La photo ci-contre réunit deux êtres qui ne furent séparés que deux fois au cours de leur vie, quelques mois durant : lors du séjour en prison de Jordi en 1963, et depuis novembre 2023, avec la disparition de Jeanine : https://gimenologues.org/ecrire/?exec=article&id_article=1084
Hommage de Tomás Ibáñez, paru sur le site RED LIBERTARIAS le 2 janvier 2025
https://redeslibertarias.com/2025/01/02/jordi-gonzalbo-con-valentia-y-alegria-al-pie-del-canon-hasta-el-final/
Tarduction des Giménologues, 19 février 2025
Jordi Gonzalbo, avec bravoure et allégresse au pied du canon jusqu’à la fin.
Jordi Gonzalbo est décédé à Perpignan le jeudi 26 décembre, à une semaine de son 95e anniversaire,
Sa personne est un exemple clair de ces camarades qui, avec la modestie de ceux qui fuient les feux de la rampe, sont toujours en première ligne lorsque la lutte libertaire l’exige.
Il est né en 1930 dans le quartier populaire du gotico de Barcelone, dans un environnement familial caractérisé par l’emprisonnement de son père et de sa mère en raison de leur militance cénétiste. En 1938, il part en France avec Lucia, sa mère, qui s’installe à Perpignan, près de la frontière espagnole. Quelques années plus tard, Jordi, a appris un métier dans le bâtiment. Il adhère à la Fédération ibérique de la jeunesse libertaire (FIJL), et forme avec d’autres jeunes un véritable groupe d’affinité qu’ils appellent « le groupe de Perpignan ».
En 1962, lorsque la FIJL devint le pilier de la lutte frontale menée par la Défense Intérieure (D.I.) contre la dictature franquiste, la proximité de la frontière espagnole et le dynamisme du groupe de Perpignan en font l’un des principaux canaux d’introduction de la propagande libertaire en Espagne, de contacts avec " l’intérieur1", et d’accueil des camarades ayant fui l’Espagne.
Jordi et sa compagne Jeanine Lalet en particulier ont fréquemment entrepris des « itinéraires Barcelone-Perpignan » suivant le titre de l’un de ses livres. Ces itinéraires étaient semés d’embûches. Ainsi, à titre de simple exemple anecdotique, Jordi et Jeanine sont intervenus dans le passage clandestin en France de celui qui, il y a un peu plus d’un demi-siècle, était ministre des Universités, le sociologue Manuel Castells. Mais le danger ne menaçait pas seulement le territoire espagnol. En effet, des personnes ont été arrêtées par la police française dans le cadre d’un vaste coup de filet. Cette action du gouvernement français visait à neutraliser la FIJL et les compagnons les plus anciens, comme Cipriano Mera, pour leur lutte frontale contre le franquisme. Cette vague de répression ne dissuada cependant pas Jordi de poursuivre la lutte contre le franquisme. Le groupe de Perpignan maintint donc son activisme tout au long des années 1960 et intensifia son activité en faveur de la reconstruction du tissu libertaire dans « l’intérieur » au début des années 1970 et pendant les premières années de la « Transition ».
Un trait qui caractérisait Jordi Gonzalbo et qui, malheureusement, n’était pas très fréquent dans l’exil libertaire espagnol, était sa participation au mouvement libertaire français, en rejoignant les rangs des « Jeunes Libertaires ».
Une autre de ses particularités était sa collaboration assidue à la presse française, contribuant pendant une quinzaine d’années au « Courrier des Lecteurs » du journal L’Indépendant de Perpignan avec des articles courts, joliment écrits et non dépourvus d’humour. A 90 ans passés, Jordi continuait à soutenir les activités libertaires en participant à des événements culturels et à des manifestations de protestation. Il ne manquait jamais, par exemple, la réunion festive annuelle organisée par la CNT française à Perpignan.
Il manquera à beaucoup d’entre nous.
De la part de l’attristé Tomás Ibáñez, Barcelone décembre 2024
note 1 : L’intérieur désigne pour les exilés le territoire espagnol