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Les Gimenologues
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Festival Les Réclusiennes du 15 au 18 juillet
Les Giménologues y participeront le 15 : 90e anniversaire de la révolution espagnole

Jacques Élisée Reclus naît le 15 mars 1830 à Sainte-Foy-la-Grande (Gironde) et grandit en Aquitaine où son père est pasteur. Sa fratrie compte quatorze enfants survivants, parmi lesquels Élie (1827-1904), ethnologue et anarchiste, dont il sera toute sa vie très proche. Son père le destine à devenir pasteur et l’envoie en Prusse, dans un collège tenu par les frères moraves où il rejoint Élie. Les deux frères s’enfuient en 1844. Élisée poursuit ses études à Sainte-Foy-la-Grande, puis à la faculté théologique protestante de Montauban. Mais les deux frères fuguent à nouveau et sont exclus de l’institution. ...https://www.reclusiennes.com/2025-1/

Les Giménologues seront présents au festival Les Réclusiennes le 15 juillet 2026

Avant toute chose, nous signalons notre accord avec le texte de Jean-Jacques M’μ du 23 mai 2026, mis en circulation par les organisateurs des Reclusiennes :

« Deux impostures majeures d’une psychologie de la soumission : résilience et devoir de mémoire. L’exemple des transmissions brisées après la guerre d’Espagne (1936-1939)
A QUELQUES JOURS ANNIVERSAIRE DU COUP D’ÉTAT NATIONALISTE DE 1936, qui a précipité dans l’exil les populations d’Espagne, un diagnostic s’impose. On ne peut ouvrir le thème qui nous occupe ; « Battre, abattre, combattre, débattre » sans dégager l’usage contemporain de concepts tels ceux de « résilience » ou de « devoir de mémoire », lesquels constituent moins une avancée thérapeutique « pour se battre » (sic) qu’une pièce à conviction contre le débat et contre la pensée critique.
La réponse intellectuelle doit être nette : la résilience n’est pas une vertu individuelle ; c’est un instrument idéologique de privatisation de la souffrance, au service d’un ordre établi qui se décharge de ses responsabilités. Quant au « devoir de mémoire », il n’est souvent qu’une liturgie vide, une injonction paradoxale qui fige le passé en monument pour mieux dispenser le présent de toute action politique ».

Et sa conclusion :
La réponse intellectuelle doit donc être nette : la résilience et le devoir de mémoire, tels qu’ils sont promus, ne sont pas des outils de libération. (…) . Il faut les combattre sur leur propre terrain : non par une morale vague, mais par la méthode, par l’histoire, par la reconnaissance des violences structurelles. Il faut nommer le pourquoi et le comment de chaque séquelle pour ne plus en subir les effets traumatiques. Il faut que la mémoire apprenne à sortir vivante, originale et désacralisée, partageable, et non plus à la façon d’un devoir ritualisé. Il faut que les cahiers d’autrefois soient réouverts pour qu’enfin ils puissent être lus.
(Texte intégral en PDF joint)

Nous le rapprochons de l’article de Daniel Aïache : « Mémoire, oubli et récupération de la mémoire historique de la guerre civile espagnole », 2011, qui se terminait sur ces considérations :

« Le récit victimaire absorbe tous les autres, les réduit à néant et contribue à la neutralisation des conflits passés. Puisque tous ont été « victimes d’une guerre fratricide », il n’est plus utile de chercher les significations de la guerre et de la révolution espagnole. Le mot même de révolution disparaît de toutes les discussions, débats et publications traitant de la « récupération de la mémoire historique ».

Un aperçu du programme des Réclusiennes : https://www.reclusiennes.com/
• Mercredi 15 juillet
• 10h - 1936-2026, 90e anniversaire de la révolution espagnole
• Nicolas Eprendre, Philippe Pelletier : La révolution espagnole de 36 a-t-elle commencé à Ste Foy ?
• César Huerta : quelle mémoire, quelle transmission, dans les familles des réfugiés politiques d’Espagne ?
• Myrtille Gonzalbo (Les Giménologues) : le travail historique à partir des souvenirs d’Antoine Gimenez, milicien libertaire (Les fils de la nuit. Souvenirs de la guerre d’Espagne).A Zaragoza o al charco. Aragon 1936-1938. Les Chemins du communisme libertaire 1868-1937.
• Ikuru Kuwajima, présentation de l’exposition : Quels liens entre Reclus, les foyens, Dôme et la révolution espagnole ?
Modératrice : Esméralda Trave

Nous interviendrons pour mettre à l’honneur un ami géographe barcelonais, trop tôt disparu, qui rendait compte de sa démarche en ces termes :

« L’intérêt est de savoir comment les gens du commun sont capables de faire une révolution sociale, et cet événement ne se produit pas en un jour. Il est donc important de parcourir l’itinéraire qu’ils ont suivi pour en arriver à un tel engagement total ». Pere Lopez (1) 2013.

L’auteur est un géographe anarchiste qui a publié l’un des plus beaux livres sur les luttes d’une communauté ouvrière auto-organisée dans un quartier barcelonais, au cours des années trente : les Casas Baratas. Ces « maisons pas chères » de Barcelone furent construites par le patronat en 1929 pour rapprocher des usines les pauvres des bidonvilles. Les hommes, les femmes et les enfants relogés dans 500 petites maisons, sans école, sans centre de soins, sans hygiène, firent en sorte de s’approprier cet inhospitalier recoin à coup de solidarité et d’action directe. Affiliés à la CNT, ils s’engagèrent dans les grèves insurrectionnelles d’alors, s’organisèrent pour améliorer leur quotidien et satisfaire leur soif d’émancipation.
A peine installés ils commencèrent une grève des loyers. Autodidactes jusqu’à la moelle, ils se consacrèrent à l’auto-apprentissage collectif, et mirent en pratique une autre conception de la santé à travers une Organización Sanitaria Obrera, qui disposait déjà d’une spécialisation en médecine naturiste et homéopathie. Ils s’investirent dans le « théâtre prolétarien » avec leur Ateneo Cultural de Defensa Obrera Ateneo : la première pièce qu’ils présentèrent fut Tierra y Libertad. Dans leurs débats publics, en plus d’aborder les questions les plus urgentes, ils évoquaient ce que pourrait être la société future.

Nous ne doutons pas que ces familles ouvrières, qui résistèrent à l’esclavage du salariat sous toutes ses formes, avaient intégré certains écrits de Kropotkine, Reclus, Malatesta, concepteurs de l’anarcho-communisme en 1880. Il est certain qu’ils avaient aussi sous la main les folletos du médecin naturiste Isaac Puente, auteur en 1933 d’un projet communiste libertaire inédit dans l’histoire. Les graines libertaires que les luttes prolétariennes du début du siècle avaient partout répandues, ont germé avec vigueur dans les quartiers ouvriers.

A partir des témoignages d’une poignée de survivants traités de pouilleux, de racaille, de sans noms, d’éternels perdants et perdantes de l’histoire, Pere López a voulu rendre compte d’une « militance de base souterraine, dont la voix a été tue et qui a rendu possible ces moments révolutionnaires".

Les Giménologues, 3 juillet 2026

Note 1 : auteur de Rastros de rostros en un prado rojo (y negro). Las casas Baratas de Can Tunis en la revolución social de los años treinta, Virus, 2013 [Traces de visages dans un pré rouge (et noir). Les maisons pas chères de Can Tunis dans la révolution sociale des années trente]. Ouvrage non publié en français.