EL CORAZÓN DEL SUEÑO...

dimanche 21 juin 2015
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EL CORAZÓN DEL SUEÑO...

« Cipriano Mera, Buenaventura Durruti, Antoine Giménez, García Oliver, Simone Weil, Soledad Estorach, Casilda la miliciana, Felix Likiniano, Francisco Maroto, Joaquina Dorado y otros … »

Nous disions sur notre page d’accueil [1] que l’histoire d’Antoine Gimenez se déclinait désormais sous plusieurs formes : feuilleton radiophonique, livres en plusieurs langues, pièce de théâtre.
Et voilà que les compadres des Pepitas nous signalent fin 2014 la sortie en Espagne d’une Novela Gráfica de 230 pages où notre Antoine se trouve en bonne place parmi ces « corazones revolucionarios, ces hommes et ces femmes libertaires qui au cours de l’été et de l’automne 1936 ont cheminé dans un interstice de l’histoire, un interstice qui a réussi à lézarder le cours des choses. Traversés par les conflits entre les idées et les contraintes de la guerre, par l’euphorie électrisante des victoires et la désespérante crudité des défaites, les cœurs de cette histoire d’histoires sont porteurs d’une immense dignité, de passion pour la liberté et pour la justice, d’un désir irréductible d’atteindre un monde nouveau. [2] »

Basé sur des biographies, des entretiens, des articles et essais, des mémoires de protagonistes, ce roman graphique en blanc et noir édité à Madrid par la Confederación Sindical Solidaridad Obrera en mai 2014 [3] a été conçu et dessiné par Rubén Uceda.

Rubén a pris contact avec nous après une présentation chez nos amis de Can Masdeu à Barcelone. Il nous a dit que le livre de mémoires d’Antoine l’avait fasciné, ainsi que celui sur les fils de la nuit. Il a alors décidé d’inclure dans son cómic plusieurs des histoires qui s’y trouvaient, et de faire d’Antoine l’un des principaux protagonistes. Rubén s’est même transporté à Pina de Ebro pour suivre les pas de notre internacionalista et ceux de Simone Weil.


Voici quelques extraits du texte de présentation de Rubén (traduit par nos soins) :
« Épisode après épisode défilent des situations vécues par ces protagonistes […]. En tirant le fil chronologique, le cómic se déploie sur cinq mois […] depuis le court été de l’anarchie jusqu’à l’automne de résistance de la Madrid antifasciste, depuis l’éclatement des passions révolutionnaires jusqu’aux labyrinthes sanglants de la guerre de positions. […] L’idée même de ce cómic s’est forgée au fil des ans après avoir accumulé des lectures sur la révolution sociale à l’intérieur de cette guerre civile […]. Le fait qu’il n’existe pas de cómic sur la révolution de 36 ni sur les anarchistes de cette époque [4] qui échappe à la caricature grotesque ou au manque de considération a aussi été un stimulant. Á partir de là, élaborer “el corazón” a supposé un exercice de responsabilisation dans la reconstitution historique, sans perdre le sens de l’humour, ni le goût pour enquêter sur les contradictions de toute action humaine. Pour recréer avec une certaine fidélité la partie graphique, j’ai visité pendant quatre ans une bonne partie des lieux où se sont déroulées ces histoires. […] Je me suis creusé la tête pour reconstituer des épisodes racontés de manière différente selon les sources directes, et j’ai découvert qu’écrire l’Histoire c’est réfléchir et faire un choix entre différents comptes rendus possibles. Pour cela, Cipriano Mera a été le principal référent de ce cómic qui évolue entre de grands militants comme Durruti et García Oliver et d’autres militants, […] non moins intéressants, comme Antoine Gimenez, et toutes les femmes qui apparaissent. D’ailleurs les histoires où elles interviennent ont été les plus difficiles à trouver. […]


Chaque épisode est conté à la première personne par son protagoniste, et au temps présent. Comme si nous étions en train de lire la chronique d’un ami, qu’il soit ministre de la CNT ou milicien sur le point de fusiller un groupe de ministres en train de fuir, mitrailleur malheureux d’avoir perdu des compagnons […] ou milicienne philosophe cherchant ses lunettes dans la confusion et la peur. Ce peut être encore un idéaliste accablé par le poids des événements ; ou un ouvrier faiste descendant de son tank…

… ou une jeune libertaire construisant un hôpital à partir de rien ; ou un mécanicien apprenant à construire des blindés ; ou un blessé de la colonne de Fer heureux de se retrouver dans une collectivité…

En outre, entre les épisodes et pour renforcer le sentiment de lire quelque chose d’actuel, sont inclues les « une » des journaux Solidaridad Obrera et CNT de ces jours-là, parfois accompagnées d’affiches, […] d’illustrations de revues libertaires et autres curiosités, pour rendre compte de l’ambiance.

L’ouvrage se termine sur la mort de Durruti, et là, même si Rubén émaille le texte de quelques indices renvoyant à diverses thèses sur les conditions de sa mort, on regrette qu’il n’ait pas évoqué plus directement tous les aspects de cette sombre affaire que la CNT-FAI n’a toujours pas eu le courage de tirer au clair.

Merci à Rubén pour ces tranches de vie, maintenant que les derniers hommes et femmes – à quelques durs à cuire près - impliqués dans cette expérience révolutionnaire ne sont plus là pour nous en rendre compte directement.

On peut s’informer sur les autres ouvrages réalisés par Rubén ici :

http://rubenuceda.wix.com/dfdfdsdf

http://www.traficantes.net/libros/el-decapital

Les Giménologues, le 16 juin 2015


[2Texte de la quatrième de couverture traduit par nos soins.

[3Réédité en décembre 2014.

[4Excepté quand même le roman graphique El arte de volar en 2009, d’Antonio Altarriba , pour ce que nous connaissons. Cf. article 406 (Note des Giménologues)