Journée d’études organisée par le Centre Ascaso-Durruti en partenariat avec l’Université de Montpellier Paul-Valéry
contact :
cad@ascaso-durruti.info
isabelle.felici@umpv.fr
Journée d’études
90e anniversaire de la Révolution espagnole
Vendredi 9 octobre 2026
16h – 19h
Salle des colloques D1
Site Saint-Charles Université de Montpellier Paul-Valéry
Programme
16h
La guerre d’Espagne. Révolution et dictature, par François Godicheau, historien spécialiste du monde espagnol contemporain, Université Toulouse Jean-Jaurès
16h30
Souvenirs d’une exilée espagnole 1936-1975, présentation de l’ouvrage de María Sesé Servisé* par sa préfacière Ariane Miéville, sociologue, membre du CIRA de Lausanne, qui évoquera principalement la période 1936-1939 et le vécu d’adolescente de Maria dans son village d’Aragon où, « avec la collectivisation, ont disparu la propriété, l’argent, les ordres et l’égoïsme ».
17h
Échanges avec la salle
17h30
Les collectivités agricoles en Aragon et le partage des tâches hommes/ femmes, par Myrtille Gonzalbo, animatrice du site les Giménologues.
18h
Les collectivisations dans l’industrie à Barcelone, par Amado Marcellan, historien et co-scénariste du documentaire de Richard Prost Un autre futur.
18h30-19h
Échanges avec la salle
Clôture festive de la soirée à partir de 20h30 dans les locaux du Centre Ascaso-Durruti, 6 rue Henri René (derrière la gare)
Les collectivités agricoles en Aragon Notes liminaires
José Borrás dans la Soli du 13 novembre 1936 :
« La CNT se prononce pour la collectivisation de la terre parce qu’elle la considère comme le point de départ vers l’émancipation morale et matérielle du paysan. C’est-à-dire que nous la considérons comme un moyen, comme un chemin mais jamais comme une fin ».
Il s’agit du seul exemple connu d’expérimentation communiste libertaire réalisée, presque un an durant, en Aragon et en quelques autres régions rurales d’Espagne. Des hommes et des femmes, anarchistes et anarcosyndicalistes, ou sympathisants, ont réorganisé leur existence en s’affranchissant des rapports sociaux fondamentaux du capitalisme : la propriété privée, le salariat, l’argent et le commerce. Ils ont choisi de socialiser terre, outils et bétail, de travailler en commun, de répartir la production en fonction du besoin de chaque famille collectiviste, y compris de ceux qui ne pouvaient pas travailler.
Ce qu’ils ont accompli est tout à fait fidèle au projet anarcho-communiste conçu en 1880 au sein de l’AIT anti-autoritaire par des rescapés de la Commune de Paris, afin que les travailleurs des villes et des campagnes se libèrent ensemble de l’Etat et du capitalisme, et s’organisent à partir du lieu de vie et de travail : la commune.
Les groupes d’affinité anarchistes apparus dans les années 1890 ont été les premiers à défendre le communiste libertaire en Espagne. La CNT l’a adopté comme finalité révolutionnaire en 1919.
Galvanisée par la diffusion en 1933 de la brochure d’Isaac Puente, et par le vote de la motion sur le CL au congrès de la CNT en mai 36, une grande partie de la base du mouvement - les affiliés et leurs familles, mais aussi les chômeurs et les marginaux des quartiers populaires -, saisit immédiatement l’occasion qui se présente en juillet 1936 de prendre leur existence en main.
Pourtant le 26 juillet en Catalogne, bastion de l’anarchisme, une partie des responsables de la CNT somma ses affiliés de « ne pas se lancer dans un essai de communiste libertaire » : « Toutes les énergies doivent converger à réduire le fascisme soulevé ! » ; « Personne n’est autorisé à lancer d’autres consignes ! » La Confédération se verticalisa en quelques jours, et décida de participer à la gestion politique et économique dans les organes de l’Etat régional non aboli. Bientôt, un « collectivisme d’Etat » se mettra en place à coups de décrets, malgré l’exaspération des ouvriers révolutionnaires de l’industrie*, qui eux s’étaient spontanément lancés dans la socialisation, soit l’acte premier de la mise en route du communisme libertaire.
Ainsi à Barcelone le terme ambigu de « collectivisation », supplanta-t-il celui de socialisation.
Il en sera autrement dans la moitié orientale de l’Aragon libérée des nacionales, qui devint, de fait, la seule province sans Etat d’Espagne. Sous la protection de milliers de miliciens anarchistes enthousiastes, répartis sur la ligne de front du nord au sud, la CNT régionale désobéit à la maison mère, et l’expérience révolutionnaire se déploya sans entraves. Et là** on parla de bien de communisme libertaire. En oct 1936 paraît à Barcelone une brochure des ouvriers de la métallurgie : « Ni collectivisation, ni nationalisation : Socialisation ! ». La lutte pour la socialisation engendra une division importante dans les rangs cénétistes, et des affrontements violents dans les assemblées d’entreprises.
Note * En oct 1936 paraît à Barcelone une brochure des ouvriers de la métallurgie : « Ni collectivisation, ni nationalisation : Socialisation ! ». La lutte pour la socialisation engendra une division importante dans les rangs cénétistes, et des affrontements violents dans les assemblées d’entreprises.
Note ** L’Aragon était une région de petites (10 ha) et moyennes (de 10 à 100 ha) propriétés. 33,2 % de journaliers, 14,4 % de fermiers et 52,4 % de propriétaires.
Seront évoqués quelques jalons de l’expérience communiste libertaire
Apparition de la collectivité
Le travail
La production et sa répartition
Les surplus
Le deuxième stade du CL : la coordination des collectivités dans les Fédérations comarcale et régionale
Les tensions entre individualistas et colectivistas
Les problèmes latents induits par la guerre et la contre-révolution
L’attaque des collectivités par les divisions communistes de l’Etat républicain
Myrtille