BREGOLI Pietro ("Rino")

Nous reprenons la rédaction des biographies de chacun des ex combattants italiens (anarchistes ou pas) dont le nom se trouve sur la liste « Libertá o Morte » du camp d’Argelès sur Mer, dressée par la police politique italienne le 8 août 1939.
Cela s’inscrit dans le cadre de notre collaboration à la base de données sur le camp de concentration d’Argelès-sur-Mer, réalisée par Grégory TUBAN, de Perpignan : http://www.memorial-argeles.eu/fr/
https://www.memorial-argeles.eu/fr/1939/1939-2eme-periode-du-camp-avril-juin-1939/le-camp-des-brigadistes.html
Toutes les notices sont le fruit d’un travail de recherche en collaboration avec Tobia Imperato de Turin et Rolf Dupuy de Paris.
La traduction et la rédaction sont réalisées par Jackie, giménologue.

BREGOLI Pietro ("Rino")

Pietro BREGOLI fils de Giovanni et de Bregoli Angela est né le 10 décembre 1904 à Pezzaze (Brescia). Il est communiste.
De sa jeunesse on sait qu’il a suivi un enseignement primaire. Il est appelé sous les drapeaux le 22 avril 1924, affecté au 6ème régiment Alpin dans le Bataillon Vestone (Vérone), et démobilisé le 5 octobre 1925. Il émigre légalement en France avec un passeport le 31 mai 1930 pour travailler. Jusque là on se sait pas « s’il a milité dans des partis subversifs ou manifesté de la sympathie pour eux ». L’année suivante, il est expulsé de France pour une irrégularité relevée sur sa carte d’identité. Il arrive en Allemagne mais subit la répression policière pour avoir mené une activité communiste.
Il part ensuite en Espagne où il se marie avec une jeune Espagnole Elvira Comin (1), et il sera père d’une petite Nadine. Le 14 décembre 1933 il est arrêté à Barcelone pour sa participation aux émeutes insurrectionnelles anarchistes (2), et incarcéré à la prison de la Modelo (3). Une fois libéré, il travaille du côté de Valence. Il est inscrit au Registre des Frontières, et dans une lettre de la police on le signale d’abord comme anarchiste puis comme sympathisant communiste adhérant au Comité du Front Unique de Barcelone. Entre-temps, il trouve un emploi chez des compatriotes qui ont une fabrique de statuettes de plâtre située Calle Nueva de la Rambla (4)
Il se proclame encore communiste mais n’a pas d’activité politique particulière, peut-être par crainte d’être expulsé. En novembre 1935, Bregoli connu sous le nom de « Rino », s’inscrit à la fois à la LIDU (5) (Ligue Italienne des Droits de l’Homme) locale, et à la section catalane du SRI (Secours Rouge Italien). Les rapports des informateurs le décrivent comme « un élément très actif et dynamique bien connu de la police locale pour son inlassable activité dans la diffusion de ses idées ». Il est en contact avec le Parti communiste et semble exercer un contrôle sur les Italiens « politiquement suspects » résidant à Barcelone.

Après avoir participé activement aux batailles de rue du 19 juillet 1936 pour défendre la République, il adhère au Parti Socialiste Unifié de Catalogne (PSUC) et s’enrôle dans les premiers rangs des milices antifascistes de la colonne Villalba. Présent sur le Front d’Aragon entre septembre et octobre (6), il est cité à l’ordre du jour d’une formation militaire italienne (7) « pour avoir combattu vaillamment à la prise du Mont Aragon (8) » qui surplombe Huesca. Dans une note il est certifié que Bregoli « occupait dans les milices une position prépondérante et était à la tête d’une importante unité italienne (9) formée à Barcelone sur le modèle des pelotons d’Arditi ». Considéré par la police italienne “comme une personne d’une grande fermeté et de grand caractère, courageux… ”, l’un des communistes les plus estimés et écoutés par les dirigeants du PSUC, il partira avec son unité sur le front de Madrid (10) en novembre de la même année. Promu au grade de capitaine il devient instructeur dans l’école de guerre. Après la chute de la République, il est successivement interné au camp d’Argelès – où il adhère au groupe « Libertà o morte » – et à celui de Gurs en juillet 1939. Là il fait une demande de retour en Espagne car sa femme et sa fille y sont restées (11).
Vers le mois de mars de l’année suivante, Bregoli est signalé à Moulin des Torpa [?] puis à Noordpeene (dans le Nord de la France). En 1942 il est toujours en France.
À partir ce jour il n’y a pas d’autres informations sur lui.

Notes :
1 « Elvira Comin, née le 9 avril 1920 à Barcelone, fille de deux immigrés italiens Giuliano Comin et Maddalena.Villaprigno. »
2 Voir la note d’information de juillet 1939, in ACS, CPC, fasc. cit. « Après que le gouvernement républicain d’Azaña ait démissionné le 9 octobre 1933, les Cortes furent été dissoutes et nouvelles élections organisées. Le 29 octobre, J. Primo de Rivera fondait la Phalange à Madrid. Le 19 novembre les partis de centre droit gagnaient les élections. En décembre, les anarchistes de la CNT-FAI, qui avaient prôné l’abstention appelèrent à une grève générale insurrectionnelle suivie à Barcelone, Huesca, Valence, Séville, Cordoue et Grenade. Elle fut durement réprimée : 87 morts, de nombreux blessés et 700 condamnations à perpétuité. Cf. H. Thomas, Storia della guerra civile spagnola, cit., p. 77 ; A. Paz, Durruti e la rivoluzione spagnola, tomo1, cit., pp.3875-84 ; J. Peirats, la CNT nella rivoluzione spagnola, vol.I, cit., pp.109-14. »
Voir aussi Myrtille, Giménologue, Les chemins du communisme libertaire en Espagne 1868-1937, l’anarcho-syndicalisme travaillé par ses prétentions anticapitalistes 1910-juillet 1936, tome 2, p.144.
3 « dans une note de renseignement du 2 mars 1934 il est précisé que Bregoli avait été arrêté lors d’une rafle d’étrangers effectuée à titre préventif, à la suite de révoltes anarchistes, « mais non pas parce que dans tous les cas il était accusé d’y avoir participé ». Il a été libéré à la suite de l’intervention du Consulat italien. Voir ACS, DPP, pacco cit. »
4 Il s’agit peut-être de l’atelier de la famille Sarti, voir la biographie de Impero Rossi in http://www.bfscollezionidigitali.org/entita/14624-%E2%80%8Brossi-impero/
5 « […] un vaste réseau de relations se met en place dans la section espagnole. [ Ils] diffusent une intense propagande à chaque fois qu’ils en ont l’occasion, se réservant d’appeler à des manifestations plus concrètes quand la situation générale de Barcelone le permet. Voir la note d’information du 7 décembre 1935, ACP, DPP, pacco cit. ».
6 « Le quartier général de la colonne du PSUC était à Tardienta, une localité proche de Huesca. » Cf. H. Thomas, storia della guerra civile spagnola, cit., p.251.
7 « Nous n’avons pas d’information sur une colonne italienne qui opérerait sur ce front. On trouvait là déployée la Colonne Internationale ainsi que la centurie Thälmann qui comprenait des miliciens non espagnols. » Cf. A. Castell, Las Brigadas Internacionales de la guerra de Espagna, cit., p.33 ; A. Paz, Durruti e la revoluzione spagnola, tomo 2, cit., pp.53-77.
8 « Voir la note d’information du 27 novembre 1936, in ACS, DPP, fasc.cit. Une autre note le signale dans le Bataillon Potemkin dont nous n’avons pas trouvé d’information. Voir la note du 14 juillet 1938, in ACS, DPP, pacco cit. Les combats sur Huesca faisaient partie des initiatives prises par l’unité républicaine pour attirer les troupes franquistes sur ce front, et ainsi alléger leur pression sur Madrid. Dans le cas de Bregoli, il est peut-être question de la conquête des positions ennemies à la fin du mois d’octobre 1936, à laquelle participèrent également deux colonnes syndicales anarchistes, une formation de Gardes d’Assaut, une centurie du POUM et un groupe international de la colonne Lénine. Cf. F. Bucci, R. Quiriconi, La vittoria di Franco è la disfatta del proletariato. Mario De Leone e la rivoluzione spagnola, Follonica, La Ginestra, 1997, p. 37. De ces combats Orwell parlera aussi. « . Là-haut, au Mont-Aragon, forteresse médiévale prise d’assaut l’année précédente (1936) par les troupes gouvernementales […] et qui gardait l’un des accès à Huesca. Ommagio alla Catalogna, cit., p. 101. »
9 « Selon la note d’information du 8 février 1937 cette colonne aurait dû être engagée dans la défense de Barcelone. In ACS, DPP, fasc.cit. ; Archivio AICVAS, Milan, fiche ad nomen. Mais ici la référence aux Arditi renvoie peut-être au groupe commandé par Braccialarghe, formé en décembre 1936, intégré au groupe d’assaut du Bataillon Garibaldi. Voir L. Longo, Le brigate internazionali in Spagna, cit., p. 119 ; E. D’Onofrie, Formazioni militari nelle quali hanno combattuto in Spagna i volontari antifascisti italiani, in Archivio AICVAS, Milano fasc. Generico. »
Voir aussi l’additif sur « le Bataillon de la mort » dans la biographie de BRAGA : http://gimenologues.org/spip.php?article885.
10 « Sur ce front, en plus des anarchistes de la colonne Durruti, opérait une autre unité, toujours catalane, et dépendant du PSUC : la colonne Libertad commandée par Lopez Tienda, parti de Barcelone le 9 novembre 1936, et qui rejoint les lignes le 15. Il est probable que Bregoli ait combattu avec cette formation. Cf. A. Canonica, la colonna Libertad y la centurie Gastone Sozzi, cit., pp. 31-2 ; A. Paz, Durruti e la rivoluzione spagnola, tomo 2, cit., pp. 185-8. »
11 « Dans une note d’information, il semblerait qu’il ait demandé à aller soit en Belgique, soit aux Pays-Bas pour reprendre son ancien métier de fabriquant de statuettes. Voir ACS, CPC, fasc. cit. ».

Source de la notice et de la photo : Roberto CUCCHINI, I soldati della buona ventura : militanti antifacisti bresciani nella guerra civile spagnola, 1936-1939, GAM, 2009, pp. 365-367 et 630-631.

Les Giménologues, 15 juin 2020.