Dario Castellani et Fosca Corsinovi

Photo en médaillon : Fosca Corsinovi
https://www.bfscollezionidigitali.org/entita/13929-corsinovi-fosca?i=0

Nous reprenons la rédaction des biographies de chacun des 117 ex combattants italiens (anarchistes ou pas) dont le nom se trouve sur la liste « Libertá o Morte » du camp d’Argelès sur Mer, dressée par la police politique italienne le 8 août 1939.
Cela s’inscrit dans le cadre de notre collaboration à la base de données sur le camp de concentration d’Argelès-sur-Mer, réalisée par Grégory TUBAN, de Perpignan : http://www.memorial-argeles.eu/fr/Retour ligne automatique
https://www.memorial-argeles.eu/fr/1939/1939-2eme-periode-du-camp-avril-juin-1939/le-camp-des-brigadistes.html
Toutes les notices sont le fruit d’un travail de recherche en collaboration avec Tobia Imperato de Turin et Rolf Dupuy de Paris.

La traduction et la rédaction sont réalisées par Jackie, giménologue.

DARIO CASTELLANI

Dario CASTELLANI, fils de Guiseppe et Eugenia Sorbi, est né le 6 octobre 1894 à Galluzo (Florence). Il est boulanger et adhérent à l’Union Anarchiste florentine déjà avant la Première Guerre mondiale. Pendant le conflit, il fait partie du groupe local des Faisceaux Ouvriers Révolutionnaires promus par le Congrès national clandestin de juin 1916. Très actif au cours du Biennio Rosso, il participe à l’insurrection de Florence de la fin février 1921 et aux mouvements antifascistes de cette même année.
En septembre 1923 il s’expatrie clandestinement en France pour échapper aux procès et persécutions. Il s’établit à Marseille où il travaille comme boulanger. Sa compagne Fosca Corsinovi et sa petite fille Luce née le 26 septembre 1920 le suivent. Biens intégrés dans la communauté des anarchistes italiens exilés, ils sont en contact avec Camillo Berneri et Gino Lucetti. Castellani fait partie du groupe des Toscans qui après le transfert à Marseille du Comité Pro Figli Dei Carcerati ou Pro Filius de Milan s’investissent dans l’assistance aux enfants d’anarchistes emprisonnés ou poursuivis pour leur activité subversive. Ce comité créé le 10 juin 1924 à Milan s’installe à Marseille en mai 1925 après sa dissolution et son passage à la clandestinité. Il a pour objectif de soustraire les enfants aux établissements religieux ou fascistes et de les maintenir dans un environnement familial et éducatif libertaire.
En 1925, Dario Castellani et sa compagne Fosca vivent au 5, rue de la Taulière à Marseille, puis le couple s’installe au 72, boulevard d’Endoume où il accueille un grand nombre de libertaires italiens de passage ou dans la clandestinité. En 1928, il héberge Barsanti Amilcare et Pietro Cociancich. Leur domicile sert également de boîte aux lettres à de nombreux compagnons. Dario Castellani et sa compagne semblent avoir été les principaux animateurs du comité Pro Figli Dei Carcerati de Marseille.
En avril 1925, il travaille à la Boulangerie Maritime du Boulevard Maritime. En mars 1931, Fosca et Dario travaillent tous les deux dans la même boulangerie.
Acteur dans la troupe composée de Fosca Corsinovi, Giulio Bacconi et d’Antonio Cherici, il joue des pièces engagées au profit des victimes politiques d’Italie. Le 23 janvier 1927, il joue le rôle d’un fasciste dans la pièce de Felice Vezzani « Demenza Giustiziera » dont l’action se déroulait dans un asile psychiatrique italien. Avec le groupe Artistique International, il se produit devant 200 personnes au centre Català, proche du quartier de la Plaine. Le 20 novembre 1927, il joue dans « Le Petit Chaperon Rouge » de Gaudin et Gevel.
La police fasciste le considère comme dangereux au même titre que l’autre groupe opérant à Marseille, celui du quartier de Belle-de-Mai composé principalement de méridionaux proches des positions de Paolo Schicchi *.
De 1927 à 1929, Castellani agit en contact étroit avec Berneri, engagé alors dans l’action directe, et qui est considéré comme « l’un des plus grands, sinon le plus grand, des représentants du parti anarchiste de Marseille ». (source ?)
On le soupçonne à un moment d’être l’auteur d’une machination pour attenter à la vie de Mussolini ; il est aussi impliqué en juillet 1928 avec Vittorio Cerretelli dans l’agression de deux carabinieri du Consulat de Marseille. Le gouvernement de Rome obtient finalement son expulsion en juin 1930, et il doit se séparer de sa famille pour se réfugier en Belgique.
Un rapport de l’OVRA du 7 septembre 1943 souligne qu’entre 1927 et 1932, douze attentats ont lieu en France et en Italie ; attentats derrière lesquels apparaissent toujours les noms de Castellani et de Fosca Corsinovi.
Le 28 juillet 1931 il rejoint l’Espagne, et à Barcelone il organise avec Pietro Bruzzi et Virgilio Gozzioli un « bureau libertaire de correspondance ». En réalité, le climat politique en Espagne se révèle bientôt peu favorable aux libertaires. En novembre, Castellani se déplace en Algérie et de là, au début de 1934, à Tunis où existe depuis longtemps une petite mais vivante communauté anarchiste, revigorée en 1932 par l’arrivée de Gigi Damiani, lui aussi transfuge de Catalogne. Castellani est identifié en septembre 1935 et réembarqué pour la France parmi les anarchistes expulsés de Tunisie.
Selon Vindice Rabitti et Giovanni Dupuy, Castellani a fait partie de la colonne italienne Rosselli et participé à la bataille du Monte Pelato en août 1936 en Aragon. En novembre il aurait combattu dans le bataillon Garibaldi de la XIIème Brigade Internationale, commandée par Randolfo Pacciardi, selon une note du SIM (service d’investigation militaire). Il quitte l’Espagne après l’assassinat de Berneri en mai 1937.
Selon la police fasciste, sa présence est signalée en mai 1938 à Paris et Genève, avec Fosca et sa fille Luce. Le 31 mai 1938 il est à Genève pendant une courte période. Réfugié dans la région toulousaine parmi les journaliers, il est arrêté début 1939, et interné à Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales). Dans ce camp, il semble être à l’origine d’un « comitato interno del campo di concentramento ». Ce comité se constitue afin d’administrer, de partager et de distribuer équitablement tout ce qu’ils reçoivent. Les bilans financiers et les communiqués sont rédigés par Giovanni Dupuy et Dario Castellani puis transmis par Louis Montgon à Pio Turroni.
Nous retrouvons son nom sur une liste dactylographiée transmise à Pio Turroni en mars 1939 comportant cent-dix noms de compagnons internés à Argelès qui bénéficiaient du secours du comité. Une liste quasiment identique fournie par un espion de l’OVRA au ministère de l’Intérieur recense les membres du groupe libertaire Libertà o Morte.
Castellani est ensuite transféré à Gurs.
D’après le rapport de Pavanin, dans le camp de Gurs, Castellani fait partie de la neuvième compagnie.
Avec l’occupation nazie, il est envoyé dans un camp de travail jusqu’à ce qu’en août 1942 il demande le rapatriement à la Commission d’armistice italo-française. Transféré en Italie le 2 octobre 1942, il est arrêté et condamné à Florence, le 3 janvier 1943 à cinq ans de confinement à Ventotene où il retrouve beaucoup de camarades libertaires, vétérans comme lui de France et d’Espagne. Après le 25 juillet, il est déporté, avec les autres anarchistes, dans le camp de concentration de Renicci d’Anghiari d’où il s’évade après le 8 septembre 1943.
Castellani repart à Gavinana, dans la campagne autour de Florence, où il rejoint Fosca Corsinovi et sa fille. Après la libération de Florence, il participe à la réorganisation du mouvement anarchiste local et national : en septembre 1945, il est parmi les délégués de Florence au premier congrès de la FAI à Carrare.
Dario Castellani meurt à Florence le 30 avril 1969, frappé par un infarctus alors qu’il est au siège de la Fédération anarchiste florentine.

* Note sur Paolo Schicchi : Anarchiste individualiste né le 31 août 1865 en Sicile, mort le 12 décembre 1950. Ce publiciste a traversé l’histoire italienne (monarchie, dictature, république) mais aussi les luttes sociales européennes, notamment en Espagne où il soutint l’action des anarcho-communistes internationalistes dans les années 1890. En 1891, à Barcelone, avec Paul Bernard, il dirige le journal Pensée et dynamite, rédigé en espagnol, en italien et en français, et tiré à 4000 exemplaires (voir Myrtille, Les chemins du communisme libertaire, vol I, pp. 124). Il sera comme tant d’autres poursuivi et expulsé par toutes les polices d’Europe.
Voir aussi https://www.puntoeinaudibrescia.it/scheda-libro/nicola-schicchi/paolo-schicchi-storia-di-un-anarchico-siciliano-9788898351558-2445313.html

Sources :
Pour tous les anarchistes italiens cités voir les biographies dans le Dictionnaire des militants anarchistes : http://militants-anarchistes.info/spip.php?article13547
Biblioteca Franco Serantini : https://www.bfscollezionidigitali.org/entita/13710-castellani-dario?i=1
Giorgio Sacchetti, Renicci 1943. Internati anarchici. Storie di vita dal Campo 97, Aracne, 1er janvier 2013, p.103-104
Ilaria Cansella, Francesco Cecchetti, Volontarie antifaiscisit toscani, le biografie, ISGREC, Arcidosso (Grosseto), 2011, p 123.
http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=1122
http://www.toscananovecento.it/eGallery/volontari/view?id=TESEO_417394&tipologia=PER
Volontari antifascisti toscani tra guerrra di spagna ISGREC http://gestionale.isgrec.it/sito_spagna/ita/all_ita_details.asp?offset=90&id=2458
Et un film sur You Tube : https://www.youtube.com/watch?v=q-m7FcXfh4U

Additif sur CASTELLANI Dario.
« Non identifié par nous. N’a pas été dans les Brigades Internationales. Au mois de juillet 1939, l’organisation du Parti du camp de concentration de Gurs indiquait le Castellani Dario comme étant un élément faisant partie de la neuvième compagnie, c’est-à-dire dans la compagnie où se trouvaient des éléments qui en Espagne ont eu un comportement hostile au Gouvernement Républicain ».
Pavanin. 28-2-40

Fosca CORSINOVI : née à Scandicci le 24 septembre 1897. Morte à Florence le 4 janvier 1972.
« Partie en Espagne, où se trouvait son compagnon Dario Castellani avec Francesco Barbieri fin juillet 1936, Fosca Corsinovi travaillait comme infirmière et occupait à Barcelone, 2 Plaza del Angel, à l’angle de la Via Layetana, un appartement qu’elle partageait avec Camillo Berneri, Barbieri, Mastrodicasa, Fantozzi et Tosca Tantini. Le 4 mai 1937, avec Tosca Tantini, elle assistait à l’arrestation de Barbieri et de Berneri. Le 6 mai 1937 elle fit partie du groupe comprenant Canzi, V. Mazzone et Umberto Marzocchi qui alla à l’hôpital Clinico identifier le corps de Barbieri assassiné par les communistes. Elle resta ensuite à Barcelone jusqu’à la retirada de février 1939.
Rentrée en France sous le nom de Marie Thérèse Noblino, elle était arrêtée en septembre ou octobre 1941, et, après identification, condamnée à Draguignan à trois ans de prison. Sa fille Luce et son compagnon Memo seront condamnés eux à une année d’emprisonnement. Tous trois étaient transférés à la prison d’Aix-en-Provence puis internés au camp de Huac. Le 15 octobre 1942, tandis que sa fille parvenait à rester en France, elle était remise aux autorités fascistes italiennes qui la condamnaient à 5 ans d’internement à Tremiti. Libérée en septembre 1943, elle gagnait Florence où elle retrouvait son compagnon Dario Castellani et où leur fille les rejoignait. Après la libération de Florence, Fosca Corsinovi a participé à la réorganisation du mouvement libertaire local. »
Extrait de http://militants-anarchistes.info/spip.php?article969

Les giménologues 17 mai 2021.