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Les Gimenologues
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Parution de l’édition espagnole des Itinéraires de Jordi Gonzalbo
Aux bons soins de CALUMNIA ed. de Mallorca

Les éditions Calumnia ont publié beaucoup de livres de qualité sur l’histoire du mouvement libertaire, notamment sur les premiers internationalistes de la FRE ; on verra leur catalogue ici :
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Ce sont aussi les éditeurs de la revue REDES LIBERTARIAS
https://calumnia.sumupstore.com/producto/redes-libertarias-04-2025

Nous sommes plus que contents de cette version espagnole du texte de Jordi, actualisée et complétée d’une postface inédite.que l’on pourra lire ci-dessous ;

Les Giménologues, 10 mars 2026

Postface de Myrtille Gonzalbo, juin 2025.

Voir les Itinéraires publiés en Espagne après les disparitions récentes de Jeanine et Jordi prolonge en moi la chaleur de ces moments marquants vécus par l’enfant que j’étais dans les années 1960. Les petits appartements où nous vivions - toujours dans le quartier St Jacques de Perpignan - prenaient des dimensions extraordinaires quand leurs portes s’ouvraient aux compañeros en route pour el Interior - ou de retour, s’ils avaient eu de la chance.

Ces jeunes libertaires espagnols, français et italiens arrivaient chargés de courage, de propagande - et parfois de petits cadeaux pour moi, il faut bien le dire…
Jeanine était allée les chercher à Puigcerda*, ou bien ils transitaient par Perpignan en camion, moto ou voiture. Quelques visages restent gravés : Joaquin Delgado, Jorge Conill, Kiko le milanais, pour qui la préparation du café était une affaire trop sérieuse pour la laisser à des mains françaises.
Et puis on apprenait leur arrestation de l’autre côté, les tortures qu’on leur infligeait, l’assassinat de certains.
Une fois un type ne passa pas la porte car son pedigree ne semblait pas net. De fait, les tentatives d’infiltrations du MLE étaient fréquentes, et pas toujours détectées à temps. Les jeunesses libertaires le payèrent cher.

A la fin d’une présentation récente des Itinéraires à Tours, une « fille de » me confiait que j’avais bien de la chance que ma famille m’ait autant parlé de ses activités politiques. De son côté, rien ne lui fut communiqué par ses parents communistes. Par contre, son oncle anarchiste s’était fait un plaisir de l’entretenir, dès l’âge de cinq ans, de ses idées et de ses pratiques subversives en Espagne.

Lucia, Jordi, Jeanine, Paco, Flor et Renacer Soler - dont la maison du du Haut-Vernet devint la plaque tournante du groupe libertaire de Perpignan - ; Montsé et José Morato - dont le terrain à St Laurent de la Salanque devint le camp d’été des libertaires de tous poils - ; José Pobla, Salvador Gurucharri, Vicente Marti, Henri Mélich, Alain Pecunia, Guy Batoux et Bernard Ferry, Stuart Christie … Ces hommes et ces femmes resteront vivants encore un bon moment. Ils persistent à habiter nos souvenirs, certaines de nos manières de faire et de penser, et l’envie de critiquer ce qui doit l’être. Maints écrits, photos et entretiens les concernant sont rendus disponibles en France et en Espagne, et les bibliographies s’enrichissent à chaque parution d’ouvrage sur les groupes libertaires. On aura encore de quoi puiser dans le filon. Et c’est heureux car le souvenir de cette fraternité anarchiste aux portes toujours ouvertes aide à vivre, surtout aujourd’hui.
Comme le sous-titre l’indiquait, on n’a pas trouvé dans ce livre de description misérabiliste des vaincus qu’une abondance production de livres et de commémorations sur la retirada a fini par instaurer. Je peux même dire que Jordi l’a écrit pour dégager un peu l‘histoire des exilés de la gangue mémorielle et émotionnelle où, parfois, ils ne sont plus d’une masse indistincte d’hommes de femmes et d’enfants en souffrance.

« Le récit victimaire absorbe tous les autres, les réduit à néant et contribue à la neutralisation des conflits passés. Puisque tous ont été “victimes d’une guerre fratricide”, il n’est plus utile de chercher les significations de la guerre et de la révolution espagnole. Le mot même de révolution disparaît de toutes les discussions, débats et publications traitant de la “récupération de la mémoire historique” », remarquait Daniel Aïache en 2011.

Je termine avec ces mots d’une amie de la famille et protagoniste des événements relatés dans les Itinéraires :

« Jordi nous a quittés. Et que dire sur Jordi ?  A part déplorer sa disparition, je voudrais souligner les trois caractéristiques à mon avis indispensables chez qui rêve de changer le monde : être cohérent, conséquent et critique. Trois attributs qui faisaient partie de lui et que j´ai pu détecter à travers son parcours de vie et ses écrits. Il faisait partie de ces êtres, disons peu communs, dont l’absence laisse un vide impossible à combler ».
Alicia Mur Sin, Barcelona junio de 2025.

Note * : Voir la fréquence de son activité de passage dans cet entretien avec Laura Vicente : gimenologues.org/spip.php ?article1084
et dans le texte récent de Tomás Ibañez sur Jorge Conill : https://gimenologues.org/spip.php?article1110 .