Dans le cadre des dernières recherches en cours autour de la mort de Durruti entreprises par Juan Heredia, avec l’aide active des Giménologues, nous avons souhaité établir la traçabilité du célèbre slogan « Nous renonçons à tout sauf à la victoire », attribué de son vivant à Durruti par le journaliste Ilya Ehrenbourg.
Nous mettons en évidence le mode opératoire de ce qui apparaît comme une falsification, et le relais dont elle a bénéficié au sein de la CNT-FAI, avec la complicité d’Abad de Santillan dans un premier temps, puis celle de l’ensemble des instances supérieures du mouvement après la mort de Buenaventura.
Ce travail nous semble d’autant plus nécessaire qu’aujourd’hui encore la démarche de Durruti est affublée de ce slogan, y compris dans des publications libertaires, sans distanciation critique. (1)
Ce sous-chapitre « Aux origines du slogan attribué à Buenaventura Durruti : “Nous renonçons à tout sauf à la victoire” » sera inclus dans un ouvrage à paraître : "Nouvelles investigations sur la mort de Durruti et les circonstances de sa venue à Madrid.(2)
Note 1 : Ici il s’affiche même sur des tee-shirts de propagande :
https://www.ni-dios-ni-amo.com/camiseta-buenaventura-durruti-renunciamos-a-todo-menos-a-la-victoria-revolucion-espanola-D01046071280P0210/?srsltid=AfmBOorWuT581SofMdbTnW-68x3elXiX791ONTJd5h4yi5AbSjvcuGtr
Note 2 : En attendant, nos derniers articles rendant compte du gros travail en cours de Juan peuvent se consulter ici :
https://gimenologues.org/spip.php?article861
https://gimenologues.org/spip.php?article923
https://gimenologues.org/spip.php?article1093
https://gimenologues.org/spip.php?article1100
https://gimenologues.org/spip.php?article1166
Revenons aux conséquences du refus de Durruti de céder aux injonctions de la CNT-FAI de rejoindre Madrid. Au cours de l’automne 1936, les manœuvres s’intensifient pour le faire plier, et ce bien avant l’annonce officielle de l’entrée de ministres de la CNT dans le gouvernement central. C’est à ce moment qu’intervient la publication du « fameux » slogan dans un reportage d’Ilya Ehrenbourg paru dans les Izvestia le 5 octobre 1936 (3). Il avait été dépêché en Espagne en 1931 comme correspondant de ce journal à l’avènement de la IIè République, afin d’y suivre de près la situation. Selon ses dires, à l’époque il aurait déjà eu un premier entretien avec Durruti dans un bar de Barcelone.
Ehrenbourg est l’inventeur du slogan « Nous renonçons à tout sauf à la victoire » (4), qu’il met dans la bouche de Durruti lors d’une rencontre entre les deux hommes sur le front d’Aragon, fin août ou début septembre 1936. Il est probablement aussi l’auteur (5) de l’article « Funérailles de Durruti » paru dans les Izvestia du 23 novembre 1936. Dans cet extrait, l’auteur fait carrément de Durruti un bolchévique admirateur de Staline :
"La rébellion fasciste le retrouve en Catalogne. Il fait preuve de courage, de fermeté de volonté et d’un don d’organisateur-leader. Il devient la principale force organisatrice du Front républicain en Aragon. Sous sa direction, un détachement de 12 000 hommes, d’une discipline inhabituelle, opère. L’émergence d’un gouvernement populaire unique en Catalogne, avec la participation des anarchistes, doit beaucoup à l’influence des dures leçons de la lutte contre le fascisme.
Durruti évolue, se rapprochant de plus en plus du parti communiste. Avant son récent départ au front, il nous déclarait fièrement : ’Oui, je me sens bolchevique. Je suis prêt à accrocher un portrait de Staline dans mon bureau’. » (6)
La suite dans le PDFci-joint
Juan Heredia, Les giménologues , 16 septembre 2025.