"Tant pis si la lutte est cruelle" : volontaires internationaux contre Franco

vendredi 6 juin 2008
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Recension de Marianne ENCKELL.

« Tant pis si la lutte est cruelle » : volontaires internationaux contre Franco.

Sous la direction de Stéfanie Prezioso, Jean Batou et Ami-Jacques Rapin.
Paris, Syllepse 2008, 559 pages, ill. 30 euros.
 
Suite à un colloque universitaire tenu à Lausanne en 1997, intitulé « Les Brigades internationales, entre solidarité révolutionnaire et politique du Komintern », le présent recueil réunit dix ans plus tard un choix de communications au colloque, des contributions inédites, quelques témoignages et traductions d’articles plus anciens sur les volontaires étrangers en Espagne de 1936 à 1939. Les principaux connaisseurs du sujet y sont réunis, qui ne se limitent pas aux brigadistes mais font leur part aux milices anarchistes et poumistes, aux femmes, à quelques groupes « exotiques », Chinois, Japonais, Maghrébins notamment.
On a là un ouvrage ambitieux et hybride. Ambitieux, parce qu’il devrait faire le point sur les connaissances actuelles, et qu’il couvre en effet la plupart des pays d’origine des volontaires et de leurs tendances politiques (on regrettera qu’il fasse l’impasse sur la « compagnie juive Botwin ») ; hybride, parce que les articles ont des origines variées, ont été écrits à différentes dates et exploitent donc des sources très diverses, sans qu’ils aient toujours été mis à jour. La mine de renseignements que fournit par exemple Les Fils de la Nuit (voir un compte rendu dans Réfractions 17) n’a pas été exploitée, la liste des volontaires anarchistes français est donc bien incomplète ; la bibliographie réunit les ouvrages cités sans avoir non plus été mise à jour ; l’index a quelques hoquets. Certains auteurs ont eu l’occasion de consulter les archives de Moscou, d’autres non. Autant plusieurs contributions sont passionnantes, autant d’autres sont anecdotiques ou superficielles.
Hommage aux brigadistes, honte à leurs dirigeants : l’accès récent aux archives du CRCEDHC (Centre russe pour la conservation et l’étude des documents de l’histoire contemporaine) à Moscou confirme et nuance les pratiques de recrutement et de contrôle de l’appareil du Comintern, « l’impéritie d’une organisation internationale profondément bureaucratisée » dirigée par des « terroristes terrorisés » (Pierre Broué, p. 51), alors que les « muchachotes » étaient « tous courageux parmi les courageux », pour l’anarchiste Mauro Bajatierra (cité par Antonio Elorza, p. 255, après sa violente critique aux positions d’autres « leaders » anarchistes).
Une question qui n’est paradoxalement pas affrontée directement est celle du type de volontaires, où on sous-entend apparemment qu’ils doivent se battre pour être considérés comme tels. Si l’on part de l’hypothèse que les volontaires sont allés soutenir l’armée de la République, la vision militaire de leur participation prend le dessus, et c’est le cas dans plusieurs articles. Mais l’écho international de la lutte contre Franco a aussi été dû au travail de propagande par l’écrit, le cinéma (on s’abstiendra ici de commenter le mauvais article sur les films consacrés aux brigadistes) et la radio, par les témoignages des visiteurs, par l’aide des multiples organismes engagés. David Berry montre bien cette multiplicité des engagements : sur un corpus de 327 anarchistes français, un quart n’a pas combattu au front.
Hormis les rares articles où l’on voit apparaître des propagandistes (une seule mention de Camillo Berneri !), ce sont les combattants (de gré ou de force) qui semblent seuls compter. L’article rapide de Magdalena Rosende sur l’engagement des femmes relève bien les « zones d’ombre » qui subsistent : « Les figures du “ volontaire ” ou du “ combattant étranger ”, caractérisées par une approche exclusivement militaire et associées à l’idée selon laquelle les femmes et le combat s’excluent mutuellement, ont eu tendance à ignorer les contributions féminines » (p. 402). Mais un certain nombre d’hommes aussi ont été affectés à l’entretien et à la conduite des véhicules, au ravitaillement ou aux services infirmiers, et surtout à la radio et aux journaux. Des infirmières, Goldy (Parin-) Matthey l’Autrichienne, Marguerite Rod la Suissesse, Auguste Marx l’Allemande (et non « l’Allemand Auguste Max », comme il est hélas écrit p. 218), étaient sans doute plus utiles dans les ambulances et les dispensaires de campagne qu’armées d’un mauvais fusil. Simone Weil avec sa mauvaise vue aurait mieux fait de s’abstenir d’en prendre un, comme l’a fait l’ancien makhnoviste Sacha Piotr, qui avait laissé un bras en Ukraine (on trouve une biographie partielle de cet étonnant personnage dans une étude récente de Winfried Scharlau sur son fils, le mathématicien Alexandre Grothendieck). La problématique de genre n’est peut-être donc pas la seule dont il faille tenir compte ici.
Sur d’autres thèmes, des croisements seraient intéressants à approfondir. « J’avais le sentiment d’être un être humain, d’être un homme. Les gens ne me jetaient pas des regards haineux parce que j’étais noir », témoigne Crawford Morgan, un volontaire américain. Y fait écho une lettre d’Antonio Albertoni à son ami Edi Gmür : « Depuis que j’ai endossé le simple uniforme de la milice, je me suis senti pour la première fois de ma vie libéré de tout sentiment d’infériorité. » Dans une guerre d’une violence extrême, au milieu d’une légende héroïque, ces voix rappellent que beaucoup de volontaires étaient allés en Espagne « pour le bien de la révolution » (c’est sous ce titre qu’ont été publiés les souvenirs d’Albert Minnig et Edi Gmür, Lausanne, CIRA 2006).
 
Marianne Enckell
 
Recension extraite de Réfractions, Recherches et expressions anarchistes n° 20 [Site : Réfractions]

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