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La famille de Carmen Sanchez internée en Isère en 1939

En médaillon : Sofia Fernandez Hernandez, la grand-mère de Carmen.

Carmen nous avait contactés en 2010 lors de nos recherches sur les "indésirables" espagnols en Isère en 1939.
Elle a repris contact dans le cadre de la préparation de la cérémonie du 29 novembre à La Tronche, à l’initiative de Léa Barril. Carmen n’a malheureusement pas pu faire le voyage ce jour-là depuis la Belgique pour des raisons de santé.
Les Giménologues 10 janvier 2026.

Petite biographie de la famille de Carmen Sanchez

Ma grand-mère Sofia Fernandez Hernandez a fait tout son exil en compagnie de sa soeur Juana Fernandez Hernandez. Toutes deux étaient accompagnées de leurs enfants et époux. Juana avait trois enfants lors de la retirada, et un seul, Mariano, est resté en Espagne pour combattre le facisme. 
Voici le trajet effectué en Espagne : Noves (Toledo), village natal - Villaluenga de la Sagra, Madrid - Castelfollit de la Roca (Girona) - Ullastret (Girona), ou est né en 1938, Mariano, le sixième enfant de mes grands-parents.
Ma grand-mère et sa soeur ont été séparées de leurs époux au Perthus ; ce fut un grand déchirement pour maman.
Mon grand-père et son beau-frère ont fait les camps d’Argelès-sur-Mer, Bram, Rumont en Seine-et-Marne (travail agricole), Calviac et Chancelade (Dordogne). J’ai pu retracer le parcours de mon grand-père, mais j’ignore toujours à quel endroit il a participé à la Résistance. Et c’est à ce moment qu’il a perdu toute trace de son beau-frère, qui n’est jamais rentré en Espagne. Son petit-fils m’a dit qu’il est décédé quelque part dans le sud de la France mais on ignore le lieu. J’ai écrit à l’OFPRA, et ils n’ont aucune trace de lui.

Quant à ma grand-mère et sa soeur, elles ont été internées à Grenoble et ensuite à Arandon. Dans la famille on ne parlait jamais de la guerre, c’était un sujet épineux et ce n’est qu’à partir du moment ou j’ai entamé mes recherches que ma défunte maman s’est mise à parler.
Elle se souvenait des morts qu’elle avait vus lors de son exil vers la France, des enfants, des femmes ; cela l’avait fortement marquée dans son petit corps d’enfant, à peine âgée de onze ans, d’être restée cachée dans les Pyrénées en attendant que les frontières ouvrent leurs portes. Durant le parcours de la gare de Grenoble au parc Mistral (palais de la Houille Blanche) elle me disait que le froid tétanisait son corps, et qu’elle se serrait contre ses soeurs pour avoir un peu de chaleur.
De son internement à Grenoble, elle disait que parfois il y avait de la protestation de la part des réfugiés, et que ma grand-mère avait réfusé de rentrer en Espagne tant qu’elle n’avait pas des nouvelles de son époux. 
Ensuite elles ont été à Arandon où ma grand-mère s’est portée volontaire comme cuisinière suite à la demande des autorités. Elle disait : « Dans les cuisines, on ne meurt jamais de faim ».
Maman me racontait : « On était entassés comme des bêtes. Entre enfants, nous jouions, on était contents avec très peu, et ce malgré les fils barbelés qui nous rappelaient que nous étions prisonniers. J’ai encore le souvenir d’une dame très gentille qui venait dans le camp ; d’ailleurs, lorsqu’on la voyait, on tournait autour d’elle et on disait : ‘madame, nous vouloir bonbons’ ». Un jour des adolescents se sont révoltés contre les autorités, mais elle en ignore les motifs. Une famille française voulait adopter maman et l’une de ses sœurs, mais ma grand-mère s’y est fortement opposée.

C’est ma tante qui s’occupait de l’administratif, pour savoir ou était mon grand-père, etc. Quand est venu le moment de rapatrier les Espagnols, ma grand-mère voulait savoir où était son mari, et maman se souvient très bien qu’on lui avait dit que n’ayant reçu aucune nouvelle de lui, il était sûrement rentré au pays. Ils ont convaincu ma grand-mère et sa soeur de retourner en Espagne.
Quelques temps après être arrivée chez elle, où mon grand-père était absent et la maison pillée, la guardia civil est venue chercher ma grand-mère ainsi que sa soeur. Elles ont fait les prisons d’Ocaña (Toledo) et celle de Ventas à Madrid pendant presque huit ans. Deux de mes tantes ont été placées comme servante, maman et ses deux petites soeurs dans un couvent, et son petit frère a été pris en charge par un parent.

J’ignore en quelle année ma grand-mère a reçu du courrier de son époux l’invitant à le rejoindre à Domme (Dordogne). Elle a répondu : « Plus jamais je n’irai en France ».
Lorsque le dictateur à promis aux réfugiés que rien ne pouvait leur arriver s’ils retournaient au pays, mon grand-père a pris le risque. Il est rentré en 1951 où il fut soumis toutes les semaines à un contrôle à la guardia civil.

Mes parents sont venus avec mes frères et moi en Belgique en 1962, non pour des raisons économiques mais plutôt politiques. Nous sommes retournés une fois sans papa en Espagne ; et la deuxième fois en 1971, il a pris le risque de nous accompagner. Mais nous avons fait un aller-retour car la guardia civil lui demandait de se présenter à leurs locaux. Afin de pouvoir y retourner sans risque, nous avons pris la nationalité belge.
Mon grand-père est décédé en 1973, et ma grand-mère en 1988. 

Carmen Sanchez (Belgique)

Je vous joins les photos de mes grands-parents. La photo des trois enfants a été prise au couvent de Guarena (Extremadura) ou elles furent scolarisées lors de l’incarcération de leur maman (ma grand-mère). Ma maman Paula se trouve à gauche, au centre c’est Campo Amor et à droite Julia.

Composition de famille de ma grand-mère : Sofia Fernandez Hernandez née en 1899 a épousé Florencio Lorenzo Fernandez, né en 1891.
Leurs enfants : Angeles née en 1926, Priscilia en 1927, Paula en 1929, Julia en 1931 (son prénom à la base était Libertad et a été changé), Campo Amor en 1935 et Mariano Lorenzo Fernandez, en 1938

Composition de famille de la soeur de ma grand-mère : Juana Fernandez Hernandez, née en 1892, a épousé Mariano Alvarez Rodriguez, né en 1888 (disparu en France).
Leurs enfants : Mariano (resté en Espagne comme combattant républicain), Cristeta, Maria Luz et Florencio Alvarez Fernandez.

Tous étaient natifs de Noves (Toledo) sauf Mariano Lorenzo Fernandez né à Ullastrett (Girona)