Ou des critiques pratiques pour nourrir des pratiques critiques
« Face aux coups assénés aux mémoires et leur conversion en éphémérides, et contre la des-historisisation du social, nul besoin de présenter des calendriers ou des chronologies alternatives, ni d’exiger que “la vérité” soit publiquement proclamée. Il suffit de fouiller les interstices, les fissures et les discontinuités du passé. (…) Au-delà de la phénoménologie sociologique, il faut se rendre capable de voir quand apparemment il ne se passe rien ».
Il y a un an nous quittait à Barcelone Pere López, géographe anarchiste, et ami de tant d’ami(e)s.
Notre rencontre avec lui date de 2005. Sa lettre fut parmi les premières à nous parvenir après la sortie de Del Amor, la guerra y la revolucion, en 2005 en Espagne. Il était à ce moment-là en train de rassembler des données de toutes sortes sur le parcours de son grand-père paternel Juan López Saura*, surnommé le Caracolero, le Farigola…, qui vivait dans les années trente dans les « maisons pas chères » du quartier de Can Tunis de Barcelone.
Comme beaucoup dans le quartier, cet abuelo était vendeur ambulant, ramasseur d’escargots et d’herbes, toujours mobile, jamais en place. Foncièrement peu « ami du travail et de l’enfermement », il ne voulut pas vivre l’existence de son propre père qui mourut du cancer du fait de son métier dans les soutes des bateaux. Un des héritages supposés de cet abuelo peu bavard est une expression reprise par le fils : « Si el trabajo es salud, viva la tuberculosis ! »
Les hommes de ce quartier devenaient journaliers ou ouvriers, « quand il ne restait pas d’autre solution pour vivre et faire vivre sa famille que d’aller travailler pour un autre.
Et en ce cas, ils changeaient souvent d’entreprise et de spécialité, par choix ou par force. Ils pouvaient aussi s’adonner à des activités délictueuses en cas de chômage prolongé. »
« En suivant les pas de notre grand-père, il nous intéresse de connaître quelque chose de lui et des gens comme lui, qui s’embarquèrent dans les milices*, puis se retirèrent dans leur exil intérieur sans rien nous raconter de tout cela, à nous. (…) Nous aimerions trouver des réponses quant aux raisons de fond qui expliquent et ont rendu possible l’exceptionnalité “révolutionnaire” de 1936-37. Nous pensons qu’elles ont à voir avec le fait que beaucoup de personnes, la plupart anonymes, ont trouvé, qu’elles l’aient voulu ou non, le moment adéquat pour se dédier, de manière décidée, à changer le monde. Elles l’ont fait après avoir longtemps pratiqué “l’idée”, les “idéaux”. (…)
Ses pas serviront à donner à voir une militance de base, sourde et contrainte au silence (silenciada), au-delà des grands noms qui rendirent possibles ces moments révolutionnaires »**.
Puis sa recherche prit au fil du temps de plus grandes dimensions. Elle aboutit au beau livre paru en 2013 : Rastros de rostros en un prado rojo (y negro), dont nous avons abondamment parlé (voir les liens ci-dessous).
Comme l’a écrit récemment Tomas Ibanez « Que grâce à cette recherche-action et à la publication en 2013 de l’ouvrage correspondant, Rastros de rostros, les fils, les filles, les petits-fils et les petites-filles de ces protagonistes des années 30 se soient retrouvés et aient renoué entre eux des liens qui, sans cela, auraient été irrémédiablement perdus, a constitué la plus belle récompense pour le travail patient de Pere ».
Ses deux livres nous ont beaucoup inspiré, entre autres pour la rédaction du Volume II des Chemins du Communisme Libertaire.
Les Giménologues, 5 avril 2026.
note * On a retrouvé en 2015 par hasard le nom de Juan Lopez Saura dans une « lista de milicianos del Grupo internacional de la Durruti » provenant des archives de Salamanca. Ce fut une surprise pour Pere, car il savait seulement que son abuelo avait combattu dans la Hilario Zamora (intégrée dans la colonne Sur Ebro) jusqu’en décembre 1936. Il suppose que Juan a ensuite rejoint la colonne Durruti pour échapper à la répression de l’après mai 37.
Note ** : Extraits d’un des courriers de Pere aux Giménologues en 2005
Nos articles sur le travail de Pere :
https://gimenologues.org/spip.php?article600
https://gimenologues.org/spip.php?article602
https://gimenologues.org/spip.php?article623
Auquel nous relions celui de Chris Ealham sur les luttes de quartier, qui écrivait :
« Je voulais […] comprendre comment les anarchistes attiraient non seulement les travailleurs traditionnels de l’industrie mais aussi des groupes plus marginaux comme les vendeurs à la sauvette et les chômeurs. C’est la diversité sociale de ses membres qui forçait le mouvement à préconiser un éventail de formes de protestation aussi large, allant de la grève à des manifestations et des actions directes agressives, invariablement illégales, en passant par des grèves de loyers, des émeutes urbaines, des périodes frénétiques de vols à l’étalage collectifs, des actes violents contre la police et des vols à main armée. Assez souvent, ces actions de protestation appartenaient à la rue plutôt qu’à des organisations spécifiques ».
https://gimenologues.org/spip.php?article656
Voici le texte rédigé et lu par Ambar au cours du rassemblement organisé par de nombreux ami(e)s de Pere à Barcelone le 6 juin 2025. Les interventions ont été filmées. On peut voir la Video ici : https://lamosca.tv/homenatge-a-pere-lopez/
Cela fait deux mois que Pere est décédé et, comme c’est le cas pour la plupart d’entre nous face à la mort d’un ami, je n’ai pas encore réussi à accepter cette perte. Pere a été mon meilleur ami pendant de nombreuses années et lorsque Neus m’a demandé de prendre la parole lors de cette rencontre, je n’ai pas hésité, pour elle, pour Laura et pour toutes les collègues et tous les collègues qui sont ici aujourd’hui, et surtout pour Pere. Lors d’une réunion préparatoire, à laquelle je n’ai pas pu participer car j’habite loin de Barcelone, il a été convenu que je retracerais brièvement son parcours de vie et son parcours intellectuel. Pour ce faire, je me suis demandé ce que Pere aurait dit de lui-même ou ce qu’il aurait aimé entendre s’il était ici. Et c’est ce que je vais essayer de faire. Ce que je ne ferai pas, c’est parler de Un verano con mil julios (Un été aux mille juillet) ni de ses autres livres, car d’autres camarades s’en chargeront.
Pere revendiquait toujours ses origines, il aimait raconter des anecdotes sur son enfance et son adolescence. C’était un gamin issu d’un quartier ouvrier, né dans le quartier de Santa Catalina, en plein centre historique, près de la Plaza de San Agustí Vell. Ses parents, Pepe et Roser, travaillaient comme marchands de volaille au marché, et ils ont eu six enfants. La famille était connue dans le quartier sous le nom des Lupis. Pere et ses cinq frères passaient leurs journées dans la rue à jouer au football avec tout ce qui leur tombait sous la main, ou à se battre à coups de pierres contre d’autres gamins. Le soir, leur mère les appelait en criant depuis le balcon pour qu’ils montent dîner.
Un tout petit appartement d’à peine 30 m², avec des chambres partagées, beaucoup de contacts et beaucoup d’agitation. J’imagine que ses préoccupations sociales trouvent leur origine dans cet environnement, celui d’un quartier assez homogène sur le plan social, ouvrier, à la vie sociale trépidante, un quartier pauvre et combatif où la vie se jouait dans la rue et dont Pere se souvenait avec fierté.
Ce n’est pas un hasard si l’une de ses premières recherches, sa thèse de maîtrise, publiée en 1986 sous le titre El Centro Histórico, un lugar para el conflicto (Le centre historique, un lieu de conflit), porte sur l’étude des plans de réhabilitation des quartiers du Portal Nou et de Santa Catalina entre les années 1960 et 1980, car c’est là qu’il a grandi. Des plans d’urbanisme que Pere décortique et dénonce parce qu’ils sont élaborés sans tenir compte de leurs habitants. À la suite de ces plans, quelques habitants ont pu rester dans le quartier, mais la plupart ont été expulsés, comme ce fut son cas. Dans ce premier ouvrage, Pere développe déjà ce qui sera l’un des thèmes centraux de ses recherches et écrits ultérieurs, à savoir que là où le capital lutte pour s’approprier l’espace (avec des tactiques allant du harcèlement immobilier à la suppression d’équipements ou à la dégradation provoquée, en passant par les expropriations et les expulsions), on trouve toujours une résistance ou un antagonisme social.
Pere écrit ce premier livre alors qu’il suit une formation de géographe à l’Université de Barcelone, et il envisage à cette époque la nécessité de faire de la géographie une arme pour la guerre. Ce sera une constante de sa pensée et de sa pratique quotidienne tout au long de sa vie : que ce qu’il analysait et sur quoi il écrivait puisse servir d’instrument de transformation sociale, que les CRITIQUES PRATIQUES puissent servir à développer des PRATIQUES CRITIQUES, capables de transformer les espaces sociaux en espaces de vie, en les soustrayant à la logique capitaliste qui veut nous réduire à une valeur d’échange et à une marchandise.
Ce garçon des quartiers (né à Santa Catalina venu s’installer à Sants dans les années 80, quartier qu’il ne quittera qu’à sa retraite pour s’installer dans le Ripollés) étudie, lit et mène des recherches tout en travaillant dans le secteur bancaire jusqu’à ce que, enfin, grâce à sa persévérance et à une série de péripéties, il parvienne à entrer à l’Université de Barcelone, d’abord comme chercheur, puis comme professeur associé.
Le livre que Virus vient de rééditer, Un verano con mil julios, est écrit au cours de ces années, et publié au début des années 90, juste au moment où démarre le grand projet de transformation urbaine et de création d’un consensus social que furent les Jeux Olympiques de Barcelone 92. Dans cet ouvrage - que Miguel, Tomás et Carlos présenteront plus tard - il analyse les désertions prolétariennes à l’égard de l’ordre urbain à Barcelone entre la Réforme intérieure et la Révolution de juillet 1909. Il développe d’un point de vue historique les pratiques dissidentes dans la Barcelone du début du XXe siècle, reprenant certains thèmes déjà abordés dans ses travaux antérieurs sur la Barcelone des années 60 à 80.
Bon nombre des travaux de Pere étaient centrés sur Barcelone, et il concevait la ville comme le résultat des rapports de force, comme le cadre de l’antagonisme social et le champ des possibles face à l’urbanisme, qu’il interprétait comme un dispositif de pouvoir en vue de domestiquer les populations et limiter les possibilités d’action sociale (en éliminant la dissidence au nom de la paix sociale, ou en l’absorbant et la phacocyter à son bénéfice).
Face à cela, la géographie humaine devait s’imposer comme un outil d’intervention, de transformation sociale. Son pari consistait à « réfléchir à la Barcelone qui est et qui pourrait être à partir de la métropole qu’elle fut et qu’elle aurait pu être ». Ce qu’il fera d’ailleurs, d’une certaine manière, vingt ans plus tard, en 2013, dans son essai Rastros de rostros en un prado rojo (y negro) sur la révolution sociale des années 1930 aux Casas Baratas de Can Tunis, à laquelle participa son grand-père Juan, surnommé le Caracolero, le Farigola… Un travail de recherche qui l’a conduit à se plonger dans l’histoire familiale et les archives historiques, et à mener un travail très rigoureux et exhaustif. Il lui a également permis de procéder à des expériences sur le plan littéraire, en introduisant dans le texte le présent du sujet-chercheur, en signalant ses doutes, ses inquiétudes et son quotidien.
Pere concevait avant tout l’espace comme un effet des relations sociales et en même temps comme un déterminant de celles-ci. La ville, disait-il, se transforme à la suite de l’antagonisme ; Barcelone n’est pas une mais multiple, et face à l’urbanisme de la domination surgit toujours un urbanisme de la rébellion qui a dans la barricade l’un de ses principaux symboles. Si son souhait était de faire de la géographie un outil d’intervention sociale, il considérait également que l’histoire se construit toujours comme un récit, et il misait sur une histoire faite par le bas, qui place le prolétariat comme sujet historique, y compris en ce qui concerne l’aménagement du territoire. Le but de cette histoire est de redonner la parole à ceux qu’on a réduits au silence, sans s’approprier leur voix ni jamais tomber dans la victimisation ou le misérabilisme qu’il dénonçait sans cesse.
Parmi les références intellectuelles de Pere, on pourrait peut-être citer le géographe anarchiste Elisée Reclus, qui concevait la géographie comme un outil analytique permettant de comprendre les relations entre l’individu, la société, l’espace et le temps, dans le but de créer une société plus juste et plus équitable. Ou encore le géographe brésilien Milton Santos, qui prônait une géographie critique capable de jeter les bases d’un espace véritablement humain, propice à la reproduction de la vie, et non un espace marchandisé. Il misait également sur une société sans exploiteurs ni exploités. Nous trouverions encore dans son œuvre des échos des philosophes français Henri Lefebvre et Michel Foucault, parmi tant d’autres.
Même si Pere a travaillé de nombreuses années à l’Université de Barcelone, j’ai l’impression que sa relation avec cette institution était plutôt purement fonctionnelle : il y bénéficiait de conditions de travail tout à fait correctes et d’un bon salaire, mais je suis certaine que l’atmosphère qui y régnait a fini par lui sembler très étouffante. Malgré cela, tout au long de sa carrière, il a accompli un travail d’enseignement et de recherche remarquable. Il a été un MAÎTRE pour beaucoup, à bien des égards. Une chose que j’aimerais souligner à son sujet, c’est qu’il n’a jamais accepté aucune subvention pour mener des recherches sur les conflits urbains et les mouvements sociaux, contrairement à nombre de ses collègues d’autres disciplines ensciences sociales qui s’en servaient pour se promouvoir dans la sphère universitaire ou politique.
En d’autres termes, Pere était une personne d’une grande intégrité, en plus d’être un chercheur en sciences sociales rigoureux, et je pense aujourd’hui que l’université lui a permis de disposer du temps nécessaire pour lire et étudier l’évolution de la société en vue de sa transformation radicale. Il a réussi à concilier cette tâche avec son engagement en faveur de la formation d’esprits critiques et rebelles.
Au sein de l’université, je me souviens par exemple du TAM-TAM, l’Atelier d’analyse métropolitaine, où nous avons analysé les luttes de quartier dans la Barcelone d’avant les Jeux olympiques, comme celles qui ont eu lieu dans le quartier du Besós ou à Bellvitge, avec la « guerre de l’eau » lancée par les habitants contre l’augmentation des taxes sur la facture d’eau et pour la défense de l’eau en tant que bien commun. Il a écrit un texte sur cette Guerre de l’eau dans le livre Agua, ¿mercancía o bien común ? (L’eau, marchandise ou bien commun ?), publié aux éditions Alikornio en 2003.
En dehors de l’université, Pere a également accompagné (ou participé à) certains des mouvements sociaux qui ont traversé la métropole des années 90 à nos jours : le No92 contre la Barcelone olympique de Maragall, le mouvement des squats au milieu des années 90, notamment à partir de l’expulsion du cinéma Princesa, et de l’occupation de la Hamsa et de Can Vies, dans le quartier de Sants, où il résidait et où, par exemple, en 1997, nous avons participé à la Table ronde sur l’éducation de la IIe Rencontre contre le néolibéralisme et pour l’humanité, organisée par les centres sociaux et le Collectif de solidarité avec la rébellion zapatiste. Nous avons également assisté aux assemblées du mouvement contre la guerre en Irak en 2003 et au boycott des entreprises qui la finançaient directement ou indirectement (comme c’est le cas aujourd’hui à Gaza), ou encore au mouvement contre la « Barcelone des Cultures » en 2004, puis en 2011 lors des mobilisations du 15M. Sans oublier son engagement dans les luttes de résistance en milieu rural, comme l’expliqueront plus tard Ferran et Laura, et qui se reflète dans l’ouvrage collectif Ensayos de agitación rural (Essais d’agitation rurale), publié en 2022.
Pere recourait souvent aux dichotomies et aux antagonismes pour interpréter la réalité, non pas pour en réduire la complexité. « Là où il y a du pouvoir, il y a toujours de la résistance », disait-il, ou bien il parlait de l’antagonisme intérieur/extérieur, traduit au niveau urbain par centre/périphérie, lorsqu’il voulait expliquer comment la croissance urbaine reléguait vers les marges tout ce qui, bien que nécessaire au développement capitaliste, devait et doit rester éloigné des centres de pouvoir et de décision, aujourd’hui diffus. Il s’agissait d’expulser du centre la pauvreté et la dissidence, au nom d’une ville pacifiée, à mi-chemin entre la ville-entreprise, qui cherche à tirer profit de l’espace urbain, et la ville-vitrine, qui vend son image à l’échelle mondiale pour attirer les investissements et le tourisme.
C’est dans cette veine que s’inscrivent les travaux collectifs auxquels Pere a participé en tant que « rédacteur » et « coordinateur », tels que Barcelona Marca Registrada. Un modelo para desarmar (Barcelone, marque déposée. Un modèle à démanteler), publié en 2004 à l’occasion du Forum des cultures, et Barcelona Metrópoli-Empresa. Críticas prácticas para desarmar la marca (Barcelone, métropole-entreprise. Critiques pratiques pour démanteler la marque), publié en 2023, tous deux aux éditions Virus.
Ici, Pere continue de proposer l’analyse critique d’un modèle de ville conçu contre ses habitants, qui puisse servir d’outil pour comprendre son fonctionnement (comment se crée le consensus social et comment les résistances sont éliminées, comment la ville s’insère dans les chaînes du marché mondial, quelles sont les stratégies de gouvernance du social et quels effets elles ont sur le territoire, qui en sont les agents, etc.), et qui permette en même temps de le combattre afin de se (re)approprier les espaces urbains et de créer une COMMUNAUTÉ.
Pour Pere, je crois que c’était là l’élément central pour pouvoir envisager toute forme de résistance : il fallait qu’il existe une communauté antagoniste qui mise sur un mode de vie en marge et en opposition au modèle de développement imposé par l’ordre capitaliste. Et Pere avait construit une communauté, d’abord avec Neus et Laura, puis avec ses camarades de Barcelone, de Les Lloses et Ripoll, d’Oreilla… Et il continuait à rêver et à essayer de mettre en pratique ce mode de vie communautaire dans un environnement rural.
Il y avait enfin une autre dualité sur laquelle il aimait insister, celle qui existe entre l’ANIMAL POLITIQUE et la CRÉATURE PRÉ-POLITIQUE.
Les animaux politiques, disait-il, sont ceux qui rêvent de s’emparer du pouvoir et se constituent souvent en avant-gardes. Il se considérait plutôt comme une créature prépolitique, celle qui mène le combat au quotidien pour aller au-delà de la simple survie et de la reproduction de soi, qui cherche une vie épanouie à travers la création de liens communautaires. Je crois que cela a toujours été son projet de vie, que son rêve égalitaire (à l’instar de celui de nos grands-parents libertaires) passait par une autre façon de vivre, en communauté et en développant l’autogestion, en milieu urbain ou rural. Il y a là une immense cohérence et un engagement profond envers son projet intellectuel de recherche comme INVESTIGATION.
Pour finir, l’un des films préférés de Pere, avec « Tasio » et « Un lugar en el mundo » (un endroit qu’il avait trouvé il y a de nombreuses années dans le Ripollés aux côtés de Neus et Laura), était le film français « Themroc ». Dans ce film, un ouvrier d’usine, un matin, lassé de la routine de son travail, démissionne et devient une sorte d’homme des cavernes. Mais avant cela, il avait l’habitude de se rendre à l’usine à vélo avec un collègue, et tous deux se soutenaient mutuellement lorsqu’ils arrivaient à un virage. Un jour, l’un d’eux ne s’est pas présenté et son collègue, en arrivant au virage, a perdu l’équilibre et est tombé.
Pere était l’un de ces camarades et amis sur lesquels je m’appuyais pour ne pas sombrer.
Il va me manquer énormément. Il va nous manquer énormément.
Il va terriblement me manquer ».
(Traduction des giménologues)