BRAGA Faustino

Nous reprenons la rédaction des biographies de chacun des ex combattants italiens (anarchistes ou pas) dont le nom se trouve sur la liste « Libertá o Morte » du camp d’Argelès sur Mer, dressée par la police politique italienne le 8 août 1939.
Cela s’inscrit dans le cadre de notre collaboration à la base de données sur le camp de concentration d’Argelès-sur-Mer, réalisée par Grégory TUBAN, de Perpignan : http://www.memorial-argeles.eu/fr/
https://www.memorial-argeles.eu/fr/1939/1939-2eme-periode-du-camp-avril-juin-1939/le-camp-des-brigadistes.html
Toutes les notices sont le fruit d’un travail de recherche en collaboration avec Tobia Imperato de Turin et Rolf Dupuy de Paris.
La traduction et la rédaction sont réalisées par Jackie, giménologue.

Faustino BRAGA - fils de Guiseppe e Piccinelli Oliva - est né le 29 janvier 1903 à Virle Treponti (Brescia). C’est un socialiste. Après avoir fréquenté l’école jusqu’à la troisième élémentaire, il a certainement appris un métier mais on n’a pas d’information sur ce sujet.
La police ne s’intéresse à lui qu’après l’immédiate après-guerre, en tant que jeune politiquement actif qui se fait remarquer « comme un élément socialiste, puis anarchiste ». Il adhère pendant quelques mois à la section socialiste de son village, et s’engage principalement dans la propagande « pour la diffusion de ses idées ». Il quitte le PSI et adopte les principes libertaires. Certains documents le signalent comme particulièrement actif pendant le « biennio rosso »* . C’est au cours de cette période qu’il écope de condamnations : la première à 25 jours de prison en octobre 1921, pour coups et blessures sur des policiers ; la seconde, à quelques mois de prison pour coups et blessures, en juillet de l’année suivante. Selon une note des carabiniers, Braga professe « l’idéal anarchiste, et même s’il n’a jamais été membre de ce parti, il se montre toujours exalté par cette idée, dont il fait une propagande active ».
Le 13 septembre 1922 il émigre en France pour travailler ; il exerce le métier de tailleur de pierre à Reims, Paris et Sataren [?]. Il accompagne d’autres socialistes expatriés pour des motifs politiques. On sait peu de chose sur son activité pendant ces années sinon que le 6 avril 1925, la Cour d’Appel de Paris le condamne à 6 mois de prison pour avoir causé de légères blessures à des opposants. Il décide de rentrer en Italie pour accomplir le service militaire, mais le 4 mars 1926 il est arrêté à la frontière de Modane, et transféré à la prison de Milan. Il est déféré au Tribunal Militaire accusé de désertion pour ne pas avoir répondu à l’appel. Mais il est immédiatement acquitté, l’accusation étant jugée totalement infondée. Il est affecté au 24ème régiment d’infanterie stationné à Gênes. Bien que limité dans ses mouvements par la discipline militaire, il ne renonce pas à manifester ses convictions politiques : une note des renseignements révèle que Braga « s’affiche comme un élément opposé au régime et dénigrant le fascisme ». C’est la raison pour laquelle en avril 1927, un mois après avoir été réformé, la Commission Provinciale le soumet à une surveillance pour une durée de 2 ans en tant « qu’élément dangereux pour l’ordre national de l’Etat », d’un « tempérament arrogant et autoritaire qui persiste sournoisement à faire de la propagande contre le gouvernement national et le Régime fasciste ».

Installé à Brescia pour travailler, il est condamné en août à 3 mois de prison pour avoir contrevenu à la surveillance. Au début de 1928 on le retrouve employé comme marbrier dans l’entreprise Tomasini. Mais les conditions de vie auquel il est contraint ne sont pas des plus faciles, aussi dans les années trente il exprime son intention de rejoindre son frère Guiseppe qui est déjà parti en France. Le 29 août 1934, il obtient un passeport avec lequel il sort légalement du pays, avec en poche un contrat de travail régulier de l’entreprise Villy Louis. Il s’établit à Saint Martin-sur Ocre, dans la Loire. Ensuite de là il va à Paris. Un an après il fait l’objet d’un arrêté d’expulsion comme « politiquement dangereux ». Il est inscrit au registre des frontières.
En septembre 1936 il s’engage avec Ateo Scorticati** dans la première section italienne des volontaires antifascistes commandée par Angeloni et Rosselli, incorporée dans la colonne Ascaso. En novembre il intègre le "Bataillon de la mort" [ voir Additif ci-dessous] avec lequel il participe à toutes les actions militaires jusqu’en avril 1937. Il dut réintégrer ensuite la colonne Ascaso. C’est dans l’une de ces actions sur le front de Huesca qu’il est gravement blessé à la tête le 16 juin*** . C’est peut-être à cette période qu’il passe dans une nouvelle unité, probablement la Brigade Garibaldi*4. Après une ultime tentative de bloquer l’avancée des nacionales sur Caspe, en mars 1938, Braga est signalé comme faisant partie du Bataillon disciplinaire de la 45ème division qui comprend également la XIIème Brigade Internationale. Quelques mois plus tard, il semble s’être enrôlé dans une unité du Génie présente dans la province de Teruel*5 .
Ces changements donnent à penser que Braga avait une certaine aversion pour le milieu politico-militaire. Cela se confirme au vu d’une note d’information où il est qualifié de « communiste dissident ».

Il rentre en France en février 1939, et se retrouve interné 3 mois plus tard dans le camp d’Argelès-sur-mer, où il fait partie du groupe libertaire Libertà o morte. Il est ensuite transféré dans le camp de Vernet sur Ariège*6 , et enfin dans celui de Gurs. Là, avec d’autres ouvriers français, il est enrôlé dans une des compagnies affectées aux travaux de fortification de la frontière au nord du pays. Après la défaite de l’armée franco-anglaise, il est capturé par les nazis à Dunkerque avec un autre anarchiste originaire de Brescia, Ragni*7 , et il est déporté en Allemagne. À la fin de l’année 1940, il est remis aux autorités françaises qui l’enferment avec d’autres ex-miliciens d’Espagne*8 dans l’ancien hôpital de Reims, momentanément transformé en camp de concentration. Au début de l’année 1941 il demande à rejoindre son frère naturalisé français et installé à Paris*9 . Mais en juillet 1941, il est toujours interné, cette fois dans le camp de Cazeaux. À partir de ce moment, il n’y a plus d’autres renseignements sur lui.

Source de la notice et de la photo  : Roberto CUCCHINI, I soldati ella buona ventura : militanti antifacisti bresciani nella guerra civile spagnola, 1936-1939, GAM, 2009, pp. 363-365 et 629-630.

NOTES :
* Le biennio Rosso (en français « Les deux années rouges ») est le nom donné à la période de l’histoire de l’Italie qui suit la Première Guerre mondiale (1919 - 1920) et pendant laquelle se produisirent, surtout en Italie du Nord, des mobilisations paysannes, des manifestations ouvrières, des occupations de terrains et d’usines suivies parfois de tentatives d’autogestion. L’agitation s’étendit jusqu’aux zones rurales de la plaine du Pô avec des piquets de grève, des grèves et des affrontements violents. https://fr.wikipedia.org/wiki/Biennio_rosso

** Scorticati Ateo, fils de Natale et Baribieri Desolina, est né le 2/10/1905 à Rivalta, (Reggio Emilia). C’est un ouvrier communiste. Il émigre en France en 1930 pour rejoindre son père y résidant depuis 10 ans. À l’automne 1936 il fait partie de la colonne italienne en Espagne. En février 1937 il rentre en France.
Cf. http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=3224

*** À cette occasion, Braga est donné pour mort : « Fausta Braga, de la 3ème compagnie du Bataillon de la Mort destiné au noyau de réserve a voulu à tout prix se joindre à la compagnie et il est tombé d’une balle dans le tête », in Enrico Giussani, La battaglia di Huesca, Giustizia e Libertà du 2 juillet 1937, a. IV, n.27. L’information fut rectifiée dans le numéro suivant avec un nouvel article : « Braga è stato ferito ». Giustizia e Libertà, 23 juillet 1937, a.IV. N.30. Voir aussi A. Lopez , la colonna italiana, cit., p.12. Cf. L. Longo (Gallo), Le Brigate internazionali in Spagna, cit., p.280.

*4 Après la bataille de Teruel, les nationalistes reprirent l’offensive au sud de l’Ebre, et font une percée dans le front républicain le 9 mars 1938. L’un des objectifs était de conquérir Caspe, qui fut occupé le 17 mars. Le fait que Braga était présent dans cette zone, laisse à penser qu’il avait adhéré à une unité de la Brigade Garibaldi en opération sur ce front.

*5 Dans le bois de Pozorubio (province d’Albacete) il y avait une école de rééducation « où étaient envoyés les volontaires insubordonnés, les démoralisés, les fugitifs de la ligne de front, les “éternels bagarreurs” mécontents […] ». Ceux-ci furent ensuite placés dans la compagnie du Génie. Au cours de l’été 1938, les sapeurs ont été utilisés pour creuser des tranchés et des fortifications au sud de l’Ebre. Cf. P. Cesare Pavanin, Un uomo contro, cit., p.85. Le fait que des documents de la police signalent que Braga se retrouvait dans le Bataillon du Génie, rend plausible sa présence, juste avant ,dans l’école de rééducation mentionnée par Pavanin.

* 6 Cf. la liste des internés dans Enciclopedia dell’antifascismo e della resistenza, vol.VI, cit., p. 356.

*7 : En attendant notre notice, voir sa biographie bio ici :http://militants-anarchistes.info/spip.php?article7004

* 8 Parmi eux on trouve : Egidio Fossi, Giovanni Sandri, Pietro Aureli e Lorenzo Giusti.
Fossi Egidio : cf. http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=2369
Aureli Pietro : cf. http://militants-anarchistes.info/spip.php?article7207
Giusti Lorenzo : en attendant notre notice, voir sa biographie ici :http://militants-anarchistes.info/spip.php?article9503

*9 http://www.bfscollezionidigitali.org/entita/13182-braga-faustino-giuseppe/

Les Giménologues 7 mai 2020.