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Disparition d’Ariane Gransac
A perpignan le 5 avril 2026

Un an après Octavio ...
https://gimenologues.org/spip.php?article1174

Nous relayons l’article de Tomás Ibáñez traduit par Floreal sur son blog :
https://florealanar.wordpress.com/2026/04/09/ariane-gransac-est-morte-une-vie-intense-rebelle-et-anarchiste/

Le blog de Floréal
Ariane Gransac est morte : une vie intense, rebelle et anarchiste

9 avril 2026 par Floréal

Ci-dessous l’hommage, publié sur le site « Redes libertarias », que Tomás Ibáñez rend à Arianne Gransac, récemment décédée.


Ariane Gransac est décédée à Perpignan dimanche 5 avril, à l’âge de 84 ans ; la cérémonie d’adieu aura lieu le 15 avril au crématorium de cette ville.
Plutôt que de me laisser envahir par la tristesse de sa disparition, je préfère garder le souvenir de sa joie de vivre lorsque je l’ai rencontrée il y a une soixantaine d’années, vers 1966, après sa participation courageuse à l’enlèvement mémorable, à Rome, de l’ambassadeur de Franco auprès du Vatican.

Ariane était la fille d’une haute dirigeante du secteur de la parfumerie et aurait pu se contenter de profiter des privilèges qu’offre une situation financière aisée, mais cela ne cadrait pas avec son tempérament rebelle. Elle commença rapidement à fréquenter les milieux anarchistes parisiens, intégrant le groupe Emile-Henry de la Fédération anarchiste, et, en tant qu’amatrice de peinture, elle fréquentait les milieux culturels de tendance libertaire.
Si quelque chose la distinguait, c’était sans aucun doute sa forte personnalité, faite d’un mélange d’intelligence vive et d’un penchant pour une ironie ingénieuse et mordante qui pouvait déconcerter, mais qui n’était pas incompatible avec une grande gentillesse et une sensibilité à fleur de peau. Ariane avait un sacré caractère, et c’est là que résidait en partie son charme.
Pendant plus de dix ans, elle s’est consacrée corps et âme à la lutte libertaire contre le franquisme, participant, au côté d’Octavio Alberola, à presque toutes les actions menées par la Fédération ibérique des jeunesses libertaires (FIJL), dont beaucoup sous le nom de Groupe 1er-Mai. Après l’enlèvement réussi de 1966 à Rome, elle s’était rendue à Madrid en octobre de la même année pour préparer un enlèvement qui ne put aboutir et se solda par plusieurs arrestations.
Par solidarité avec les détenus, elle participa à plusieurs actions directes menées par le Groupe 1er-Mai à Londres contre des représentations franquistes ; puis, en 1968, elle se rendit à Bruxelles pour préparer l’enlèvement de l’ambassadeur de Franco auprès de la Communauté économique européenne, Alberto Ullastres, mais elle fut arrêtée le 8 février avant que l’opération ne puisse être menée à bien. En 1974, alors qu’elle ne participait plus aux actions de la FIJL, mais par solidarité avec Salvador Puig Antich, elle prit part à l’enlèvement de Baltasar Suárez, directeur de la Banque de Bilbao à Paris ; elle fut arrêtée le 22 mai avec Alberola dans la ville d’Avignon.
Après la mort du dictateur, elle s’est engagée dans le mouvement libertaire français et s’est consacrée à la préservation de la mémoire des mouvements populaires d’Amérique latine, en particulier au Pérou et en Bolivie où, grâce à Liber Forti, elle a noué des liens avec la Centrale ouvrière bolivienne.
Il va sans dire que cette intense activité s’est toujours accompagnée d’un engagement profond envers les conceptions anarchistes des luttes contre le patriarcat, en accord avec les orientations du mouvement Mujeres Libres.
Après le décès de sa mère, dont elle s’occupait à Paris, elle s’est installée définitivement à Perpignan en 2007, mais à la suite d’une grave dépression, entre 2013 et 2015, son déclin cognitif s’est accentué et elle a finalement été admise dans une maison de retraite médicalisée en décembre 2022. Il ne fait aucun doute qu’après près de quatre ans dans cette situation, son décès a été pour elle une délivrance.
À l’exception de ces dernières années, Ariane a eu l’audace de vivre intensément la vie qu’elle avait choisie, en défiant sans cesse les formes de domination au nom de la liberté. C’est ainsi que nous nous souviendrons d’elle.

Tomás Ibáñez