EL BANC EXPROPIAT DE GRÀCIA : UN PAS DE PLUS DANS LA STRATÉGIE DE LA TENSION

dimanche 29 mai 2016
popularité : 19%

EL BANC EXPROPIAT DE GRÀCIA [1] :
UN PAS DE PLUS DANS LA STRATÉGIE
DE LA TENSION

Depuis plusieurs années la Generalitat mène une politique guerrière contre les milieux libertaires, spécialement contre les centres sociaux occupés. Elle cherche à manipuler l’opinion publique et à justifier toute mesure répressive, même si elle doit de temps en temps négocier avec des juges et des procureurs les conséquences tragiques qu’elle n’a pas pu dissimuler. Nous ne faisons pas seulement référence à l’oeil d’Ester Quintana ou à la mort de Juan Andrés Benítez. Nous avons pris connaissance de tentatives d’infiltration et de subordination de militants, de montages de fausses conspirations, d’arrestations de supposés terroristes auteurs d’attentats imaginaires et autres manœuvres de désinformation. Hier, lundi 23 mai, nous avons assisté à l’expulsion provocatrice de la part des Mossos du Banc Expropiat du quartier de Gràcia, qui a été suivie de violentes charges qui ont laissé à terre plus d’une douzaine de blessés à coups de matraque et de projectiles viscoélastiques. C’est ce qu’on appelle stratégie de la tension, une tactique employée par les classes dirigeantes dans le but de désorganiser le mouvement social qui se montre réfractaire aux institutions là où il fonctionne le mieux, puisque le contrôle total des quartiers et des habitants de la capitale catalane se poursuit. La Catalogne officielle de l’oligarchie industrielle et financière veut être l’unique Catalogne réelle.

Signe d’une époque de décomposition accélérée de la politique dominante, les nouveaux alliés sur lesquels compte le capitalisme en Catalogne ne sont pas issus des rangs des partis de toujours, éclaboussés par des affaires de corruption et discrédités par une attitude constante en faveur des intérêts des détenteurs du pouvoir réel [2] . Maintenant ce sont d’anciens membres de mouvement sociaux passés à la politique qui endossent ce rôle en s’encastrant dans les partis et les candidatures citoyennes. La chose était évidente quasiment le premier jour où ils foulèrent la moquette du Parlement catalan ou de la mairie de Barcelone. Le récent accord avec le PSC dans cette même mairie rend compte de la convergence d’intérêts entre Barcelona En Comú et l’un des partis les plus représentatifs des forces qui commandent réellement à Barcelone, par ailleurs auteur des ordonnances municipales fascistes qui régissent toujours la vie de ses rues et parcs. Les citoyennistes se voient embarqués vers des positions que personne n’aurait crues possibles auparavant. C’est ainsi qu’on a pu constater la « compréhension » de la mairesse à l’égard de la garde urbaine, une des pires au monde, à travers « l’énergique condamnation » de Colau de la riposte d’un vendeur à la sauvette sans papier contre un agent qui le traquait, en ajoutant qu’elle était prêt à s’impliquer personnellement dans les suites judiciaires contre ce « dangereux » vendeur à la sauvette, aujourd’hui injustement emprisonné. Le changement à quatre-vingt dix degrés de Barcelona en Comú s’est reproduit dans le traitement accordé aux centres occupés qui refusaient de négocier leur expulsion et d’admettre une médiation des conseillers. Hier c’est le centre social Transformadors qui a été touché, aujourd’hui c’est le Banc Expropiat. Il semblerait que Colau, « en défense du bien commun » n’a pas besoin d’acheter la paix sociale comme l’a fait Trías en payant le loyer, pas plus qu’elle n’a à se faire entendre, car elle dispose d’une quantité d’événements médiatiques où elle peut faire montre de son (faux) amour du prochain et construire une image trompeuse de personne engagée.

Les « Okupants » ne veulent aller nulle part ailleurs ; dans tous les cas, ceux qui devraient partir c’est Antartic Vintage S.L, l’entreprise propriétaire des locaux de Banc Expropiat. Le département de l’Ordre Public de la Generalitat n’a pas raté l’occasion de porter un coup à « l’Okupation » et a envoyé les Mossos sur les lieux pour garantir l’ordre des affaires. Colau, pour qui le thème était « une affaire privée », en a également profité pour qualifier la réponse des gens à l’agression policière comme « des troubles totalement condamnables ». Les matraques des Mossos et les balles de foam lui ont semblé sans aucun doute plus appropriées pour « les habitants et habitantes » de Grácia. Une magnifique gestion de « l’attente » de ses électeurs.

Il est compréhensible que l’autre extrémité du mouvement de citoyens, la CUP, ait ressenti une gêne devant la « brutale répression » télévisée de ce qu’elle considère son bassin électoral, et qu’elle ait, du coup et la manière la plus opportuniste, déclaré son soutien aux manifestants. La CUP n’a pas seulement légitimé le Parlement suiviste, émanation d’un pacte avec le franquisme, mais l’a qualifié de « voix du peuple catalan ».Voix qui s’exprime essentiellement dans la langue de Convergencia Democratica de Catalunya, le principal parti de l’oligarchie dans la principauté. La collaboration de la CUP dans la comédie de l’indépendantisme de Convergencia a rendu possible un gouvernement de la droite catalane, celle qui vient d’envoyer les Mossos à Gràcia. Maintenant elle arrive et se plaint d’une violence qui sans ses voix n’aurait pas été possible. En travaillant avec Convergencia, la CUP travaille en réalité pour les intérêts du PP. Quand la politique est pure hypocrisie, son spectacle est pure pantalonnade. L’autoritarisme de plus en plus dur se cache derrière. Après que les citoyennistes aient neutralisé les mouvements dits – de façon un peu exagérée – sociaux, et après le retour de la politique franquiste de l’ordre public, les « Okuppants » sont les seuls qui font dissonance.

Les « Okuppants » sont le cauchemar des bureaucrates qui se croient autorisés à décider de la vie des autres et qui veulent que rien n’échappe à leur contrôle. Leur résistance peut transformer les gens qui votent en gens qui luttent, à Barcelone et partout. Il faut que les dirigeants le sachent : les expulsions signifient des troubles.

AVEC OU SANS CAPUCHE EL BANC SE DEFEND ! LIBERTÉ POUR LE VENDEUR EMPRISONNÉ !

Argelaga, 24 mai 2016.
Traduction Juliette
Les Giménologues , 28 mai 2016.


Des années trente à aujourd’hui, on pourra constater ironiquement la continuité de la persécution menée contre les vendeurs ambulants par la Generalitat : http://gimenologues.org/spip.php?article658


[1Il s’agit d’une ancienne succursale bancaire occupée depuis 2011 qui hébergeait des cours de langues, un réseau de distribution d’aliments et de vêtements.

[2poderes fácticos : pouvoirs informels qui agissent en marge de la loi, détenus et activés de facto par des individus ou des groupes qui défendent des intérêts économiques et sociaux particuliers au sein de la communauté politique.


Brèves

20 mai - Causerie giménologique • St Jean du Gard • 20 mai • 19 h

Causerie giménologique à St Jean du Gard
Le 20 mai à 19 heures
agrémentée de projection de (...)

19 mai - Rencontre avec les Giménologues • Ganges • Vendredi 19 mai 2017

Voir l’article 721

11 mai - « Le rêve égalitaire des Barcelone rebelles »...

« Le rêve égalitaire des Barcelone rebelles »
à Verfeil (Tarn-et-Garonne) le 11 mai 2017 à (...)

25 mars - Decazeville • samedi 25 mars

« 19 juillet 1936 : La révolution espagnole »
avec la participation de François Godicheau, (...)

2 mars - Charla aux archives de Sant Feliu de Llobregat

Le 2 mars 2017 à 19 h.
Lire l’article