à sa sortie ?
[Voir https://lamalatesta.net/biografia-y-memorias/59421-algunos-me-llaman-el-rubio.html]

Myrtille, premier décembre 2021.