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Petite tournée des giménologues en mai 2019
Avec présentation des trois volumes de "Les chemins du communisme libertaire en Espagne 1868-1937" parus aux éd. Divergences
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Le mercredi 8 mai à 19 H À la librairie des éditions Libertalia, 12 rue Marcelin-Berthelot, 93100 Montreuil (métro Croix-de-Chavaux).

petit souvenir :
https://twitter.com/LibertaliaLivre/status/1126210234429706240

Le jeudi 9 mai à 19h30 à la librairie PUBLICO, 145 rue Amelot 75 211 Paris

Le samedi 11 mai à 17h00 à Rennes au bar « Le papier timbré » rue d’Echange [cf. affiche jointe] http://www.cnt-f.org/ul.rennes/presentation-des-livres-les-chemins-du-communisme-libertaire-en-espagne-1868-1937/

Le jeudi 16 mai à à 20h30 Conférence-débat à Rochefort-en-Terre (Morbihan) au Café de la Pente, 9 rue du vieux bourg : Anarchisme et anarcho-syndicalisme en Espagne - 1868-1936. De l’émergence du mouvement ouvrier à une révolution libertaire. Entrée libre. Organisé par le collectif libertaire du coin
Des années 1870, où apparaissent les premières organisations ouvrières, aux années 30 où la CNT – souvent décrite comme le syndicat le plus combatif de son temps – organisa jusqu’à 1,5 million de travailleur.euse.s, l’anarchisme se répandit en Espagne par des voies multiples.
Ce courant anti-autoritaire du socialisme développa des modes d’action et d’organisation ainsi qu’un projet de société radicalement différents du modèle marxiste : le communisme libertaire. Il prôna l’autogestion économique, l’organisation décentralisée ou les assemblées et la démocratie directe en remplacement de l’Etat.
Pendant six décennies ce mouvement s’est affronté au patronat et à l’Etat au travers de grèves générales, de pratiques de sabotage et de boycott économique, l’auto-défense armée face aux milices patronales, des insurrections ou encore des luttes de quartier. Il acquit ainsi, de par ces expériences, une capacité de lutte et d’organisation qui aboutira en juillet 1936 à une révolution sociale, amorcée en même temps qu’il contribuait à barrer la route au fascisme.
A l’heure où des mouvements sociaux comme ici les Gilets Jaunes reprennent le chemin des assemblées et de l’organisation horizontale, et où les idées et pratiques anarchistes se retrouvent au cœur d’utopies politiques différentes (Chiapas zapatiste, ZAD, Rojava en Syrie, …), en quoi ces expériences peuvent-elles inspirer les luttes d’aujourd’hui ? Quelles leçons peut-on tirer des audaces et des erreurs de ce mouvement au moment où il s’engagea dans une révolution ?
Un collectif d’historien.ne.s amateur.e.s - les « Giménologues » - a entrepris depuis 2004 des recherches sur les protagonistes de cette histoire encore trop méconnue. Myrtille, membre du collectif, viendra présenter ces questions à partir de ses livres sur « Les Chemins du communisme libertaire en Espagne ».
>https://www.editionsdivergences.com/produit/les-chemins-du-communisme-libertaire-en-espagne-1868-1937/]
Film, 25 minutes de présentation du mouvement libertaire espagnol (à 2h25 min. de la vidéo) :https://www.youtube.com/watch?v=4SAjq4WaLaA

Le samedi 18 mai à Châteaulin, 12h-21h, 6eme Fête de l’Autogestion Espagne 1936-1939 : le communisme libertaire [cf. affiche jointe]

Le dimanche 19 mai à Douarnenez 29100, 20 h au Local 5-7 rue Sébastien Velly [cf. affiche jointe]

Avec cette « trilogie » nous bouclons une longue immersion dans les méandres de l’anarchisme espagnol, commencée avant 2006 avec les Souvenirs d’Antoine Gimenez. Nous avons cheminé avec les idées et pratiques constitutives du projet communiste libertaire sur fond de guerre sociale très dure et quasi ininterrompue de 1835 à 1936.
Nous mettons ainsi à disposition un matériau peu connu en France, organisé en vue d’approfondir quatre aspects principaux que nous évoquerons lors de ces causeries :

- La rencontre entre une population ouvrière et paysanne spontanément antiétatiste, anticléricale et anticapitaliste et les idées libertaires portées par l’AIT anti-autoritaire. Puissance de l’anarchisme en Espagne, seul pays où sera maintenu et partiellement expérimenté le principal objectif révolutionnaire avancé aux XIXe-XXe siècles : l’abolition du travail salarié, base de toute démarche anticapitaliste
- Les conditions de l’élaboration du projet communiste libertaire après la Commune de Paris. Les polémiques entre anarchistes collectivistes et anarchistes communistes espagnols sur la façon d’organiser le combat contre le capitalisme et l’État, et sur la construction de la société à venir.
- La mise en place de l’anarcho-syndicalisme via la CNT, un syndicat pas tout à fait comme les autres, et l’évolution du projet communiste libertaire dans les années 1930 en fonction des luttes de tendances entre « communalistes agraristes » » et « syndicalistes industrialistes »
- Le « dédoublement » du mouvement révolutionnaire incarné par la CNT-FAI après le 19 juillet 1936 : une partie des militants se rallie au front populaire antifasciste et organise l’économie sous l’égide de l’État ; une autre se lance dans la mise en route des phases préliminaires du communiste libertaire, notamment en Aragon.

Une partie de l’historiographie anarchiste a avancé que seules les conditions extérieures ont limité puis étouffé l’expérience révolutionnaire de 1936-1939 : guerre, contre-révolution bourgeoise et stalinienne. Nous procédons à une re-visitation de ce discours.
Nous avons cherché à comprendre comment une partie du mouvement anarchiste espagnol qui avait depuis 1870 résisté plus longtemps qu’ailleurs à l’intégration de la classe du travail dans la reproduction dynamique du capital finit par se rallier dès avant juillet 1936 à la mise en application d’un programme de type social-démocrate, prôné par les socialistes et les marxistes de la Deuxième Internationale (1889).
La social-démocracie avait engendré dès sa naissance « une pratique réformiste destinée à organiser de manière pacifique – et dans les conjonctures de crise sociale, par la violence – le rapport capital-travail » (Janover), et un « industrialisme ouvrier » dénoncé en ces termes par les anarchistes communalistes et insurrectionnalistes, tel Abad de Santillán en 1925 :

La base de l’organisation syndicaliste réside dans le principe de la centralisation industrielle – et non dans la décentralisation de ces monstrueuses entreprises et trusts financiers qui détruisent les caractéristiques de la vie communale – à partir duquel on arriverait à créer, après la révolution, un État syndicaliste dont chaque cellule correspondrait aux branches industrielles ramifiant le tronc de l’actuel système capitaliste… […] Nous ne croyons pas que les organisations ouvrières doivent suivre le processus de développement industriel ni copier les formes extérieures du capitalisme en cherchant dans la structure économique actuelle des éléments constitutifs de la future organisation des peuples. […]
Les anarchistes qui se veulent conséquents […] ne doivent pas oublier que les organisations économiques du prolétariat ont un caractère transitoire, et ne répondent qu’aux « nécessités » engendrées par le développement capitaliste. […]
L’important est de maintenir latent l’esprit d’indépendance des prolétaires et opposer une force consciente au pouvoir asservisseur du capitalisme, en minant son formidable organisme économique pour le rendre inutilisable et sans espérer se servir de lui pendant ou après la révolution. De la même manière que nous ne devons pas viser la conquête de l’État, […] nous ne devons pas souhaiter celle du système économique du capitalisme, mais plutôt son abolition dans la vie sociale. […] Si nous devions planifier l’organisation libertaire future, nous donnerions toujours l’avantage à la commune plutôt qu’à la base industrielle. […]
L’industrialisme ouvrier est une émanation du « matérialisme historique » appliqué au terrain de la lutte des classes. Et ce camouflage de la révolution […] doit être détruit par les anarchistes. (In El anarquismo en el movimiento obrero, pp. 35-37)

Santillán écrivait ceci au moment où [1] la tendance la plus syndicaliste du mouvement libertaire s’engageait dans une démarche ouvertement révisionniste, qui évacuera petit à petit les principes et finalités du communisme libertaire. Des militants anarcho-syndicalistes en pointe tel Juan Peiró estimaient au moment du deuxième congrès de la CNT (1931) que « l’économie générale est une, qu’elle concerne de la même manière les capitalistes et les prolétaires », et que « le syndicalisme est industrialiste dans la mesure où il se voit obligé d’adapter ses comportements aux coordonnées technologiques et économiques du système auquel il veut succéder » (selon les termes d’Antonio Elorza, in La Utopia anarquista bajo la segunda república, 1973).
Cette tendance identifiait – comme presque tous les marxistes de leur temps – les forces productives au mode de production industriel, implicitement compris comme un procès purement technique, indépendant du capitalisme, et ils reprirent à leur compte la vision capitaliste du travail comme source transhistorique de la richesse et base de la socialisation.
Nous ne sommes pas sortis aujourd’hui de cette « critique » productiviste du capitalisme qui affirme le travail prolétarien et la croissance industrielle sans entrave, et reconduit certains aspects centraux du capitalisme lui-même. Le tout flanqué d’une « gauche d’accompagnement » (cf. Supiot, La gouvernance par les nombres, 2015) dont l’ambition se limite à rendre humainement plus supportables les sacrifices des ouvriers.
Dans notre monde toujours structuré par le travail, les rapports sociaux capitalistes sont plus que jamais appréhendés de manière incomplète : on désigne la « finance » et le secteur de la circulation comme le mal absolu, et on ne cherche pas à sortir de la cage d’acier « mode de production/salariat /travail ».

Les Giménologues, 1er mai 2019

Voir annonce de la parution du volume III ici : http://gimenologues.org/spip.php?article830

Notes :

[1bien avant les « circonstances » de la guerre civile


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