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Une révolte des femmes dans le camp d’Argeles-sur-Mer le 23 mars 1941

Article tiré du site : https://www.memorial-argeles.eu/fr/1941/janvier-juin-1941/la-revolte-des-femmes.html

La réouverture du camp en septembre 1939 s’accompagne de l’apparition d’une forte proportion de femmes et d’enfants dans les effectifs du camp.

L’arrivée massive de femmes et d’enfants au camp d’Argelès-sur-Mer à l’automne 1939 intervient après la réorganisation du camp réalisé durant l’été. Contrairement à la première période, entre février et juin 1939, le site dispose alors de baraques dédiées à l’internement de cette population de réfugiés. Ces baraques sont sensiblement les mêmes que celles construites au printemps 1939. Des bicoques en bois, sommairement isolées par du carton bitumé, qui ne disposent pas toutes de plancher. Les structures sanitaires dédiées à cette population fragilisée demeurent insuffisantes. Pour la première fois à Argelès-sur-Mer, l’administration du camp doit donc faire face à la présence en nombre d’enfants qui sont isolés, avec les femmes, du reste des hommes à travers une séparation matérialisée par des barbelés.
Fin décembre 1939, le camp d’Argelès-sur-Mer compte 15.500 internés dont 6600 femmes et enfants. Soit près de la moitié de son effectif.

Extrait de https://www.memorial-argeles.eu/fr/1940/octobre-1939-juin-1940/femmes-et-enfants.html

Une révolte des femmes dans le camp de concentration d’Argeles-sur-Mer le 23 mars 1941

Au début de l’année 1941, la Direction Générale de la Sûreté Nationale met en place une opération visant à transférer en Afrique du Nord « 5 000 militants extrémistes dangereux, Français et étrangers ». Ces hommes proviennent tous des camps du sud de la France. 50 000 étrangers sont alors encore internés en zone sud : 15 000 à Argelès-sur-Mer, 15 000 à Gurs, 6000 à Rivesaltes, 3500 au Vernet, 2000 à Brens et 500 à Rieucros.
2200 étrangers identifiés dans les camps du Vernet et d’Argelès-sur-Mer sont visés par ce transfert vers le tout nouveau camp de Djelfa installé en Algérie. Identifiés par le Ministère de l’Intérieur sous le sigle I.F ( « indésirables français »), des citoyens français sont les premiers concernés par les mesures d’expulsion. L’appellation IF regroupe pêle-mêle des hommes internés pour « communisme », « syndicalisme », « défaitisme » ou « objection de conscience ». Le premier convoi quitte Port-Vendres le 2 mars 1941. Deux autres suivront.
Le premier convoi ciblant des étrangers est réorganisé pour le 22 mars 1941. Il concerne 209 brigadistes du camp n°1 bis d’Argelès-sur-Mer. Les opérations ne se déroulent pas comme prévu. A l’appel, les hommes refusent de sortir des baraques. Le préfet doit dépêcher des renforts de troupes avec un escadron de Gardes Mobiles supplémentaire et une compagnie du 21e Régiment d’Infanterie Coloniale (RIC) munie de mitrailleuses lourdes pour encercler une partie du camp. Un dispositif complété par la présence d’un aviso, La Glorieuse, au mouillage à 1000 mètres du rivage. Le 23 mars, les forces de l’ordre entrent dans le camp des internationaux. Forçant les barrières, environ 500 femmes se précipitent vers le camp 1 bis où un début d’insurrection éclate. Pour procéder à l’embarquement, il est trop tard. Les anciens brigadistes concernés se sont cachés ou mélangés aux autres internés. Il manque ainsi une centaine d’hommes prévus sur les listes.

Ces incidents seront relayés par la presse américaine car, en ce dimanche de mars 1941, des journalistes américains avaient été autorisés par Vichy à visiter le camp d’Argelès-sur-Mer. Les internationaux, prévus dans le convoi du 23 mars et qui n’ont pas pu être embarqués à bord du Djebel Amour, sont envoyés au Château royal de Collioure. 286 Allemands et 175 Italiens du camp 1 bis sont eux transférés à la citadelle de Mont-Louis. Les 857 ex-brigadistes internationaux, toujours présents au camp d’Argelès-sur-Mer, sont dirigés au camp du Vernet d’Ariège. Les convois d’étrangers continuent tout au long du mois d’avril et du mois de mai 1941 embarquant aussi 114 Espagnols internés à l’îlot spécial d’Argelès-sur-Mer.
Ce sont près de 1700 internés qui sont transférés depuis la métropole vers l’Algérie entre le début du mois de mars 1941 et la fin du mois d’août 1942. Parmi eux, plus de 1100 étrangers , venus essentiellement des camps du Vernet et d’Argelès-sur-Mer.

Les « meneuses » transférées à Rieucros

En représaille à la révolte des femmes du camp d’Argelès-sur-Mer, le Ministère de l’Intérieur ordonne le transfert d’une cinquantaine de « meneuses » vers le camp de Rieucros pour avoir « participé à la manifestation du 23 mars 1941 ». Certaines quittent le camp d’Argelès-sur-Mer avec leurs enfants. Une partie de ces femmes sera ensuite envoyée sur le camp de Brens dans le Tarn. L’Association pour Perpétuer le Souvenir des Internées des Camps de Brens et Rieucros a étudié le parcours de 39 de ces femmes, à travers les archives départementales du Tarn.
26 d’entre elles ont été « remises aux autorités espagnoles » entre le mois de mai de 1941 et le mois de novembre 1943, via la frontière de Port-Bou. Compte tenu de l’aspect collectif de certains de ces transferts, il y a peu de doute sur le caractère autoritaire de ces « remises aux autorités espagnole ».

Documents joint  : les 5 pages du Rapport du chef du camp d’Argelès-sur-Mer sur les opérations du 22 et 23 mars 1941. Archives départementales des Pyrénées-Orientales, 31 W 228.
Merci à Grégory Tuban.