Petit additif sur l’affaire des déportés espagnols d’Angoulême
Article mis en ligne le 11 octobre 2009
dernière modification le 7 décembre 2009
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évoquée dans notre récent article sur les « étrangers indésirables ».

Nous avons reçu ces commentaires de la part d’un lecteur et ami : Hélios Peñalver, fils de Juan Peñalver, délégué de la centurie de miliciens du même nom qui opéra en Aragon dans le secteur de Belchite, au sein de la colonne Ortiz.
Hélios rédige une grosse notice sur la vie de son père, dont voici un extrait en rapport avec l’additif annoncé :

[Après la retirada] Juan Peñalver eut la chance d’échapper assez rapidement aux camps : « Les autorités firent appel à des maçons afin de travailler à la construction de la Poudrière d’Angoulême. Nous étions à la fin du printemps 1939. Nous fumes constitués en Compagnie de Travailleurs Etrangers. (…) Le Préfet de Charente délivra aux travailleurs issus des camps de réfugiés des papiers d’identités de travailleurs “libres”. (…) En maniant la truelle, en préparant le mortier, en montant les briques, je reprenais mes anciens réflexes professionnels. Je redevenais un homme. Certes, je devais construire une poudrière, des installations abritant des explosifs, des munitions qui allaient semer la terreur. Malheureusement, je n’avais pas le choix si je voulais sortir de cet enfer concentrationnaire. (…) Surpris par l’invasion allemande, (…) me revoilà sur les routes de l’exode. Après avoir enfilé mes deux costumes, l’un sur l’autre (survivants de la retirada SVP…), fixé ma valise sur le porte-bagages, j’enfourche mon vélo direction Bordeaux, puis Toulouse. En voyant cette foule qui fuyait, je ne pouvais m’empêcher de penser aux sarcasmes d’une certaine presse envers nous. Elle titrait : “Voici l’Armée de la déroute…”. Je pensais aussi à ces milliers de gens, exténués, affamés, poussiéreux et malades qui se traînaient sur les routes, comme nous en février 1939. Mais cette fois-ci nous étions au printemps 1940. Arrivé à Toulouse, j’abandonnais mon vélo, qui allait certainement faire le bonheur d’un autre fugitif et je pris le train pour Montpellier. »

Commentaire d’Hélios :

« J’aimerais apporter quelques compléments concernant l’affaire des déportés d’Angoulême.
Mon père n’étais plus présent à l’époque puisqu’il partit de cette ville avant l’arrivé des Allemands, vers la fin mai ou au début juin 1940. Mais un compañero qui avait travaillé avec lui à la construction de la poudrière lui envoya un courrier en lui expliquant ce qui s’était passé.
Les autorités allemandes avaient demandé aux autorités françaises de leur envoyer des travailleurs français volontaires pour l’Allemagne. L’occasion fut belle alors de se débarrasser des étrangers indésirables. Les autorités françaises livrèrent aux Allemands les réfugiés espagnols internés dans le camp d’Angoulême. Les autorités nazies firent passer une note de protestation dans la presse : elles souhaitaient des volontaires français et non pas des “rouges espagnols”…Avant que le STO ne fut institué, Pétain tenta de convaincre des volontaires français de partir en Allemagne, en faisant valoir que pour chaque travailleur qui partait, un prisonnier rentrait en France. »

Hélios nous a envoyé cette photo de famille des années cinquante. Lui-même apparaît avec sa mère et sa sœur devant le Palais de la Houille de Grenoble où furent internés pendant des mois près de 2300 réfugiés espagnols arrivés en Isère en février 1939.

Les Giménologues 10 octobre 2009.




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