Suite des banalités de base sur « Les bolchos ont-ils remis le peuple au boulot ?
[Morceaux choisis de Lénine dont Eric Aunoble ne nous a pas parlé]
Article mis en ligne le 30 novembre 2017

par Hipparchia
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Suite des banalités de base sur « Les bolchos ont-ils remis le peuple au boulot ? » [1]

[Morceaux choisis de Lénine dont Eric Aunoble ne nous a pas parlé]

Le monopole des céréales, la carte de pain n’ont pas été créés par nous, mais par l’Etat capitaliste en guerre. C’est lui qui a d’ores et déjà créé l’obligation générale du travail dans le cadre du capitalisme, - ce qui est un bagne militaire pour les ouvriers. Mais ici encore, comme dans toute son œuvre historique, le prolétariat emprunte ses armes au capitalisme, il ne les « imagine » pas, il ne les « tire pas du néant ». […] nous n’inventons pas une forme d’organisation du travail, nous l’empruntons toute faite au capitalisme.

Extrait de Lénine : « Les bolchéviks garderont-ils le pouvoir [2] » ?

Quatrième argument des avocats de la bourgeoisie : le prolétariat ne pourra pas « faire fonctionner » l’appareil d’Etat. Cet argument n’offre rien de nouveau par rapport au précédent. Naturellement, nous ne pourrions ni assimiler techniquement l’ancien appareil, ni le faire fonctionner. Le nouvel appareil, les Soviets, est déjà mis en mouvement par le « puissant essor créateur des forces populaires ». Il suffit de dégager cet appareil des entraves qui lui ont été imposées par la domination des chefs socialistes-révolutionnaires et menchéviks. Cet appareil fonctionne déjà ; il suffit de rejeter ce monstrueux attirail petit-bourgeois qui l’empêche d’avancer toujours à pleine vitesse.

Deux circonstances sont ici à considérer pour compléter ce que nous avons dit plus haut : d’abord, les nouveaux moyens de contrôle, créés non pas par nous, mais par le capitalisme dans sa phase de guerre impérialiste ; ensuite, l’importance de la pénétration des principes démocratiques dans l’administration de l’Etat de type prolétarien.

Le monopole des céréales, la carte de pain n’ont pas été créés par nous, mais par l’Etat capitaliste en guerre. C’est lui qui a d’ores et déjà créé l’obligation générale du travail dans le cadre du capitalisme, - ce qui est un bagne militaire pour les ouvriers. Mais ici encore, comme dans toute son œuvre historique, le prolétariat emprunte ses armes au capitalisme, il ne les « imagine » pas, il ne les « tire pas du néant ».

Le monopole des céréales, la carte de pain, l’obligation générale du travail sont dans les mains de l’Etat prolétarien, dans les mains des Soviets investis de la plénitude du pouvoir, le moyen le plus puissant de comptabilité et de contrôle, un moyen tel que s’il est étendu aux capitalistes et aux riches en général, s’il leur est appliqué par les ouvriers, il « fera fonctionner » l’appareil d’Etat avec une force inconnue jusqu’ici dans l’histoire et permettra de triompher de la résistance des capitalistes et de les soumettre à l’Etat prolétarien. Ce moyen de contrôle, cette obligation du travail sont autrement puissants que les lois de la Convention et que sa guillotine. La guillotine n’était qu’un épouvantail qui brisait la résistance active. Cela ne nous suffit pas.

Cela ne nous suffit pas. Nous ne devons pas seulement « épouvanter » les capitalistes, c’est-à-dire leur faire sentir la toute-puissance de l’Etat prolétarien et leur faire oublier l’idée d’une résistance active contre lui. Nous devons briser aussi leur résistance passive, incontestablement plus dangereuse et plus nuisible encore. Nous ne devons pas seulement briser toute résistance, quelle qu’elle soit. Nous devons encore obliger les gens à travailler dans le cadre de la nouvelle organisation de l’Etat. Il ne suffit pas de « flanquer à la porte » les capitalistes, il faut (après avoir flanqué à la porte les « récalcitrants » bons à rien et incurables) les mettre au service du nouvel Etat. Ceci concerne autant que les capitalistes une certaine couche des dirigeants intellectuels bourgeois, des employés, etc.

Et nous avons les moyens de le faire. L’Etat capitaliste en guerre nous a lui-même mis entre les mains les moyens et les armes pour cela. Ces moyens, ce sont le monopole des céréales, la carte de pain, l’obligation générale du travail. « Qui ne travaille pas ne mange pas », telle est la règle fondamentale, la règle première, essentielle que peuvent appliquer et qu’appliqueront les Soviets de députés ouvriers, quand ils accéderont au pouvoir.

Chaque ouvrier a un livret de travail. Ce document ne le dégrade pas, encore qu’aujourd’hui ce soit, sans aucun doute, la preuve de l’esclavage salarié capitaliste, l’attestation que le travailleur appartient à tel ou tel parasite.

Les Soviets institueront le livret de travail pour les riches, et ensuite progressivement pour toute la population (dans un pays agricole, il est vraisemblable que pendant longtemps le livret de travail ne sera pas nécessaire pour l’immense majorité des paysans). Le livret de travail cessera d’être le signe qu’on fait partie de la « plèbe », il cessera d’être l’attribut des classes « inférieures », la preuve de l’esclavage salarié. Il deviendra la preuve que dans la nouvelle société il n’y a plus d’« ouvriers », mais que par contre il n’y a plus personne qui ne soit un travailleur.

Les riches devront recevoir un livret de travail du syndicat des ouvriers ou des employés, le plus proche de leur activité ; ils devront recevoir toutes les semaines, ou à tout autre intervalle fixé, de ce syndicat l’attestation qu’ils accomplissent consciencieusement leur travail ; faute de quoi, ils ne pourront pas recevoir leur carte de pain et de produits alimentaires en général. Nous aurons besoin de bons organisateurs du système bancaire, de gens capables de grouper les entreprises (dans ce domaine, les capitalistes ont plus d’expérience et avec des gens expérimentés, le travail marche mieux) ; il nous faut en nombre toujours plus grand que par le passé des ingénieurs, des agronomes, des techniciens, des spécialistes de tout genre, instruits et cultivés, dira l’Etat prolétarien. A tous ces travailleurs nous donnerons un travail approprié à leurs forces et à leurs habitudes ; nous n’instituerons vraisemblablement que peu à peu l’égalité des salaires dans toute la mesure du possible, laissant pendant la période transitoire un salaire plus élevé aux spécialistes, mais nous les soumettrons au contrôle total des ouvriers, nous obtiendrons la mise en application complète et sans réserve de la règle : « qui ne travaille pas ne mange pas ». Et nous n’inventons pas une forme d’organisation du travail, nous l’empruntons toute faite au capitalisme : banques, cartels, usines modèles, stations expérimentales, académies, etc. ; il nous suffira d’emprunter les meilleurs types d’organisation à l’expérience des pays avancés.

Et, naturellement, nous ne tomberons pas le moins du monde dans l’utopie, nous n’abandonnerons pas le terrain du calcul le plus sensé et le plus pratique, si nous disons : la classe capitaliste dans son ensemble opposera la résistance la plus acharnée, mais l’organisation de la population tout entière dans les Soviets brisera cette résistance, et il faudra, cela va de soi, punir par la confiscation de tous leurs biens et par la prison les capitalistes particulièrement obstinés et récalcitrants.

Apprendre à travailler, voilà la tâche que le pouvoir des Soviets doit poser
au peuple dans toute son ampleur. […] Il faut inscrire à l’ordre du jour, introduire pratiquement et mettre à l’épreuve le salaire aux pièces ; appliquer les nombreux éléments scientifiques et progressifs que comporte le système Taylor

Extrait de Lénine : « Les tâches immédiates du pouvoir des Soviets (1918) » [3]

5. L’augmentation de la productivité du travail :

Dans toute révolution socialiste, lorsque le prolétariat a réglé le problème de la prise du pouvoir, et à mesure que s’accomplit, dans ses grandes lignes, la tâche qui consiste à exproprier les expropriateurs et à écraser leur résistance, une tâche essentielle passe inéluctablement au premier plan : réaliser une structure sociale supérieure à celle du capitalisme, c’est-à-dire augmenter la productivité du travail et, en rapport avec cela (et pour cela), organiser le travail sur un mode supérieur. Notre pouvoir soviétique se trouve précisément dans une situation où les victoires remportées sur les exploiteurs, depuis Kérenski jusqu’à Kornilov, lui permettent de s’attaquer directement à cette tâche, de la serrer de près. Et là, il apparaît aussitôt que si quelques jours suffisent pour s’emparer du pouvoir central de l’Etat, si l’on peut, en quelques semaines, réprimer la résistance militaire (et le sabotage) des exploiteurs, même sur les divers points d’un vaste pays, il faut en tout cas (surtout après une guerre aussi pénible et désastreuse) plusieurs années pour donner une solution durable au problème de l’augmentation de la productivité du travail. Il est incontestable que le long effort à fournir est fonction de conditions absolument objectives.

L’accroissement de la productivité du travail exige avant tout que soit assurée la base matérielle de la grande industrie, que soit développée la production du combustible, du fer, des machines, des produits chimiques. La République des Soviets de Russie se trouve dans des conditions favorables pour autant qu’elle dispose, même après la paix de Brest-Litovsk, d’immenses réserves de minerai (dans l’Oural), de combustible en Sibérie occidentale (houille), dans le Caucase et dans le Sud-Est (pétrole) ; en Russie centrale (tourbe), d’énormes richesses en forêts, en houille blanche, en matières premières pour l’industrie chimique (Kara-Boghaz), etc. La mise en valeur de ces richesses naturelles par les procédés techniques modernes assignera une base à un essor sans précédent des forces productives.

Une autre condition de l’accroissement de la productivité du travail, c’est en premier lieu l’essor de l’instruction et de la culture des grandes masses de la population. Cet essor se poursuit maintenant avec une rapidité prodigieuse, ce que ne voient pas les gens aveuglés par la routine bourgeoise, incapables de comprendre l’élan vers la lumière, l’esprit d’initiative dont les couches « inférieures » du peuple sont aujourd’hui animées grâce à l’organisation soviétique. En second lieu, pour atteindre l’essor économique, il faut encore développer la discipline des travailleurs, leur habileté au travail, leur diligence, intensifier et mieux organiser le travail.

De ce côté, la situation est chez nous particulièrement mauvaise, voire désespérée, à en croire les gens qui se sont laissé intimider par la bourgeoisie ou qui la servent par intérêt. Ces gens ne comprennent pas qu’il n’y a jamais eu, qu’il ne saurait y avoir de révolution sans que les partisans du vieux régime crient à la ruine, à l’anarchie, etc. On conçoit que l’effervescence et la fermentation soient larges et profondes au sein des masses qui viennent de secouer un joug d’une sauvagerie sans nom, que l’élaboration par les masses de nouveaux principes de la discipline du travail soit un processus de très longue durée, et que cette élaboration ne pouvait même pas s’amorcer avant la victoire complète sur les grands propriétaires fonciers et la bourgeoisie.

Mais, sans se laisser aucunement influencer par le désespoir, souvent factice, que répandent la bourgeoisie et les intellectuels bourgeois (qui désespèrent de pouvoir maintenir leurs anciens privilèges), nous ne devons en aucune façon dissimuler un mal certain. Au contraire, nous entendons le dévoiler et renforcer nos moyens soviétiques de lutte contre lui, le succès du socialisme étant inconcevable sans que la discipline consciente du prolétariat ait triomphé de l’instinctive anarchie petite-bourgeoise, ce véritable gage d’une restauration éventuelle des Kérenski et des Kornilov.

L’avant-garde la plus consciente du prolétariat de Russie s’est déjà assigné la tâche de développer la discipline du travail. Ainsi, le Comité central du syndicat des métaux et le Conseil central des Syndicats travaillent à l’élaboration de mesures et projets de décrets orientés dans ce sens. Nous devons appuyer ce travail et le faire avancer par tous les moyens. Il faut inscrire à l’ordre du jour, introduire pratiquement et mettre à l’épreuve le salaire aux pièces ; appliquer les nombreux éléments scientifiques et progressifs que comporte le système Taylor, proportionner les salaires au bilan général de telle ou telle production ou aux résultats de l’exploitation des chemins de fer, des transports par eau, etc., etc.

Comparé aux nations avancées, le Russe travaille mal. Et il ne pouvait en être autrement sous le régime tsariste où les vestiges du servage étaient si vivaces. Apprendre à travailler, voilà la tâche que le pouvoir des Soviets doit poser au peuple dans toute son ampleur. Le dernier mot du capitalisme sous ce rapport, le système Taylor, allie, de même que tous les progrès du capitalisme, la cruauté raffinée de l’exploitation bourgeoise aux conquêtes scientifiques les plus précieuses concernant l’analyse des mouvements mécaniques dans le travail, la suppression des mouvements superflus et malhabiles, l’élaboration des méthodes de travail les plus rationnelles, l’introduction des meilleurs systèmes de recensement et de contrôle, etc. La République des Soviets doit faire siennes, coûte que coûte, les conquêtes les plus précieuses de la science et de la technique dans ce domaine. Nous pourrons réaliser le socialisme justement dans la mesure où nous aurons réussi à combiner le pouvoir des Soviets et le système soviétique de gestion avec les plus récents progrès du capitalisme. Il faut organiser en Russie l’étude et l’enseignement du système Taylor, son expérimentation et son adaptation systématiques. Il faut aussi, en visant à augmenter la productivité du travail, tenir compte des particularités de la période de transition du capitalisme au socialisme, qui exigent, d’une part, que soient jetées les bases de l’organisation socialiste de l’émulation et, d’autre part, que l’on use des moyens de contrainte, de façon que le mot d’ordre de la dictature du prolétariat ne soit pas discrédité par l’état de déliquescence du pouvoir prolétarien dans la vie pratique.

On lit aussi dans le chapitre 3. Une nouvelle phase de la lutte contre la bourgeoisie :

Notre retard dans l’introduction d’un service de travail obligatoire montre une fois de plus que c’est bien un effort de préparation et d’organisation qui doit maintenant passer au premier plan de nos préoccupations. D’une part, ce travail nous permettra de consolider définitivement nos conquêtes ; d’autre part, il est indispensable pour préparer l’opération qui « encerclera » le capital et l’obligera à « se rendre ». Nous devrions immédiatement procéder à l’introduction du service de travail obligatoire, mais il faut le faire avec une grande circonspection et par degrés, en mettant chaque disposition à l’épreuve de l’expérience pratique et en commençant, bien entendu, par l’instituer pour les riches. L’introduction d’un livret de travail, de consommation et de budget pour tous les bourgeois, y compris ceux des campagnes, serait un grand pas en avant vers l’« encerclement » complet de l’ennemi et l’organisation d’un recensement et d’un contrôle véritablement populaires sur la production et la répartition des produits.

Et les « utopistes » pouvaient se reporter au chapitre 7 : « L’organisation harmonieuse » et la dictature :

Or, s’imaginer que la transition du capitalisme au socialisme puisse se faire sans contrainte et sans dictature, ce serait commettre la plus grande sottise et faire preuve du plus absurde utopisme.

Les Giménologues 26 novembre 2017.

Notes :

[2https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/bol-pou/vil19171001-21.htm. Ecrit à la fin de Septembre – 1er (14) octobre 1917. Paru en octobre 1917 dans la revue « Prosvéchtchénié » n° 1-2. Conforme au texte de la revue Œuvres t. 26, pp. 81-134. Paris-Moscou.




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