Nous reprenons la rédaction des biographies de chacun des 117 ex-combattants italiens (anarchistes ou pas) dont le nom se trouve sur la liste « Libertá o Morte » du camp d’Argelès sur Mer, dressée par la police politique italienne le 8 août 1939.
Cela s’inscrit dans le cadre de notre collaboration à la base de données sur le camp de concentration d’Argelès-sur-Mer réalisée par Grégory TUBAN, de Perpignan : http://www.memorial-argeles.eu/fr/
https://www.memorial-argeles.eu/fr/1939/1939-2eme-periode-du-camp-avril-juin-1939/le-camp-des-brigadistes.html
Toutes les notices sont le fruit d’un travail de recherche en collaboration avec Tobia Imperato de Turin, et avec le regretté Rolf Dupuy de Paris.
La traduction et la rédaction sont réalisées par Jackie, giménologue.
FRANCHI Ferdinando
FRANCHI Ferdinando, fils de Luigi et de Mattu Giovanna, naît le 23 novembre 1896 à Nuoro. C’est l’ainé d’une fratrie de onze enfants. Il est forgeron et anarchiste. Son frère, Pompeo est aussi anarchiste 1. Très jeune Ferdinando est berger et fréquente l’école primaire jusqu’à la troisième année. À l’âge de quatorze ans, il émigre en France en 1910 avec son père, mais il reviendra au pays peu après.
Appelé sous les drapeaux, Franchi participe à la Première Guerre mondiale avec le grade de caporal, et obtient la médaille du mérite. Il émigre ensuite à Sestri Ponente (Gênes) où il travaille pendant un an dans l’entreprise San Giorgio 2 comme ouvrier forgeron. Il participe activement aux grèves et aux luttes ouvrières qui touchent le secteur métallurgique génois. C’est là qu’il s’est probablement rapproché des idées anarchistes. Dénoncé pour avoir collé des affiches sans autorisation, il est par la suite condamné à deux mois de prison pour avoir été trouvé en possession d’un poignard. En raison de l’expansion du fascisme, et pour échapper aux menaces constantes, il part et se cache à Paris en octobre 1926.
Sans papiers ni titre de séjour, il prend le nom de Jean Bauchet. Il fréquente un atelier où il travaille le fer forgé, un art qui deviendra sa grande passion. Rejoint à Paris par son frère Pompeo, ils mènent une intense activité antifasciste.
A Paris Ferdinando vit chez Eugenia Simonetti, dite parfois Lina 3, militante anarchiste originaire de Trieste. Lina avait émigré à Paris en 1924 avec son compagnon dont elle a eu un fils : Claude. Malheureusement ce compagnon mourut par la suite dans un accident. Elle vit au 14 rue du Repos, près du cimetière du Père Lachaise à Ménilmontant (20e arrondissement), sous le pseudonyme de Lina Tomasini.
Le 10 septembre 1927 Ferdinando est expulsé, et le 30 mars 1928, il est condamné à quatre mois de prison pour « infraction à l’arrêté d’expulsion ». En avril 1931, il est à nouveau arrêté, muni de faux papiers au nom de Mateo Daga, lors d’une descente de police dans les milieux libertaires italiens. Le 22 mai 1931, il est condamné à deux mois d’emprisonnement pour « violation de l’arrêté d’expulsion ». Après l’exécution de la peine, il épouse Lina et il semble qu’il adopte son fils Claude. 4
Son frère Pompeo est arrêté en octobre 1932 à Fontenay-sous-Bois (Seine-et-Marne) lors d’une réunion ayant pour objectif la reparution du journal Umanita Nuova. Il est condamné à deux mois de prison.
Le couple quitte Paris et s’installe à Nice (Côte d’Azur) où Ferdinando ouvre un petit atelier, tandis que la guerre civile commence en Espagne. Son frère Pompeo est également dans la région, et travaille à Cannes comme peintre décorateur. Face à la grande mobilisation pour la défense de la République, Ferdinando et Lina partent en août 1936 pour l’Espagne, après avoir cédé gratuitement la petite forge à un compagnon anarchiste. Pompeo les rejoint le 16 août 1936 à la caserne de Pedralbes à Barcelone.
Tous les trois s’engagent dans la section italienne de Carlo Rosselli et Camillo Berneri, à majorité anarchiste, rattachée à la colonne Ascaso de la CNT-FAI. Après quelques jours de casernement et après une formation sommaire, Ferdinando et Pompeo partent pour le front de Huesca le 20 août. Ils se retrouvent avec d’autres sardes, tels Guiseppe Zuddas, Paolo Moro et Salvatore Lupino. 5 Lors de l’affrontement du Monte Pelato, le 28 août, Pompeo est blessé ; il est admis à l’hôpital de Lérida le lendemain. Ferdinando s’occupe de lui et, lorsqu’il semble aller mieux, il reprend son poste au front. Ferdinando est membre du groupe anarchiste "Angiolillo" sur le front d’Aragon 6. Malheureusement, après quelques jours, l’état de Pompeo s’aggrave et il meurt après une douloureuse agonie, sans doute de la gangrène, le 19 septembre 1936. Ferdinando est à ses côtés.
Opposé à la militarisation Franchi quitte le front et s’installe à Barcelone avec Lina. Dans la ville il est actif au sein du Comité Anarchiste Italien 7. Opposé à la ligne modérée du gouvernement républicain soutenue par le Parti communiste espagnol, il est arrêté comme "trotskiste" à Barcelone, et transféré en octobre 1938 au camp de démobilisation de Cardedeu, au nord-est de la capitale catalane. Il est libéré lors de la chute du front catalan.
Il rentre en France et se retrouve interné au camp d’Argelès-sur-Mer où il rejoint le groupe anarchiste « Libertà ou Morte ». Il participe avec Giovanni Dupuy, Dario Castellani et d’autres au comité interne crée dans le camp pour gérer les fonds alloués par le CAPVP (Comitato Anarchico Pro Vittime Politiche) 8 Selon l’espion communiste italien Pietro Pavanin, qui rédigea sa fiche en avril 1940 à Moscou, dans ce camps, avec ses camarades libertaires Franchi se livra à un travail de dénigrement contre le PCE et la direction des Brigades internationales 9.
De son côté, Lina a été transférée à Saint Clément, près de Tulle dans le département de la Corrèze.
Ferdinando reste à Argelès jusqu’en avril 1940, date à laquelle, suite à l’occupation de la France par les Allemands, il est transféré en Italie. Arrêté à la frontière, il est déféré à la Commission provinciale qui le condamne à cinq ans de réclusion à Ventotene. En septembre 1942, peut-être en raison de sa bonne conduite, sa peine est commuée en blâme ; et il est autorisé à retourner à Nuoro.
La famille ne l’accueille pas avec bienveillance, car sa mère, lui reproche la mort de Pompeo, ce qui provoque un douloureux sentiment de culpabilité. Il trouve refuge chez son ami Domenico Piredda, également anarchiste, qui entretenait des relations avec les exilés. Il travaille comme mécanicien, se marie en 1943 avec Maria Assunta Nivoi, dont ils aura une fille, Luisa. 10
À l’automne 1945, avec Piredda ils créent un cercle anarchiste dédié à Michele Schirru. Il reste en contact avec des anarchistes américains qui lui envoient des colis d’aide. Sa maison est fréquentée par Pasquale Fancello 11, anarchiste vétéran d’Espagne. Le 8 février 1954 le groupe de Nuoro annonce dans l’Umanità Nova que Franchi quitte le mouvement, ne se considérant plus anarchiste (voir l’article en Annexe).
Ferdinando Franchi est décédé à Nuoro le 1er novembre 1983 à l’âge de 87 ans.
NOTES
1 Franchi Pompeo, né le 1er février 1905 à Nuoro, décédé le 19 septembre 1936 en Espagne. Voir sa biographie in Dictionnaire des militants anarchistes : https://militants-anarchistes.info/spip.php?article1819
Biblioteca Franco Serantini : https://www.bfscollezionidigitali.org/entita/13468-franchi-pompeo?i=0
http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=2386
2 San Giorgio, Société italienne spécialisée dans la construction d’automobiles maritimes et terrestres.
https://it.wikipedia.org/wiki/San_Giorgio_(azienda)
3 Lina Simonetti, née à Castellier d’Istria (Trieste) le 10 janvier 1905, décédée le 7 novembre 1964 à Marseille. Voir sa biographie in https://maitron.fr/spip.php?article221263
http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=3298
http://gimenologues.org/spip.php?article377
4 Antoine GIMENEZ et les GIMENOLOGUES, Les fils de la nuit, Libertalia, 2016, note 81 p.731. Source : Paul ESTRADE, les forçats espagnols des GTE de la Corrèze (1940-1944), Treignac, « Les Monédières », 2004, pp.72-74.
5 La Sigla Marciante, La vita fraterna dei volontari italiani, Giustizia e libertà, a. III, n. 38, 18/9/1936, Parigi. Guiseppe Zudda, né le 5 mai 1898 à Monserrato (Sardaigne), fermier, volontaire en Espagne, est tué le 26 août 1936 au combat du Monte Pelato : https://militants-anarchistes.info/spip.php?article6423 http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=3469
Paolo Moro, né le 22 juillet 1896 à Oniferi (Sardaigne), volontaire en Espagne :
http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=4297
Lupino Salvatore, né le 26 novembre 1902, ouvrier peintre, volontaire en Espagne :
https://maitron.fr/lupino-salvatore
http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=1430
6 http://gimenologues.org/spip.php?article422
7 Comitato Anarchico di lingua italiana - Barcellona, L’Adunata dei Refrattari, a. XVI, n. 31, 7/8/1937, New York. Comitato Anarchico Italiano di Barcellona, Il Risveglio Anarchico, a. XXXV, n. 977, 10/7/1937, Ginevra.
Voir la note sur Dupuy http://gimenologues.org/spip.php?article1175
FRANÇOISE FONTANELLI MOREL, Pio Turroni et le mouvement anarchiste italien en exil entre les deux-guerres. De l’engagement individuel à la mobilisation collective, p.300-301. http://hdl.handle.net/2067/3051
9 https://sovdoc.rusarchives.ru/Final_s/KOMINT00879/DIR0008/IMG0045.JPG
10 Une biographie de Ferdinando FRANCHI avec un témoignage de Luisa. https://www.tottusinpari.it/2022/04/22/nuorese-dadozione-dopo-la-grande-guerra-sposo-gli-ideali-di-giustizia-e-liberta-vita-e-avventure-dellanarchico-ferdinando-franchi
11 Fancello Pasquale, né le 3 novembre 1891 à Dorgali, charpentier, décédé le 13 février 1953.
https://militants-anarchistes.info/spip.php?article1545
https://www.bfscollezionidigitali.org/entita/13336-fancello-pasquale?i=0
Sur Giovanni DUPUY : http://gimenologues.org/spip.php?article1175
Sur Dario CASTELLANI : http://gimenologues.org/spip.php?article943
Document annexe
NUORESE D’ADOZIONE, DOPO LA GRANDE GUERRA SPOSO’ GLI IDEALI DI GIUSTIZIA E LIBERTA’ : VITA E AVVENTURE DELL’ANARCHICO FERDINANDO FRANCHI
di Lucia BECCHERE
di admin 22 Aprile 2022 Senza categoria
https://www.tottusinpari.it/2022/04/22/nuorese-dadozione-dopo-la-grande-guerra-sposo-gli-ideali-di-giustizia-e-liberta-vita-e-avventure-dellanarchico-ferdinando-franchi/
Figlio di un calzolaio toscano giunto per confino a Nuoro alla fine dell’800 dove realizzava e vendeva scarpe in via Tola, Ferdinando Franchi classe 1896, primogenito di 11 figli, a soli 12 anni faceva il pastorello nelle campagne di badu ’e carros alle dipendenze dello zio materno Pascale Mattu noto Farranca allevatore e piccolo imprenditore nel settore della panificazione.
Rientrava in famiglia di rado e fu così che un giorno sulla strada del ritorno incrociò un pastore.
« Ferdinà – gli disse – ghirandhe sese ? Però che l’ana jà interrau a Jubanne ! » Jubanne era il fratello Sichi Sichi (di qualche anno minore di lui) con il quale condivideva tutto, scomparso a seguito di un forte trauma avvenuto mentre lavorava nel forno dello zio Farranca.
Ferdinando apprese con strazio la notizia e visse per sempre il tormento di questa tragedia.
A 14 anni raggiunse il padre nel Midi della Francia per lavorare come pastore ma di lì a poco entrambi fecero rientro in Italia.
A 18 fu chiamato alle armi e, caporale nella Grande Guerra, raccontava di aver visto numerosi soldati uccisi, feriti e mutilati.
Alla fine del conflitto si trasferì a Sampierdarena, quartiere industriale fuori dalle mura del centro storico di Genova, e all’Ansaldo – complesso industriale navalmeccanico fondato nel 1853 e confluito nel 1993 in Finmeccanica – cominciò per la prima volta a battere il ferro col martello. Durante quel soggiorno venne a contatto con la dottrina politica degli operai maturando l’idea di libertà e di giustizia ma soprattutto la convinzione che la proprietà privata fosse un furto. Sorpreso ad attaccare manifesti contro il regime, fu incarcerato e schedato. Esule a Parigi sotto falso nome, ricercato per anni dalla polizia italiana e francese, nel ‘36 si trasferì a Nizza dove, messa su una piccola officina, condivise le idee antifasciste con Evelina, la compagna friulana. Allo scoppio della guerra civile spagnola si arruolarono nella Colonna dei Rosselli e in difesa della legalità repubblicana combatterono sul fronte di Huesca in Aragona.
In maniera del tutto fortuita, Ferdinando venne a conoscenza del fatto che il fratello Pompeo, noto Franzischinu, giunto da Parigi per combattere da anarchico contro il franchismo, era rimasto gravemente ferito nella battaglia di Huesca.
Lo ritrovò all’ospedale di Lérida dove morì di cancrena dopo l’amputazione di una gamba.
A torto la famiglia lo ritenne colpevole di aver trascinato il fratello in guerra.
Arrestato dai francesi dopo la vittoria di Franco, passato nel campo di smobilitazione di Cardedeu (Barcellona), fu internato ad Argelès-sur-Mer (Pirenei orientali). Tradotto in Italia prima a Torino, poi a Sassari e infine a Ventotene, condannato dal regime a 5 anni di confino, venne liberato alla caduta di Mussolini. La famiglia non lo accolse con benevolenza, trovò ospitalità presso l’amico anarchico Domenico Piredda che intratteneva rapporti con i fuoriusciti. In Sanatorio, dove aveva trovato lavoro come meccanico, conobbe l’ausiliaria Maria Assunta Nivoi che divenne sua moglie nel 1943. Dalla loro unione nacque una figlia.
In seguito venne assunto nelle officine dell’Artiglieria e ritenuto capace venne destinato a mansioni d’ufficio. Riprese a battere il ferro, sua antica passione che coltivò fino a tarda età. Dominava le verghe come fili di seta e così i lampadari, portavasi, étagères, alari, specchi venivano ammirati nelle varie esposizioni. A Cesena vinse un secondo premio con uno sbalzo in rame raffigurante Leopardi.
« Sapeva riconoscere i propri sbagli – ricorda la figlia Luisa, insegnante in pensione –.
Mio padre ha sostenuto le sue idee di giustizia e libertà fino alla fine pur rispettando quelle degli altri. Apprezzava la grande abnegazione dei religiosi nel dedicare la propria vita al bene altrui. Ateo convinto, si è avvicinato ai sacramenti dopo aver maturato nel silenzio un percorso di fede.
Simbolo della casa e della famiglia, la sua sola presenza ci univa nell’intimità del focolare ».
Ferdinando Franchi morì nel 1982 alla soglia dei suoi 87 anni.
per gentile concessione de https://www.ortobene.net/
Notre traduction :
NUORESE D’ADOPTION, APRÈS LA GRANDE GUERRE, IL ÉPOUSA LES IDÉAUX DE JUSTICE ET DE LIBERTÉ : LA VIE ET LES AVENTURES DE L’ANARCHISTE FERDINANDO FRANCHI
Fils d’un cordonnier toscan arrivé à Nuoro à la fin du XIXe siècle, où il fabriquait et vendait des chaussures dans la via Tola, Ferdinando Franchi, est né en 1896, aîné d’une fratrie de onze enfants. Il était, à seulement douze ans, berger dans la campagne de badu ’e carros, au service de son oncle maternel Pascale Mattu, connu sous le nom de Farranca, éleveur et petit entrepreneur dans le secteur de la boulangerie. Il rentrait rarement dans sa famille et c’est ainsi qu’un jour, sur le chemin du retour, il croisa un berger.
« Ferdinà, lui dit-il, ghirandhe sese ? Mais l’ana jà interrau à Jubanne ! »
Jubanne était son frère Sichi Sichi (plus jeune que lui de quelques années) avec lequel il partageait tout, disparu à la suite d’un grave accident alors qu’il travaillait dans la boulangerie de son oncle Farranca. Ferdinando apprit la nouvelle avec douleur et vécut à jamais le tourment de cette tragédie. À quatorze ans, il rejoignit son père dans le Midi de la France pour travailler comme berger, mais peu après, ils retournèrent tous deux en Italie. À 18 ans, il fut appelé sous les drapeaux et, caporal pendant la Grande Guerre, il racontait avoir vu de nombreux soldats tués, blessés et mutilés. À la fin du conflit, il s’installa à Sampierdarena, un quartier industriel situé en dehors des murs du centre historique de Gênes, et commença à travailler comme forgeron chez Ansaldo, un complexe industriel naval fondé en 1853 et intégré en 1993 à Finmeccanica. Au cours de ce séjour, il entra en contact avec la doctrine politique des ouvriers et mûrit l’idée de liberté et de justice, mais surtout la conviction que la propriété privée était un vol. Surpris en train de coller des affiches contre le régime, il fut emprisonné et fiché.
Exilé à Paris sous un faux nom, recherché pendant des années par les polices italienne et française, il s’installa en 1936 à Nice où, après avoir monté un petit atelier, il partagea ses idées antifascistes avec Evelina, sa compagne frioulane.
Au début de la guerre civile espagnole, ils s’engagèrent dans la Colonne Rosselli et combattirent sur le front de Huesca en Aragon pour défendre la légalité républicaine.
Par un hasard total, Ferdinando apprit que son frère Pompeo, connu sous le nom de Franzischinu, venu de Paris pour combattre en tant qu’anarchiste contre le franquisme, avait été gravement blessé lors de la bataille de Huesca. Il le retrouva à l’hôpital de Lérida où il mourut de gangrène après l’amputation d’une jambe.
À tort, la famille le considéra comme responsable d’avoir entraîné son frère dans la guerre. Arrêté par les Français après la victoire de Franco, passé par le camp de démobilisation de Cardedeu (Barcelone), il fut interné à Argelès-sur-Mer (Pyrénées orientales). Transféré en Italie, d’abord à Turin, puis à Sassari et enfin à Ventotene, condamné par le régime à cinq ans d’internement, il fut libéré à la chute de Mussolini. Sa famille ne l’accueillit pas avec bienveillance, il trouva refuge chez son ami anarchiste Domenico Piredda qui entretenait des relations avec les exilés.
Au sanatorium, où il avait trouvé un emploi de mécanicien, il fit la connaissance de l’auxiliaire Maria Assunta Nivoi qui devint sa femme en 1943. Une fille naquit de leur union. Il fut ensuite embauché dans les ateliers de l’artillerie et, jugé compétent, il fut affecté à des tâches administratives. Il se remit à forger le fer, son ancienne passion qu’il cultiva jusqu’à un âge avancé. Il maîtrisait les tiges comme des fils de soie et ainsi, les lustres, les porte-pots, les étagères, les chenets et les miroirs étaient admirés dans diverses expositions.
À Cesena, il remporta un deuxième prix avec un relief en cuivre représentant Leopardi.« Il savait reconnaître ses erreurs », se souvient sa fille Luisa, enseignante à la retraite. Mon père a défendu ses idées de justice et de liberté jusqu’à la fin, tout en respectant celles des autres. Il appréciait le grand dévouement des religieux qui consacraient leur vie au bien d’autrui. Athée convaincu, il s’est rapproché des sacrements après avoir mûri en silence un cheminement de foi. Symbole de la maison et de la famille, sa seule présence nous unissait dans l’intimité du foyer ».Ferdinando Franchi est décédé en 1982, à l’aube de ses 87 ans.
On trouve dans ce document des photos rassemblées de Ferdinando Franchi à diverses époques (ci jointes)
Les Giménologues , 20 août 2026