Francisco Ferrer, fondateur de l’Ecole Moderne, et sa descendance
Deux articles

Sur ce pédagogue et ses écrits voir notamment ses articles parus dans la Huelga General ici : http://gimenologues.org/spip.php?article866

Dans le cadre d’une notice biographique sur Giuditta Zanella, nous avions déjà parlé du petit-fils du pédagogue : « Quico », membre du Groupe international de la colonne Durruti, mort à Barcelone le 5 mai 1937, assassiné par des nervis communistes :
http://gimenologues.org/spip.php?article377

Notre compagno de Turin Tobia Imperato a rédigé un article sur Quico pour le n° 53 du Bollettino Archivio G. Pinelli que nous reproduisons ci-dessous en français.
Nous recommandons au passage la lecture de ce petit mensuel édité par le Centro studi libertari, que l’on peut trouver en ligne : https://centrostudilibertari.it/bollettini.
L’article de Tobia évoque la mère et les tantes de Quico, et il est vrai que l’histoire des autres membres de cette famille mérite d’être connue, et notamment celle des femmes.

C’est pourquoi nous enchaînerons avec la version traduite en français d’un document intitulé  Saga Ferrer Guardia, publié le 13 juillet 2016 par le collectif Alacant obrer . Il commence ainsi :

"On a beaucoup parlé de la plus jeune fille de Francisco Ferrer Guardia, Sol, qui est devenue sa biographe « officielle », mais pas tant de sa première-née Trinidad et de ses enfants, qui portaient le nom de famille du grand-père. Pour récupérer son épopée familiale, nous avons l’aide d’Eliane Sarasin, petite-fille de Daphnée Creus Ferrer, première fille de Trinidad, et co-auteur de cet article."
https://www.portaloaca.com/historia/biografias/12028-saga-ferrer-guardia.html

Les giménologues, 24 janvier 2021.

Premier texte : "Quico, le petit-fils de Francisco Ferrer", par Tobia Imperato

"Tout, en ce qui me concerne, vient de cette photo [ci-dessous dans le portfolio]. J’avais quinze ans quand en 1969 je découvrais pour la première fois le Cercle anarchiste « Elisée Reclus », situé dans la rue Arsenale, géré par les anciens compagnons turinois. Là, je rencontrai Ilario Margarita qui pendant notre conversation (évidemment c’est lui qui parlait pendant que j’écoutais des histoires exaltées de révoltes et de révolutions) me montrait un portrait accroché au mur en me disant qu’il s’agissait du petit-fils du pédagogue libertaire catalan Francisco Ferrer, et qu’il avait été assassiné en mai 1937 par des communistes à Barcelone. Je rangeai ces données dans le fragile fichier de ma mémoire. Diverses vicissitudes m’amenèrent plus tard à être possession de cette photographie – maintenant déposée aux Archives Pinelli – que je conservai dans mes papiers. Il s’agit de l’agrandissement d’une photo au format carte postale, que je possède toujours.

Près de quarante ans après, en lisant les mémoires d’Antoine Gimenez (alias Bruno Salvadori) dans l’édition française (celle italienne est malheureusement incomplète, privée de l’important appareil de notes compilés par le collectif des Giménologues), j’ai découvert les contours de cette douloureuse histoire en identifiant Yudith, unique témoin de la mort dramatique du jeune Ferrer, elle-même légèrement blessée en cette occasion. Il s’agissait de Giudetta Zanella, compagne d’Ilario Margarita, décédée en 1962, et que je n’ai pas connue*. Il n’est pas question ici de parler d’elle ou de sa vie aventureuse, chose que je me promets de faire dans un futur proche. Je me limite donc pour l’instant à son témoignage sur cette affaire.

Mais d’abord voici quelques notes biographiques sur le jeune Ferrer et sa famille.
Francisco Ferrer y Guardia eut trois filles : Trinidad, dite Trini, née en 188, la fille ainée ; Paz, qui mourra en 1913, quelques années après l’exécution de son père en 1909 ; et Sol, qui deviendra sa biographe**.
Trini épouse en 1901 un instituteur de l’Ecole Moderne, Salvador Creus Garreón. Leur première fille, Daphnée Alba naît la même année. Le couple déménagera en France en 1906 car Salvador doit s’enfuir de Barcelone. Il est recherché après l’attentat manqué contre le roi Alphonse XIII commis par Mateo Morral, un autre collaborateur de l’Ecole Moderne de Ferrer.
En France Trini, séparée de son mari, s’installe à Paris, travaillant comme ouvrière et devenant une militante active du mouvement libertaire et rationaliste de la capitale. Elle vit en union libre avec un anarchiste parisien, et ils auront plusieurs enfants : Lily , née en 1906, Francisco, en 1907, Emilio, en 1909, et la dernière, Francesca. Ils auront tous le patronyme de Ferrer.
Francisco avait donc le nom et prénom de famille de son grand-père, mais il était connu sous le diminutif de Quico. Umberto Marzocchi dans son écrit*** l’évoque sous le nom de Jean Ferrand. C’était une identité adoptée pour s’enrôler dans le Groupe international de la Colonne Durruti (composé principalement de miliciens français comme Mercier Vega - sous le nom à l’époque de Charles Ridel), groupe dont Yudith faisait aussi partie. Son amitié avec Francisco était ancienne. En fait, Ilario et Giuditta furent arrêtés en 1935 à Barcelone, où ils résidaient clandestinement dans la maison même de Quico ; et c’est la raison pour laquelle il dut s’éloigner pendant quelques temps de la capitale catalane. Le jeune Ferrer était rentré en Espagne avec sa mère à la suite de la proclamation de la république en 1931, s’établissant dans le quartier de Gracia et trouvant un travail de menuisier. On suppose qu’il a participé avec son frère Emilio au soulèvement populaire du 19 juillet 1936, avant de partir pour le front d’Aragon.
Sur un site espagnol**** où la vie de la famille de Ferrer est retracée, on lui suppose une adhésion au parti Socialiste (devenu le PSUC après la fusion avec les communistes catalans qui en ont pris le contrôle), et l’enrôlement qui en résulte dans la Colonne Karl Marx, sans toutefois apporter de preuves documentaires à cet égard. Le témoignage direct de Giuditta semble plus convainquant : « Nous sommes partis ensemble avec Durruti en juillet 1936 », même si Gimenez dans ses mémoires fournit une version différente : Quico et Yudith auraient rejoint la Colonne après la bataille de Perdiguera, en octobre 1936, quand le Groupe international aurait été encerclé perdant près de 40 miliciens, morts au combat y compris le légendaire commandant Louis Berthomieu et l’anarchiste français Emile Cottin – auteur de l’attentat manqué contre le président du Conseil français Georges Clémenceau en 1919.

Comment fut assassiné Quico ? laissons la parole à Yudith :
« Il aurait pu demeurer à Barcelone, quand survint la trahison militaro-fasciste. Il souffrait d’une affection cardiaque, et il possédait en outre un certificat d’inaptitude totale au service militaire, à cause d’un accident du travail. Il partit au contraire avec Durruti et demanda à être admis dans le Groupe International d’Assaut, une des formations les plus héroïques. [...] Le 8 avril, il avait participé à l’action dite de l’Ermitage de Santa Quiteria [où il fut gravement blessé, NdA]. Il fut hospitalisé à Barcelone. Vers la fin avril, son état physique s’était amélioré, mais il devait se rendre quasi-journellement à l’hôpital pour suivre son traitement. Le jour du 5 mai, nous sortîmes ensemble. Dans la « calle » Paris, nous tombâmes sur un groupe de soldats, que je suppose communistes. Francisco endossait son uniforme [sic] de milicien et portait le revolver à la ceinture. Il avait avec lui un document qui l’autorisait, en sa qualité de membre du Groupe International d’Assaut, à circuler armé en n’importe quel endroit. Les inconnus, pointant leurs mousquetons, lui intimèrent l’ordre de remettre le revolver. Il refusa. Il protesta avec énergie en affirmant qu’il ne saurait se laisser désarmer, vu que l’arme lui était nécessaire pour lutter contre le fascisme. Il fut l’objet de la brutalité des agresseurs qui, avec des menaces et des insultes de toutes sortes, le forcèrent à présenter ses papiers. Quand Francisco leur montra [sic] la carte de la CNT, une voix hurla : « Tuez-le ! » Il ne lui fut pas accordé le temps de se défendre. Il fut jeté contre un mur, et les bandits, à quelques pas de distance, firent feu simultanément sur lui. […] Transféré à l’hôpital Clínico, son agonie dura 24 heures*****. […] Ils savaient qu’il s’agissait d’un militant de la CNT, d’un volontaire de Durruti. C’était suffisant pour l’assassiner ! ».

L’entretien se conclut avec amertume :
« La monarchie fusilla le père de Trinidad Ferrer. Les assassins de la contre-révolution stalinienne ont tué son fils. Maintenant le gouvernement antifasciste lui refuse le pain******. est pour cela que le peuple d’Espagne a fait une révolution ?".

Notes de Tobia :
*Voir http://gimenologues.org/spip.php?article377
**Sol Ferrer, La vie et l’oeuvre de Francisco Ferrer. Un martyr au XXe siècle. Lib. Fischbacher, Paris, 1962.
***Umberto Marzocchi, Spagna ’36. Tra guerra e rivoluzione, « A rivista anarchica », a. XVI, n. 7 (140), ottobre 1986, Milano.
****https://www.portaloaca.com/historia/biografias/12028-saga-ferrer-guardia.html
*****Lire ici le récit d’Edi Gmür, dans Albert Minnig et Edi Gmür, Pour le bien de la révolution. Deux volontaires suisses miliciens en Espagne 1936-1937, CIRA, Lausanne, 2006 : http://gimenologues.org/spip. php ?article377
******Le ministre de l’Education de la république du front populaire voulut lui refuser la pension à laquelle elle avait droit.

Traduction de Jackie, giménologue

Deuxième texte  : LA SAGA FERRER

A compléter pour les photos avec :
https://alacantobrera.com/2016/07/11/saga-ferrer-ii-lily-ferrer/
https://alacantobrera.com/2016/07/11/quico-ferrer/
Et pour accéder à la version numérique du livre de Sol Ferrer : https://archivesautonomies.org/IMG/pdf/anarchismes/avant-1914/brochures/sol-ferrer.pdf

[La traduction en français a été revue par les giménologues.
Les notes plus brèves des giménologues introduites dans le texte sont entre crochets]

"On a beaucoup parlé de la plus jeune fille de Francisco Ferrer Guardia, Sol, qui est devenue sa biographe « officielle », mais pas tant de sa première-née, Trinidad et de ses enfants, qui portaient le nom de famille du grand-père. Pour récupérer son épopée familiale, nous avons l’aide d’Eliane Sarasin, petite-fille de Daphnée Creus Ferrer, première fille de Trini, et co-auteur de cet article.

TRINI FERRER

La fille de Ferrer, Trini, est une étrangère en Espagne, mais pas de l’autre côté des Pyrénées, où ils savent que c’est elle et ses enfants qui ont le plus lutté pour défendre l’héritage du pédagogue.
Trini, fille aînée de la famille Ferrer-Sanmartí, est née à Barcelone en janvier 1882. Et bien que les données sur ses premières années soient rares, son destin fut depuis le début lié à celui de son père, exilé à Paris depuis 1885. Elle l’y retrouva deux ans plus tard, amenée par sa mère.
« ... chaque dimanche, papa sortait avec moi et avec ma mère, si elle voulait venir ; d’autres fois avec moi seule. C’était un père doux et affectueux, ravi de répondre à toutes mes questions enfantines, et de les évoquer maintes fois. » 1
À partir de ses propres mots, on déduit que ces premières années ont été dures sur le plan économique, mais profitables à la famille qui se regroupe et s’agrandit, et surtout à Ferrer lui-même, qui s’imprègne de connaissances, et commence à concevoir le projet éducatif et social qui verrait le jour des années plus tard, tout en essayant de diffuser ses idées au reste de sa famille. Bien qu’il n’ait réussi que dans le cas de Trini, et en partie de celui de Paz, qui ont été adoptées en juillet 1892 dans la loge Les Vraix experts [sic] [I], à laquelle appartenait leur père. Trini a également accepté d’être mise en pension dans un collège laïc de Montreuil, en périphérie parisienne.
« … D’une manière souriante et facile, que seuls les parents peuvent comprendre, ses répréhensions quand il sentait son devoir de nous corriger, étaient plutôt des leçons que des réprimandes. Il aimait tous ses enfants de la même manière et avec la même gentillesse de cœur… » 2
Se plaçant du côté de leur père, lorsque des problèmes surviennent dans le mariage et que se produit la rupture finale, elles déménagent en Australie – Paz en 1892 et Trini en 1894 – pour s’éloigner de l’influence négative de Teresa. Le frère aîné de Ferrer, Pepet, qui faisait son chemin en tant que fermier expérimenté dans ces terres les accueille chez lui.
« Son frère résidait à Victoria et était responsable de la culture de tomates à Bendigo sur une propriété appartenant à un conseiller de cette ville. Ferrer lui-même était venu en Australie huit à dix ans auparavant. » 3
Trini s’y mariera civilement en 1901 avec l’un des membres de la colonie catalane de White Hills, Salvador Creus Garreón, avec qui elle aura sa première fille, Daphnée Alba, en septembre de cette année-là. Mais bientôt ils allaient tous retourner à Barcelone où l’École Moderne venait juste de commencer, avec Salvador comme employé de bureau et assistant de cette dernière.
Suite aux informations fournies par Eliane, nous confirmons que Salvador et Trini ont traversé les Pyrénées après l’attentat contre le roi Alfonso XIII en mai 1906, où Salvador aurait été impliqué en tant que préparateur de la bombe jetée par Mateo Morral dans la Calle Mayor de Madrid. Les trajectoires de Salvador et Trini se séparèrent à ce moment-là, après avoir laissé la petite Daphnée chez les parents de Salvador, dans un village près de Cadaqués.
« Voir si Salvador Creus Garreon, ancien professeur de l’École Moderne de Barcelone et marié à une fille de Francisco Ferrer est dans cette province […] Ce sujet vécut jusqu’au 9 mai 1910 à Porbau. » 4
On manque de nouvelles données pour clarifier la trajectoire de Salvador, mais on sait que Trini est ensuite retournée dans le Paris prolétarien, où elle a travailla comme opératrice dans une biscuiterie. Elle s’unit librement à Emile Coty - ou Cottin -, et de la relation seraient nés Lily en 1906 [II] Quico en 1907, et Emilio en 1909, qui porteront le nom de famille Ferrer.
« ... en revanche, les tribunaux français se sont opposé au fait que l’épouse et la fille de Ferrer soient inculpées et jugées... » 5
Trini, enceinte d’Emilio, a vu son père pour la dernière fois en mai 1909 lorsqu’elle est arrivée à Paris en route pour Londres, et sa vie, comme celle du reste de la famille, sera radicalement marquée par l’emprisonnement et l’exécution immédiate de son père. Pour agraver la douleur de ses filles, les autorités espagnoles leur refusèrent l’autorisation de se rendre à Barcelone, et de visiter sa tombe à Montjuich.
« Condamnant l’assassinat de Francisco Ferrer, les Italiens de Baltimore protestent et jurent qu’à la logique de la réaction on répondra par la logique de la révolution. Un télégramme fut envoyé au camarade Malato et un autre à la fille de Ferrer. » 6
Après ce choc, Trini fit preuve de courage et de fermeté de convictions en donnant le nom de son père à son fils nouveau-né [III], en renonçant à la nationalité espagnole, et en collaborant avec Malato et d’autres dans la lutte pour la restauration de la dignité et des droits de son père. Elle lança un recours contre la saisie judiciaire des biens de la maison d’édition Escuela Moderna, et fit acte de présence lors de diverses manifestations publiques organisées en sa mémoire.
« Ayez le courage de poursuivre l’œuvre de l’École Moderne, fondée par votre père, qui ne pensait qu’au travail pour l’humanité. Vous pouvez être très fière de l’exemple qu’il a donné avec sa mort sublime. » 7
Au printemps 1910, suivant les conseils et les encouragements de la veuve de Zola et d’autres amis, Trini reprendra ses liens avec des structures liées à son père, comme la Fédération nationale des libres-penseurs. Et après avoir remporté le procès contre les auteurs de certaines affiches apparues dans les rues de diverses villes pour diffamer son père, elle fit don de l’argent de l’indemnisation à Charles Albert et à La Ligue d’Éducation Rationnelle de l’Enfance [fondée en Belgique].
« Le conseil central de la Fédération française de la Libre-Pensée s’associe aux protestations des libres penseurs internationaux en faveur du citoyen Ferrer ... » 8
Mais les choses commencèrent bientôt à mal tourner, et au deuil s’ajouta l’amertume de voir comment, aussi en France, les anarchistes et les républicains se disputaient pour être les exécuteurs testamentaires de Ferrer. De vraies échauffourées se produisirent comme celle de Paris commémorant le premier anniversaire de son exécution, ou celle qui eut lieu deux ans plus tard :
« Une bagarre a immédiatement éclaté dans la salle entre de jeunes gardes et des anarchistes ou des syndicalistes révolutionnaires. On échangea des coups tandis que, depuis le podium, Mlle Trinidad Ferrer reprochait vivement à M. Philippon d’avoir causé l’incident. » 9
En plus de tout cela, il fallait élever les petits, grâce à la solidarité des amis de son père, par exemple la Ligue belge des droits de l’homme, tout en rejetant l’aide financière de la mairie de Paris qui – devant les manifestations massives de soutien populaire – offrit de payer l’éducation de ses enfants.
« Pour moi, ajoute Trinidad Ferrer, je savais toujours quoi faire. Mais j’ai ces petits, ces deux petits qui ont tant besoin de celui qu’ils ont voulu leur voler ! … Je ne peux pas mendier, je ne sais pas le faire ... Et comme si la disparition de mon père ne suffisait pas, leur innocence à eux ne serait pas prise en compte ? » 10
Les choses n’étaient déjà pas faciles du tout en ces années-là, quand s’ajouta le coup dur de voir sa sœur Paz mourir au milieu de l’année 1913.
Femme de tempérament mais de santé fragile, Paz s’était peu à peu éloignée des idées de son père. Elle travaillait comme auteur-compositeur dans le monde du théâtre depuis 1907, plus ou moins depuis qu’elle s’était séparée de l’écrivain Jaume Brossa.
Elle quitta Paris pour s’éloigner de toute l’agitation engendrée par l’exécution de son père, et surtout pour se remettre d’une pneumonie qui menaçait de devenir chronique, et qui causera sa mort quelques années plus tard. La visite en France en 1913 d’Alfonso XIII, responsable direct de la mort de son père, dont le passage par Samois, dans la forêt de Fontainebleau, la contraignit à quitter la ville pour des raisons de sécurité, précipita sa mort.
« Ils ne se souciaient peu que Mlle Ferrer n’ait jamais professé les idées pour lesquelles on fusilla son père, ils leur importait peu qu’elle fût déjà touchée par la main de la mort ... » 11
Si, à ce qui précède nous ajoutons la naissance de Francesca Juana et la débâcle de la Grande Guerre, nous comprendrons pourquoi Trini se retira de toute activité publique à ce moment-là, et que les historiens perdent dès lors sa trace. Pour autant, comme nous le verrons plus loin, elle reprendra son militantisme au milieu des années 20, en relation avec le groupe [Emile] Littré, organisation rattachée à la Fédération nationale des libres-penseurs, qui entamait une nouvelle étape en 1921, également réceptive aux influences du mouvement libertaire.
« Indépendante de tout parti, la Libre-Pensée fait appel à tous les hommes du progrès sans exception : républicains, radicaux, socialistes, communistes, libertaires ... » 12

LILY FERRER

Lily Ferrer-Guardia, militante anarchiste et libre-penseure, est apparue publiquement au milieu des années 1920, accompagnant puis remplaçant sa mère dans la défense de l’œuvre de Ferrer en France. Elle fit une première apparition en octobre 1924, lors de l’événement organisé par le groupe Littré sur la vie consacrée à l’œuvre de son grand-père. Elle rappela qu’Unamuno avait justifié son exécution par ces mots :
« ... sans que je ne me prononce sur l’innocence ou la culpabilité de Ferrer – bien que j’aie tendance à croire en cette dernière - je dois dire qu’il est ridicule de vouloir faire de lui rien de moins qu’un génie. Il était dans la vie un homme obscur, d’une intelligence médiocre, un ouvrier et un fanatique… ». 13
Peu de temps après, on retrouve la jeune Lily participant au Congrès de l’Union Anarchiste [UA] célébré à Paris en novembre 1924, organisation anarchiste créée en 1919 face à l’émergence du bolchevisme dans les milieux syndicaux français. Un an plus tard, elle assistait à la même manifestation à Pantin, toujours en tant que membre du comité de propagande et rédactrice du Libertaire.
« … L’ingérence de la politique du Parti Communiste dans l’organisation économique des travailleurs est un danger malheureusement trop réel pour être nié. Les principes mêmes du syndicalisme risquent de tomber sous les coups répétés des hommes politiques du Parti Communiste Français et de l’Internationale Communiste. » 14
Lily rencontra sans doute alors Henry Georges Delecourt, un vétéran de la Grande Guerre et l’un des militants anarchistes les plus éminents, qui avait été secrétaire de l’UA depuis 1920, puis administrateur du Libertaire depuis décembre 1924, à l’époque où le porte-parole de l’anarchisme parisien vivait sa dernière étape en tant que journal. Il lançait de puissantes campagnes d’agitation pour la défense des révolutionnaires persécutés, consacrant un grand effort pour unir les différentes tendances de l’anarchisme français : anarcho-syndicalistes, individualistes et communistes libertaires.
« C’est Henri Delecourt, leader des anarchistes de Paris, qui prit la parole : “Nous prévenons les Américains que des choses très sérieuses vont arriver si nos camarades Sacco et Vanzetti sont exécutés [...] Partout, les anarchistes sont très agités. Ils sont prêts à utiliser des méthodes expéditifs”. » 15
Solidaire des anarchistes persécutés dans d’autres pays, ou des réfugiés en France, Delecourt contribua à la campagne de protestation contre le jugement et le meurtre de Sacco et Vanzetti. Puis nous les retrouvons, Lily et lui, engagés dans la campagne de soutien aux Espagnols Durruti, Ascaso et Jover, signant avec Sébastien Faure et d’autres un manifeste sur l’acceptation conditionnelle de l’illégalisme, publié au printemps 1926 par le Comité International de défense anarchiste :
« Nous approuvons l’illégalisme pratiqué par certains individus qui, de leur propre initiative, commettent de tels actes à des fins de propagande. […] et après avoir procédé à ce que nous appelons l’expropriation individuelle – prélude à l’expropriation collective – ils consacrent les bénéfices de leurs actions à la propagande. » 16
Tout cela avant de déménager au printemps en Seine-et-Oise, où devait naître leur fils, Georges, rejoignant la fille que Lily avait déjà.
Les nouvelles sur la situation en Espagne arrivèrent rapidement en France. Trini était au courant avant même de prendre la décision de rentrer à Barcelone, comme en témoigne la lettre ouverte envoyée à la presse péninsulaire en décembre 1930, adressée à un éminent militaire républicain – ce qui indique qu’elle était liée aux conspirations à l’œuvre à la fin de la dictature, où la Confédération nationale du travail (CNT) était également impliquée :
« Mon père est mort, l’âme sereine imprégnée du bel idéal que vous essayez d’atteindre. Je savais qu’un jour ou l’autre l’Espagne, volontairement maintenue dans un état de semi-barbarie, se lèverait pour le progrès. » 17
Revenue dans la péninsule au moment même de la proclamation de la Seconde République, Trini sera nommée professeur de français à l’Université Industrielle de Barcelone, se consacrant au transfert de la « marque » ferreriste dans le projet éducatif laïc républicain espagnol, mais aussi à la cause anarchiste.
« Les libres penseurs de la région parisienne s’étonnent que dans les informations de Madrid et de Barcelone, il n’y ait aucune allusion à Francisco Ferrer [...]. Les libres penseurs aspirent à une mesure identique à celle adoptée pour les héros de Jaca en mémoire du plus grand apôtre de la vérité et de l’émancipation humaine. » 18
Trini se dévoue corps et âme dans ces premiers mois, après trente ans d’exil volontaire, et se lance immédiatement dans une tournée libertaire revendiquant la figure de son père. Elle préside même en juin avec Max Nettlau la réunion d’ouverture du congrès AIT à Barcelone.
« ... le récit populaire assure que quelques jours après la restauration de la République espagnole, une jeune femme est arrivée au château de Montjuich, disant qu’elle était la fille de Francisco Ferrer. Elle portait une gerbe de fleurs et a demandé l’autorisation de la placer sur le terrain où son père est tombé, sous les balles du peloton d’exécution. » 19
C’est dans le même état d’esprit qu’on la retrouve le 20 septembre au palais des Projections de Barcelone, à la tête du premier des nombreux hommages officiels qui seront rendus à son père, un acte auquel elle assiste avec ses enfants Quico, [Lily] et Francesca (?) que nous voyons dans la photo ci-jointe.
« Penser à cette chère fille, qui fut de manière enthousiaste applaudie par les foules rassemblées, est chose très amère, et il est assez difficile d’écrire sur elle. Les gens se laissent parfois en certaines occasions entièrement gagner par l’enthousiasme et la spiritualité, invitant et félicitant sans relâche mais sans considérer ni penser aux conditions matérielles. » 20
Loin de rester sur le piédestal symbolique où on veut la placer, ou d’être impressionnée par ceux qui la critiquent d’avoir accepté de participer à des actes public avec divers politiciens, elle s’impliqua à fond dans la situation. Elle était l’une des rares personnes autorisées à être présentes sur le quai de Barcelone en février 1932, lorsque le bateau Buenos Aires partit pour la Guinée avec plus d’une centaine d’anarchistes et de syndicalistes déportés par les autorités. Et à la fin de cette même année, elle était présente lors de l’exhumation de la dépouille de son père, transférée dans une tombe autorisée par la mairie du cimetière de Montjuich, où l’on évita les discours, et où seule Trini lut quelques pages.
« ... évoquant le souvenir de son père Ferrer y Guardia et exigeant que les personnes présentes se souviennent de ses enseignements, afin qu’en avançant toujours sur la voie du progrès, d’autres Ferrers, défenseurs des grands idéaux de liberté, ne puissent être sacrifiés. » 21
En plus de revendiquer la figure de son père, Trini transféra son militantisme laïque et libre-penseur en Espagne, étant membre de l’Association des Professeurs Laïcs Historiens de Catalogne, qui participa à l’initiative législative pour restaurer les droits de ces enseignants, et en figurant parmi les organisateurs du Congrès international des Libres penseurs, qui se tint à Barcelone en juin 1934.
« Mercredi, à cinq heures de l’après-midi, les membres du Congrès assisteront à la pose de la première pierre du monument dédié à Francisco Ferrer y Guardia, qui sera érigé sur le Paseo del Puerto Franco, à l’entrée du groupe de maisons bon marché qui porte le nom de Francisco Ferrer. » 22
1935 fut une année difficile pour la famille de Trini, car les difficultés financières qu’elle traversait s’aggravaient du fait que Francesca – qui semble résider à Valence à la mi-juin de cette année-là – fut arrêtée, accusée d’être la compagne d’un anarchiste expropriateur de banques, que la presse nomme Almaraz, dont nous ne savons rien. Trini vint à son aide.
« En suivant avec attention et clairvoyance constantes l’aspect et le caractère des événements, nous avons progressivement acquis la conviction que ce n’est pas seulement le sort immédiat de l’Espagne ouvrière et paysanne qui va se décider, mais aussi à court terme, le destin des opprimés et exploités du monde. » 23
On peut se faire une idée du degré d’implication de la famille Ferrer dans la situation de la péninsule depuis le 19 juillet [1936], avec l’anecdote suivante : beaucoup des premiers volontaires internationaux, arrivés à la frontière espagnole, et ne connaissant pas l’espagnol, savaient seulement dire… Francisco Ferrer. Mais cela n’était pas qu’une anecdote, puisque nous pouvons confirmer l’existence d’une relation directe entre la famille Ferrer et les miliciens français et ceux d’autres pays, récemment arrivés en Espagne. Ils ont probablement été redirigés vers le bureau ouvert par la section française de la CNT à Barcelone depuis fin juillet :
« ... Les compagnons libertaires connus, ou qui avaient des relations, avaient la filière Montgon Pour en bénéficier, il fallait avoir des relations individuelles, amicales, fraternelles ou des lettres de recommandation. Moi-même, j’ai rencontré chez Montgon un copain italien qui allait retrouver la hija – la fille – de Francisco Ferrer, qui habitait, je m’en souviens encore, calle de la Aviación, à Barcelone. » 24 [IV]

Un témoignage quelque peu confus [N des G : en quoi serait-il confus ?] laissé par communiste français et plus tard milicien anarchiste Georges Navel, rappelle son bref passage dans la colonne Ascaso. Bien qu’il ait fourni l’adresse exacte de la fille de Ferrer rue Aviación, dans le quartier de Les Corts [N des G : qui serait en réalité l’adresse de Sol Ferrer], nous pensons qu’il faisait référence à Trini, puisque Quico était un ami de María Ascaso. En outre l’anarchiste Louis Montgon avait été un propagandiste de premier plan de l’UA depuis les années 1920, et il coordonnait le flux d’aide à la révolution espagnole depuis Perpignan. [V] 25
Une preuve supplémentaire des liens entre le Groupe International de la Colonne Durruti (GI) et le mouvement anarchiste français réside dans le fait que le groupe Sébastien Faure, formé à la mi-août par des miliciens français, fut organisé en même temps que le GI lui-même. Soulignons le rôle assumé par d’anciens membres de l’UA comme Lily elle-même, venue sur le front d’Aragon en tant que milicienne sanitaire – bien qu’à la fin du mois d’août, elle décidait de retourner à Barcelone, où elle continua les mois suivants à travailler comme infirmière.
« Dans un ancien monastère près de Barcelone, actuellement transformé en crèche, se trouve la petite-fille de Francisco Ferrer [...] Cette femme est revenue du front de Saragosse car elle n’a pu supporter les scènes atroces qui se produisent chaque jour dans le camp des rebelles qui maltraitent la population civile. Elle assure actuellement les fonctions d’infirmière. » 26
Ses paroles étaient prémonitoires, car quelques semaines plus tard, le 16 octobre, la socialiste allemande Augusta Marx (a) Trude, et probablement la française Suzanne Hans miliciennes infirmières du GI qui avaient été encerclées dans l’action de Perdiguera, seraient capturées et fusillées. Tombèrent également le lendemain les miliciennes Juliette Baudard, Eugénie Casteu et Georgette Kokoczinski, toutes françaises. [VI]
« Six femmes s’occupaient de l’infirmerie et de la cuisine : Marthe, Madeleine, Simone, Augusta, Mimosa et Rosalia. […] À l’exception de Simone Weil qui est revenue en France, tous les autres sont restés en Espagne pour toujours : Marthe, Mimosa et Augusta sont tombées à Perdiguera. »27
Ce que vécut Lily et qui l’amena à quitter le front, on peut l’évoquer à travers une autre milicienne sanitaire du GI, sa compatriote et camarade Simone Weil, une pacifiste convaincue, communiste de la CGT [VII] et sympathisante anarchiste, qui a quitté le front à fin août après un petit accident. Elle fut également fortement choquée par ce qu’elle avait vécu au front.
« Je n’ai plus ressenti le besoin intérieur de participer à une guerre qui n’était plus, comme cela m’avait semblé au début, une guerre de paysans affamés contre des propriétaires terriens et un clergé complice des propriétaires, mais une guerre entre la Russie, l’Allemagne et l’Italie. » 28
Lily, disparaît à ce moment-là et ne réapparaîtrait que dans une conférence à la mémoire de son grand-père ; mais on sait qu’elle est revenue en France comme sa mère, sa sœur Francesca et son frère Emilio, sûrement choquée par tout ce qui se perdit dans la guerre. Mais on ne peut que confirmer qu’elle eut une fin malheureuse après la rupture brutale avec son compagnon Delecourt, et qu’elle mourut à une date inconnue à l’hôpital psychiatrique de Clermont (Oise) 29.
Sans doute intervint de manière décisive la fin tragique de son frère Quico, que nous allons raconter. Un autre coup dur pour elle et sa famille, et une leçon à tirer sur ce qui s’est passé pendant la révolution espagnole.

QUICO FERRER

Le moment est venu de parler de Quico Ferrer, que tout le monde surnommait Quico, comme son grand-père, et avec qui il avait tant de choses en commun. Par exemple tous deux sont morts des suites des soubresauts enragés de la contre-révolution.
Il était revenu dans la péninsule avec sa mère juste après la proclamation de la République, et il travaillait comme menuisier à l’Université Industrielle de Barcelone, tout en maintenant son militantisme en arrière-plan. Mais lui et sa compagne durent quitter la ville dans la seconde moitié de l’année 1934, et se diriger vers le nord, après l’arrestation de ses amis, les révolutionnaires italiens Giuditta Zanella et Ilario Margarita, accueillis dans sa maison du quartier de Gracia – rue Galileo, 104 – pendant deux ans.
« Il était comme le grand-père, bon et généreux. Francisco est né à Paris en 1909. Avec la chute de la monarchie des Bourbons, il arriva rapidement en Espagne. Il voyait l’aube de la Révolution Sociale… Il était à Barcelone lorsque la trahison militaro-fasciste se produisit. » 30
De retour à Barcelone avec son frère Emilio avant le 19 juillet, il est fort probable qu’ils aient combattu le fascisme sur les barricades de la ville et que, comme tant d’autres volontaires internationaux, ils soient allés au front à différentes occasions, et se soient enrôlés dans différentes unités de la milice.
Bien que cela puisse encore paraître étrange à certains, il est confirmé qu’en dépit de ses liens avec les milieux anarchistes, Quico s’affilia à un parti nouvellement créé, le Partit dels Socialistes Unificats de Catalunya (PSUC) [N des G : Source ?].
Il est logique de penser qu’il aurait ensuite rejoint les milices de cette organisation, qui formeront plus tard la colonne Carlos Marx. Cela serait confirmé par ceux qui situent Quico dans la colonne Ascaso, appelée la Colonne Nord d’Aragon [?], où était intégrée la colonne Carlos Marx – toutes luttant sur le front de Huesca de manière plus ou plus ou moins unie.
« Ce soir, ils se sont battus dur dans la Sierra de Alcubierre et dans l’ermitage. [...] Cette victoire a été rendue possible par la fusion du Carlos Marx et du Commandement de la division Ascaso. » 31 [VIII]
Bien que l’on ne puisse exclure que Quico et Emilio, en raison de leur affiliation politique et de leur proximité avec les Ascaso, que nous avons décrite précédemment, aient d’abord rejoint la colonne Norte de Aragón, il semble plausible que la maladie cardiaque, dont Francisco souffrait à la suite d’un ancien accident du travail, lui donnait droit à une carte d’invalidité militaire, et à être affecté après son enrôlement dans les services auxiliaires d’arrière-garde de l’Université Industrielle. Mais cela contraria Quico, et tout indique qu’il décida de rejoindre la colonne Durruti (CD) avec sa sœur [N des G : Lily ?] en ce même mois d’août, intégrant les ateliers mobiles d’El Frente, le bulletin de guerre de la CD apparu à la mi-août et édité dans un bus. On le voit sur la photo ci-jointe, où figure un homme ayant une grande ressemblance physique avec Quico, portant une chemise et un brassard – rouge ? – d’ailleurs courant chez les communistes et les socialistes.
« Plus tard, j’ai découvert que des communistes étaient infiltrés dans la Division [la 26ème], et qu’ils arrivaient presque à la direction du journal de la division, El Frente. » 32
Que Quico soit ou non sur la photo, et l’un de ceux qui ont donné lieu au commentaire précédent, nous confirmons qu’il n’était pas le seul marxiste non aligné dans le GI. Mais pour le moment nous nous contentons d’avancer que Quico semble faire partie de cette unité sous le nom de Jean Ferrand – et son frère sous le nom d’Emile Ferrero [N des G : Source ?] ; et que lui au moins rejoignit – à nouveau – la CD. Il partit pour le front d’Aragon fin octobre ou début novembre, accompagnant cette fois l’anarchiste italien du GI Bruno Salvadori, alias Antoine Giménez, qui affirma l’avoir connu à Barcelone, où il était en permission quelques jours après le désastre de Perdiguera :
« Après une courte visite au syndicat, Lorenzo m’a emmené avec des amis où j’ai rencontré Francisco et Emilio Ferrer, petits-enfants du fondateur de l’école moderne. [..] Francisco a décidé de venir avec nous en Aragon. » 33 [IX]
Au cours de cette nouvelle étape de Quico au front, le GI n’a pas participé à de grandes batailles, mais s’impliqua dans l’activité collectivisatrice des villages de l’arrière aragonais. Mais on sait qu’il avait été élu délégué du GI basé à Velilla de Ebro, charge depuis laquelle il vivra le processus de militarisation de la colonne – convertie en 26ème Division – tout au long du printemps 1937, comme il l’a lui-même déclaré à un magazine anarchiste bien connu en janvier 1937 :
« Au moment de se quitter l’un des camarades, délégué du Groupe et petit-fils, soit dit en passant, de Ferrer y Guardia, nous dit : “Notez dans votre rapport que notre seul souhait est de prendre part à de nouvelles et rapides attaques.” » 34 [IX]
Quelques semaines après la publication de l’entretien, Quico sera gravement blessé lors de l’échec de la prise de l’Ermita de Santa Quiteria, dans les premiers jours d’avril. Quico n’aurait pas dû être là, mais l’urgence de la situation avait contraint tous les hommes disponibles à prendre le fusil et à se battre pour défendre cette position clé pour avancer sur Saragosse. Concrètement, ils intervinrent en soutien à la division Carlos Marx [X], qui l’avait prise à feu et à sang quelques jours auparavant, et était au bout du rouleau en attendant une couverture aérienne qui ne vint jamais ; tout cela se termina par de graves pertes humaines et logistiques :
« Jour 17, samedi [...] On dit maintenant que la colonne Ascaso est celle qui a perdu le plus d’hommes dans l’attaque de l’ermitage et que la trahison a eu lieu à l’aérodrome de Sariñena [...]. Ils disent que devant l’ermitage, il y a encore des compagnons blessés abandonnés, dans une agonie monstrueuse, qui crient désespérément pour être sauvés. » 35
Quico fut hospitalisé à Barcelone ; tout le GI s’y retrouva en phase de réorganisation après avoir été, une nouvelle fois, décimé à Santa Quiteria. Les affrontements de mai survinrent alors, et son double militantisme donnera du sens aux paroles qu’il prononça le jour de son meurtre à Barcelone le 4 mai (ou selon d’autres le 5), sans doute en refusant de rendre son pistolet, ou peut-être en montrant sa carte de la CNT [N des G : pourquoi n’aurait-il pas montré sa carte de l’UGT puisqu’il était sensé l’avoir ?] Il fut intercepté, attaqué et abattu dans la rue de Paris par une patrouille de gardes armés, portant des brassards du PSUC :
« Vous avez tué l’un des vôtres ; je suis en convalescence pour les blessures reçues sur le front d’Aragon, devant l’ermitage de Santa Quiteria. Je suis le petit-fils de Ferrer y Guardia. » 36
Grièvement blessé par de multiples impacts de balles, Quico fut transféré à l’Hôpital Clínico où il mourut après 24 heures d’agonie. Diverses sources soulignent que sa mort ne fut pas le résultat d’un acte fortuit, suite à la tension qui régnait dans les rues de Barcelone. Il fut assassiné par des éléments du GPU stalinien, les mêmes qui liquidèrent le mardi 4 mai l’un des principaux dirigeants de la colonne Ascaso jusqu’à sa militarisation en mars, Domingo Ascaso, qui défendait un hôtel de la Vía Durruti face aux gardes d’assaut. [ N des G : sans oublier le 5 mai l’assassinat de Berneri et Barbieri]
« Il n’a pas été difficile d’identifier le mouvement politique auquel appartenaient les auteurs de ces actes, puisqu’il s’agissait des mêmes qui avaient tué Domingo Ascaso, Jean Ferrand (petit-fils de Francisco Ferrer), le secrétaire du POUM Andreu Nin, le révolutionnaire autrichien Kurt Landau, Marc Rhein et Hans Beimler. » 37
Comme d’habitude dans ce genre de situation, on censura les faits. Il fut difficile de trouver la moindre mention spécifique dans la presse de l’époque, même de l’enterrement de Quico qui eut lieu le 7. Seule une note officielle fit référence aux militants de l’UGT et du PSUC tués et blessés dans les jours de mai, avec une mention de remerciement :
« La famille de Francisco Ferrer est reconnaissante envers ses collègues et amis qui ont assisté aux funérailles du petit-fils de Francisco Ferrer y Guardia. » 38
Ayant confirmé [N des G : ce n’est qu’une hypothèse] le double militantisme de Quico, il faut ajouter qu’il ne devait pas être une exception parmi ... ceux au bonnet noir, comme on appellait les membres du GI, puisque de nombreux révolutionnaires de toutes nuances et de tous lieux étaient attirés par le magnétisme et l’audace de Durruti, popularisée par les campagnes qui, depuis la France, avaient exigé sa libération dans la décennie précédente.
Comme nous avons pu le voir jusqu’à présent, loin d’être une unité exclusivement anarchiste, une certaine diversité idéologique se remarque dans le GI, ainsi que dans les autres bataillons d’étrangers des différentes milices anarchistes. On peut le vérifier avec le drapeau du GI lui-même que nous voyons dans l’image, et avec celui du groupe Rakosy composé de combattants volontaires hongrois enrôlés dans la colonne de fer, par exemple : [Cf. https://es.wikipedia.org/wiki/Columna_de_Hierro]
« Farlete, 30 octobre 1936. Je vous écris pour vous dire que nous sommes une dizaine de collègues CGTSR dans le Groupe international, et que nous sommes actuellement 52 de toute la France. » 39 [XI]
Nous pouvons illustrer la chose avec la personne qui a été témoin, et a dénoncé publiquement le meurtre de Quico, Giuditta Zanella. Elle a commencé comme socialiste et a fini par militer dans les rangs libertaires. Ou encore avec l’intellectuel communiste [N des G : source de cette supposée affiliation au PC ?] allemand Carl Einstein qui, à plus de 50 ans, est venu en Espagne, s’est enrôlé dans le GI et a été blessé au combat à l’automne de 1936. Un autre cas similaire avec Edi Gmür, un sympathisant communiste suisse, venu dans la péninsule à la Noël 1936 et enrôlé dans la centurie allemande du GI.
« ... il a été abattu par la Garde, parce qu’il ne s’est pas laissé désarmer. Il était encore blessé depuis Santa Quiteria. C’était un bon camarade. » 40
En plus de sa famille bien sûr, on peut dire que les miliciens étrangers qui avaient combattu à ses côtés – comme les membres du GI qui assistèrent à ses funérailles – furent ceux qui se chargèrent de préserver la mémoire de Quico. Et aussi les vieux anarchistes de Turin, survivants de la guerre d’Espagne, qui pendant des années affichèrent un grand portrait de Quico dans leur local, selon l’anarchiste italien Tobia Imperato.
« Nous avons quitté la caserne en direction de l’hôpital, pour rendre les derniers honneurs au général Francisco Ferrer. [...] Nous avons accompagné le corbillard au cimetière. Dix-huit autres voitures nous ont dépassés, au trot, sans compagnie ni couronnes. Victimes anonymes de la Révolution. » 41
Il est clair qu’à partir de ce même 7 mai, allaient commencer les arrestations des incontrôlés du GI, et que cela annonçait la fin de cette unité, dont les restes, d’abord rebaptisés sous le nom de bataillon international, seront réincorporés au front début juin, pour se voir définitivement dissous le 22 juillet, après avoir refusé de se battre faute d’armes et de nourriture. Une partie d’entre eux intégra la 26 Division, d’autres rentrèrent chez eux, non sans épargner leurs critiques du collaborationnisme de la CNT-FAI.
« Les événements tragiques du 3 mai et des jours suivants ont semé la douleur dans nos rangs. Le petit-fils de Ferrer, Francisco Ferrer, le petit Quico comme ses proches l’appelaient familièrement, a été tué lors du coup d’État stalino-bourgeois. » 42
Début juillet, la presse se fit l’écho de la voix de Trini qui rappelait à la Generalitat qu’elle devait des mensualités à son fils. Et dans une lettre ouverte au ministre de l’Instruction publique, elle exigeait que toutes les veuves ou orphelins d’enseignants laïcs, comme elle, soient inclus dans la liste définitive des Maîtres, formulant cette perle :
« Il serait excessif de vous demander un universalisme de la connaissance qui vous permettrait d’embrasser en même temps l’Histoire de l’Espagne et l’intérêt que vous avez tenu à manifester pour l’Histoire de la Russie – tendance bien marquée de certains Espagnols spécialisés dans une certaine politique. » 43
Surmontant une maladie grave quelle traînait déjà à l’époque et qui la força à déménager à Valence, et surtout la douleur de voir mourir son fils, abattu par les mêmes balles de la réaction qui avaient tué son père, Trini aura encore la force de reprendre son activisme dans les derniers mois de la guerre, au moins en tant que présidente de la section féminine de l’Athénée républicain de Gracia en août 1938.
« Et ils ont également assassiné le neveu [sic] de Francisco Ferrer, qui était revenu du front, blessé, peu de temps auparavant. Il marchait toujours avec une béquille et accompagnait sa mère dans la rue quand il a été abattu sous ses yeux par des voyous abjects. » 44
Connaissant la participation à la révolution espagnole des petits-enfants de l’emblématique pédagogue, en tant que miliciens anarchistes et, dans le cas de Quico, également en tant que militant communiste, nous constatons que, à l’instar de son grand-père, il était difficile de le situer politiquement. Cette position typique des libre-penseurs se révéla trop provocante pour les mentalités de l’époque ; elle fut donc éliminée en ces journées de mai comme tant d’autres, qui sont devenues dérangeantes pour certains locaux et certains étrangers.

LE REGARD DE CASANDRA

Avec ces courts articles sur la branche française de la famille Ferrer, nous avons voulu porter notre attention sur Trini Ferrer et ses enfants, fidèles représentants de la saga, non seulement en partageant les idées du fondateur, mais aussi du fait de certains traits physionomiques. La branche maternelle des Ferrer-Guardia était grande, gracieuse et avec de grands yeux noirs, capable de donner de la tendresse même entourée des plus grands malheurs ; elle avait un regard métallique et triste héritée du grand-père – ce visionnaire qui comprit l’importance de l’éducation du peuple.
« La tragédie de cette femme – observe notre interlocuteur – est des plus émouvantes. La monarchie des Bourbons a tué son père. Et les voleurs rouges de la contre-révolution ont fusillé son fils. » 45
Son épopée familiale nous ramène au mythe de Cassandre, sœur des hommes et capable d’affronter les dieux, une femme douée de la clairvoyance nécessaire pour se rendre compte de l’importance de l’œuvre réalisée par son père, mais condamnée à ce que personne ne la comprenne.
Une malédiction – d’autres diront la poisse – à laquelle ni elle ni ses enfants n’ont pu échapper, la poursuivra non seulement parce que son message n’a jamais été compris, mais parce que, malgré sa lutte inlassable contre l’oubli et l’indifférence, son effort a été ignoré par l’historiographie. Ce qu’il reste aujourd’hui concerne la plus petite de la saga, Sol-María-Ángela-Hipatia, qui avait aussi ces yeux grands et profonds, et qui est considérée comme la chroniqueuse officielle de la famille Ferrer pour avoir publié deux essais sur son père.
« .. Surtout de la dame, qui est une pimpante Espagnole transplantée ici, et qui dans ce petit paradis a imposé ses goûts ; et […] y a une belle fille de 17 ans qui sourit toujours avec ses lèvres rouges et ses yeux noirs, grand comme le cœur qui les anime. » 46
Il semble donc clair qu’à la mort de leur sœur Paz en 1913, la relation incertaine entre Sol et Trini, – qui se sont peut-être vues à Paris au début des années 1920, après le retour de Russie de la première, via l’Allemagne – expliquerait bien des choses sur la manière dont Sol aborda l’étude de l’œuvre et la pensée de son père.
Cependant, s’il y eut ces retrouvailles à Paris, elles durent être ponctuelles puisque Sol et sa fille unique Olga retourneraient en Espagne, plus précisément à Valence, en 1924, après avoir contracté un second mariage avec un prestigieux médecin socialiste valencien, Rafael Vilar Fiol. Il est probable qu’elles se sont revues après la rupture de ce mariage, quand Sol déménagea en Catalogne en 1933 ; elle valida ses diplômes à Barcelone et commença à travailler comme professeur de français à l’Institut Mataró.
« Sol et Trinidad Ferrer, la dernière déjà décédée. La première, auteur d’une excellente biographie de Ferrer, la seconde, adepte dans la vie des idées de son père. » 47
Bien qu’il soit possible que Trini ait aidé sa sœur à déménager en Catalogne et à obtenir un emploi d’enseignante, nous sommes enclins à penser qu’il n’y avait pas beaucoup de relations entre elles, principalement parce que Sol n’a jamais été nommée en compagnie de sa sœur aînée dans les conférences que Trini et ses enfants ont présidé. Mais nous ne pouvons pas exclure d’autres contacts, bien que la participation de Sol à la révolution espagnole se soit limitée à un seul acte de présence, accompagnant Sebastián Faure lors d’une visite sur le front d’Aragon, à Bujaraloz, à la mi-septembre 1936, au moment de la création de la centurie Sebastien-Faure de la colonne Durruti. Dans plusieurs photographies de la presse de l’époque, apparaît également sa fille Olga avec son compagnon, un aviateur français.
« Sol Ferrer vivait avec sa fille et son gendre. Cet homme était un aviateur, et il vint à Barcelone avec l’intention de participer à la lutte que nous avons menée contre le fascisme. Comme il était français, il avait des difficultés avec la langue. [...] Enfin, son gendre a pu entrer dans l’aviation. » 48
Cependant, malgré ces témoignages graphiques, il n’y a pas d’autres données qui indiquent plus d’implication de leur part, comme le suggère Sara Berenguer, qui les a rencontrés à Barcelone dans les premiers mois de la révolution, affirmant qu’ils vivaient dans le quartier de Les Corts, et que Sol se borna à donner des cours de français chez elle à quelques compagne :
" ... Je pense que c’était tout le revenu qu’ils avaient. Ils ont vécu de très mauvais moments sur le plan financier. Sa fille était à un stade de grossesse assez avancé, ce qui ne lui permettait pas non plus de travailler. » 49
Pour continuer sur les rencontres et les désaccords entre les deux branches d’une même famille, alors que Trini mourut à une date inconnue en France, probablement au cours des années 1940, Sol commença à œuvrer en donnant des conférences, et se fit connaître après avoir publié le premier de ses deux travaux sur son père, Le Véritable Ferrer, en 1948, œuvre généralement bien accueillie dans les médias libertaires.
« Trinidad partageait les idées de son père, qu’elle défendit depuis qu’elle était petite. Paz l’aima aussi. Sol, heureusement toujours vivante, proclame très fort l’admiration qu’elle ressentait, et ressent, pour l’auteur de ses jours. » 50
Cependant, la réaction ne fut pas unanime, et bientôt s’élevèrent les premières voix de ceux qui dévalorisaient les travaux de Sol parce qu’ils feraient fi de certaines contradictions conceptuelles, et qu’elle ferait excessivement preuve de condescendance à partir de la figure du pédagogue libertaire. Des faiblesses dues en partie au fait que la documentation dont elle disposait pour sa recherche lui parvint probablement via Trini :
« Sol, la plus jeune des filles de la première épouse de Ferrer, ignore systématiquement les contradictions personnelles et idéologiques du pédagogue et éditeur rationaliste. » 51
Sans autres données sur la relation entre les deux sœurs, nous admettons notre incapacité à expliquer comment s’est produit cet étrange renversement des rôles entre elles. Mais nous rejoignons ceux qui ont considéré le travail historiographique de Sol comme peu fiable, non seulement à cause des erreurs grossières qu’il contient sur la biographie de son père, mais à cause des énormes contradictions concernant la sienne propre. Par exemple le fait qu’elle dit avoir été élevée pour être à l’opposé de son père, qu’elle connut à peine, mariée avant 1913 à un prince russe lié aux Romanov. Elle dit avoir vu comment la guerre et la révolution ont emporté son premier mari, sa mère Teresa et son beau-père. Elle se plaint à plusieurs reprises d’avoir été confondue avec ses sœurs, et voulut utiliser le nom de famille de son père, en tout cas juste avant de s’installer à Barcelone pendant la période républicaine.
« La variété de ma documentation, les opinions totalement contrastées et en toute sincérité m’ont permis de considérer, en toute objectivité, la pensée pédagogique de Ferrer sous un prisme plus large que celui de l’esprit libertaire, socialiste, rationaliste, philosophique, social ou politique. [...] Pour lui, l’indépendance de l’éducation serait la garantie de la paix sociale et mondiale. » 52
On citera enfin la fille de Sol, Olga Prejwalnsky Ferrer, née en Russie au milieu des années 1910, qui collaborera au moins en 1947 avec le Secrétariat à la Culture du comité national du Mouvement Libertaire Espagnol en exil, lequel dispensait des cours gratuits par correspondance. Elle travaillait comme enseignante dans la section de l’histoire de la pédagogie.
« Francisco Ferrer pensait qu’il n’y a pas de cruauté volontaire et que tout le mal du monde vient de l’ignorance. Pour cette raison, les ignorants l’ont assassiné. » 53
Dans son grand âge, Sol alla rendre visite à Olga à plusieurs reprises aux États-Unis, où elle était professeur spécialisée en littérature populaire et religieuse. Elle s’installa à Ibiza à la fin des années 60, où elle passera ses dernières années. Elle mourut par une chaude journée d’août 1976. Sa fille Olga décéda à New York, aussi en août, mais en 1985.
« Ni miroir ni reflet, Ferrer brilla pour lui-même ; il analysa et vibra, conçut et déduisit. Anarchiste, oui, si l’on entend par là qu’il repoussait toute directive qui ne fût discutée en tant que telle. Aucun homme n’a été plus indépendant que lui. » 54
Laissant de côté le rêve perdu de Sol, nous nous sommes concentrés sur ce travail de récupération des données concernant l’autre partie de la famille Ferrer, cette branche française qui a tant lutté pour maintenir sa mémoire, et qui continue encore aujourd’hui de défendre son héritage humanitaire.
Que notre travail serve à récupérer la mémoire de Trini, et par extension celle du reste des descendants de grand-père Quico. Comme en témoigne leur implication dans l’avenir de la Révolution espagnole, et chacun à sa manière, ces propagateurs du même message, conscients du fardeau que cela supposait, offrirent à ceux qui savent les lire, des leçons de choses très utiles pour les sentinelles de l’émancipation sociale."

NOTES des Giménologues [certaines sont placées directement dans le texte entre crochets]

I : Il s’agit de la loge maçonnique Saint-Pierre des vrais experts, de Paris, créée en 1787

II : Selon le Maitron : « FERRER Emilie, Julienne [dite Lily]. Née le 26 février 1906 à Walincourt (Nord) ; militante de l’Union Anarchiste. Lily Ferrer, qui était la fille de Trinidad Ferrer, fille aînée du pédagogue libertaire Francisco Ferrer y Guardia, intervint aux congrès de l’Union anarchiste tenus à Paris en novembre 1924, et à Pantin en octobre-novembre 1925. Elle était à cette époque membre de la Commission d’initiative de l’UA, et collaborait au Libertaire. Mère d’une fillette, elle eut pour compagnon H. Delecourt avec lequel elle se maria le 26 juin 1930 à Gagny, mais leur union ne fut pas, pour elle, très heureuse. Elle mourut à l’hôpital psychiatrique de Clermont (Oise). Elle était la soeur aînée d’Emile et de Francisco Ferrer. » https://maitron.fr/spip.php?article156045&id_mot=28

III : Cela ne correspond pas à ce qui est écrit plus haut :Francisco serait né en 1907. Voir la notice Maitron : « Ferrer Francisco, Emile, (Quico), dit Jean Ferrand. Né le 30 novembre 1909 à Paris : https://maitron.fr/spip.php?article219306&id_mot=28. Dans ce cas, il n’y aurait pas eu d’« Emilio » né en 1909.
Notre hypothèse : Emilie, Julienne dite, Lily », est née en 1906, Francisco, Emile, dit « Quico » en 1909, et Francesca, Juana en 1913. Il n’y aurait pas de quatrième enfant de Trini.

IV : Citation originale reconstituée à partir de la source : « Une aventure espagnole. » Entretien entre Georges Navel et Phil Casoar paru en 2003 dans le Bulletin A Contretemps  : https://acontretemps.org/spip.php?article32. Georges Navel dit précisément que lorsqu’il se présenta à la frontière le 29 juillet 1936 à Port-Bou, « il suffisait que tu dises “Francisco Ferrer”, ça servait de mot de passe ».

V : Pour prendre la mesure de l’importance du soutien apporté par Louis Montgon aux révolutionnaires espagnols et internationaux, pendant comme après la guerre civile, voir la notice le concernant dans le dictionnaire des anarchistes : https://maitron.fr/spip.php?article153751&id_mot=28

VI : Voir A Zaragoza o al charco, Aragon 1936-1938. Récits de protagonistes libertaires, Les Giménologues-L’Insomniaque, 2016, pp. 65-66. Sur la bataille de Perdiguera, les pertes du GI (37 hommes et femmes) et le sort des miliciennes et infirmières voir http://www.gimenologues.org/spip.php?article447

VII : « Là encore originale dans sa conséquence logique, Simone Weil est membre des deux CGT à la fois – la réformiste et la révolutionnaire (CGTU) » : https://www.anciens-simoneweil43.fr/le-syndicalisme-de-simone-weil.

VIII : Tout ceci nous paraît assez confus : aucune confirmation ni démonstration ne sont avancées ici sur la présence du Quico au PSUC, ni dans la « Carlos Marx ». Et on peut avoir des réserves quant à la validité du témoignage du milicien Manuel Gutíerrez, sachant combien il recourut à des calomnies anti-anarchistes caractérisées.

IX : Voir l’édition castillane : Antoine Gimenez, Del amor, la guerra y la revolución, Pepitas de Calabaza, 2009, pp. 119, 122 y 340. Et la deuxième édition française, Antoine Gimenez et Les Giménologues, Les fils de la nuit, Libertalia, 2016, pp. 146, 152, 462.

X : La colonne du PSUC dite « Trueba-del Barrio », dont le QG se trouvait à Tardienta à l’automne 1936 sera militarisée au début 1937, et deviendra la 27ème Division Carlos Marx. Ses postes avancés se tenaient devant l’hermitage de Santa Quiteria. Sur les circonstances de la bataille de Santa Quiteria voir aussi http://gimenologues.org/spip.php?article288

XI : La photo assez floue publiée dans L’Espagne Antifasciste n° 17 montre deux militants anarcho-syndicalistes avec un drapeau ainsi décrit par eux-mêmes « Peint en rouge et noir avec l’inscription : CGTSR, FAF, AIT ».

NOTES des rédacteurs de l’article :

1 ARCHER : La vie, l’épreuve et la mort de Francisco Ferrer. Londres, 1911, p.11.
Dans le calendrier personnel de Ferrer, parmi les multiples entrées, se trouve l’adresse postale de sa fille Trini en Australie. Bon nombre des citations qui illustrent le texte sont extraites de la presse étrangère et traduites par les auteurs. Voir, PASSAT Private : L’Escola. Documentaire TV3

2 TRINI dans The International Socialist 10-15-1910. Il semble que Teresa Sanmartí a tenté de d’en prendre à la vie de Ferrer à plusieurs reprises, comme nous pouvons le déduire de l’histoire de Trini : « Ferrer était dans son bureau et lisait son journal jusqu’à ce que sa femme, sans raison apparente, se précipite sur lui, couteau à la main et essaie de le blesser à la tête. » Le Progrès de Madagascar 01-15-1910.

3 WESTERN Mail 09-23-1909. Après avoir passé quelques années difficiles économiquement, avec l’argent du Traité d’Espagnol pratique, 1895 et 1897, et ce qu’il a pu épargner, Francisco Ferrer a été à plusieurs reprises en Australie, en 1898 et 1900 pour voir ses filles : « Alors qu’ils étaient à Bendigo, l’affaire du meurtre sensationnel espagnol était à l’honneur, et Paz, qui était très appliquée en langues, a été inculpée dans le procès comme complice. M. Francisco Ferrer, avec Paz, est retourné en Espagne. » Maryborough Chronicle 09-29-1909. Voir, Le Matin 01-25, 04-09-1894.

4 EL DEFENSOR de Cordoue 01-01-1920. Voir, CAUSE contre Mateo Morral, Francisco Ferrer, José Nakens, Pedro Mayoral, Aquilino Martinez, Isidro Ibarra, Bernardo Mata et Concepción Pérez Cuesta [1906-1909]. Successeurs de JA Garcia, 1911, vol. 2, p. 371, vol. 3, p. 70-71.

5 LA LANTERNE 06-09-1907. A cette époque, Ferrer versait à ses enfants une mensualité, à l’exception de Sol, qui vivait dans une école de religieuses à Paris, sous la tutelle de Teresa. Sur la photo :Trini avec son père, s f, Paris, 1892 ?

6 CHRONACÀ SOVVERSIVA 11-20-1909. À Londres, Ferrer recevrait la lettre de sa soeur l’informant de l’état grave de sa nièce ; il a donc décidé de retourner à Barcelone. Afin de le forcer à sortir de sa cachette, à la mi-août 1909, une partie de sa famille et ses associés sont détenus et déportés à Teruel.

7 El PROGRESO 11-11-1909. La Ligue pour la défense des Droits de l’Homme a offert à Trini de l’aider à récupérer la dépouille de Ferrer, et de lui donner un enterrement digne. Voir BARBIER : Il pianto della figlia di Ferrer sulla a pris Montjouic à son père, en Espagne : sull’aria della Linda abbandonata. Torino. Pointe. M. Artale, [191- ?].

8 LA LANTERNE 09-29-1906. Probablement depuis 1893, Ferrer avait été membre de la Fédération Française de la Libre Pensée, fondée en avril 1890 après le Congrès de 1889, et qui avait toujours eu une forte influence socialiste, que Ferrer partageait jusqu’en 1896. Dans l’image, Trini dans une photographie de 1909. Voir, LAZARO : Un libre-penseur champion de la révolution : Francisco Ferrer Guardia, dans Violence in Barcelona (1896-1909). Bulletin d’Histoire Contemporaine de l’Espagne, n ° 47, p. 113-136.

9 JOURNAL des debats politiques et littéraires 10-15-1912. La scène rappelle les affrontements entre radicaux et libertaires qui se sont produits au cimetière de Montjuich le jour de la manifestation à la mémoire du brûleur à charbon Ramón Clemente García, octobre 1910, reproduits ailleurs. » Ferrer s’était défini en deux points : anticléricalisme systématique et révolutionnaire. Mais entre ces deux points, il y a une série, beaucoup de critères et de comportements à ne pas négliger, puis, guidé par sa façon de penser, il a accepté la contribution de chacun, du plus modeste au plus extrême, quelque chose qui s’il était accepté, ni l’un ni l’autre ne l’ont aimé. » ROSELL : Commentaires sur le livre Le véritable Francisco Ferrer. Montevideo, 1949, p. 19-20.

10 L’HUMANITÉ 10-13-1909. Trini a été la seule à ne pas avoir reçu de critiques parmi les testamentaires de Ferrer, si l’on excepte ceux de Paz, ... « si vous voulez accepter ce soulagement pour les petits-enfants de Francisco Ferrer, je crois que pour éviter toute erreur et faire comprendre que c’est sous ce titre « Aux enfants de Trinidad Ferrer », et non « Aux petits-enfants de Francisco Ferrer » .. », Paz FERRER : Lettre au Matin, reproduite dans El Eco de Santiago 10-27-1909. Malato et Albert étaient chargés d’aider les enfants de Trini. Voir, Les Annales politiques et littéraires 10-24-1909. Aussi, BERTRÁN : J’accuse !, La volonté de Ferrer, Impr. Pointe. par Félix Costa, 1911.

11 L’HUMANITÉ 05-30-1913. Jaume Brossa Roger ne s’en sortit pas mieux non plus, qui était rentré à Barcelone avec leur fils commun, Marc, en 1914. Arrêté en janvier 1919 lors d’une opération de police contre le syndicalisme et la gauche catalane, il fut enfermé dans le cuirassé Pelayo, ancré dans le port, immobilisé à 2 mètres sous le niveau de la mer pendant de longues journées, ce qui a ruiné sa santé, et il est mort de la grippe peu après. Le fils malheureux de Jaume Brossa et Paz Ferrer, Marco Aurelio, a été atteint de phrénopathie dans son enfance. Voir Europa Magazine 09-15-1963.

12 EXTRAIT du manifeste fondateur de la Fédération nationale des libres-penseurs de France, 1925. En 1921, la Fédération nationale de la libre-pensée avait été fondée, animée par l’anarchiste André Lorulot, grand ami de la famille Ferrer, dont l’organe d’expression était l’Idée Libre.

13 ABC 12-28-1909. Nous avons retrouvé Trini et Lily dans des actes similaires tout au long de la seconde moitié de la décennie. Le groupe Littré doit avoir été créé en 1921, et c’était une entité d’origine maçonnique et d’inerties [?] libertaires, ... « sous la présidence de Mlle Lily Ferrer, petite-fille des disparus, avec la présence des groupes suivants : groupe Francisco-Ferrer, groupe Littré, Action anti-catholique, Jeunesse laïque, Albert Le Brasseur, Georges Camboué, Dr Sorel, président de la 7e section de la Ligue des droits de l’homme », Le Rappel 10-14-1927.

14 Le LIBERTAIRE 07-14-1922. La rivalité entre communistes et anarchistes atteint son apogée le 11 janvier 1924, lors d’une réunion à la Maison des syndicats à Paris qui dégénère en bataille rangée avec deux morts du côté des libertaires. L’un d’eux était Adrien Poncet, de la commission de propagande de l’UA. Voir LILY Ferrer.

15 URBANA Daily Courier 08-11-1924 . La tentative de garder Le Libertaire au format quotidien a causé son échec financier, mis sa continuité en péril, et forcé sa réorganisation en février 1925, quand il est devenu le porte-parole officiel de l’UA.

16 LA PROTESTA 04-02-1926. La campagne du Comité pour la défense du droit d’asile a réussi à éviter l’extradition d’Ascaso, Durruti et Jover vers l’Argentine ou l’Espagne. Delecourt a contribué également depuis la Seine-et-Oise au Comité de défense Sacco-Vanzetti et au Comité d’aide Nestor Makhno, grâce au succès financier d’un collègue qu’il a aidé. Puis, en 1929, il fit de mauvaises affaires dans le textile et fut contraint de travailler comme marchand de pièces automobiles. Voir, Abel PAZ : Durruti dans la révolution espagnole. Fondation pour les études libertaires Anselmo Lorenzo, Madrid, 1996, pp. 107-109.

17 El PROGRESO 12-29-1930. La lettre était adressée au commandant Ramón Franco, un représentant de la droite républicaine au sein de l’armée, qui s’était soulevé contre la monarchie le même mois. Voir DIAZ : De la conspiration à la révolution, 1929-1937. Libertarias, Madrid, 1990, p. 29-32.

18 HERALDO de Madrid 05-04-1931. À la fin du même mois, elle a été retrouvée pour la première fois à Barcelone, présidant une grande réunion anarchiste qui tentait de lever des fonds pour ouvrir le premier Athénée après la dictature. « Trinidad Ferrer, fille du fondateur de l’École Moderne, salue le peuple d’Igualada et revendique la mémoire de son père, si calomnié par les hiboux de la sacristie ... », El Sembrador 27/06/1931. En novembre suivant, El Proceso Ferrer, pièce théâtrale d’Eduardo Borrás, sera présentée en avant-première à Barcelone, avec la présence de Trini et de sa fille Francesca (?). Voir El Diluvio 11-26-1931.

19 TARRAGONA Federal 08-29-1931. Étant donné que c’est elle qui a assisté à l’événement à Igualada en juin 1931, au cours duquel une plaque en l’honneur de Salvador Seguí a été découverte et où elle a brièvement parlé. Il semble peu probable que ce soit Sol Ferrer qui ait accompagné Federica Montseny et d’autres lors d’une visite à Figols en mai 1931. « Elle a dit qu’elle ressentait une grande joie qu’on se rappelle son père, qui avait consacré une fortune pour la création de l’Escola Moderna, basée sur le fait de ne pas leur apprendre le mensonge et ouvrir les portes de la vie anarchiste ! », Diari de Igualada 23/06/1931.
Voir PERALTA : Minas de Fígols. Une histoire de la révolution sociale. Centre d’Estudis Llibertaris Federica Montseny, 2004. Aussi Solidaridad Obrera 09-06-1931.

20 JIMENEZ : Dans l’ombre de Ferrer, Acción Social Obrera 03-12-1932. Ce devait être Francesca, puisque Lily était à Paris le 17 octobre, dans un acte similaire. Toujours à Paris se trouvait Daphnée, qui avait eu son premier enfant en 1921. L’extrait d’Acción Social est de Miguel Jiménez Herrero, enseignant rationaliste et l’un des fondateurs en 1927 de la Fédération anarchiste ibérique [FAI], membre du groupe « Solidarité » et agitateur du débat sur la plate-forme anarchiste dans la péninsule. Pendant la guerre, il intégrera le Département d’Information et de Propagande du Conseil d’Aragon. Voir, IÑIGUEZ : Encyclopédie historique de l’anarchisme espagnol. Vitoria, AIP, 2008.

21 LA HUMANITAT 11-14-1932. La famille Ferrer a envoyé en 1935 à Der Freidenker, un organisme de l’Association suisse de la libre pensée, une série de cartes postales à vendre, et Trini a mis à la disposition de l’UNIE-SSM un texte pour un livre sur Francisco Ferrer dans leur portfolio ; peut-être celui-ci comprenait un article de Trini et une photo avec son père. En avril 1936, une statue de Ferrer a été inaugurée à Moravska Ostrava, en Bohême. Voir, CURDA : Francisco Ferrer y Guardia : une poignée de souvenirs d’un martyr dans la lutte pour l’école libre à l’occasion du {} 25e anniversaire de sa mort. Mor. Ostrava [Union libre-penseurs socialistes], Prague, 1934, 59 p. Aussi Der Freidenker, Nr. 4, 1935 ; La Libertad 04-10-1936.

22 El DILUVIO 06-26-1934. Le congrès était organisé par la Fédération internationale des libres-penseurs, en présence de délégués européens et américains traitant des questions d’éducation, de législation, de calendrier, de crémation, etc. Si le conseil municipal proposa Montjuich comme lieu du monument, la famille choisit le quartier Ferrer Guardia, dont les voisins avaient été expulsés de Montjuich en 1929 à l’occasion de l’exposition universelle. Trini a assisté à l’acte de pose de la première pierre avec Francesca Juana. Voir La Humanitat 06-28-1934 ; El Diluvio 29/06/1934.

23 FAURE : Solidarité internationale, Bulletin CNT-AIT, reproduit dans La Vanguardia 09-30-1936. À la mi-juin 1935, Francesca a témoigné dans une affaire à Valence. Cela est peut-être lié au communiqué paru dans le même journal mentionné à la note 17, où un appel a été lancé pour manifester sa solidarité avec la famille Ferrer, qui éprouvait des difficultés financières. Voir La Libertad 06-16-1935 ; El Día 19/06/1935.

24 CASOAR : Une aventure espagnole. Un entretien avec Georges Navel. A contretemps N ° 14-15 décembre 200 3. On estime que sur les 332 Français venus en Espagne pendant la guerre, 252 étaient au front. Sur ces 252 Français intégrés dans différentes milices anarchistes, on sait que 151 ont rejoint la CD. La section de propagande française CNT-AIT-FAI faisait office de centre de relations et d’orientation pour les volontaires français qui arrivaient à Barcelone.

25 MONTGON a présidé le Comité de défense de la révolution espagnole et la Fédération des comités espagnols d’action antifasciste à Perpignan. Il a également été le premier responsable du Bulletin d’information du Comité de défense de la révolution espagnole antifasciste, 1937.

26 L’HUMANITÉ 08-29-1936. Nous supposons que Lily faisait partie du contingent initial de Français et d’Italiens - 25 membres- qui devinrent le groupe Sébastien-Faure, et plus tard constitua une centurie.

27 GIMENEZ : Les Fils de la Nuit. Souvenirs de la guerre d’Espagne [juillet 1936 - février 1939. L’insomniaque & Les Giménologues. Montreuil-Marseille 2006, p. 50. Les services de santé de la CD étaient dirigés par le Dr José Santamaría Jaume, assisté des docteurs Martínez Fraile et Sabater, Abades, Moya Prats et Cunill ; assisté par un groupe d’infirmières espagnoles et internationales, que nous voyons dans l’image. Selon un rapport de la section française de propagande d’octobre 1938, après la bataille de Perdiguera, seuls 70 des 240 miliciens du GI sont restés, parmi ceux tués au combat et rapatriés.

28 VIRULES-RIUS : Lectrices de Simone Weil. Barcelone, Icaria, 2011, p. 523. Simone a pu rejoindre le groupe "Los Hijos de la Noche", une sous-unité de guérilla spécialisée dans les raids nocturnes dans les camps ennemis. Aussi BEA : Simone Weil et la guerre civile espagnole. Une participation pleine d’espoir et critique. Cahiers électroniques de philosophie du droit, n° 27, 2013.

29 On ne sait rien de ses enfants, seulement le nom de son fils, Georges, mais rien de sa fille, censée être née plus tôt. À partir de ce moment, sa piste s’estompe. On la confond à un moment donné avec la fille de Sol, ou avec Francesca.

30 RAPPEL entretien avec Yudith, Guerra di Classe 07-19-1937. Peut-être sont-ils revenus à Paris où on les signale en 1935, peut-être en passant par Alella ou Llançà, chez son cousin León, qui s’y était installé avec son père et se consacrait à la culture des fleurs.

31 GUTIÉRREZ : Journal d’un milicien. Le deuxième plus grand groupe de Français combattant dans les milices était celui de la colonne Ascaso, avec 25 membres, presque tous rattachés au bataillon italien, une colonne d’anarchistes et de républicains, qui prit le nom du socialiste Giacomo Matteotti à la mi-août - puis celui de Giustiza et Libertà. Il est entré au combat dans la bataille de Monte Pelado, le 28 août. Aussi Ferrer.

32 FORTEA : Mon passage par la colonne Durruti, 26 Division. Centre d’Estudis Federica Montseny, Badalona, 2005, p. 37. Nous avons trouvé la photo pour la première fois dans La Soli du 25 août, indiquant qu’elle appartenait à la colonne Uribe-Pairé [?] ; bien que peu de temps après, il est dit dans L’Espagne Antifasciste de Paris du 11 novembre, qu’ils appartenaient au CD, "..le neveu [sic] de Francisco Ferrer, l’un des premiers combattants du Groupe international sur le front d’Aragon." La Révolution prolétarienne 06-10-1937 . Parmi les GI français tombés à Perdiguera : Georges Charrang [eau ?], Membre de la jeunesse communiste de Lyon ; Jean Giralt, qui aurait pu être membre du CGTSR, et Jean Trontin, de la section socialiste d’Oyonnax (Ain).

33 GIMENEZ : Les Fils de la Nuit. Ob. Cit, p.111. Peut-être qu’Emilio était encore lié à la colonne Ascaso. Il y a une photo de María Ascaso et Durrruti dans le supplément de La Vanguardia du 25 octobre, qui pourrait indiquer la date de l’incorporation de Quico à l’IG. « En septembre 1936, la colonne Sacco et Vanzetti fut formée, composée de combattants internationaux qui ont rejoint les unités dirigées par Durruti », ENZENSBERGER : The Short Summer of Anarchy (Durruti’s Life and Death). Éditions HL, 2006, p. 138. À la mi-novembre, la centurie Erich Mühsan de la colonne Ascaso, des anarcho-syndicalistes allemands, ont également rejoint la CD. Voir, BERRY : Volontaires français en Espagne 1936-1939 : Contribution à une biographie collective du mouvement anarchiste français.

34 MI REVISTA 03-15-1937. Quico - et Emilio - devaient aussi appartenir à la section française de la CNT de Barcelone, qui comptait une cinquantaine de membres, et pour l’essentiel, soutenait la militarisation. On y trouve Georges Chéron, un communiste enrôlé dans les milices du POUM, depuis mars 1937. Il a ensuite combattu dans les barricades de mai à Barcelone, ainsi que plusieurs militants de la CGTSR tels qu’Alfred Lobel, Alexandre Mirande et Marcel Schlauder. Voir le Bulletin d’information CNT-AIT-FAI, 1936-38, publié par le Comité régional de la CNT de Catalogne.

35 GUTIÉRREZ : Journal d’un milicien. Seul le GI a compté plus d’une centaine de victimes, entre blessés et morts. « Ce qui s’est passé a à juste titre outragé les divisions Luis Jubert, Durruti et Ascaso, qui soupçonnent des manœuvres politiques à leur encontre dans ce domaine. » FRONT aragonais. Position de Santa Quiteria. Aussi ABAD de Santillán : Pourquoi avons-nous perdu la guerre. Madrid, Del Toro, 1975, p. 200-201.

36 El DILUVIO 06-25-1937. Peut-être est-il cité sur la liste officielle comme Francesc Emili Ferrer, charpentier, 26 ans, décédé le 4 et identifié à l’Hôpital Clínico. Quelque chose de plus heureux arriva à l’Allemand Rudolf Michaelis, milicien de la centurie Erich Mühsan, et ensuite délégué politique du GI jusqu’en avril 1937. Il fut arrêté à Barcelone en mai par des agents soviétiques et ne sera libéré qu’en février 1938. Voir, GUILLAMÓN : Barricades à Barcelone. La CNT de la victoire de juillet 1936 à la nécessaire défaite de mai 1937. Espartaco Internacional, 2007, p. 161 ; AGUILERA : Liste des victimes des événements de mai à Barcelone.

37 MARZOCCHI : En souvenir de l’Espagne. Volontaires anarchistes italiens dans la guerre civile espagnole. Bibliothèque Kate Sharpley, 2005. L’anarchiste italien Umberto Marzocchi était volontaire dans la colonne Ascaso. Il fut chargé de reconnaître les cadavres de Berneri et Barbieri assassinés en mai à Barcelone, et il fut contraint de quitter l’Espagne en juin. « Peu de temps après et à peu près à la même époque, le socialiste anglais Bob Smill(e) et le petit-fils de Francisco Ferrer, ainsi que d’autres socialistes moins connus, ont été tués par le GPU à Barcelone », GOULÉVITCH : Travail du GPU à l’étranger, La Revue Hebdomadaire 12-10-1938.

38 EL DILUVIO 05-11-1937. Nous n’avons trouvé aucune référence dans les archives numériques de l’UGT confirmant officiellement le militantisme socialiste de Quico. Voir aussi La révolution s’est terminée en mai. Film documentaire.

39 L’ESPAGNE antifasciste 11-04-1936. Se détache le Parisien Henri Lacroisille – dit Marseille – membre de la CGT-SR et milicien du GI. Il faisait partie de la section française – alternative – basée rue du Consejo de Ciento –dissoute en mai. Il a été arrêté en juillet par des agents soviétiques, accusé de porter des armes et emprisonné pendant des mois. « On se souvient des camarades venus volontiers offrir leur vie, mais qui ne reviendront plus. On se souvient des morts [...] sur tous les fronts, même à Barcelone, lors des bombardements (Sénateur, Coyne, Ferrand, etc.) ». FORTIN, secrétaire du Groupe français : Umbral 12-10-1938.

40 MINNIG-GMÜR : Pour le bien de la révolution. Deux volontaires suisses miliciens en Espagne, 1936-1937. Cira, Lausanne, 2006. Un autre marxiste qui a combattu dans le GI, le Suisse Franz Ritter : « En 1935, j’ai rencontré le Dr Fritz Brupbacher et, à Paris, le pédagogue anarchiste Francisco Ferrer, tué plus tard lors de ce qui a été appelé le coup d’État de Barcelone ... », cité dans ULMI-HUBER : Les combattants suisses en Espagne républicaine, 1936-1939. Ed. Antipodes, 2001.

41 MINNIG-GMÜR : Pour le bien de la révolution. Op. Cit. Pietro Paolo Vagliasindi, technicien militaire sur le front d’Aragon et commandant de la station d’approvisionnement de la section italienne du CD au sombre passé fasciste, a dû assister aux funérailles de Quico, que Camilo Berneri accusait d’être un espion, mais l’affaire n’a pas fait l’objet d’une enquête. ils ont confirmé ses accusations ; bien qu’aujourd’hui tout indique que Berneri avait raison. Voir, GUILLAMON : Le Groupe Franco-Espagnol des Amis de Durruti. [ N des G. : voir la notice biographique actualisée en 2016 sur Vagliasindi in Les fils de la nuit, Libertalia, 2016, et Los hijos de la noche, Pepitas de Calabaza, 2009, p. 572. ]

42 Le LIBERTAIRE 06-04-1937. On peut citer le cas de l’Allemand Helmut Kirschey, communiste puis anarcho-syndicaliste arrivé en Espagne en août 1936, rejoignant le GI en février 1937 et présent à Santa Quiteria. Il a été arrêté en mai avec d’autres anarchistes allemands à Barcelone et, après avoir traversé les checas communistes, restera détenu jusqu’en avril 1938.

43 SOLIDARIDAD OBRERA 07-07-1937. Après le meurtre de Quico, on a dit que sa compagne était dans une mauvaise situation, et sans doute avait-elle des enfants à charge. Étant donné que Francesca vivait à Valence et était trop jeune, c’est sûrement Lily qui a présidé l’hommage à son grand-père cette année-là à Barcelone. Peu de temps après, Ferrer – et d’autres éducateurs décédés – a obtenu la reconnaissance en tant que professeur d’histoire. Voir Solidaridad Obrera 11-07-1937.

44 ROCKER : La Tragédie de l’espagne. Éditions CNT-Région parisienne, 2006. Peut-être que celle qui était avec Quico quand il a été tué était Giuditta, et non Trini, car certains croyaient qu’elle était sa mère. En avril 1939, quelqu’un qui signait Trinitat Ferrer demanda à Toulouse des informations à Aurelio Figueroa et Luis Soto Caballero, sans que nous puissions trouver des données à leur sujet. Voir La Solidarité 04-14-1939.

45 RAPPEL de l’entretien avec Yudith : Guerra di Classe 07-19-1937. Dans l’image, un croquis du buste de Ferrer réalisé par le sculpteur anarchiste Émile Derre, intitulé El Pensamiento, qui présente Ferrer soutenu par Trini après l’exécution.

46 VINARDELL : De Russie, Diario Extremadura : 08-09-1909 . Bien qu’il soit dit que Sol a quitté Paris et l’école des religieuses dans laquelle elle était internée en 1907, puis a rejoint sa mère et son beau-père dans la steppe russe, plusieurs chroniques relatent un étrange voyage que Vinardell commença en juin 1909, où il semblerait n’être accompagné que de sa femme. Il traversa l’Europe pour rendre visite à sa vieille amie Teresa Sanmartí. Aussi, GRANADO : De humanidad y polilla. Tous les visages de Ferrer Guardia. Éditions Anagrama, 2009.

47 KIRALINA : Les femmes dans le mouvement libertaire espagnol, Espagne libre 06-09-1959. Rafael, propriétaire et descendant d’une famille de médecins valenciens, devint veuf en 1918. Dans les années suivantes il fera de nombreux voyages professionnels en Europe, au cours desquels il dut rencontrer Sol. Ils se marièrent en 1922 dans les Hauts-de-Seine, à Neuilly. Sol signa : Carmen de Mering, fille de Serge de Mering et Thérèse Sanmartín, veuve de Przevolinsky. Deux ans plus tard, ils sont à Gilet, Valence, sous le nom de C. Mering de Vilar-Fiol. À la fin de cette décennie, la jeune Olga obtiendra son baccalauréat en lettres à Valence. Voir Le Figaro 08-04, 09-25-1924 ; El pueblo, Valencia 02-10-1929.

48 BERENGUER : Entre le soleil et la tempête. Révolution, guerre et exil d’une femme libre. L’Eixam Edicions, 2004. p. 65-66. Certaines références placent Sol en tant que membre de la coopérative Pablo Iglesias Baratas, faisant un don important en juillet 1936. Il semble qu’elle ait eu une sorte de contact avec Luis Companys, à qui elle recourut en tant que fille de Ferrer-Guardia pendant la guerre, mais sans succès, comme le mentionne Sara Berenguer. Voir La Libertad 07-25-1936.

49 BERENGUER : Entre le soleil et la tempête. Op. Cit, p. 65. Rappelons que Rafael Vilar était à partir d’août 1936, secrétaire général du Comité populaire de santé de Valencia. Mais ayant un fils capitaine chez les franquistes, il fut déplacé au comité de la Croix-Rouge républicaine à Paris. Après la guerre, il reste en charge de l’aide aux exilés à partir de 1941 à Toulouse.

50 PUIG ELIAS : Solidaridad Obrera 10-08-1959. Sol Ferrer a présenté sa thèse à l’Université de Paris en 1959 : La Pensée politique et sociale de Francisco Ferrer ; et ce serait elle qui présidait l’acte du 50e anniversaire . Voir, Sol FERRER : La vie et l’oeuvre de Francisco Ferrer. Un martyr au Xxe siècle. Lib. Fischbacher, Paris, 1962, 240 p.

51 ROSELL : Commentaires. Op. Cit, p. 19-20. Le contenu faisant référence à la répercussion internationale du travail de Ferrer, apporté par Sol a dû venir de Trini.

52 FERRER, Sol : Le Mouvement social  : bulletin trimestriel de l’Institut français d’histoire sociale. 1961, p. 122-126. Sol a collaboré au Monde Libertaire, organe de la Fédération Anarchiste de Paris, juillet-août 1959, et régulièrement à Escuela Moderna, bulletin bilingue, Calgary, Canada, 1963-1975. Voir Le Matin 12-17-1913 . Aussi Les rêves perdus de Sol Ferrer.

53 Albert CAMUS, 1959. Camus doit avoir prononcé ces paroles également au cours de la maifestation à Paris liée au centenaire de la naissance de Ferrer et au 50e anniversaire de son exécution. Il fut accompagné entre autres par Hem Day et André Lorulot. Voir, LORULOT : Pourquoi je suis athée. Préf. Han Ryner et Sol Ferrer. Herblay, Idée libre, La Bibliothèque du libre penseur, 1957.

54 FERRER, Sol : l’anarchisme de Ferrer, in Solidaridad Obrera 10-13-1955. Un enregistrement réalisé par la CNT en exil est mentionné, qui comprenait une conférence de la petite-fille de Ferrer, qui pourrait être elle ou bien sa cousine Lily. Voir BERENGUER : Entre le soleil et la tempête. Op. Cit, p. 251-252. Aussi Solidaridad Obrera 16-10-1958.

Alacant Obrer 13 juillet 2016
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