Chronologie des événements survenus de part et d’autre de la frontière et quelques articulations qui nous paraissent significatives.
Matériaux pour accompagner le documentaire "Amis, dessous la cendre"

Cette chronologie où il apparaît rend hommage à notre ami Henri Mélich disparu cet été

L’étonnant, dira Pep Palau bien plus tard, est que le rire avait toute sa place malgré les difficultés de la lutte, les emprisonnements, les drames et les disparitions. L’autodérision, le “j’menfoutisme” décalé, la faculté de mettre à distance les emmerdes, associés à des moments improvisés avec les moyens du bord et quelques boissons étaient une réponse aux pressions et à la violence exercés sur nous. Ignasi Solé Sugranyes ajouta que cet humour particulier dépassait les stéréotypes du militantisme doloriste pour ne rien figer d’ une énergie partagée, radicale et inventive. »
In Chroniques de La Vella Taverna, demi-fiction de Jean Calens, à paraître le premier trimestre 2022 aux éditions VUPP.

La Vella Taverna était située dans une ruelle en face de la place des Poilus à Perpignan. Ce texte évoque un Perpignan particulier où se croisaient des personnalités diverses, et entre autres des amis exilés dans le contexte des années 1972-78.

Début de la chronologie :

1970

Au début des années 1970, une période de forte tension interne au sein de la CNT en exil se solde par l’expulsion de près d’un tiers des militants réfugiés en France(1) – après celle, en 1969, de Fernando Gómez Peláez, directeur de Solidaridad Obrera de 1946 à 1954. Réunis au sein des Groupes de Présence Confédérale et Libertaire constitués en 1967 pour dénoncer les purges et la « dégénération bureaucratique » des instances dirigeantes de la CNT, les expulsés et des opposants lancent en juillet le mensuel Frente libertario. Fernando Gómez Peláez en aura la charge rédactionnelle de juillet 1970 à mars 1977. Le premier numéro date de septembre ; soixante-douze autres paraîtront jusqu’en mars 1977. Destiné à servir de base pour l’action du Mouvement libertaire espagnol (MLE), ce journal – qui fonctionnera de manière autonome – se centre sur les luttes dans la péninsule, où il sera très diffusé. De nombreux militants clandestins participeront à sa rédaction.

1974

Le 2 mars : Exécution au garrot de Salvador Puig Antich (El Metge, « le Docteur »), à l’âge de vingt-six ans, dans une cellule de la prison centrale pour hommes de Barcelone appelée « La Modelo » . Il était membre du Mouvement Ibérique de Libération, conseilliste et libertaire, auto-dissous en août 1973.

Le 14 juillet : Bernard Pensiot occupe le clocher de la cathédrale Saint-Jean de Perpignan avec l’insoumis Patrick Gervasoni, et tous deux déploient une banderole « Non à toutes les armées ». Arrêté à la suite de cette action, Bernard écope d’un mois de prison avec sursis. De son côté, Gervasoni sera condamné à trois mois de prison dont la moitié avec sursis (2).
Militant du groupe Louise-Michel de la Fédération anarchiste depuis 1971 à Paris, Bernard Pensiot s’installe à Perpignan à l’automne 1973. Il sera bientôt sollicité par des militants de Frente Libertario avec lesquels il participera à de nombreuses actions.

Septembre : Après l’arrestation de plusieurs membres d’un groupe de jeunes libertaires de Poble Nou qui, entre autres activités, collaborait au « Comité de Solidaridad pro-Presos » du MIL, Pep – Josep María Palau i Pujol (surnommé alors « Gérard » (3) – s’exile à Banyuls-sur-Mer, où il a de la famille. Il s’installe peu après à Perpignan. Il y fréquente Felip Solé et Ignasi Solé Sugranyes « Montès » - décédé en 2021 -, ex-membres du MIL. Il fait la connaissance d’Eduardo Solé Forasté ), l’un de ceux qui fréquentent régulièrement un important lieu de rencontre à Perpignan : la Librairie espagnole, sise au 40 de la rue Jean-Payra à Perpignan. Le propriétaire de la Librairie espagnole tenait aussi un sex-shop sur le même trottoir. Les deux locaux (et les cinémas) étaient très courus par les Espagnols qui passaient la frontière le week-end.

1 : Dont Cipriano Mera, José Borrás, José Peirats etc. voir « Fernando Gómez Peláez : Crítica y disidencia en el movimiento libertario en el exilio » par Eduardo Romanos Fraile dans la revue Ayer 67/2007 ; et pour l’intégralité des numéros : http://www.cedall.org/documentacio/castella/cedall203140600_frente libertario 1970-1977. Voir aussi pour la photo de jeunes militants : https://www.ephemanar.net/juillet27.html
2 : On apprend par ailleurs dans le journal jurassien L’Impartial du 3-4 janvier 1981 que Patrick Gervasoni a obtenu l’asile politique au Danemark en tant qu’insoumis.
3 : Source : Joni D., Grupos autónomos, 2014, chapitre « Gérard ». [pdf accessible en ligne]

La suite dans le PDF ci-joint

Les giménologues, revu le 26 novembre 2021.