Le pari de l’autonomie. Récits de luttes dans l’Espagne des années 70
Recension

Nous relayons des notes de lecture rédigées par un anonyme et publiées ici : http://sortirducapitalisme.fr/notes-de-lecture/296-le-pari-de-l-autonomie-recits-de-luttes-dans-l-espagne-des-annees-70
http://sortirducapitalisme.fr

Ce livre collectif est paru aux Éditions du soufflet en 2018.
On en trouve des extraits ici :
https://leparidelautonomie.noblogs.org/extraits-du-livre/

Le prologue de l’édition espagnole intitulé "Au sujet des crises sociales", pose le contexte dans lequel vont émerger les groupes autonomes :

"À partir de 1970, l’année d’apparition de l’autonomie ouvrière, l’existence d’une classe ouvrière nouvelle a été le facteur le plus marquant de la vie politique espagnole. […] La classe ouvrière à laquelle nous nous référons ici a une date d’apparition mais aussi, malheureusement, de péremption. […]
Le démembrement du mode d’organisation en assemblée qui a résulté des accords de la Moncloa en 1977 a transformé en l’espace de cinq ans une classe consciente et combative en une foule docile et conformiste. […]
La question consiste à savoir pourquoi un monde où chacun pensait en terme de collectif ou de classe a été remplacé par un monde régi par l’individualisme et la compétition. […]
La nouvelle classe ouvrière apparaît au moment où elle se sépare progressivement de la société franquiste et crée son propre espace social. De fait elle a dû trouver cet espace principalement dans la sphère de la production, et dans une bien moindre mesure dans les quartiers et les zones industrielles. […]
Dans le domaine du travail, la conséquence la plus regrettable de l’autolimitation s’est située dans le domaine des idées et des valeurs. La promotion de L’éthique du travail, ou pour le dire autrement de l’ouvriérisme, a gravement nui à la conscience de classe. […]
L’éthique du travail, cette invention bourgeoise calviniste servant à discipliner le prolétariat, implique que travailler est la condition normale des êtres humains. La condition de l’ouvrier est pour ainsi dire sa condition naturelle. En accord avec ce concept, le travail, en plus d’être la condition absolue de la survie, est un réceptacle de valeurs : la dignité, la place de la société, l’épanouissement. Ainsi, du point de vue des « gens qui bossent », la société sans classe serait une sorte d’usine universelle. Elle ne peut être envisagée autrement que comme une société de travailleurs, où le travail ne serait jamais refusé, pas plus que les valeurs qui lui sont associées directement ou indirectement : l’effort, l’économie, le sacrifice, la vocation, la régularité, le mariage, la famille patriarcale…
[…] Les années 70 ont donc vu émerger cette situation paradoxale : une classe ouvrière accrochée à des valeurs bourgeoises et des enfants de bourgeois qui trouvaient normal de transgresser ces mêmes valeurs."
(pp. 15-18).

Il y a dans les ANNEXES un petit texte inédit en français :
"Nous les femmes nous ne voulons pas de prisons améliorées"
Il commençe ainsi :
"Ayant aussi vécu à l’extérieur, nous savons que ce que vivent les femmes en prison est un sujet rarement abordé, malgré l’intérêt qu’il suscite. "
Il faisait partie des comunicados de la prisión de Segovia, non repris dans le recueil des communiqués des groupes autonomes, paru en français chez Champ Libre en 1980 sous le titre Appels de la prison de Ségovie.

Les giménologues 7 janvier 2020.

Les années 70 furent des années de réveil social, animées par un grand bouillonnement de révolte et de vie. Le livre Le pari de l’autonomie (d’abord publié en espagnol sous le titre Por la memoria anticapitalista. Reflexiones sobre la autonomía), récemment sorti en français aux éditions du Soufflet, raconte l’histoire tourmentée des luttes sociales dans l’Espagne des années 70, un des nombreux endroits où ce séisme révolutionnaire mondial pris un caractère plus diffus, plus étalé dans le temps mais néanmoins profond et intense.

C’est donc dans le cadre de troubles mondiaux, d’une part, et de la fin du régime de Franco en 1975 et le passage vers la « transition démocratique », libéralisation de façade du régime, d’autre part, que ce conflit s’ancre.

Les luttes sociales d’alors, lassées de l’encadrement engourdissant des structures syndicales et politiques officielles, prennent un tournant dit autonome, c’est à dire pratiquant l’auto-organisation.

La forme de la lutte change, se faisant plus directe, violente et sans concession, combattant les multiples structures du Capital et au passage réinventant la vie même.

Ce livre, constitué de récits et de réflexions, se propose de contribuer à l’entretien d’une mémoire historique de ce mouvement qui à n’en pas douter contient de riches ressources pour alimenter les combats du présent et du futur.

Dans une société où l’histoire des luttes est toujours plus effacée au profit du monologue consensuel qui ne nous dit autre chose que « le capitalisme a toujours existé et il n’y a jamais eu d’alternative », il faut considérer la mémoire de l’histoire de la révolution comme une lutte en soi, dont ce livre est résolument une munition de choix.

Suite de la recension dans le PDF joint.